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Pris à l'intérieur a doses élevées, l’azotate d’argent agirait absolument de la même manière, il enflammerait l’estomac, déterminerait de la gastrodynie, des nausées, des vomissements, des crampes, comme les poisons irritants et corrosifs. Mais il n’en séra pas de même de petites doses, elles n’auront aucune action irritante nuisible: elles se combineront au mucus, se transformeront en chlorure d’argent en présence de l’acide clilorhydrique du suc gastrique (bubler, Vulpian, Charcot, Bail, Rabuteau), seront absorbées lentement en cet état et passeront ainsi dans le torrent de la circulation. Là, elles modifieront la composition du sang, le rendront à la longue plus épais, plus sombre en couleur, plus nourrissant, et par cela même agiront d’une manière indirecte sur le système nerveux pour en réprimer les désordres moteurs. Malheureusement l’usage prolongé du nitrate d’argent finira par amener la coloration ardoisée de la peau, des intestins, de tout le corps, et l’albuminurie argentique caractérisée par des productions granulo-graisseuses dans les reins. D’où il résulte que si le nitrate d’argent, administré à fintérieur, peut présenter quelques avantages comme modérateur de la nutrition et des troubles du système nerveux, il offre par contre l’inconvénient de s’éliminer par nos principaux émonctoires d’une manière très incomplète et de se fixer en grande partie pour toujours dans la trame de nos tissus.
Usages. — Ces considérations physiologiques ne sont pas de nature à engager les praticiens dans i l’emploi fréquent du nitrate d’argent. Nous verrons | par les résultats thérapeutiques incertains qu’on a ! obtenus jusqu’ici que ce composé ne doit pas non | plus nous inspirer une plus sérieuse confiance à ce second point de vue. Cependant, il n’est peut-être pas de médication qui depuis le moyen âge jusqu’à nos jours ait reçu un plus grand nombre d’applications médicales. Les affections nerveuses sont celles qui en ont retiré les meilleurs effets. La plus anciennement traitée par ce moyen est l’épilepsie. Les doses, dans ce cas, doivent être considérables; on commence par un centigramme matin et soir et l’on s’élève progressivement jusqu’à to,20 et 60 centigrammes par jour. On parvient ainsi à éloigner les accès, à les supprimer même pendant un certain temps, mais rarement on arrive à une cure définitive (Biett, Esquirol, Charcot). La danse de saint Guy, moins grave, est plus facilement guérie par cet agent thérapeutique (Bretonneau, Trousseau). L’angine de poitrine, l’ataxie locomotrice, la paralysie générale progressive, les paralysies asthéniques avec flaccidité des membres, le diabète, sont autant d’affections que le nitrate a améliorées quelquefois, mais qu’il n’a jamais pu guérir, malgré les observations heureuses qu’en ont publié Eulenberg, Bouchut, Charcot, 'Vulpian, C. Paul. Les diarrhées diverses chez les enfants et chez les adultes, produites ou non par des ulcérations de la muqueuse, i ont été arrêtées parfois alors que l’emploi d’autres moyens avaient échoué.
Si l’utilité du nitrate d’argent, pris à l’intérieur, laisse des doutes réels sur son efficacité, les applications suivantes me paraissent beaucoup plus rationnelles ; elles ont reçu du moins l’approbation de la grande majorité des praticiens. Ainsi les lave-
ments contre les diarrhées, les collyres contre les maladies des yeux, les injections contre les phlegmasies chroniques de l’urèthre, les solutions contre les angines sont autant de préparations journellement employées avec les plus grands avantages. Elles agissent, suivant les cas, comme astringentes, substitutives, cathérétiques et donnent des résultats curatifs supérieurs à toute autre médication.
Habituellement le nitrate d’argent se prescrit en pilules de 1 centigramme chacune, faites avec de la mie de pain plutôt qu’avec toute autre substance. On en fait prendre 2 à 10 par jour et l’on ne dépasse cette dose que dans des cas evceutionnels ; on fait suivre le traitement pendant un mois, on se repose un mois et l’on continue ainsi pendant longtemps. On donne quelquefois la potion, mais plus rarement, par suite de l’inconvénienl qu’elle a d’être désagréable à prendre et d’irriter un peu trop les voies digestives. On ne peut pas faire un pareil reproche aux lavements qui méritent par cela même une plus grande confiance ; ils constituent un remède souverain contre les vers oxyures.
A l’extérieur, les collyres surtout ont le privilège d’avoir une action prompte et sûre. On en prépare de trois sortes. Les collyres faibles sont astringents et agissent de préférence contre les conjonctivites simples ou catarrhales. Les collyres moyens sont cathérétiques, ils résolvent mieux que les autres les conjonctivites granuleuses. Les collyres forts doivent être réservés comme caustiques au traitement des ophthalmies purulentes ou blennorhagiques; dans l’intervalle des instillations, le pus doit être fréquemment et soigneusement enlevé par des injections d’eau salée à peine tiède dans les proportions de 5 pour 100. Quant aux injections dans l’urèthre, le vagin, la vessie, on suit la même gradation; on les emploie plus ou moins concentrées suivant la gravité des cas ou les effets qu’on désire obtenir. Les solutions fortes au nitrate d’argent servent à ranimer les ulcères indolents, les plaies putrides, à cautériser les chancres phagédéniques, les fausses membranes de l’angine couenneuse chez les petits enfants que la pierre infernale cautériserait trop énergiquement. La pommade aussi offre quelques applications importantes contre la blépharite ciliaire (Velpeau), la fissure à l’anus (Bourgeois), l’ozène (Gallizioti), les érysipèles et les tumeurs blanches (Jobert de Lamballe).
Nitrate d’argent fondu ou pierre infernale. — La pierre infernale est en petits cylindres de la grosseur d’un tuyau de plume d’oie, d’une couleur ardoisée,à cassure rayonnée et cristalline. On obtient ces cylindres en versant du nitrate d’argent cristallisé, qu’on a fait fondre préalablement dans un creuset de platine, en le versant, dis-je, dans une lingotière cylindrique où il se solidifie par le refroidissement. Après avoir été ainsi obtenus, les bâtons de nitrate d’argent se conservent et se transportent dans des flacons remplis de graines de lin sans qu’ils éprouvent d’altération bien sensible.
Gomme topique local, l’emploi du crayon de nitrate d’argent a reçu une foule d’applications qu’il me serait impossible d’énumérer, même d’une manière succincte. Je me bornerai à dire que c’est sans contredit, le plus employé de tous les caustiques,
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