V. aussi Assistance publique, Hospices
A. Regnard.
ALIMENTATION. — (Voyez Aliments, Diète, Diététique, Gavage, Inanition, Régime.)
ALIMENTS. — On appelle ainsi les substances susceptibles de réparer les pertes de l’organisme et de contribuer à son développement en entretenant le jeu normal des fonctions.
L’aliment, c’est donc tout ce qui nourrit, tout ce qui entretient la vie, et ainsi la définition précédente est conforme à la réalité des faits aussi bien qu’à l’étymologie. Peu importe la voie par laquelle la substance s’introduit : si l’on fait intervenir ici, comme certains auteurs, l’appareil digestif, il en résulte qu’il n’y a pas d’aliments pour les êtrès inférieurs dépourvus de cet appareil, ce qui est absurde. D’autres n’accordent même le titre d’aliment qu’aux substances qui sont modifiées par la digestion, . — simple vue de l’esprit qui ne supporte pas l’examen.
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Les êtres vivants sont constitués, en dernière ana* lyse, par des corps simples de nature minérale. L’homme, comme l’animal le plus rudimentaire, est surtout un composé d’oxygène, d’azote, de carbone et d’hydrogène. On verra à l’article Nutrition comment les animaux s’assimilent ces matières minérales par l’intermédiaire des végétaux qui les ont engagées dans des combinaisons variables, comment ils restituent ensuite au monde extérieur ces mêmes matières minérales dégagées par leur propre désintégration, pour être reprises encore par les végétaux : l’ensemble de ces phénomènes constituant cette admirable circulation de la vie, qui durera aussi longtemps que le végétal pourra tirer du soleil la chaleur, — c’est-à-dire, la force, — nécessaire pour l’accomplissement de ces transformations. Nous n’avons à nous occuper ici que des aliments considérés en eux-mêmes, de la forme sous laquelle, l’homme surtout, s’assimile les substances constitutives de son organisme.
Principaux éléments entrant dans la composition des aliments. — 11 est indispensable avant de parler des aliments de nature animale et végétale qui entrent dans la nourriture de l’homme, d’indiquer d’abord les principaux éléments ou matériaux alimentaires qui entrent dans leur composition.
Ces matériaux alimentaires peuvent être rangés sous quatre chefs :
1“ L’eau et les substances inorganiques qui font partie intégrante de nos tissus. Car d’abord, il faut bien entendre qu’au vrai point de vue, les boissons ne sont que des aliments liquides. Et quelle preuve éclatante de cette vérité nous est fournie par l’eau, la « boisson » par excellence, qui, combinée aux divers tissus, constitue plus de la moitié du poids du corps, sans compter les 2,700 grammes que nous en excrétons tous les jours et qui doivent être remplacés ! Le savant professeur Bouchardat est d’accord avec la saine physiologie quand il met l’eau au premier rang des aliments et de ceux qu’il importe le plus de surveiller, quant à la pureté, au point de vue de la santé publique. De même le sel marin (chlorure de sodium] est un aliment : les cendres du sang en contiennent de 50 à 60 p. 100. Sans doute le sel est aussi un condiment ; on en consomme dix fois plus qu’il n’en faut pour réparer les pertes, et cela sert; à activer les phénomènes de la nutrition. D’ailleurs, il s’en rencontre des quantités notables et parfois suffisantes dans divers aliments complexes. Ainsi les herbivores le trouvent dans les feuilles des plantes, les carnivores dans le sang des animaux. Le/er, élément si important dans le sang, le soufre, le phosphore, le potassium, le calcium, le magnésium, se trouvent encore, à l’état normal, dans l’économie, et sont par conséquent des matériaux alimentaires que nous introduisons avec les substances complexes, graines, tiges des végétaux, viande, etc. , qui les contiennent. Ces minéraux subissent diverses combinaisons sous l’influence des matériaux qu’ils rencontrent dans l’économie : c’est ainsi que le chlorure de sodium donne des carbonates de soude et l’acide chlorhydrique du suc gastrique. Le phosphate de chaux, qui existe surtout dans les os, est un aliment d’une extrême importance, qu on prend surtout dans le pain et dans l’eau.
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2“ Les Matières albuminoïdes, dites substances ' quaternaires, parce qu’elles renferment les quatre éléments qui se retrouvent en masse dans la composition de nos tissus : carbone, oxygène, hydrogène et azote. Il y en a trois principales : Valbumine, qui constitue le blanc d’œuf et une partie des tissus animaux ; la fibrine, qu’on trouve dans la chair et dans le sang; la caséine, matière albuminoïde du lait. A quoi il faut joindre les matières albuminoïdes d’origine végétale : Valbumine végétale existant dans un grand nombre de graines ; la caséine végé. taie (légumine) des haricots, fèves, etc. ; les matières albuminoïdes du gluten. « On donne le nom d’aliments plastiques à l'albumine, à la fibrine, à la caséine animales et végétales, dit Liebig, parce que ces substances sont les seules qui puissent produire dans la nutrition les parties essentielles du sang et des organes des animaux. » (Nouvelles Lettres sur la chimie, p. 116). D’après le chimiste de Giessen, ces substances, une fois introduites dans la digestion, constitueraient de toutes pièces les éléments et les tissus, à peu près comme l’argile j constitue le vase ou la statue.
Mais les choses ne se passent pas d’une façonaussi simple : Moleschott, le grand physiologiste et l’un des fondateurs du matérialisme scientifique contemporain, a démontré l’inanité de l’antagonisme absolu que Liebig a voulu établir entre les aliments plastiques et les substances ternaires dont nous allons parler tout à l’heure (Circulation de la vie,
9' lettre). « Les principes albumineux, dit excellem- . ment le professeur Gavarret, sont plus spécialement destinés à la rénovation des tissus et fournissent , ainsi les principes azotés caractéristiques des sécrétions récrémentitielles. — Les albuminoïdes peuvent être brûlés directement dans les capillaires généraux. Une combustion complète les ramène à l’état d’eau, d’acide carbonique et d’azote. Plus généralement, ils n’éprouvent qu’une combustion incomplète et sont transformés en urée, acide urique, hippurique, etc., tous produits azotés éliminés presque en totalité par les reins et en très faible proportion par la peau. » (Phénomènes physiques de la vie, p. 20.)
. 3“ Les matières grasses, substances ternaires, non azotées, composées de carbone, d’hydrogène et d’oxy- ' î gène. Comme elles contribuent pour une grande |
part à la production de la chaleur animale, Liebig, ;
s’égarant sur la voie ouverte par Lavoisier, leur i donna, ainsi qu’aux matières féculentes, le nom d’a- s liments respiratoires. Il vaudrait mieux dire, avec ; M. Bouchardat : aliments de calorification. Mais ces dénominations, beaucoup trop exclusives, ne peuvent plus être employées dans un sens vraiment ^ scientifique, surtout depuis que la grande décou- , j verte du phénomène de la transformation des forces a permis de comprendre la théorie de la chaleur.
Les principales matières grasses sont : la graisse des animaux, le beurre, les huiles fixes des végétaux, l’huile de foie de poisson. Très riches en carbone et en hydrogène, les corps gras sont brûlés dans, le torrent circulatoire et ramenés à l’état d’acide carbonique et d’eau. Mais ils peuvent aussi éprouver une combustion incomplète et fournir des produits intermédiaires : acides acétique, butyrique,
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formique, etc. Comme les albuminoïdes, ils sont aussi plastiques : retenus en partie dans Téconoinie,.ils entrent dans la composition de certains tissus, du tissu nerveux, entre autres, dont les fonctions sont si importantes. Enfin, ils se déposent dans le tissu connectif pour former le tissu graisseux, véritable magasin de combustibles dans l’organisme.
4“ Les matières féculentes et sucrées (hydrates de carbone), substances ternaires aussi et jouissant de propriétés analogues aux précédentes, mais avec un pouvoir calorifique moindre. Vamidon, ou fécule, se trouve dans lés grains des céréales, dans les légumineuses, dans les pommes de terre, etc. Les sucres sont fournis par les plantes, par le lait, le miel, par certains fruits. D’ailleurs, les féculents sont tous transformés en sucre dans l’économie, où la combustion complète les convertit en acide carbonique et en eau. Les sucres fournissent aussi des produits dérivés, l’inosite qu’on trouve dans les muscles, l’acide lactique, etc. Transformé en matière glycogène, le sucre prend part à la constitution de certains tissus animaux. D’après les derniers travaux, il ne peuvent décidément pas se transformer en matière grasse et s’assimiler comme telle. L’engraissement aurait lieu par dédoublement des matières albuminoïdes sous l’influence de l’excitation produite par l’ingestion et le passage d’un excès de féculents.
Rôle et nature des divers aliments. — Avant d’entrer dans les détails touchant le rôle et la nature des divers aliments, il est nécessaire, sans empiéter sur l’article Régime, d’indiquer les quantités indispensables pour la ration moyenne. .
D’après les recherches les plus récentes de Landois, un homme adulte, soumis à un travail modéré, consomme par vingt-quatre heures :
120 grammes de matières albuminoïdes ren-
Carbone
Hydrog.
Azote
Oxyg.
fermant .
60 grammes de matières
grasses .
350 grammes de matières
amylacées ou sucrées.
Il faudrait ajouter, pour être complet, 2,700 grammes d’eau environ, 32 grammes de sels et 740 grammes d’oxygène introduits par la respiration. Mais ce qu’il faut retenir du tableau précédent, c’est qu’il est nécessaire d’introduire dans l’économie, chaque jour, au moins 280 grammes de carbone et environ 40 grammes d’azote. On peut maintenant aborder l’étude des aliments complexes, c’est-à-dire des substances naturelles renfermant presque toujours à la fois des matières albuminoïdes, des hydrates de carbone et des éléments minéraux.
Substances animales. — Au point de vue alimentaire, il faut distinguer le lait, les œufs et la viande. Je laisse de côté le lait (V. ce mot et aussi Allaitement.)
U œuf de poule, comme le lait dont il tient la .place, est un aliment complet, renfermant en abondance des matières albuminoïdes (environ 12 p. 100),
des matières grasses (dans le jaune surtout), une matière sucrée, du soufre, du phosphore, etc. Peu cuit, il se digère aussi vite que le lait, ne demandant qu’une heure et demie environ pour sa chymification. L’œuf dur exige deux fois plus de temps ; c’est pour cela aussi qu’il vous « soutient » plus longtemps, éloigne davantage la sensation de la faim, le pouvoir nutritif restant le même, bien entendu. C’est donc un excellent aliment, et le plus propre à remplacer la viande, au moins d’une façon momentanée.
La viande, cependant, ne se remplace jamais bien. C’est l’aliment azoté par excellence, dont il ne faut certes pas abuser, mais dont il faudrait n’être jamais privé — quoi qu’en puissent dire Pythagore, les végétariens, et les membres affolés et logiques de la Société protectrice des animaux. Sans doute, on peut trouver dans le pain, dans les légumes farineux des matériaux azotés en quantité suffisante pour réparer les pertes ; mais il faut en ingérer des masses considérables, au grand détriment des organes digestifs. La viande, au contraire, répare admirablement les forces, et stimule l’activité du cerveau tout aussi bien que celle des muscles. La viande de bœuf a toujours eu, et justement, le pas sur toutes les autres, et il y a longtemps que les poèmes homériques ont montré, pour la première fois, les héros s’épanouissant à table autour du « dos succulent d’un bœuf ». « Car Homère, dit le judicieux Athénée, ne place jamais devant ses princes des gâteaux de fromage, des ragoûts, etc., mais il leur donne des mets qui soient de nature à fortifier leur corps et leur esprit. »
Il ne faudrait pas d’ailleurs, conclure de ces remarques à la nécessité d’ingérer, comme un trop grand nombre de gens, des quantités énormes de viande. Les 20 grammes d’azote nécessaires chaque jour à l’existence, sont contenus dans 130 grammes fie matière azotée, supposée sèche, dans 600 grammes de viande fraîche environ. Mais comme on trouvera dans le pain, les légumes, 70 grammes de matière également azotée, il suit qu’on devra se contenter de la moitié de la ration indiquée : 300 grammes de viande par jour sont parfaitement suffisants : c’est la ration du marin français.
La digestibilité et les propriétés nutritives de la viande varient avec l’espèce de l’animal et avec le mode de préparation. Sous le rapport de YEspèce, voici un tableau comparatif des principales chairs comestibles emprunté à Landois. On a ajouté le lait comme terme de comparaison : la viande des animaux est prise ici avec la graisse (matières non azotées).
Eau. Matières azotées. Mat. non Sels azotées.
Bœuf . 62 15 20,5 2,5
Porc . 35 11 33 1
Volaille . 73 21 4,7 1,3
Poisson . 76 16 6 2
Lait de vache. . . 86,1 5 8,3 1,6
— de femme.. 89 3,3 7,3 1,4
La viande du bœuf, convenablement engraissé, est celle qui convient le mieux pour la réparation des tissus, avec la viande de .mouton, d'une compo-
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sition analogue. Le poisson et la volaille se digèrent ' très facilement. Le porc est plus long à digérer, en raison de la quantité plus considérable de graisse qu’il renferme toujours; les graisses, en effet, ne sont pas attaquées dans l’estomac, et par leur présence, elles retardent l’action du suc gastrique. 11 s’en faut de beaucoup, d’ailleurs, que ces indications aient quoi que ce soit d’absolu, et il importe de mettre le public en garde contre des préjugés aussi répandus que déplorables.
La digestibilité dépend beaucoup plus des dispositions individuelles, des habitudes, que de la nature des substances, au moins quand il ne s’a^t pas des extrêmes. C’est ainsi que le Parisien, élevé dans une sainte horreur de la graisse, sentira son cœur se soulever rien qu’à la vue de cet excellent lard fumé que les Anglais absorbent presque chaque jour et digèrent si bien. 11 est vrai que cela convient mieux pour leur climat ; mais il est bon d’habituer les enfants à manger et par conséquent à digérer les graisses, quand ce ne serait que pour leur permettre d’avaler plus tard, sans vomir, du saumon, de l’alose ou de l’anguille. Les gens ont encore une théorie sur le gibier : perdreaux, lièvres, grouses, etc., considérés comme « échauffants. » Ce préjugé ne repose, comme tant d’autres, que sur d’anciennes erreurs médicales et ne supporte pas l’examen. La vérité est que le fumet très prononcé de ces viandes fait qu’on s’en fatigue plus vite, pour l’usage ordinaire, que de la viande de boucherie ; mais c’est un aliment excellent, à tous égards, et il serait à souhaiter que tout le monde put, de temps en temps, l’avoir à sa disposition. Nous citons seulement pour mémoire, les autres espèces animales tirées des divers embranchements, tels que les homards, la tortue, les huîtres, et qu’on trouvera traitées à part.
Quant au mode de préparation, il faut préférer les viandes grillées, rôties devant un grand feu qui coagule l’albumine à la surface, forme une croûte emprisonnant les sucs et les graisses.
Le bouillon ordinaire préparé avec 1 kilogramme de viande, 50 grammes d’os et 30 grammes de légumes, renferme pour un litre, 972 grammes d’eau,
1 1 grammes de matières minérales et 17 grammes de matières organiques. Sur ces 17 grammes, 11 seulement sont fournis par la viande (le reste provenant des légumes) et consistent en créatine, créatinine, gélatine, tourine, etc., tous principes albuminoïdes très peu nourrissaiits. Il faut donc se défaire aussi du préjugé si fortement enraciné touchant les propriétés nutritives du bouillon. Inappréciable pour les malades et les convalescents, à cause de la facilité avec laquelle on le digère et de l’excitation bienfaisante qu’il produit sur Les organes digestifs, il ne peut jouer qu’un rôle accessoire dans la nutrition des personnes bien portantes.
La soupe si chère au peuple français, agit surtout par le pain qu’elle renferme et ne possède, par conséquent, que des propriétés nutritives d’ordre tout relatif. C’est une répugnance instinctive et bien justifiée que celle des enfants pour cet aliment grossier et imparfait en somme, et dont on les force à se bourrer, souvent au grand détriment de leur santé : car l’appétit leur fait défaut ensuite pour l’ingestion de mets plus réparateurs. L’utilité de la grande
marmite de soupe se comprend chez les malheureux paysans qui ne se nourrissent guère que de pain : c’est une façon différente et par conséquent plus agréable d’en avaler d’énormes quantités. Quant à la gelée (gélatine) provenant des substances collagènes (osséïne, choudron, etc.), des os, des fibres tendineuses, etc., modifiées par la cuisson, c’est une matière aussi peu alimentaire que possible. (Pour les procédés de conservation, les sophistications, etc., voyez Viande.)
Substances végétales. — Il faut citer en première ligne les Céréales, dont les grains ont constitué depuis un temps immémorial la principale nourriture des hommes. Ces plantes surtout ont mérité à ’ la Terre le nom sacré de mère — Dêmêter — que lui donnaient les Grecs ; les Latins, moins habiles à imaginer, mais toujours prompts à imiter, en ont fait Gérés, et chez nous, — leurs fils pour les mœurs et pour la langue, — ces précieuses graminées portent encore le nom de la déesse immortelle.
D’ailleurs, bien des siècles avant les Aryens de la Grèce, les Égyptiens cultivaient le blé et savaient en tirer le même parti que nous. Tout le monde connaît l’histoire de ces grains retrouvés dans des momies demeurées en terre depuis quelque cinq mille ans et qui ayant été semés, germèrent et poussèrent en épis blonds, tout pareils à ceux qui jaunissaient les bords du Nil au temps des Pharaons de la quatrième dynastie. Sans remonter si haut, chacun peut voir aussi au Musée de Naples, ces pains qu’on dirait cuits d’hier, tout semblables aux nôtres, et qu’un boulanger de Pompéï enfourna il y a plus de 1,900 ans.
On indiquera, dans une autre partie de ce dictionnaire, les conséquences à tirer de cette uniformité de la nourriture, relativement à l’uniformité des manifestations intellectuelles au sens le plus large de l’expression. Nous dirons seulement ici, que l’analyse scientifique a confirmé le résultat de l’expérience des siècles. Pour 100 parties, le pain de froment ordinaire renferme environ 51 parties de matière amylacée, 7 de matières albuminoïdes (gluten), et seulement 40 parties d’eau environ. On voit donc qu’en arrosant le pain et la viande en quantité convenable, on obtient aisément le carbone et l’azote nécessaires pour la nutrition. Avec le pain seul, U en faudrait près de 1,900 grammes par jour; mais comme la quantité de carbonne nécessaire n’est que de 300 grammes, contenus dans 1,033 grammes de pain environ, il reste 824 grammes en excès qui fatiguent en pure perte les organes de la digestion.
On sait quelles quantités énormes de pain consomme l’habitant des campagnes : heureux lorsqu’il peut, par l’addition de fromage ou d’un peu de lard, en diminuer d’autant la proportion. Avec le riz, nourriture habituelle des populations de l’Inde, c’est bien une autre affaire. Il en faut également 1,900 grammes par jour; mais additionnés d’un poids d’eau triple nécessaire pour la cuisson : de -sorte qu’on doit ingurgiter environ six litres d’une bouillie épaisse chaque jour. Ajoutez que le riz renfermant une énorme proportion de fécule (79 p- 100), près des deux tiers de la bouillie en question sont ingérés en pure perte, au point de vue du cari bone qui s’y trouve contenu.
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Les graines des légumineuses (haricots, fèves, etc.) sont extrêmement nourrissantes, en raison de la proportion considérable de matières azotées qu’elles renferment conjointement à l’amidon. On en jugera par la composition des haricots et des lentilles, mise en regard de celle des pommes de terre :
Eau. Matières Mat. fé- Grain. Cellulose Sels, azotées, culentes.
Haricots blancs
ordinaires. . 9,9 25,5 55,7 2,8 2,9 3,2
Lentilles.... 11,5 25,2 56,0 2,6 2,4 2,3
Pommes de
terre . 74 1,6 29,09 0,11 1,64 1,56
La matière albuminoïde des haricots et des lentilles est la légumine, beaucoup plus riche en azote et plus pauvre en carbone que les matières albuminoïdes animales et s’assimilant moins facilement que ces dernières. Elle est aussi beaucoup plus riche en phosphore : avec le poisson (par sa graisse phosphorée), c’est elle qui fournit à l’organisme les plus grandes quantités de cet élément important.
Quant a la pomme de terre si vantée, c’est une des plus grandes mystifications dont l’humanité ait été la victime.
Cela ne veut pas dire que la pomme dé terre ne puisse rendre des services : mais à la condition d’être associée à des substances vraiment nourrissantes. Ne renfermant que 20 p. 100 de matière fé- . culente avec des quantités insignifiantes de matières azotées, c’est — comme on dit en Auvergne —
« de la viande à Jean-lg-Saoûl. » 11 importait d’autant plus d’insister sur les qualités réelles de ce. comestible, que le préjugé contraire est plus répandu. Ajoutons que les pommes de terre sont excellentes pour le scorbut, en raison des sels de potasse qu’elles renferment.
Les végétaux herbacés, dits légumes verts (choux, asperge, salade, oseille, rhubarbe, etc.) sont excellents dans l’alimentation, non pas au point de vue de leurs propriétés nutritives qui ne font illusion à personne; mais, outre que certains d’entre eux (choux, asperges) renferment des quantités notables d’albumine végétale et des matières féculentes, tous contiennent de la cellulose, dont une partie seulement est transformée en sucre. Le reste, non assimilé, s’en va par les selles et par le fait même de sa présence, s’oppose à la constipation. De plus,, les sels alcalins, de potasse surtout, qu’ils contiennent, rafraîchissent le sang, c’est-à-dire le rendent plus fluide, en même temps que la digestion se trouve activée.
On en dira autant des fruits charnus et sucrés, tous d’une digestion facile, quand ils sont bien ' .mûrs. Les poires, pêches, prunes, raisins, etc., renferment surtout du sucre (24 p. 100 dans les prunes de reine Claude), des sels, des acides organiques, auxquels ils doivent leur goût particulier, une substance gélatiniforme donnant de là pectine.
Les fruits féculents (châtaigne, rima ou fruit de 1 arbre à pain) sont très nourrissants, étant riches en matières féculentes et azotées; de même, les fruits huileux (noix, amande) qui renferment peu ou point d’amidon, mais de l’huile et des matières proteïques végétales en quantité. A cette dernière Dictonnaire populaire de médecine üsdelle.
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classe appartient le fruit du cacaotier, base du chocolat, excellent aliment, presque complet et en même temps d’une digestion facile.
En résumé, s’il est possible d’entretenir la vie avec les seuls aliments empruntés aux végétaux, on voit que les substances animales sont nécessaires pour une nourriture saine et complète. A ceux qui objecteraient les Chartreux et autres trappistes, j’opposerai ce passage de Cabanis : {Rapports du physique et du moral, viii). — « Plusieurs fondateurs d’ordres ont eu l’intention formelle d’affaiblir leurs religieux en leur interdisant l’usage de la chair; ceux qui ont voulu les affaiblir davantage leur ont
interdit en même temps celui du poisson . 11 était
plus facile de subjuguer ainsi des âmes avilies, de les environner de teneurs fantastiques, de sombres et décourageantes illusions. Ces tristes victimes devenaient sans doute plus malheureuses; mais, en même temps, elles étaient plus soumises, et soit que le fondateur crût ou ne crût point mieux assurer par là leur bonheur dans un autre monde, il avait assuré la durée et la sécurité de son empire dans celui-ci : il avait atteint son but principal. »
A. Regnard et Paul Labarthe.
ALISE. — Fruit d’un arbre de la famille des rosacées, nommé alisier, d’une saveur astringente très accusée, due évidemment à la quantité notable de tannin qu’il renferme, employé dans les campagnes contre la diarrhée. p. L.
ALISMA. — Nom donné au plantain d'eau. (V. ce mot).
ALKEKENGE. — Nom donné par certains botanistes au coqueret. (V. ce mot).
ALLAITEMENT. — - L’allaitement n’est autre chose que l’alimentation exclusive de l’enfant par le lait. On compte quatre grands modes d’allaitement : 1° Vallaitement maternel L’allaitement étranger par une nourrice (constituant tous deux l’allaitement naturel) ; 3° Vallaitement artificiel par le lait d’un animal ; 4“ Vallaitement mixte, dans lequel on combine l’allaitement naturel et l’allaitement artificiel.
1° Allaitement maternel. — L’allaitement maternel est sans contredit le plus conforme aux lois de la nature et de la morale. Le premier devoir de la mère est évidemment d’allaiter l’enfant qu’elle vient de mettre au monde.
A quoi bon ce sein blanc sans cette bouche rose,
a dit le poète. « En remplissant de lait le sein des mères, a écrit Plutarque, la nature montre qu’elles doivent nourrir elles-mêmes l’enfant qu’elles viennent de mettre au jour. « « La femme, a dit encore Marc-Aurèle, est moitié mère pour enfanter et moitié pour la nourriture de son fruit, de façon qu’elle se peut appeler mère entière, lorsqu’elle a enfanté et nourri son enfant de ses propres mamelles,» Celle qui allaite le nouveau-né est plus mère que celle qui le met au jour : Quæ lactat mater magis quam quse genuit, dit encore un viel adage latin repris à la fin du siècle dernier par l’immortel lâ
bâtard d’Alembert, dans cette phrase restée célèbre :
« Ma vraie mère est celle qui m’a nourri de son lait, je n’en connais point d’autre. »
L’allaitement maternel a été pratiqué dès la plus haute antiquité. Chez les Hébreux, nous dit la Bible, les mères nourrissaient leurs enfants et chez eux l’allaitement maternel était un devoir tellement sacré que M. Lévy, grand rabbin de Bordeaux, affirme •qu’il n’existe pas dans la langue hébraïque un mot pour désigner la nourrice mercenaire. En lisant Homère on voit Hécube nourrir Hector, Pénélope nourrir Télémaque. Les romaines allaitaient ellesmêmes leurs enfants, les élevaient dans leurs bras. Se dévouer aux soins de la maternité et à la garde ■de la maison était toute leur gloire. « Jamais, écrit Plutarque en parlant de Caton le censeur, l’affaire la plus pressée, à moins qu’elle ne regardât la république , ne l’empêchait d’être auprès de sa femme quand elle lavait , et emmaillotait son enfant qu’elle nourrissait de son lait. » « Autrefois, écrit Tacite, ce n’était pas dans la cellule d’une nourrice achetée, mais sur les genoux et sur le sein d’une mère que chaque homme faisait élever ses fils. » Et ailleurs, le même auteur décrivant les mœurs •de Germains, ajoute : « Partout on laisse les enfants nus, partout ils sont allaités par leurs mères, -v sua ■qwemque mater uberibus alil, — qui ne les confient ni a des servantes ni à des nourrices, et c’est ainsi que se forment les , hommes dont nous admirons la vigueur et la beauté. »
Que diraient ces grands historiens du paganisme, si revenant aujourd’hui parmi nous, ils voyaient la plupart des jeunes femmes de la société chrétienne se soustraire avec autant de facüité qu’elles le font aux devoirs sacrés dei la maternité?
De ce court aperçu historique, ü résulte d’une manière évidente que l’allaitement maternel était en plus grand honneur chez les anciens que de nos jours. Il est bon de rappeler toutefois qu’à l’arrivée des Césars, le luxe précurseur de la décadence,, affranchit vite des devoirs de la maternité la plupart des mères, qui confièrent leurs enfants à des nourrices mercecenaires.
Le Catholicisme, s’inspirant des Hébreux, chercha bien à faire de l’allaitement maternel une obligation disciplinaire, mais dès le IV' siècle, saint Ambroise était forcé de constater combien ie§ mères chrétiennes oubliaient cette obligation. « La tendresse des oiseaux pour leurs petits, dit-il, apprend aux pères et aux mères leurs devoirs envers leurs enfants. Combien de nos jours ces devoirs ne sontils pas oubliés ! Nous voyons la plupart des mères se hâter de repousser de leur sein ceux même de leurs enfants qu’elles aiment le plus, en les livrant à des nourrices étrangères quand elles sont en état de les payer.... Où rencontre-t-on ailleurs que chez les hommes une semblable cruauté? »
^ Ce qu’écrivait saint Ambroise il y a 1,500 ans, peut s’appliquer de tous points à notre époque. Catr, malgré tout ce qu’ont écrit les moralistes et les philosophes, depuis Plutarque jusqu’à J.-J. Rousseau, un des plus éloquents apôtres de l’allaitement maternel, aujourd’hui en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, en France, la plupart des femmes d’un rang elevé ou simplement aisé, n’allaitent plus leurs
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enfants et les abandonnent à des nourrices mercenaires. A peine trouve-t-on quelques mères qui veuillent bien allaiter et élever l’enfant qu’elles viennent de mettre au monde. « Comment ne pas encourager ces mères, trop peu nombreuses, dironsnous avec le D’ Réné Blache, qui ne veulent pas donner à une étrangère le premier sourire, les premières caresses de leur enfant? Malheureusement les jeunes femmes ne trouvent dans leurs familles que peu ou point d’encouragements. D’ailleurs la crainte de souffrir, de se fatiguer, de s’asservir pour un long temps au berceau de l’enfant, au détriment du mari, des plaisirs du monde ou des exigences de la société, de perdre leur taille, leurs charmes, que sais-je encore? Tout leur est prétexte a renoncer à allaiter. « Voilà pourtant les mères chrétiennes, et soit-disant idéales, telles que nous les fait l’éducation des couvents. Ce n’est pas là une vue de l’esprit : car on lit dans la même brochure, que le professeur Tarnier, chirurgien en chef de la Maternité, n’hésite pas à fixer à un sur HUIT le chiffre de l’allaitement par la mère dans la haute clientèle où il exerce sa profession. Or, on sait assez que les femmes de la classe riche, auxquelles il est fait allusion, ne sortent généralement pas des ihaisons d’éducation laïques.
Avantages de l’allaitement maternel pour la mère ET l’enfant. — La nature et la morale font donc à la femme qui devient mère un devoir impérieux d’allaiter son enfant. La physiologie, la médecine et l’hygiène le lui enseignent aussi. En effet, outre que l’allaitement maternel est le meilleur mode d’alimentation pour l’enfant, if est favorable à la santé de la mère. Une nouvelle accouchée qui nourrit se rétablit généralement plus vite que si elle ne nourrit pas et échappe aux terribles accidents de la fièvre puerpérale. Les femmes qui étaient sujettes à des névralgies utérines ou ovariennes, dit très justement Tarnier, s’en trouvent parfois débarrassées après avoir nourri ; souvent aussi celles qui étaient chlorotiques, névropathes, qui n’avaient pas d’appétit et digéraient mal, dont la santé était languissante, jouissent pendant l’allaitement d’une santé excellente qui peut même se maintenir après qu’elles ont sevré.
Nous venons de dire que l’allaitement maternel est le meilleur mode, d’alimentation de l’enfant : La. statistique nous en fournit une preuve irréfutable. Tandis , que la mortalité des enfants nourris 'au biberon atteint 30 pour 100, et qu’elle s’élève à 50, 60 et 80 pour lOO chez ceux qui sont emmenés en nourrice, elle ne dépasse pas 15 pour 100 et elle s’abaisse à d 0 et même à 5 pour 100 chez les enfants allaités par leur mère !
Indications et contre-indications de l’allaitement , MATERNEL. — ■ Avec Jacquemier et la grande majorité des accoucheurs, on peut affirmer, d’une manière générale que, toute: fèmme douée d’une constitution de force moyenne, jouissant d’une santé ordinaire, un peu habituée à la vie active, peut, si elle le veut sérieusement, se promettre de nourrir avec succès son enfant, et ne craindre d’autres accidents que ceux inhérents à l’allaitement. Toutefois, il est des cas où la mère ne peut réellement allaiter son enfant. Les indications et les contre-indications se tirent : POUR LA MÈRE, de son âge, de ses maladies, de l'état
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de ses seins, de sa condition sociale, et pour u’enfant, de certains vices de conformation.
Age de la mère. — Pour être une bonne nourrice, d’après le Jules Simon, la femme est trop âgée au-dessus de 35 ans, trop jeune au-dessous de 20. Dans ces deux cas, dit le savant médecin des enfants, eUe ne pourra fournir à l’enfant de 2 à 4 mois la quantité de lait dont il a besoin.
Maladies. — Toute femme qui n’est atteinte d’aucune maladie pouvant s’aggraver par le fait de l’allaitement, ni d’aucune affection latente, dont les manifestations, nulles jusqu’alors, pourraient se développer sous l’influence de l’allaitement, est susceptible de nourrir. Par contre ne doivent pas nourrir : les mères phtisiques ou dont les parents sont morts phtisiques, non pas que leur lait transmette à l’enfant nouveau-né les principes tuberculeux, mais parce qu’il ne renferme pas les éléments nutritifs en quantité et de qualité indispensable pour une bonne alimentation ; les mères scrofuleuses, cancéreuses, rachitiques ou atteintes d’une cachexie quelconque ; les mères folles, épileptiques ou hystériques à un haut degré, chaque attaque modifiant la sécrétion lactée dans sa quantité et dans sa qualité. Avec Jules Simon nous défendrons l’aUaitement aux mères qu’épuisent des flueurs blanches excessives ; à celles qui sont frappées d’une anémie profonde causée par l’albuminurie, le diabète, un empoisonnement paludéen, saturnin ou mercuriel. Une femme qui a subi d’abondantes hémorrhagies après son accouchement est dans de très mauvaises conditions pour nourrir, surtout si, contrairement à ce qui arrive d’ordinaire, la perte de sang redouble, sous forme de métrorrhagie , dès que l’enfant prend le sein. Enfin, en ce qui concerne les femmes purement lymphatiques, nous partageons l’avis de Tarnier, qui veut qu’on leur laisse toute liberté d’action. Mais, quant aux mères syphilitiques, il est de toute évidence qu’elles doivent allaiter leurs enfants, puisque ceux-ci pourraient transmettre la syphilis à une nourrice saine.
État des seins. — La mauvaise conformation du mamelon, son développement excessif, et les gerçures, crevasses et excoriations qui l’aCcompagnent ; son développement insuffisant, ce qu’on appelle le mamelon rentrant, ombiliqué d’une façon permanente; les bouts de sein résistants, courts, incapables d’élongation, sont des obstacles à l’allaitement.
Condition sociale. — La femme pauvre, obligée de gagner péniblement son pain au dehors, ce qui tait qu’elle est forcément absente du logis pendant toute la journée ; — la femme commerçante, dont la présence au magasin ou à la boutique est indispensable à la bonne gestion de ses affaires ; — la emme riche, mondaine, aimant les dîners, le théâffe, les soirées, les bals, les fêtes, les voyages ; — toutes ces femmes sont dans de mauvaises conditions pouf faire de bonnes nourrices. Aussi l’État, les communes, les institutions de bienfaisance doivent encourager et aider pécuniairement les femmes pauvres qui auront le courage vraiment méritoire d’allaiter leurs enfants ; — les commerçantes feront bien de sacrifier quelque peu leurs intérêts commerciaux à ceux de leurs enfants; — quant aux mondaines, ce sont certainement celles qui feront
le plus difficilement les sacrifices nécessaires pour devenir de bonnes nourrices.
Obstacles provenant de. l'enfant. — Plusieurs obstacles de gravité diverse provenant de l’enfant peuvent empêcher l’allaitement maternel, en ce qu’ils rendent la succion très difficile, et dans certains cas impossible. Tels sont : les vices de conformation des lèvres, le bec-de-lièvre, une tumeur sublinguale, la brièveté du frein de la langue, qui constitue ce que le public appelle le filet; une paralysie des lèvres, conséquence de la compression du nerf facial par le forceps.
Est-il possible de reconnaître d’avance si une
FEMME ENCEINTE SERA BONNE NOURRICE? — A CCtte
question, journellement posée, nous répondrons par une citation du D’’ Donné, ancien recteur de l’académie de Montpellier, fort compétent en la matière.
Donné croit, — et avec lui Bouchut, Tarnier et plusieurs accoucheurs, — qu’il existe un rapport à peu près constant entre les qualités et l’abondance du colostrum (V. ce mot) qu’on fait sourdre par une pression modérée du sein, pendant la grossesse, et les qualités et l’abondance du lait apiiès l’accouchement. Sous le rapport de la sécrétion du colostrum, il divise les femmes en trois grandes catégories.
« Dans la première, dit-il, se rangent celles chez lesquelles à quelque époque de la grossesse que l’on fasse cet examen, la sécrétion du colostrum est si peu àbondante, que l’on peut à peine en obtenir une goutte ou une demi-goutte par la pression la plus soigneusement exercée sur la glande mammaire et le mamelon. Si l’on joint l’observation microscopique à cet examen, on verra que ce colostrum contient un peu de globules laiteux, petits, mal formés, et un très petit nombre de corps granuleux propres à ce fluide. Dans ce cas, le lait sera presque à coup sûr en petite quantité après l’accouchement, pauvre et insuffisant pour la nourriture de l’enfant.
« La seconde catégorie comprend les femmes qui sécrètent un colostrum abondant* mais fluide, aqueux, coulant facilement, semblable à une légère eau de gomme, également pauvre en globules laiteux et en corps granuleux ; il semblerait qu’il est étendu et délayé avec de l’eau ; les femmes offrant ce caractère peuvent avoir du lait en plus ou moins grande quantité, quelquefois abondant, quelquefois rare ; mais leur lait est pauvre, aqtieux et très peu substantiel,
« Enfin, lorsque la sécrétion du colostrum chez une femme grosse de huit mois, par exemple, est assez abondante, que l’on en obtient facilement plusieurs gouttes dans un verre de montre, surtout lorsque ce fluide contient une matière jaune, plus ou moins foncée, plus ou moins épaisse, tranchant par sa consistance et par sa couleur avec le reste du liquide, dans lequel elle forme des stries distinctes, qu’il est riche en globules laiteux déjà bien formés, d’une bonne grosseur, sans mélange de globules muqueux, et qu’il contient également une plus ou moins grande quantité de corps granuleux, on a la présque certitude que la femme, dans ces conditions, aura du lait en suffisante quantité ; que ce lait sera riche en principes nutritifs, et qu’il jouira en un mot de toutes les qualités essentielles. »
Hygiène et régime de la mère pendant l’allaite-
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MENT. — Eygime des seins avant l'allaitement. — Nous ne saurions trop conseiller à une femme enceinte qui veut allaiter de soigner ses seins d’une façon toute particulière, pendant les derniers mois de sa grossesse. Elle doit lotionner fréquemment les bouts avec de la teinture d’amica, ou simplement avec de l’eau-de-vie, ou encore les frictionner avec un glycérolé d’amidon ou de tannin pour les endurcir et prévenir les gerçures et les crevasses qui peuvent se produire lorsqu’elle allaitera. Si le bout des seins est peu saiUant, ombiliqué, elle doit, pendant les derniers mois, les titiller, les chatouiller ou les tirailler avec ses doigts. Elle peut encore, ainsi ■que le conseille Bouchut, les faire sucer par son
Fig. 62. — Ventouse Fig. 63.— Bout de sein en cristal avec à bout de sein. tétine en caoutchouc, disposé avec
un tube reliant la cloche à la tétine.
mari, et il est à croire que celui-ci sera toujours assez galant pour rendre à sa femme ce petit service. Si les tiraillements ne suffisent pas, si le mari mal complaisant refuse la succion, la femme peut se servir, pour modeler ses bouts de sein, d’une pipette [fig. 62), ou d’une ventouse spéciale {fig. 63), ou tout simplement d’une pipe en terre dont elle appliquera exactement le fourneau sur le mamelon ; puis eUe aspirera par le tdyau.
Hygiène des seins avant et agrès la tetée. — Après l’accouchement, lorsque la mère allaite son enfant, elle doit encore prendre un soin tout particulier de ses seins. S’ils sont volumineux, il faut les soutenir, sans les comprimer dans un corset trop serré. Avant chaque tetée, il faut laver le mamelon pour désobstruer ses orifices et enlever le lait qui pourrait y être resté et avoir pris une acidité désagréable pour le nouveau-né. De même, après la tetée, on refera la même opération ; puis après avoir essuyé le mamelon, on recouvrira le sein avec une étoffe fine, et on le mettra à l’abri du froid, des poussières, des frottements rudes et des chocs. Grâce à ces précautions, la femme qui aUaite évitera les gerçures, les crevasses et les abcès du sein.
. Attitude de la mère et de V enfant pendant la tetée. — L’attitude de la mère et la façon dont elle doit tenir l’enfant lorsqu’elle lui donne à téter sont loin d’être choses indifférentes. Voici les excellents préceptes donnés à ce propos par le regretté professeur Lorain : « La mère doit être assise ou avoir du moins le haut du corps soulevé ; elle ne doit pas tenir l’enfant horizontalement ; il faut qu’elle le tienne obliquement placé, de façon que son visage ne soit pas appliqué avec force contre le sein. Les enfants doi¬
vent pouvoir respirer largement pendant qu’ils tet. tent. 11 faut que la main de la mère appuie sur le sein et modère l’excrétion du lait, et puisse épargner à l’enfant ces régurgitations brusques qui amènent la toux et quelquefois des vomissements. »
Régime de la mère. — Mener une existence calme, régulière, vivre au grand air, se livrer chaque jour à un exercice modéré, se coucher de bonne heure; éviter tout ce qui peut produire une impression morale trop vive : colère, peur, joie ; bals, spectacles, soirées , lectures prolongées ; voilà les conditions premières et nécessaires d’une bonne hygiène pour une femme qui allaite. Quant au régime, nous ne sommes pas partisan d’une nourriture spéciale ; l’essentiel est que la nourriture soit bonne, suffisante pour réparer les pertes quotidiennes résultant de l’allaitement. Règle générale, tout aliment, viande, légume ou fruit, convient à la mère, si elle le digère bien. Elle peut donc manger de tout, mais dans de justes proportions, et en accordant toujours une certaine préférence aux aliments qui ont la réputation de donner du lait, comme les graines de légumineuses en général et les lentilles en particulier. De plus, elle n’oubliera pas que le lait participant des propriétés des substances ingérées, l’ail, l’oignon, les épices, les asperges, etc., doivent autant que possible être proscrits de son alimentation habituelle.
Comme boissons, la mère peut boire indifféremment du vin coupé avec de l’eau ou de la bière de bonne qualité. Toutefois nous devons dire que la bière a la réputation d’augmenter la quantité du lait. Nous permettons le café, le thé et l’alcool, mais à doses très modérées.
Certains médecins ne sont pas partisans de faire prendre des bains aux femmes qui allaitent. Nous né partageons pas leur avis, et nous autorisons volontiers les bains tièdes, les bains froids et même l’hydrothérapie.
Quant aux rapports sexuels : « Quelques-uns défendent exactement aux -.nourrisses de leurs enfants d’approcher de leurs maris, craignans qu’elles ne troublent le laict, et qu’elles n’en deviennent trop échauffées. Ce que toutefois il ne faut entendre à toute rigueur : car la nourrisse qui sera d’une bonne nature, joviale et gaillarde, ayant désir du couple avec son mari, si elle sent que cela lui soit totalement dénié, elle s’eschauffe teUement en son , harnois, que le laict se gaste, brusle et sent le bouquin, dont il est rendu beaucoup plus mauvais et pernitieux ; mais quand eUe a esté délactée de quelques médiocres embrassements, eUe est rendue' plus modeste, tranquille et tempérée. Le laict en est meilleur, plus doux, gratieux et convenable pour la santé de l’enfant. » Cette opinion du vieil auteur du Traité des Hermaphrodits, est à peu de chose près celle de la plupart des accoucheurs contemporains. Avec eux donc, Tarnier et Jacquemier en tête, nous dirons que le coït ne doit pas être absolument proscrit mais qu’il devra être très rare et, autant que possible, non suivi de grossesse.
Hygiène et régime de l’enfant allaité. — Nous venons d’étudier tout ce qui concerne la mère dans l’aUaitement, nous allons nous occuper de tout ce qui touche à l’enfant.
A quel moment faut-il donner la première tetée?
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Autrefois pendant les deux ou trois premiers ensuite que cette tension eût diminué. Un enfant
inurs après la naissance, on ne donnait au nouveau- faible et vigoureux ne pourrait supporter ces délais,
Tié aue du miel ou du sucre à sucer. De nos jours et serait la victime de 1 ignorance ou des préjugés
la plupart des mères ont remplacé le miel et le sucre de ceux qui le soignent. » Comme on le voit il n’y a
oar de l’eau sucrée tiède. Nous ne saurions protester aucune bonne raison pour ne commencer à donner
assez énergiquement contre cette coutume absurde, a téter qu'apres la fievre de lait, tandis qu’il y en a
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cela même à faciliter l’expulsion de cette ma- tetées, et à partir du sixième mois celles-ci peuvent
jere. Ce liquide acquiert peu a peu l’apparence n’avoir lieu que toutes les trois heures, ce qui en
ah du lait et devient de plus en plus réduit le nombre à six en vingt-quatre heures, dont
fondant. Si l’on différait à mettre l’enfant à la quatre ou cinq pendant le jour et une ou deux pendûit^r ’ perdrait les avantages qu’il dant la nuit.
tmer du colostrum, la grande distension des C’est asâez dire que nous nous opposons formelle- ^ ^ l’époque de la fièvre de lait, ment à cette habitude déplorable qui consiste à mettre
Pposerait à ce qu’il put téter ; il faudrait attendre l’enfant au sein à tout instant, pour l’empêcher de
Fig. 64. — Pèse-Bébé du Bouchut. (Système Galante.)
eia meme à faciliter l’expulsion de cette malere. Ce liquide acquiert peu a peu l’apparence qualités du lait et devient de plus en plus
J ' - 'lu. IX pciurctit leo avalitagoo 41X xx
1 tmer du colostrum, la grande distension des amelles, qui a lieu à l’époque de la fièvre de lait, opposerait à ce qu’il put téter ; il faudrait attendre
crier, car on surcharge ainsi son estomac outre mesure et on l’expose à de fréquentes indigestions.
Ajoutons que la mère doit à chaque tetée présenter successivement les deux seins à son enfant, et que si elle a assez de lait, chaque tetée ne durera pas moins de dix à quinze minutes. Elle doit aussi laisser l’enfant qui tette se satisfaire à son aise, et attendre qu’il quitte le sein de lui-même. 11 arrive souvent qu’il s’y endort : il faut alors le placer doucement dans son berceau, où il est incontestablement mieux que sur les genoux de sa mère.
Quelle est la quantité de lait frise par tetée et par vingt-quatre heures? — Le D' Bouchaud, a fait à la Maternité de Paris, sous le contrôle de Tarnier des recherches très intéressantes à ce sujet. Elles se trouvent résumées dans le tableau suivant :
POIDS DU lait