‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle. tome 1Chapitre 5 sur 206 · Plaies de l’abdomen · texte numérisé non relu

Plaies de l’abdomen

— On les divise en a, plaies non pénétrantes, et b, plaies pénétrantes.

a). Plaies non pénétrantes. — Les piqûres sont peu graves ; les plaies par instruments tranchants peuvent intéresser la peau seule ou les muscles. Dans ce dernier cas, il est quelquefois difficile d’obtenir la réunion par première intention. Les agglutinatifs (sparadrap gommé, diachylon), qui suffisent dans les cas simples, doivent être remplacés par la suture, soit enchevillée, soit en fils métalliques (V. Suture). Le danger de ces plaies consiste surtout dans la production possible d’une hernie ventrale. Il peut y avoir des plaies non pénétrantes par armes à feu ; quelquefois , on observe deux orifices , le projectile ayant glissé entre les diverses couches de la région, ce qui fait croire à une plaie pénétrante. Le diagnostic se tire surtout de l’absence des signes généraux graves, qui seront décrits plus bas. Mais ces signes généraux (syncope, vomissements, etc.) peuvent se rencontrer parfois dans le cas de plaies non pénétrantes, et alors le chirurgien se trouve d’autant plus embarrassé qu’il est formellement interdit de sonder la plaie. D’ailleurs, le traitement est le même, consistant dans l’emploi des antiphlogistiques.

Dans les plaies non pénétrantes de l’abdomen, la guérison est la règle.

Dictionnaihe de médecine usuelle.

b). Plaies pénétrantes. - Ces plaies peuvent être simples ou comphquées de la hernie de quelquesuns des viscères abdominaux, ou, ce qui est plus grave encore, de la blessure de ces viscères.

Les plaies pénétrantes simples tirent leur gravité de la lésion du péritoine et de la péritonite traumatique, si souvent mortelle, qui en est la conséquence. ■ Les plaies par instruments

tranchants sont de beaucoup les plus dangereuses, une fois mises à part les blessures d’armes a feu, presque toujours accompagnées de lésions viscérales.

Elles se manifestent par des phénomènes symptomatiques effrayants : pâleur extrême du visage, faiblesse du pouls, refroidissement des extrémités.

Cependant si la solution de continuité n’est pas très grande, si l’on n’aperçoit pas les viscères, on peut encore conserver des doutes et de l’espoir, ces phénomènes étant susceptibles de se montrer, à la rigueur, dans le cas de plaies non pénétrantes. L’inspection de l’arme peut fournir des renseignements : il ne pouvait y avoir de doutes, par exemple, dans le cas de Henri III, quand on vit le couteau, dont le moine Jacques Clément s’était servi, ensanglanté de plus de quatre travers de doigt.

Que le diagnostic soit plus ou moins complet, il faut fermer la plaie, immobili- Pig 12. ser le ventre et donner l’o-

1. Œsophage. —2. Estomac. — 3. Orifice pylorique de l’estomac. ralentit le mou-

— i. Duodénum. — 5 Intestin grêle. — 6. Cæcum. — 7. Cô- vementde l’intestin. — Les Ion ascendant. — 8. Côlon transverse. — 9. Côlon descen- instruments piquants, faidant. —10. Rectum. — 11. Foie. —12. Vésicule biliaire cou- | ^laips contusps pée. - 13. Veines sus-hépatiques adhérentes au tissu du sant ttes plaies coniuses foie. — 14. Rate. — 13. Vessie, recouverte incomplètement SOnt infiniment moins danpar le péritoine. — A. Aorte. — B. Veine cave inférieure. — gereux. Ily a des Cas extra- C.Diaphra^e et les deux feuillets séreux qui recouvrent ses ordinaires : tel celui d’un deux faces. jeune garçon qui, tombé

d’un cerisier, s’embrocha sur un échalas dont le bout pointu, pénétrant en dedans de l’omoplate gauche, vint sortir au dessus du pubis, après avoir traversé la cavité abdominale de haut en bas. Le blessé guérit. {Journal de méd. et de chirurgie prai., 1843, P- ^21.) . . , ,

Les plaies compliquées de hernies viscérales sont dues à des instruments tranchants, souvent aussi à des coups de corne d’animaux. C est le pl^ souvent l’intestin qui vient faire sailhe entre les lèvres de la plaie. Les livres de chirurgie fourmillent d’observations dans lesqueUes on voit des malheureux, éventrés, faisant quelquefois une lieue et plus, avec leurs boyaux dans leurs mains, jusqu’à ce qu’ils rencon-

10 ABD

trent quelque âme charitable qui renfonce les intestins et recouse la plaie. (V. De la Motte, tome II, p. 220, etc.) La guérison s’observe, en effet, dans un certain nombre de cas, surtout dans les éventrements par coups de corne. Mais il ne faut pas oublier que les cas ainsi relatés sont en somme exceptionnels. Il faut réduire l’intestin, en débridant si cela est nécessaire, recoudre le ventre ; puis le traitement comme dans le cas de plaie pénétrante simple. Dans le cas de hernie de Vépiploon, il faut en général laisser l’épiploon dans la plaie.

On a observé des hernies de l’estomac, du foie, de la rate. Il faut réduire l’organe et se rappeler qu’on a observé les cas de guérison les plus extraordinaires.

Les plaies compliquées de lésions viscérales sont les plus dangereuses de toutes. L’intestin est le plus souvent blessé : la plaie peut être transversale, longitudinale, oblique, ou consister en une simple piqûre. Le seul signe certain est la sortie des matières intestinales, ce qui fait en même temps le danger de ces plaies, à- cause de la péritonite, conséquence presque fatale de cet épanchement. La gravité est moindre quand l’intestin est hernié ; car on peut alors établir un anus contre nature ou réunir par la suture, (v! TMestin.)

L’estomac est quelquefois lésé, et cela d’autant plus facilement qu’il est plus rempli : d’où l’indication d’arriver autant que possible le « ventre vide », quand on doit se battre a l’épée. Les vomissements de sang mêlé à des aliments sont un bon indice, mais non certain ; le seul signe absolu, c’est la sortie des matières alimentaires par la plaie, comme cela se présenta dans le cas du malheureux journaliste Seguin, assassiné en 1881 par un Arabe, en Tunisie. Seguin venait précisément de prendre son repas quand il eut l’abdomen et l’estomac ouverts par- le couteau du meurtrier. Comme traitement, il vaut mieux d’ordinaire tenter l’établissement d’une fistule stomacale.

Le foié^ les voies' biliaires, la rate peuvent être égalément léséés. (V. ces mots et, plus h-às,, Épanchements de l’abdomen.)

3. Corps ÉTRANGERS. — Ils compliquent d’ordinaire lés plaies de l’abdomen. Souvent il s’agit de projectiles lancés par la poudré. Quand un coup de feu a été.tiré dans le ventre et qu’on n’observe qu’un orifice, on est en droit de conclure que le projectile n’est pas sorti. Cependant, même, dans le cas de deux ouvertures, on n’est pas fondé à dire qu’il ne reste rien dans l’abdomen : il peut y avoir dans la charge plusieurs, chevrotines, même plusieurs balles. L’exploration à travers les parois permet généralement d'établir le diagnostic.

Il y a des cas moins communs et plus compliqués. On lit dans les Médico-Chirurgical transactions (vol. XXXIX, p. 15), l’histoire d’une femme de vingthuit ans qui était en train de s’introduire un pinceau de bois de cèdre dans le vagin, lorsqu’ayant été surprise, elle s’assit brusquement La tige de bois renfoncée pénétra dans la cavité péritonéale. On sentait l’un des bouts dans la région de l’ombilic, presque sous )a peau. La femme vécut huit mois et mourut de péritonite à la suite de l’opération pratiquée pour l’extraction.

ABD

En générah'l’extraction immédiate doit être tentée ; car si les corps étrangers peuvent s’enkyster, sortir quelquefois avec les matières fécales, ils déterminent trop souvent des abcès et des péritonites mortelles.

4. Épanchement dans l’abdomen. — - Les épanchements traumatiques dans la cavité du péritoine doivent seuls nous occuper ici.

Les épanchements de sang sont fréquents à la suite des plaies pénétrantes. Le liquide tend à s’accumuler d’ordinaire dans la région hypogastrique, et si le sang s’épanche seul, que l’hémorragie soit modérée, l’épanchement peut se circonscrire : il se forme un caillot qui finit par se résorber. D’autres fois, le foyer sanguin se transforme en foyer purulent, et il en résulte d’ordinaire une péritonite. Lorsqu’enfin les gros vaisseaux, l’aorte, la veine cave, etc. sont atteints, il en résulte une hémorragie foudroyante, une mort presque instantanée. Le traitement pour les cas ordinaires, consiste dans l’emploi des hémostatiques, des résolutifs.

Les épanchements de matières • stercorales et alimentaires, de gaz, de bile, d’urine succédant à la blessure de l’intestin, de l’estomac et des voies biliaires (v. ces mots), sont extrêmement irritants et presque toujours mortels. On voit pourtant quelquefois un abcès se former, puis se vider dans' l’intestin. On doit, dans ces différents cas, s’attacher surtout à combattre la péritonite.

Les épanchements de pus peuvent être primitifs, c’est-à-dire succéder à l’ouverture dans l’abdomen, d’un abcès duvoisinage.Lepusse comporte alors à la manière du sang, avec cette différence que la péritonite est plus grave et la résorption beaucoup plus rare. Enfin on observe parfois des épanchements de pus consécutifs et qui sont alors le fait de la péritonite. D' p. L. Tarrioe,

Rédacteur du Médecin, Praticien.

ABDOMINAL. — Anatomie. — Qualification donnée aux organes, qui appartiennent à l’abdomen. Ainsi on donne le nom de parois abdominales aux enveloppes de l’abdomen; on appelle viscères ou organes abdominaux tous les organes renfermés dans l’abdomen ; les membres inférieurs sont désignés sous le nom de membres abdominaux, tandis que les membres supérieurs ont reçu le nom de membres thoraciques. — On appelle aponévrose abdominale la gaine ou prolongement des muscles du ventre ; vertèbres abdominales, celles qui sont en rapport avec l’abdomen. P. L.

ABDOMINALES (ceintdres).— Petite chirurgie. — On appelle ceintures abdominales, des ceintures spécialement destinées à contenir simplement, à soutenir, ou à comprimer méthodiquement les parois abdominales. Elles conviennent aux femmes très grasses dont les parois abdominales, à la suite de plusieurs grossesses ou à la suite d’une hydropisie ascite, dont le liquide a été évacué, sont relâchées et pendantes au-devant du pubis, et demandent, comme le dit fort justement le professeur Courty, de Montpellier, à être soutenues pour ne pas gêner l’exercice et pour ne pas fatiguer, par cette projection ou par un ballottement, les viscères abdominaux en général, ou la matrice elle-même.

ABD

Ces ceintures servent aussi au traitement de certaines affections de la matrice, principalement les déviations. Elles trouvent encore leur emploi chez

Fig. 13. — Ceinture abdominale en tissu anglais élastique, vue de face.

les femmes atteintes de tumeurs abdominales, de kystes de l’ovaire, chez les opérées à.' ovariotomie, etc.

Les ceintures abdominales sont en coutil, en peau de daim ou de chamois, en tissu élastique (coton et

Fig. U. — Ceinture abdominale en tissu anglais élastique, vue de côté.

caoutchouc, soie et caoutchouc). Certaines ont une partie en coutil, et les goussets en élastique. La ceinture de Mathieu, en tissu anglais élastique, convient surtout aux femmes dont l’abdomen est distendu par le tissu adipeux, ou dont le volume du ventre devient trop gênant. La ceinture du professeur agrégé Pinard, accoucheur des hôpitaux, rend de réels

ABE il -

services chez les femmes enceintes, surtout chez celles dont les accouchements multiples ont amené un relâchement de la paroi abdominale. Enfin la ceinture du professeur Courty, à compression méthodique, sert lorsqu’on veut évacuer par l’opération de la -paracentèse tout le liquide d’un kyste de l’ovaire ou d’une hydropisie ascite.

Elle se compose d’une douzaine de courroies en tissu de bretelle élastique ou non élasti- — Ceinture abuominale

^ 1. , ' du D'' Pinard

que, alternant avec

une douzaine de petites boucles .fixées les unes et les autres, de chaque côté d’un plein en fort coutil qui forme toute la portion lombo-sacrée de la ceinture. En bouclant alternativement les bretelles de droite et celles de gauche, soit de haut en bas, soit de bas en, haut, augmentant au fur et à mesure la constriction, on comprime à volonté, de la . manière la plus régulière possible, la totalité des parois antéro-latérales de l’abdomen.

Quelle que soit la ceinture à laquelle on ait recours, certaines mesures Ceinture abdominale du sont indispensables à don-

ner aux fabricants. Nous croyons devoir les indiquer d’après la figure qui représente la ceinture de Mathieu. 11 faut prendre: 1“ les circonférences de A à B, de C à D et de E à F ; 2“ les hauteurs de E à A et de F à B. D' A. L. Labarthe, père.

ABDUCTEUR. — Qualification donnée à un muscle qui porte un organe, en dehors de son axe ou de la ligne médiane du corps. Ainsi muscle abducteur de l’œil, muscle abducteur du pouce. P. l.

ABDUCTION. — Mouvement à la suite duquel un organe est écarté de l’axe du corps. Ainsi les mouvements qui écartent les bras et les jambes du corps, ceux qui écartent le pouce des autres doigts et les doigts les uns des autres sont des mouvements abducteurs. P. L.

ABEILLE — Histoire naturelle. — Il ne rentre pas dans le cadre de ce dictionnaire de faire la description détaillée des abeilles, de leur vie, de leurs mœurs. Nous n’avons à nous occuper ici que des piqûres venimeuses faites par ces insectes, des accidents qui les accompagnent et des moyens de les

ABE

ABE

éviter ou de les atténuer, enfin nous dirons quelques mots des dangers pour la salubrité publique de l’accumulation des abeilles au sein des villes.

Nous rappellerons toutefois qu’on distingue trois espèces d’abeilles domestiques : l’abeille ouvrière, l’abeille femelle ou reine et l’abeille mâle ou fauxbourdon.

L’appareil venimeux n’existe que chez les femelles et les ouvrières, et se trouve avorté chez les mâles.

Il est situé dans la partie postérieure de l’abdomen et se compose de deux glandes tubuleuses enroulées sur elles-mêmes, se réunissant par un tube conique qui se dilate bientôt pour former le réservoir du venin. De ce réservoir part un tube grêle qui se dirige en arrière et aboutit à l’aiguillon.

L’aiguillon se compose de la base, d’un étui ou gaine et du dard.

Le dard mobile, très ^ acéré, se termine par de

Fig. 17. - Appareil à venin de Petites dents en forme de l’abeille. — gi, glande à ve- scie se dirigeant de la nin. — V, réservoir du venin, pointe vers la base. Il est ”îne ~ creusé dans toute sa lon-

^ ■ gueur d’une petite rainure

médiane par laquelle s’écoule le venin. Cette disposition explique comment l’aiguiUon peut rester dans la plaie, retenu à la peau par les dents de scie lorsque l’abeille veut fuir après avoir piqué. La mort a bref délai est pour l’abeille la conséquence de la perte de son aiguillon.

Médecine. — Lorsqu’on saisit une abeille avec toutes les précautions voulues, de façon â ce qu’elle ne puisse pas piquer, on voit bientôt son aiguillon sortir, et tout aussitôt apparaître, à l’extrémité du dard, une gouttelette d’un liquide diaphane, incolore, d’une odeur vive et pénétrante. Si on cueille cette goutte, qui n’est autre que le venin, et si on la porte sur la langue, on éprouve aussitôt un sentiment de brûlure âcre qui se dissipe en peu de temps, sans autres phénomènes consécutifs.

Lorsqu’on est piqué par une abeille, on voit tout aussitôt se former autour de la piqûre un petit bourrelet circulaire large de deux à trois millimètres, d’un blanc mat, otoant à son. centre un point déprimé, grisâtre ou violacé, déterminé par la blessure ou par la présence de l’aiguillon. Bientôt le gonflement augmente, la peau devient rouge, tendue, et on éprouve dans toute la partie des élancements vifs et aigus. Une démangeaison violente survient qui pousse à se frotter et à se gratter. Dans certains cas, surtout lorsque la piqûre est située aux joues, sur les paupières, le gonflement devient considé^ rable. Au bout d’un certain temps, le gonfleinent reste stationnaire ; la partie est engourdie, puis le gonflement diminue peu à peu, et dans les vingtquatre ou quarante-huit heures, les accidents se dissipent graduellement. Quelquefois, on voit apparaître des symptômes généraux tels que frissons, troubles de la vision, fièvre. Les exemples de convulsions survenues chez les enfants à la

Fig. 18. — Abeille femelle ou reine.

suite de simples piqûres d’abeille ne sont pas rares. Gilet de Grammont, père, a vu un panaris survenir au pouce d’un robuste campagnard après une seule piqûre. Une seule piqûre aussi détermina un érysipèle de la face chez un jeune enfant, qui succomba. Un médecin de l’ile de France, dont le nom nous ' échappe, a rapporté deux cas de jeunes nègres piqués, dans les pays chauds, qui moururent du tétanos. Enfin, on trouve dans les ouvrages vétérinaires, plusieurs observations de chevaux morts pour avoir été attaqués par un essaim d’abeilles.

Le traitement des piqûres d’abeilles est simple et facile à exécuter. Voici en quoi il consiste :

Aussitôt qu’une personne a été piquée par une abeille, il faut : 1” examiner si le dard est resté dans la plaie ; 2° voir si le réservoir à venin est encore attaché à l’aiguillon. Cette double constatation une fois faite, il faut extraire le dard de la plaie sans presser sur le réservoir pour éviter d’y introduire d’autre venin, et pour cela enfoncer une épingle le long de l’ai-r guillon, sans le ' comprimer, puis exercer une traction un peu oblique en haut.Cette petite manœuvre, assez facile, réussit le plus souvent. Le dard retiré, on lave la plaie avec de l’eau salée, de l’eau vinaigrée ou de l’eau ordinaire additionnée de quelques gouttes d’ammoniaque, ou encore d’acide phénique ou de l’eau sédative. L’eau de chaux, préparée en mettant quelques petits morceaux de chaux dans un verre d’eau, me semble préférable cependant, en ce sens que son application est moins douloureuse que l’ammoniaque et amène la cessation plus rapide du gonflement et de la douleur.

Après avoir bien lavé la petite plaie, on peut appliquer de petits cataplasmes faits soit avec de la mie de pain et du lait, soit avec des pommes cuites. Si on a du lait caillé, on pourra l’employer de préférence â cause de la sensation de bien-être que procure sa fraîcheur.

Si des accidents généraux survenaient, le plus prudent serait alors d’avoir recours au médecin.

Manière de se conduire avec les abeilles pour éviter les accidents. — Chaque fois que l’on ouvre une ruche, il est nécessaire de rendre les abeilles inoffensives. Pour cela, dit le professeur I.avet dans

Fig. 19.— Abeille ouvrière

ABE

son Hygiène et maladies des paysans, on souffle de la fumée dans la ruche pendant une minute ; on ferme ensuite la porte pendant cinq ou dix minutes, et l’on ouvre alors en ne laissant passage que pour une ou deux abeilles à la fois. Lorsqu’on souffle de la fumée dans une ruche, les abeilles, effrayées, se gorgent de miel ; en cet état, elles ne songent plus à pfquer. Si l’on continue à lancer pendant quelques minutes de la fumée dans une ruche, les abeilles se mettent toutes à battre des ailes; c’est ce qu’on appelle : état de bruissement. Si l’on doit faire une trop longue opération, on enferme les abeilles jusqu’à l’état de bruissement. Avec de l’habitude, il est rare que l’on soit obligé d’employer beaucoup de fumée. Il est nécessaire d’accomplir toutes les opérations avec calme et sans mouvements brusques.Une abeille vient -elle pour vous piquer, ce dont on s’aperçoit à la manière rapide dont elle vole autour de vous et au son plus aigu qu’elle produit en volant, on ne doit jamais essayer Fig. 20. — Aheille mâle ou faux-bourdon. chasser ;

ce qui l’exciterait d’avantage et en attirerait d’autres. Fort souvent, lorsqu’on manie des cadres, des abeilles viennent se poser sur vos mains : à moins que vous ne les blessiez, elles ne vous piqueront pas. Si, pendant une opération, les abeilles sortent précipitamment et cherchent à vous piquer, il faut aussitôt lancer de la fumée entre les rayons, afin de les effrayer et de les refouler dans l’intérieur.

Hygiène et salubrité. — L’accumulation des abeilles dans l’enceinte d’une ville présente de sérieux inconvénients, surtout si les ruchers sont placés dans le voisinage des écoles ou d’ateliers occupant un grand nombre d’ouvriers. Ces ruchers constituent une incommodité très gênante, en raison de l’inquiétude continuelle dans laquelle sont tenus les voisins, soit pour eux, soit pour leurs enfants, par le vol incessant des abeilles, la crainte des piqûres, la nécessité de s’enfermer. Je dirai plus, ils constituent un danger très réel, puisque nous avons vu les accidents que peut produire la piqûre de ces insectes, accidents qui peuvent entraîner des inca-^ pacités de travail toujours onéreuses pour la classe laborieuse.

A Paris, dans ces dernières années, plusieurs réclamations ont été adressées à la préfecture de police à propos des inconvénients qui résultent de depots considérables de ruches sur divers points de la ville, surtout dans le voisinage des raffineries de sucre. Le conseil d’hygiène et de salubrité a été saisi de la question ; en 1880, une enquête a été faite et un rapport rédigé par le D" Delpech.

De l’enquête et du rapport, il ressort d’une façon évidente que ces ruches occasionnent un préjudice

ABL 13

matériel : 1” en enlevant aux fabriques et en particulier aux raffineries des quantités importantes de matière sucrée (une seule maison a démontré dans l’enquête que ce préjudice dépassait pour elle la somme annuelle de 20,000 fr.) ; 2” en entraînant ces usines à des dépenses très réelles pour s’en préserver (l’une d’elles employait quatre hommes à 4 francs par jour, pendant six mois, pour huiler les vitres, entretenir et vider les cages à mouches, secourir leurs camarades piqués) ; 3° en faisant abandonner par les ouvriers les ateliers que les abeilles envahissent en grand nombre ; 4° en chassant des maisons de location du voisinage les locataires' dont les logements ou les jardins en sont infestés.

En conséquence, le Préfet de police, par un« ordonnance en date du 10 janvier 1882, interdit d’élever des abeilles dans l’intérieur de Paris sans une permission spéciale , et cette permission ne sera désormais accordée qu’après une enquête sérieuse de commodo et incommoda. Nous ne pouvons qu’approuver le Préfet de police. D' Paul Labarthe.

ABEILLE (thé d’)- — Préparation faite avec des abeilles et a laquelle on attribue une action diurétique, dont voici la formule :

Abeilles écrasées {apis melliflca), 10 grammes

Eau bouillante . . 500 —

Gordon prétend que l’action diurétique de cette infusion est due au virus de l’abeille. P. L.

ABERRATION. — Cette expression signifie un dérangement, une anomalie dans la situation, dans la conformation des organes ou dans l’exercice des fonctions. Il y a aberration du sens de la vue, par exemple, dans le daltonisme ; aberration du jugement dans la folie; aberration de la menstruation quand cette fonction de la femme est remplacée par une hémorrhagie du nez, du poumon ou d’un autre organe. D' E. Dupout,

Rédacteur en chef du Moniteur de la Policlinique, ancien interne

de Charenton, lauréat de la Société médico-psychologique.

ABLACTATION. — Terme employé pour désigner le fait d’une mère ou d’une nourrice qui cesse d’allaiter. P. L.

ABLATION. — Opération chirurgicale qui consiste à enlever, à retrancher une partie du corps, un membre, un organe, une tumeur. Ainsi, l’on dit : ablation d’un membre, du poignet, du sein, d’une tumeur, etc. (V. Amputation.) P. i.

ABLÉPHARON. — Absence de paupières. (V. Paupières.)

ABLETTE, petit poisson d’eau douce, très commun dans nos fîvières, que l’on mange frit comme le goujon. Sa chair, pleine d’arêtes, est d’un goût médiocre. Dans certains pays, principalement en Suisse, on sale l’ablette et on la sèche. P. L.

ABLUTIONS — On nomme ainsi des lotions en- ' tières ou partielles qui ne sont souvent que de simples moyens de propreté ou des applications hygié-

ABO

ABO

niques liées, dans certaines contrées, à des pratiques religieuses.

Au point de vue thérapeutique, elles constituent un procédé hydrothérapique secondaire ; cependant, elles peuvent rendre de très grands services, notamment aux enfants scrofuleux et aux personnes déhiles, ne pouvant être facilement acclimatées à l’impression du froid. Ces applications, qui sont faciles à faire à domicile, rendent encore de grands services aux personnes qui ne peuvent, pour différentes raisons, se rendre dans un établissement hydrothérapique.

Pour les pratiquer, on se sert d’une ou deux éponges trempées dans l’eau, ou de serviettes largement mouillées, avec lesquelles on fait des frictions sur tout le corps. Un aide frotte le dos et les membres, tandis que le malade frictionne lui-même la partie antérieure du corps.

Quand le patient supporte difficilèment l’impression du froid, on débute par des ablutions faites avec de l’eau tempérée. Priessnitz ordonnait souvent les lotions froides pour tâter la susceptibilité du malade au début du traitement. Nous les employons dans le même but et aussi pour combattre certains accidents nerveux de nature spasmodique.

En déterminant une excitation superficielle de la peau, les ablutions en, activent légèrement les fonc-, tions ; cet effet peut être’augmènté, si l’on a soin de faire préalablement savonner tout le corps, afin de le débarrasser des sécrétions sébacées et épidermiques qui le recouvrent. Suivies de frictions sèches ou de massages, elles sont utiles chez les malades dont la susceptibilité nerveuse rend difficile l’emploi d’agents plus énergiques. Répétées tous les matins, elles peuvent rendre de grands services en excitant les sens engourdis, en activant la circulation capillaire périphérique et en modifiant l’innervation par l’effet d’une série d’actions réflexes qui ont leur point de départ à la peau. Elles trouvent encore leur indication dans certaines formes d’aliénation mentale et dans quelques névropathies exemptes de complications ; mais, comme nous possédons des moyens plus puissants à opposer aux troubles que font naître les affections nerveuses, leur usage est assez restreint, et leur intervention dérive d’indications toutes spéciales. Nous en reparlerons du reste , surtout au double point de vue des effets physiologiques et thérapeutiques, au niot hydrothérapie. (V. ce mot.)

D" Béni-Barde,

Médecin en chef des établissements hydrothérapiques de Paris

et d’Auteuil, auteur du Traité théorique et pratique â? hydrothérapie, lauréat de l’Institut, de la Faculté et de’ l’Académie.

ABORTIF. — On appelle ainsi des médicaments qui sont réputés susceptibles de provoquer l’avortement, grâce à une action spéciale exercée par eux sur la matrice.

La saignée, les applications de sangsues, les purgatifs drastiques, les emménago§ues ont été employés de tout temps pour provoquer l’avortement; mais la rue, la Sabine et l’ergot de seigle sont les trois principaux médicaments auxquels on a le plus souvent recours pour provoquer l’avortement, surtout l’avortement criminel. Cependant, Ollivier d’Angers, Tardieu et la plupart des médecins légistes n’admettent pas la puissance abortive de ces diverses

substances, des faits scientifiques rigoureusement observés ne l’ayant pas encore clairement établie. Les chirurgiens partagent leur avis ; aussi ont-ils toujours recours aux manœuvres chirurgicales dans les

cas où ils se trouvent dans la nécessité de pratiquer l’avortement dans un but thérapeutique.

M. Dujardin-Beaumetz a donc raison de dire, dans son Biciionnaire de thérapeutique, qu il n y a pas, à proprement parler, de substances abortives. Les substances ainsi dénommées ne peuvent amener l’avortement, qu’en déterminant un état général pathologique tel que la grossesse ne peut continuer son cours : telles sont la rue et la sabine ; mais, à ce titre, tous les poisons seraient des abortifs, puisqu’ils peuvent empêcher l’évolution normale du fœtus. L’ergot du seigle agit bien, il est vrai, sur la matrice, mais, pour qu’il exerce son action, il faut que la matrice soit assez développée, et, même* dans ce cas, il est impuissant à provoquer l’avortement à lui seul. Tout ce qu’il peut, c’est faciliter l’expulsion du germe, lorsque l’utérus déjà irrité, et le col de la matrice dilaté par des manœuvres chirurgicales, rendent possible la sortie du fœtus. Pas plus que les autres substances, l’ergot de seigle n’est donc un abortif dans i le sens strict du mot. (V. Avortement, Ergot de seigle, Emménagogues, Rue, Sabine, etc.)

D” A.-L. Labarthe, père.

ABOUTIR. — Se dit d’un abcès ou d’une tumeur dont la suppuration est sur le point de se faire une

■ issue, soit à l’extérieur, soit dans une cavité intérieure. ’ P. L.

ABOYEURS (délire des). — Le délire des aboyeurs est une forme de la monomanie. Les individus atteints de cette affection se croient transformés en chiens [cynanthropie], en loups {lycanthropie), en animaux quelconques {zoanthropie).

En proférant des sons imitant la voix des animaux, ils agissent sous l’influence de la volonté, pervertie il est vrai, mais avec la conscience de l’acte volon-

■ tairequ’ils accomplissent, et en accompagnant celuici de gestes et de manières quils croient le plus propres à rendre l’imitation plus complète,

Cette affection, décrite par Aëtius et par les Arabes, pourrait remonter, si l’on voulait, à Nabuchodonosor. Elle a été observée en Europe depuis le quinzième siècle, avec toutes les formes de la démonomanie. Elle a sévi, en effet, épidémiquement à certaines époques, chez les femmes surtout, que les prêtres croyaient possédées, et qu’ils traitaient par des exorcismes,mais sans grand succès.En France, on donnait particulièrement le nom de loups-garous aux lycanthropes. Ces malheureux démonomanes, par une étrange aberration de l’esprit qui avait perverti l’instinct de leur propre existence, se croyaient changés en bêtes : ils fuyaient leurs semblables, vivaient dans les bois, dans les cimetières, dans les vieilles ruines, couraient les campagnes pendant la nuitep poussant des hurlements. Au sortir de leurs hallucinations, ils s’accusaient devant les tribunaux de crimes atroces, de meurtres, d’actes d’anthropophagie qu’ils n’avaient jamais commis que dans le délire de leurs rêves.

A la fin du seizième siècle, un nommé Roulet fut

ABO

Page 1