ABR
Past. . .
Pii. . . .
. Pastille.
. Quantité suffisante . Prenez.
. Transcrivez.
Tinct. . .
rp- t
. Teinture.
Nous
avons cru devoir donner l'explication de
toutes ces abréviations, bien qu’elles ne soient employées que par des médecins, pour prévenir les accidents qui pourraient avoir lieu par suite d’erreurs faites dans leur emploi ou dans leur interprétation. P- L.
ABRICOT. — Fruit du Prunus armeniaca, renfermant plusieurs variétés comestibles. L’abricot est d’un beau jaune, d’une consistance charnue, d’une saveur sucrée, aromatique. Ses principes gommeux et mucilagineùx et son parfum si délicat le rendent très apte à la fabrication des pâtes, des confitures et des compotes, dont il fournit, pour ainsi dire, le type irréprochable. Au centre du noyau se trouve une graine amère.
Cette amande contient de l’acide prussique, qui est un poison. Mais il existe en trop petite quantité pour produire des accidents sérieux. Il détermine cependant des vomissements chez les enfants qui en ont mangé quelques-unes. Il faut alors favoriser ces vomissements en leur faisant avaler des boissons tièdes jusqu’à ce que les amandes soient rendues, puis donner aux petits imprudents une potion gommeuse sucrée.
Les graines ou amandes de l’abricot servent à préparer la liqueur connue sous le nom de noyau, dont voici la formule :
Amandes d’abricots concassées. . • 75 grammes. Alcool k 60° . . 1 litre. '
Faites macérer pendant un mois, passez à travers un linge pour séparer les amandes et ajoutez le sirop de sucre.
Ces graines entrent encore dans la fabrication du ratafia d’abricots, dont voici la recette :
Yin blanc de bonne qualité . 4 litres.
Alcool k 60° . 1 litre.
Sucre blanc . 1 kilog.
Cannelle de Ceylan . 4 grammes.
Abricots (nombre) . , 25 k 30.
On place les abricots dans le vin blanc sur le feu. Dès qu’il entre en ébullition, on ajoute le sucre, l’alcool et la cannelle. On retire la bassine du feu, on la ferme hermétiquement et on la laisse reposer cinq à six jours. Puis on filtre et on met en bouteille.
Les grosses branches et le tronc de l’abricotier laissent découler une gomme spéciale qui se rapproche de la gomme arabique, et à laquelle on donne le nom de gomme nostras. (V. Gomme.)
Pour certains estomacs, l’abricot est dur à digérer. C^endant, il est injuste de considérer ce fruit sucré et aromatique comme lourd et indigeste ; de même qu’il est faux de lui accorder les vertus dépuratives ou l'influence fiévreuve que le public lui décerne tour a tour si volontiers. L’abricot ne mérite ni cet
ABS
excès d’honneur, ni cette indignité. C’est un fruit agréable et sain lorsqu’il est mûr. Quand il n’est pas mûr, il est très indigeste et dangereusement irritant, surtout pour les enfants. D' e. Monin,
Rédacteur de la hevue de Thérapeutique.
ABRÜS. — Nom donné par les botanistes à une plante de la famille des légumineuses, communément appelée chez nous pois d’Amérique. Les graines, ovoïdes, d’un rouge vif avec une tache noire circulaire vers leur sommet, se mangent, comme les haricots et les lentilles, chez les Indiens et les Égyp. tiens. Les feuilles sont considérées à la Guadeloupe comme très efficaces contre les angines et la toux. Quant aux racines, on en retire un extrait employé, en Amérique et en Afrique, aux mêmes usages que celui de réglisse chez nous. P. L.
ABRUTISSEMENT. — Nom donné à un état particulier d’un individu dont les facultés intellectuelles sont considérablement affaiblies ou même abohes, sans que cependant il y ait ni pralysie, ni altération particulière de la constitution. P. L.
ABS AC (EAUX MINÉRALES D’). — Absac est un village de la Charente, situé à 10 kilomètres de Confolens, dont les eaux minérales, chlorurées sodiques froides, sont employées en boisson et en bains et produisent des effets topiques, diurétiques et laxatifs. On les a conseillées en bains dans les entorses et les tumeurs blanches ; en boissons dans les fièvres intermittentes, et enfin dans quelques écoulements chroniques.
Les eaux d’ Absac peuvent être transportées.
D'’ Paul Labarthe,
Auteur de : Les Eaux minérales et les iains de mer de France;
Nouveau guide du médecin et du baigneur.
ABSENCE. — L’absence, l’étonnement, l’étourdissement, le vertige sont les expressions modernes qui servent à désigner le petit mal épileptique, c’est-àdire l’épilepsie réduite à sa plus simple expression symptomatique, en un mot l’épilepsie sans convulsions. Ces phénomènes doivent toujours être considérés comme ayant une certaine gravité, car ils sont* identiques, quant à leur nature, avec l’épilepsie. Ils peuvent se montrer sous des formes multiples. C’est pour cela qu’on leur donne des noms différents, mais il n’existe entre eux que des nuances, la maladie dont ils sont la manifestation étant la même. En voici quelques exemples : un malade s’interrompt tout à coup au milieu d’une conversation, perd de vue ce qui se passe autour de lui, et, au bout de quelques secondes, complète sa pensée inachevée : c’est une absence épileptique.
Un architecte inspecte des maisons en construction. A un moment donné, il court sur les échafaudages les plus élevés et crie son nom d’une voix haute et brève. Cela dure un quart de minute au plus, puis il se remet à parler aux ouvriers, à leur donner des ordres, ne se souvenant pas de ce qui lui est arrivé. C’est une absence épileptique.
Trousseau raconte l’histoire d’un président de tribunal. C’était un homme d’une intelligence supérieure, mais il y avait eu des aliénés parmi ses parents. Un jour, au milieu d’une audience, il se lève
en marmottant des mots inintelligibles, et il passe dans la chambre du conseil, au milieu de laquelle il se met a pisser. Il rentre immédiatement en séance, et continue à diriger les débats avec beaucoup de lucidité et sans savoir ce qu'il venait de faire. C’est une absence épileptique.
Une malade du service de M. Calmeil, àCharenton, tombait a la renverse, laissait aller ses urines et perdait connaissance : l’œil devenait hagard', la face se colorait, les traits se crispaient, la bouche se tordait, puis, tout à coup, la malade se relevait et se mettait à parcourir la salle comme une somnambule. Son intelligence était abolie , ses impressions étaient nuUes, le tout se terminait par de grands éclats d’un rire stupide. C’était un vertige épileptique. En voici encore quelques exemples :
Une autre malade, du même hospice, sentait sa tête tourner ; elle se laissait tomber sur un siège, ne présentait aucun symptôme convulsif, mais restait une bonne minute les yeux tournés, la face étonnée et comme dans la stupeur. Une autre, après une perte de connaissance de très courte durée, prenait une aiguille, cousait en un paquet toutes les pièces qui recouvraient son lit, en prononçant en même temps le mot coche. Trousseau cite l’observation d’un jeune garçon qui fut pris subitement, dans son cabinet, de vertiges caractérisés par des éclats de rires saccadés, de quelques secondes de durée. Ce malade parut très surpris quand il lui en demanda la cause ; il n’avait conservé aucune conscience de ce fait.
Nous pouvons citer encore un cas mentionné par le même observateur. C’est un individu qui joue aux cartes ; il tient celle qu’il se dispose à jeter sur le tapis ; tout à coup, il s’arrête immobile, ses yeux se ferment ou restent fixes ; puis il fait un grand soupir et, continuant son jeu, jette enfin sa carte, qu’il reconnaît parfaitement, bien qu’un instant auparavant il ne la vît pas, alors qu’il l’avait devant lui. Voilà encore une absence épileptique.
Un ecclésiastique remplissait les fonctions de diacre, il encensait l’évêque officiant, et, tout en continuant à encenser, il tourna subitement la tête d’une façon bizarre, en grimaçant horriblement. Ce trouble nerveux le prenait également en chaire ou en disant la messe, mais il était si passager que jamais il ne fut obligé de quitter l’autel ou d’interrompre son sermon. C’était encore un vertige épileptique.
On pourrait multiplier les exemples de ces excès de petit mal, toujours avec des formes différentes, sous le nom de vertige ou d’absence, d’étourdissement ou de stupeur, mais toujours identiques quant à leur cause. .
Nous ferons observer qu’il y a dans tous ces phénomènes quelque chose de comparable à ce qui arrive à certains individus qui, dans l’état de sommeil, répondent aux questions qu’on leur adresse, et, une fois éveillés, ont perdu tout souvenir de ce. qui s’est passé, c’est-à-dire au somnambulisme. Pour le traitement, voir Épilepsie. E. Dupody.
ABSINTHE. — L’absinthe [artemisia absinthium, grande absinthe, absinthe commune ou officinale, absinthe verte, aluyne, armoise-absinthe, herbe aux DiCTIONNAIEE de médecine tSDELLE.
vers) est une plante de la famille des synanthérées ou composées, de la tribu des sénécionidées. Sa tige, haute de 60 centimètres à 1 mètre, est garnie de feuilles profondément découpées en lobes étroits, molles et douces au toucher ; leurs deux faces sont cotonneuses, et l’inférieure d’un vert un peu plus foncé que la supérieure. Les fleurs, jaunâtres et en grappe allongée, sont globuleuses et pendantes.
Cette plante, originaire des pays montagneux de l’Europe, se trouve à l’état sauvage dans les terrains incultes et pierreux; cultivée dans les jardins, elle pousse facilement dans les régions du Midi, mais
Fig. 21. — Grande absinthe.
elle a besoin d’être préservée du froid et des gelées au moyen de paille et de chaleur artificielle. A l’état inculte, l’absinthe jouit d’une odeur forte et d’une amertume désagréable, tout à fait particulières. La culture dans les jardins lui faisant perdre en partie ses propriétés, il est de toute importance d’employer la plante sauvage. C’est vers le mois d’août qu’on la récolte et qu’on la fait sécher, disposée en petits paquets et en guirlandes, dans des étuves et des séchoirs, en évitant toute humidité et formation de taches jaunes ou noires qui la rendraient impropre à l’usage médicinal.
Les parties usitées sont les feuilles et les sommités fleuries, auxquelles on substitue souvent les diverses absinthes, dont l’aspect, le goût et l’odeur sont bien différents : l’absinthe maritime, l’absinthe pontique et plus rarement les génépis et les armoises, dont la coloration doit faire éviter toute confusion.
ABS
ABS
L’absinthe maritime {artemisia maritima) qui croît naturellement dans nos contrées sur les bords de la mer ; l’absinthe pontique {artemisia pontica) ou petite absinthe qui se trouve dans les terrains incultes de l’Italie, de la Roumanie, etc., n’ont que 50 centimètres de hauteur, et leurs feuilles sont plus petites que celles de l’absinthe officinale.
Les principes actifs de l’absinthe, sont Vabsinthirw ou principe amer, se présentant sous la forme de gouttes s’épaississant avec le temps et prenant l’aspect résinoïde ; et l’essence d’absinthe, verte, épaisse et possédant à un haut degré l’odeur de la plante. Outre ces principes, se trouvent de l’albumine, une fécule spéciale, de la chlorophylle, du tannin, des sels, de l’absinthate de potasse, etc.
L’absinthe officinale est employée dans l’art de guérir, depuis un temps immémorial ; les anciens la considéraient comme un des emblèmes de la santé ; •c’est, en effet, un stimulant et un tonique assez puissant qu’on utilise souvent, soit pour ranimer les fonctions digestives, soit pour reconstituer les estomacs faibles et délicats; outre ces propriétés, on attribue encore à l’absinthe des vertus vermifuges, fébrifuges, emménagogues, diurétiques et antiseptiques.
La poudre se prend à la dose de 1 à 5 grammes eomme tonique, et 10 à 15 grammes comme vermifuge; les fleurs sèches sont utilisées comme tisane en infusion, 5 grammes pour 1000 ; l’hydrolat a peu d’applications ; le vin de 50 à 125 grammes ; le sirop de 20 à 50 grammes ; l’extrait de 1 à 2 grammes ; l’essence de 4 à 5 gouttes, ou avec de l’huile en frictions contre les vers ; l’infusé fort, ou le décodé, 50 grammes pour 1000, sert principalement en lotions sur les ulcères atoniques, ou encore en lavement ; de plus, l’absinthe entre dans un grand nombre de médicaments composés.
Tout en possédant des vertus variées, l’absinthe produit parfois une intoxication lente ; sa rapide absorption dans l’économie atteste son efficacité. Les femmes ou les animaux, qui en consomment soit en tisane, soit en nature ont, pour leurs nourrissdns, le désagrément d’avoir un lait fortement aromatique et d’une amertume extrême..
L’absinthisme, ce fléau dont nous avons si souvent sous les yeux les accès et les crises épileptiformes, nous est une autre preuve de l’énergique action de l’absinthe sur les tempéraments qui en abusent ; il est vrai que l’alcoolisme étant la plupart du temps de la partie, vient compliquer le mauvais état, en joignant aux autres ses effets désastreux. Il n’en est pas moins acquis que les différentes préparations contenant cette plante doivent être employées avec un certain ménagement.
Liqueur d’absinthe. — La liqueur d’absinthe, l’absinthe des liquoristes et des marchands de vins, est la teinture concentrée d’absinthe, verdâtre et forte en arôme; traitée par l’eau, elle donne une solution opaline par la précipitation des différentes essences qu’elle contient.
Quatre espèces de cette liqueur se trouvent quotidiennement dans le commerce: l’absinthe ordinaire, l’absinthe demi-fine, l’absinthe fine et l’absinthe suisse; préparées de deux façons, tantôt par distillation d’alcool à 85“ en présence de plantes aro¬
matiques : grande et petite absinthe, anis, fenouil, mélisse, menthe, badiane, coriandre, hysope ; tantôt par mélange de l’alcool avec les essences de ces diverses substances.
Quant à la coloration verte, elle est obtenue après la distillation par une infusion de petite absinthe, ou, dans les qualités inférieures, de feuilles fraîches d’orties ou de luzerne.
La bonne absinthe est obtenue, le plus souvent, par la distillation de trois-six sur des feuilles de grande absinthe et sur des semences de fenouil et d’anis. On fait infuser ensuite, dans le produit distillé, un mélange de petite absinthe, de mélisse et d’hysope qui lui communique une couleur vert pomme, qu’on fait tourner au vert olive par une légère addition de caramel.
D’après M.Adrian, les quantités d’alcool pur et d’essences contenues dans chaque verre de 30 centimètres cubes de la liqueur d’absinthe, selon la quantité, sont indiquées dans le tableau suivant :
Essences Essence
Alcool pur.
diverses.
d’absinthe.
Absinthe ordinaire. .
— demi-fine. .
— fine ... .
— Suisse . . .
Ce qui, sur 30 grammes de liquide environ, donne une moyenne de 18,50 d’alcool, 0,0615 d’essences diverses, et 0,009 d’essence d’absinthe.
De nombreuses formules d’absinthe ont été données; les suivantes semblent s’approcher le plus de la vraie composition :
Demi-
Ordinaire. fine. Fine.
Essence de grande absinthe. . . 6 gr.
— petite absinthe ... »
d’anis . »
— fenouil de Florence . 2 —
— mélisse . »
— menthe poivrée. . . »
— badiane . 12 —
— coriandre . »
Alcool . 11 lit.
Eau . 9 —
6 gr. 6 gr.
12 lit. 15 lit.
1 lit. 6 5 —
Souvent l’absinthe est constituée par une liqueur alcoolique contenant de mauvaises essences et parfois même des- résines destinées à rendre plus opaline la solution quand on la traite par l’eau ; l’odorat et la dégustation sont, dans ce cas, les meilleurs agents d’appréciation.
Tantôt la coloration est obtenue à l’aide d’ache, d’épinards ou autre substance verdâtre, procédé, somme toute, ne pouvant pas nuire à la santé ; tantôt on emploie un mélange de sels bleus et jaunes susceptibles de donner la teinte verte, sous laquelle le produit est toujours présenté. Dans ce cas, il faut faire une analyse sérieuse et rechercher la présence du cuivre.
Une autre liqueur préparée avec l’absinthe, est la crème d'absinthe, dont la formule suit :
ABS
ABS
Essence d’absinthe . 2 grammes.
d’anis . 6 —
__ de menthe anglaise . 1,3 —
__ de fenouil doux . 1,5 —
__ de citron, distillée . 6 —
Alcool à 83° . 1 litres.
Sucre . 11 kilogr.
Eau . . • 5 litres.
On fait dissoudre le sucre dans l’eau, les essences dans l’alcool, on verse le liquide alcoolique dans le liquide sucré, en agitant de temps en temps. Le produit est de 20 litres. On colore en vert.
Georges Düché,
Pharmacien de première classe, ancien interne lauréat des hôpitaux de Paris.
ABSINTHISME. — On désigne ainsi, depuis quelques années, l’ensemble des troubles produits, dans l’économie, par l’abus de la liqueur d’absintbe. Point n’était besoin d’être physiologiste ni médecin, pour constater que cet « apéritif » suscite, à doses égales, des phénomènes beaucoup plus rapides et plus prononcés que n’importe quelle boisson alcoolique ; au physiologiste seul était réservé d’établir la nature de ces phénomènes et leur caractère spécial. Marcé in- ■ stitua le premier des expériences sérieuses à ce sujet, en 1864. Mais c’est au D' Magnan, médecin à l’asile Sainte-Anne, que revient l’honneur d’avoir établi par des recherches infatigables, par des expériences habilement conduites et poursuivies depuis plus de quinze ans, la réalité terrible de l’absinthisme.
L’absinthe actuellement répandue dans le commerce est une liqueur complexe, le plus souvent préparée à froid : c’eSt de l’alcool renfermant de l’essence d’absinthe, additionnée d’essences d’anis, d’angélique, de badiane, d’origan, quelquefois de fenouil, de mélisse et de menthe. Ces derniers ingrédients sont tous inoffensifs, comme le D’' Magnan s’en assura tout d’ahord, en en faisant avaler à des chiens des doses considérables, sans produire d’accidents sérieux. Voici, par contre, le récit d’une de ses expériences avec l’essence d’absinthe :
« Sur un chien du poids de 12 kilogrammes, on injecte 20 centigrammes d’essence d’absinthe, et au bout d’une minute, la tête fléchit en avant, le cou se raidit, les pupilles se dilatent et les yeux se portent en haut, les quatre pattes sont inégalement contractées, le train postérieur légèrement soulevé donne au dos une forme arquée, un jet d’urine est vigoureusement expulsé, de même que des gaz et des matières fécales ; au bout de cinq secondes, les mâchoires claquent, les oreilles, les yeux et les muscles de la face sont convulsés en tous sens, les paupières clignotent, de la bave s’étale sur les lèvres ; les membres présentent des convulsions de plus en plus étendues, mais plus lentes ; peu à peu toute convulsion s’arrête et l’animal est haletant, hébété. Au bout de cinq minutes, il regarde autour de lui, avec l’aspect étonné, puis se relève et va se coucher dans un cein. » (De l’action comparative de V alcool et de V absinthe, 1879.)
En un mot, on a là, non pas une attaque épileptiforme, comme on l’a dit, mais un accès épileptique. Dans d’autres expériences, on a constaté le délire : on a vu le chien se dresser sur ses pattes .et, les
yeux injectés et fixes dans la même direction, aboyer avec fureur, avancer et reculer comme en face d’un ennemi. A doses plus faibles, l’essence d absinthe provoque du vertige et des secousses convulsives dans les parties antérieures du corps. Avec les doses élevées, les convulsions se sont produites après l’ablation des lobes centraux, même après la section de la moelle au-dessous du bulbe, faits d’un extrême intérêt, de nature à jeter un nouveau jour sur la théorie de l’épilepsie. (Voy. ce mot.)
A l’aide de ces données indispensables, fournies par la pathologie expérimentale, on a pu dégager les phénomènes propres à l’absinthisme, de ceux qui appartiennent à l’alcoolisme simple. Chez les individus adonnés à l’absinthe, — quelques-uns absorbent cinq à six verres par jour, et plus — on voit se développer beaucoup plus vite, les phénomènes d’, abrutissement, d’hébétude, observables chez tous les ivrognes : le délire surtout est prématuré. Enfin, dans un certain nombre de cas, on voit apparaître chez le& buveurs d’absinthe de véritables accès épileptiques, des crises de cette maladie qui dans tous les temps et dans tous les pays a inspiré aux hommes tant d’horreur et tant d’effroi. Ils tombent du haut mal, selon l’expression vulgaire, offrant des phénomènes identiques à ceux qu’on a décrits plus haut, chez le chien soumis à une injection d’essence d’absinthe.
Dans ces derniers temps, M. Lancereaux a voulu s’élever contre ces conclusions. Il a prétendu, mais sans le démontrer, que les crises en question étaient de simples attaques épileptiformes, analogues à celles qu’on observe chez les alcooliques à la suite des lésions facilement appréciables, qui se développent dans leur encéphale. Le lecteur n’a qu’à se reporter au Progrès médical du 4 janvier 1882 ; il y verra deux tracés sphygmographiques : l’un correspond aux convulsions développées chez un chien soumis à l’essence d’absinthe, l’autre à un accès épileptique chez l’homme. Les deux tracés sont identiques. Dans l’état actuel de la science, les conclusions du D' Magnan restent entières. L’empoisonnement par l’absihthê est plus rapide et plus pernicieux que l’empoisonnement par les autres boissons alcooliques.
En voilà assez, il me semble, pour détourner les gens sensés de l’abus de l’absinthe, pour détourner de son usage, même ceux dont le tempérament maîtrise trop aisément la volonté. Ceux-là qui ne peuvent pas se modérer feront bien de ne jamais tremper leurs lèvres dans la séduisante liqueur, car ils sont susceptibles de devenir la proie d’un entraînement plus «fatal» que ne fut jamais celui des sirènes qui vous noyaient dans les flots verts de l’Océan. Mais qui veut trop prouver ne prouve rien, et je ferais rire les gens d’esprit qui prennent de temps en temps leur absinthe sur le boulevard ou ailleurs, si je leur prédisais la dyspepsie, la lienterie, l’épilepsie et la mort. L’absinthe prise modérément à la dose d’un verre — eau comprise bien entendu — produit chez le plus grand nombre, une excitation des fonctions digestives : c’est à la lettre, un « apéritif ». Elle produit aussi une excitation cérébrale, rapidement développée et qui persiste pendant plusieurs heures ; excitation réellement favorable et durant laquelle les facultés intellectuelles peuvent être portées à leur maximum d’intensité. Il est parfaitement certain que
des poètes ont composé sous cette influence, quelques-uns de leurs plus beaux vers ; il n'est pas moins certain, hélas ! que plusieurs de ces poètes en sont morts. Ici, comme ailleurs, tout est dans la mesure. [Y oy. Alcoolisme.) D' Albert Regnahd,
Ancien interne des hôpitaux de Paris, lauréat de la Faculté de Strasbourg et de là Société Médico-psychologique.
ABSOLU. — Qualificatif donné à l’alcool pur, qui ne contient pas d’eau. P. l.
ABSORBANTS. — Nom sous lequel on désigne d’une manière générale les substances destinées à absorber les liquides ou les gaz sécrétés par une partie malade. Les absorbants peuvent agir soit en dissimulant ces liquides ou ces gaz dans leurs porosités, soit en neutralisant leurs propriétés chimiques, ce qui les a fait diviser naturellement en deux grandes classes : les absorbants physiques ou mécaniques ' et les absorbants chimiques.
Parmi les absorbants physiques ou mécaniques, il faut citer le charbon, l’éponge de platine, la charpie, l’amadou, le son, la sciure de bois, la poudre de lycopode, l’amidon, le coton, la toile d’araignée, etc.
Parmi , les absorbants chimiques, la potasse, la soude, la chaux et leurs carbonates, la magnésie, le sous-nitrate de bismuth, l’oxyde de fer, sont les principaux usités.
Les absorbants physiques et chimiques peuvent aussi être divisés en absorbants externes plus spécialement employés dans le traitement des plaies, des excoriations de la peau, de certaines affections cutanées telles que l’eczéma, les dartres humides, les gourmes des enfants, etc., et en absorbants internes, dont l’emploi est réservé à un certain nombre d’affections de l’estomac et des intestins,telles que les dyspepsies flatulentes et acides et les gaz intestinaux.
D' A.-L. Làbarthe, père.
ABSORBANTS (vaisseaux). — Yoy&z Lymphatiques.
ABSORPTION. ^ Les physiologistes désignent ainsi la pénétration dans l’organisme de substances venues du dehors. C’est un phénomène d’une importance capitale et sine qua non: la vie ne s’entretient en effet que par un échange de matériaux, par l’acquisition de nouveaux éléments puisés dans le milieu ambiant, et qui sont introduits dans les tissus par absorption. Cela s’observe à l’état le plus simple chez ces organismes à peine vivants, composés d’une petite masse àe protoplasma (voy. ce mot), tels que leproiamaba primüiva de Haecket. Les gaz et les liquides en contact avec cette cellule rudimentaire quoique animée, pénètrent dans son intérieur, où ils sont assimilés, s’ils sont propres à la nutrition.
Comment se fait cette pénétration? On était livré à des conjectures, lorsque Dutrochet découvrit V endosmose (1826). Cet observateur éminent rendit à la science un service considérable, en montrant que les prétendues forces vitales et mystérieuses présisidant à l’absorption se réduisaient à un phénomène physico-chimique, simplement modifié, selon le cas, par la nature des substances et tissus organiques qui sont en jeu. Il constata qu’en plaçant dans de l’eau pure un petit sac membraneux renfermant de
l'eau gommée, l’eau pure .pénétrait dans l'intérieur du sac [endosmose) ; un tube étant mis en communication avec le sac, le liquide ainsi mélangé monte à une hauteur assez considérable. Ce qui prouve que le phénomène est indépendant de la pression hydrostatique, les pores de la membrane étant trop petits pour que cette pression s’exerce. Si l'on place, au contraire, l’eau pure à l'intérieur du sac et l’eau gommée à l’extérieur, le sac se vide par le passage de l’eau pure à l’extérieur {exosmose).
Du reste, le courant est toujours double, bien qu’il y en ait un qui prédomine : le savant anglais Graham a complété ces notions si importantes, en montrant que le phénomène est sous la dépendance de la diffusion, en vertu de laquelle des liquides de nature différente et sans action l’un sur l’autre finissent par se mélanger quand on les met en contact. Par exemple, chacun sait que l’huile versée à la surface d’une- veilleuse pleine d’eau se retrouve le lendemain dans le même état, au point de vue de la, séparation des liquides : l’huile ne se dissout pas. dans l’eau. Au contraire, lorsqu’on se confectionne un « grog à l’eau-de-vie», si l’on attend un peu, on voit la ligne de démarcation entre les deux liquides se brouiller et le mélange s’effectuer : d’où l’impossibilité de faire flamber la liqueur restée à la surface.
Appuyé sur ces données, Graham a montré que les phénomènes de l’endosmose — ou plus simplement de Vosmose — étaient sous la dépendance de ceux de la diffusion. Il faut donc pour que l’osmose se produise que les liquides soient susceptibles de se diffuser (miscibles) et aussi de mouiller la membrane ou les couches quelconques qui les séparent d’abord. Les substances contenues dans ces liquides doivent être solubles. Et aussi, il en est qui ne pénètrent pas facilement parce qu’elles n’arrivent pas à une véritable dissolution, telles que l’albumine, la dextrine, la gomme, etc, Graham les a appelées colloïdes, à cause de l’aspect gélatineux qu’elles prennent quand elles sont en masse, et ils les a opposées aux cristalloïdes, ainsi nommées par analogie avec les matières cristallisables qui, au contraire, se prêtent admirablement aux phénomènes de la diffusion ■ et de l’osmose.
Les gaz sont également soumis aux lois de l’osmose et de la diffusion : aussi s’absorbent-ils comme les liquides et parfois plus, facilement encore. Tout le monde sait que l’échange de l’acide carbonique et de l’oxygène dans le poumon constitue l’acte primordial de la respiration.
Chez les animaux supérieurs et principalement dans l’appareil digestif, un troisième phénomène physique intervient pour l’absorption : c’est la fil‘ trafion ou transmutation. Bien différente de l’osmose, elle ne s’exerce au contraire que sous l’influence de la pression (voy. Digestion).
D' P.-L. Tarride.
ABSTERGENTS (médicaments). V. Détersifs.
ABSTINENCE. — Ce mot qui, d’après son étymologie [abstinere, s’abstenir, se priver), semblerait devoir exprimer toute privation, quel qu’en soit l’objet, s’applique d’une manière générale et presque