‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle. tome 2Chapitre 238 sur 289 · SUDORIFIQUE · texte numérisé non relu

SUDORIFIQUE

On désigne sous le nom de sudorifiques les médicaments doués de la propriété de provoquer la transpiration cutanée. Les principaux sudorifiques, sont : les boissons chaudes, l’infusion de bourrache, de sureau, de salsepareille, de gaïac, etc. , l’émétique , le hermès, le jaborandi et son alcaloïde la pilocarpine. p. l.

Coupé verticale de la peau. SUDORIPARE. ■ (Vue au microscope.) Nomdonnépar les an E. Glande sudoripare. - F, F' F", tomistes aux gland* Conduit excreteur d’une elande -, .1

sudoripare cheminant à travers *lul secretent la sueu l’épaisseur du derme. — A. Epi- Ues glandes Sudoript derme. b. Corps muqueux de res, situées dans F

rsrr * <*«■»

,,, existent dans toul

: etendue de la peau , excepté à la face ir erne du pavillon de l’oreille et dans le derm sous-unguéal. Elles sont surtout nombreuses 1

volumineuses à la plante des pieds el ’ des mains où on en compte environ Son U ^ mètre carré; il existe, sur toute la surf Par ^ntiplus de deux millions de glandes sudorin** CUtanée sont essentiellement formées d’un tub Pares‘ Elles mince, enroulé plusieurs fois sur lui ^^or, partie profonde pour constituer le coîn^^ glande, traversant perpendiculairement lad de la

venant s’ouvrir à la surface de l’épiderme ermeet papilles. Les glandes sudoripares du creux selle, pourvues de fibres musculaires sont ni ^ lumineuses que dans les autres régions ef £Toun liquide doué d’une odeur pénétrante 6 etent

SUETTE. — La suette,ou suétte miliaire est un maladie fébrile caractérisée par une éruption sJ ciale accompagnée de symptômes généraux Elle!' manifeste par épidémies. Les plus célèbres épidé mies sont celles de Picardie (1718 à 1773) d’où le nom de suette Picarde , celle des Vosges (1812) la dernière est celle de l’Hérault (1845). Indépendamment de ces grandes épidémies, la suette a donné lieu à un certain nombre de manifestations locales (Languedoc, 1781 ; Charente, 1841 ; Oléron, 1880).

La suette semble être due à un miasme d’origine tellurique dont la nature est inconnue. Elle n’est pas contagieuse. Une première atteinte ne donne pas l’immunité. Une température peu élevée et une grande humidité sont favorables au développement des épidémies de suette.

On observe quelquefois des prodromes : du malaise, de la céphalalgie, de l’anxiété, un mouvement fébrile plus ou moins accusé. Mais les symptômes dominants, ce sont des sueurs d’une abondance telle qu’elles traversent les couvertures, les draps et jusqu’aux matelas. Gaillard rapporte l'Mstoire d’un malade qui, en deux jours, mouilla soixante-cinq chemises ! Ces sueurs ne présentent aucune odeur spéciale. Avec l’apparition des sueurs, les malades accusent de vives douleurs orbitaires. Ils se plaignent de dyspnée et de violentes palpitations, avec menace dé syncope. La soif est ardente, l’urine très chargée. La constipation est habituelle. Du deuxième au cinquième jour, lé©3' lade se plaint de picotements sur tout le corps e de douleurs dans les membres. Bientôt apparu

l’éruption de miliaire. Elle commence généralement sur la face antérieure du tronc, puis g3?11, les membres et le dos. Cette éruption est carac e risée par une multitude de petites taches rose , au centre desquelles on voit une vésicule semn ble aux sudamina [miliaire rouge). Ces tac roses manquent quelquefois {miliaire blanc I* Dès que l’éruption est complète, les sueurs di ^ nuent, les symptômes généraux s’amendent e desquamation commence. . §a

La maladie dure un ou deux septénaires- ^ gravité dépend des épidémies. Le délire, une te pérature très élevée, des tendances à la sync annoncent une terminaison fatale. Dans les c^plus bénins, les malades peuvent succomber a syncope. .„tituer

Comme traitement, on commencera par m= 0. une médication tonique. Tout ce qui Pe.uy s piquer des sueurs sera rigoureusement évite-

SUE

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vésicatoires) sont utiles pour Oppression. Dans certaines épidémies, l’iabattre /J; employé avec succès. On combattra

G rthermie avec ie sulfate de quinine; si ce

l'W est insuffisant, on aura recours au lotions m°lea D' Louis Thomas.

froides.

SUEUR. — La sueur est un liquide sécrété par , . Mandes sudoripares, qui se montre a la surface JJ peau sous forme de gouttelettes d’eau. Elle !t transparente, d’une saveur fortement salee, aride au moment de sa sécrétion, mais devenant f- tôt neutre et même alcaline par suite de son "tact avec la matière sébacée. Mais lorsque la sécrétion delà sueur est trop abondante, l’action de la matière sébacée ne suffit plus à neutraliser son æidité, et c’est alors qu’on voit fréquemment apparaître des éruptions vésiculeuses désignées sous le nom de sudamina (V. ce mol).

Il est très difficile de doser la quantité de sueur, cependant on peut l’évaluer, en moyenne, à 1,200 grammes, environ, par vingt-quatre heures; mais, lorsque le corps est en sueur sous l’influence d’un exercice violent ou .d’une température très élevée, cette quantité peut s’élever jusqu’à 400 gr. par heure. 11 est également difficile d’obtenir de la sueur à l’état de pureté, car elle se mélange à d’autres produits venant de la peau; on la recueille soit à l’aide d’éponges fines, lavées avec de l’eau distillée et soigneusement séchées, soit en enfermant hermétiquement dans un appareil spécial une partie du corps.

La sueur se compose d’eau tenant en dissolution des sels, de matières grasses et d’un certain nombre d’acides. Voici, d’après Favre, l’analyse de 10,000 grammes de sueur :

Eau . . 9955,73

; Chlorure de sodium . 22,30

Chlorure de potassium . 2,43

Lactates alcalius . . - • 3,17

Sudorates alcalins . - • • 15,62

Urée. . . 0,42

Matières grasses. . . 0,14

Autres sels divers . . 0,17

ciale : dans les rhumatismes, elle a une odeur de souris ; dans le jaunisse, une odeur de musc; dans l’intoxication ruineuse, celle de l’ammoniaque.

La sueur présente, sous l’influence de certaines affections, une coloration spéciale: dans quelques cas, elle prend une teinte bleue ou rose; dans l’ictère, elle présente une coloration jaunâtre et tache le linge en jaune. La sueur noire s’observe aux joues, aux aisselles et surtout a la paupière inférieure, elle apparaît sous forme de gouttelettes noires, qui colorent la peau en noir. Enfin on a vu, dans certains cas, de véritables hémorrhagies se faire par les glandes sudoripares.

Les glandes sudoripares sont le siège d’une sécrétion continue, se produisant tantôt sous forme de gouttelettes liquides, tantôt sous forme de vapeurs. Certaines causes, telles que un exercice violent, une température élevée, l’usage des sudorifiques, certaines émotions morales déterminent une hypersécrétion de la sueur. Toutes ces causes agissent par l’intermédiaire du système nerveux, comme le prouvent les nombreuses expériences du professeur Vulpian.

La sueur constitue un émanatoire important par lequel s’éliminent diverses substances impropres à la nutrition. Il existe, entre la sécrétion urinaire et la transpiration, un rapport intime. On ürine davantage en hiver parce qu’on transpire peu, tandis qu’en été, c’est le contraire qui se produit.

La sécrétion de la sueur entretient à la surface

cutanée une certaine humidité nécessaire à la souplesse de la peau ; cette humidité entraîne une évaporation continue et, par suite, une perte de chaleur. La sueur agit donc comme un régulateur de la température du corps. Mais, si la sécrétion de la sueur constitue un précieux moyen de combattre la chaleur du corps, son évaporation trop brusque, sous l’influence d’un courant d’air, entraîne un refroidissement trop rapide . et nous expose aux affections les plus redoutables des voies respiratoires, telles que la pleurésie et la fluxion de poilrlne Dr Paul Labarthe.

Le microscope permet, en outre, de constater dans la sueur des débris de nature épithéliale et quelques granulations graisseuses.

La sueur possède une odeur pénétrante qui est due aux acides provenant du déboublement des corps gras. Cette odeur est variable selon les races et même les différentes personnes, cela est particulièrement désagréable chez certains individus dont le système pileux est de couleur rouge. Elle est également variable selon les différents points du corps; la sueur axillaire, alcaline, est douée une forte odeur due à l’acide valérique; la sueur JS pieds et particulièrement celle de l’intervalle des orteils, qui s’altère rapidement par suite du dedut d’évaporation, présente, chez quelques persanes, une odeur tellement fétide, qu’elle devient e véritable infirmité. La sueur de la surface du •rPs. et de la paume des mains présente une ^ction acide et est presque inodore. Enfin, cer- Des affections donnent à la sueur un

SUFFOCATION. — Médecine légale. — Lorsqu’un obstacle mécanique, autre que la strangulation et la pendaison, est apporté à l’entrée de l’air dans les organes respiratoires, il y a suffocation.

On distingue quatre modes de suffocation . 1° l’occlusion directe des narines et -de la bouche, soit en les comprimant avec la main, soit en y appliquant et en y maintenant appliqué un corps quelconque qui s’adapte exactement à leur forme et bouche leurs ouvertures, soit en introduisant et en enfonçant jusque dans le larynx un tampon, un linge ou quelque autre corps qui fait office d obturateur; 2° la compression de la poitrine et du ventre ; 3° l’enfouissement du corps dans la terre, dans le sable, dans les cendres, dans du son, dans du fumier, dans les matières d’une fosses daisance; 4° l’emprisonnement dans un coffre, dans une boîte, ou tout séjour forcé dans un espace confine

iT Signet de la suffocation. - On rencontre des anuu, oci — , lésions qui sont communes à tous les genres de odeur spé- | suffocation et d’autres qui sont propres^ chacun.

Quelque soit le genre de suffocation, les poumons sont legerement augmentés de volume, de couleur rosée ou même pâles et ils présentent un engorgement plus ou moins considérable à leur base et à leur bord postérieur seulement. Mais quel que soit le degré de congestion, on observe presque toujours les taches ecchymotiques sous-pleurales que nous avons décrites à propos de l’infanticide. Les lésions qu’on observe chez les nouveaux-nés sont en effet les mêmes que chez l’adulte, et l’on sait que 1 infanticide par suffocation est extrêmement frequent.

On sait que Tardieu avait signalé les ecchymoses sous-pleurales comme un signe caractéristique de la mort par suffocation. Mais les recherches récemment entreprises par Liman, Page, Girard, Pénard, Brouardel et Legroux ont démontré que ces ecchymoses, qui se rencontrent habituellement dans la suffocation, ne sont pas spéciales ace genre de mort et peuvent egalement exister dans la submersion, la pendaison, la strangulation et dans la plupart des cas de mort rapide et violente.

D’après le professeur Brouardel, les ecchymoses sous-pleurales peuvent se rencontrer dans trois circonstances : 1; lorsqu’il y a trouble de la circulation ou de la respiration; 2° lorsqu’il y a trouble de l’innervation; 3° dans les altérations du sang, dans les empoisonnements. 5

Ces ecchymoses se développent plus sur les en-

ne?, lTVe?U'MS d0nt les Parois ^scolaires ont peu de résistance.

nbvvür nOUS *enir a la Çuestion spéciale de l’axphyxie, nous dirons que toutes les maladies aiguës du poumon peuvent donner naissance à des ecchy-

tTPvf/0USrPieUrauS et qu’on les a même rencontreesdansjabronehue suffocante des adultes. Mais

suffocation!"68 défaUtdlms »

ne Présente aucune lésion qui soit spé-

Se et' 1tif“„?r“i' 16 Sa“g eS* ^“ivemePnt

c’est 6 Une coagulati™ partielle,

rnnîri 1 \ * survenue lentement. On rencontre sous le péricarde et à l’origine des gros vais

Th pifvre!1168 eCchymotiî“es semblables à ceUe

Les taches ecchymotiques sont en général ni.,* prononcées lorsque la suffocation a eu lieu I J oc

rlZZhdirT de k b6uche et du ** oVdevra" rechercher dans ces cas les traces du linge du

l’ocdusioru ** a^e corps qui aura .S^ï

Lorsque la suffocation a été produite par la corn pression du thorax et de l’abdomen (enfant serré dans les langes, individus étouffés dans une foule? les parois thoraciques et l’abdomen gardenî ra’ rement des traces de la pression; mais on observe très souvent un emphysème très étendu du poumon auquel les taches ecchymotiques donnent

Sglr** °” Relent

laire ép!!rSUUS n°mbre“ dans Ie cüllu- •rénéralemSUf°r ati°n par enf°uissement, la mort a le?ement et

rencontrent avec autant^? sou®-Péncraniennes se dvec autant de constance que dans les

autres- genres de suffocation, n v . .

1 emphysème et de l’écume sangni votes aenenues. Ou trouve dans Pe”b ^ la bouche de la matière d’enc, • est0l»ac Pi H 65 tratiou plus j*

fournit des indices importants • si l’en?te a eu lieu pendant la vie, la matière a ?°UlSSe^t la bouche, 1 œsophage et même jusque??^ ^ mac ; s il a eu heu pendant la mortferî l’m^ n a pas pu se produire, et on ne tiere qu’a l’entrée de la bouche et £ nar^ ^

°r A. Lvtacd.

. SUGGESTION. - Immédiatement am-êw jet a ete mis en hypnotisme (V. ce mot) Si trouver, suivant la volonté de l’eSL P Ut sfr dans „„ de ces trois états uerv ux dM “"t”' talepsie, la léthargie, le somnambulS. ^ quand il est dans ce dernier état qu’il est accesit a. la suggestion, cest-à-dire à l’action toJl f? santé du magnétiseur sur ses pensées, sa lolonlé' ses actes, sa personnalité phvsique et morale C’est letat de servage. le plus absolu et Je 2 . 1 qu un etre humain puisse subir dé la part d’un de ses semblables. Car son indépendance èt son auonorme psychique, si je puis m’exprimer ainsi, sont annihilées par l’hypnotiseur, qui lui impose toutes ses volontés, sans résistance possible, mais aussi sans responsabilité.

Dans mon article sur V hypnotisme, j’ai donné plusieurs exemples de suggestion, et résumé les expériences faites par les Drs Puél, Bureq, Mottet, Mesnet, Charcot, Dumontpallier, Voisin, Liébault et Bernheim. J’ai exposé également les méthodes employées pour produire les différents états de ypnotisme. Mais depuis lors on a trouvé un autre moyen d hypnotisation, qui a été communiqué à la Société' médico-psychologique par le‘ Dr Dufour, et qui mérite d’être mentionné. Voici en quoi il consiste : ■ ' ,

Le sujet étant placé, de préférence dans la station debout, l’opérateur lui pose la main largement

ouverte, entre les deux omoplates, le pouce appuyant d’un côté du cou et les autres doigts sur 1 autre côté, de manière à comprimer légèrement la partie supérieure du muscle trapèze.

Le sujet prend immédiatement l’attitude dune personne dans l’attente : son regard devient fixe et, s il est sensible, il éprouve presque immédiatement un effet de chaleur dans le dos, rayonnant plus on moins dans le bas et dans le haut; cette sensation de chaleur peut aller jusqu’à la brûlure. Puis* un certain tremblement dans les membres inférieur® se produit, ainsi que parfois de la douleur de tète- Souvent une sueur plus ou moins abondante mouille son front. Ces phénomènes se manifestent dune façon instantanée dans certains cas; dan3 d autres, au bout de quelques minutes seulemen- Ils peuvent être plus ou moins accentués ou défaut partiellement.

En même temps, le patient éprouve une sensation de pesanteur dans le dos et d’attraction enar nère, qui peut aller jusqu’à le renverser. 0“ . cela arrive, les jambes et le corps se raidissent,^ dividu pivote sur es talons et tomberait infailu»1

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t s’ü n’était soutenu. D’autres fois, le phéno- ’est moins prononcé : la partie supérieure du me c s’ineurve en arrière ; les jambes opèrent alors trn° mouvement de recul naturel.

6 Quand, au lieu de placer la main au milieu du , g on la pose sur une épaule, le mouvement en rrière se produit encore, avec inclinaison du corps,

<0 c5té où la. main de l’opérateur est placée.

Pi’ayant à traiter dans cet article que de la suggestion dans ses rapports avec la physiologie, la psychologie et la thérapeutique, j’établirai d’abord fes faits suivants : *

1° Nous savons que dans l’hypnotisme la sensibilité est généralement affaiblie ; cependant il est possible, par la suggestion, de la modifier et de la faire passer de l’anesthésie à l’hyperesthésie. L’anesthie, produite par ce moyen, peut être assez profonde pour permettre certaines opérations chirurgicales de courte durée, et remplacer, jusqu’à un certain point, le chloroforme. En voici, d’ailleurs, un exemple, qui, date du mois d’octobre 1885.

A cette époque, le Dr Pitres présentait à la So- | ciété d'anatomie et de physiologie de Bordeaux une femme hystérique, facilement hypnoiisable et suggestible. Habituellement, dit-il, elle est hémianesthésique du côté droit; le côté gauche ayant conservé la sensibilité normale. La patiente est atteinte, sur la cuisse gauche, d’un petit phlegmon développé à la suite d’une injection de morphine. La tumeur est fluctuante, toute la région enflammée est très sensible, au point qu’il est impossible d’y toucher sans arracher des cris à la patiente qui refuse de laisser ouvrir l’abcès. La malade est alors endormie par fixation du regard. On lui intime l’ordre de laisser ouvrir l’abcès sans protester et de ne plus sentir, après le réveil, aucune espèce de douleur au niveau de la cuisse gauche, même quand on enfoncera le bistouri dans la peau. La patiente ayant été réveillée, après avoir reçu, pendant son sommeil hypnotique, la suggestion de ne pas souffrir, on incise avec un bistouri, lentement, et couche par couche, la peau qui recouvre l’abçès. ILs’écoule un verre à Bordeaux de pus épais, crémeux, de coloration rougeâtre. Les bords de la plaie sont comprimés fortement pour évacuer le pus. Pendant toutes ces manœuvres, la patiente regarde le chirurgien, en souriant, sans proférer une plainte. Elle manifeste son étonnement de ce qu’on puisse ouvrir un abcès de ce volume, ayant occasionné tant de souffrances, sans qu’elle éprouve de douleur.

Un autre exemple d’anesthésie emprunté à l'obstétrique est tout aussi concluant, quoique la suggestion n’ait été que mentale. Il s’agit de l’açcouchement de Mme S. M., en septembre 1885, dans l'état d’hypnotisme, pratiqué par le Dr Pritzl. Cette femme, âgée de 36 ans, primipare, est facilement hypnotisable par la simple fixation de la boule du thermomètre.

Le 30 octobre, pendant la nuit, les signes prémonitoires du travail apparurent. Pritzl examina la ®!alade le 31 et trouva le fœtus en seconde position; orifice externe du col de l’utérus permettait l’introuÇtion de deux doigts. A 8 heures du soir, on pouit faire pénétrer trois doigts dans l'orifice ex¬

terne. Pritzl rompit les membranes; les douleurs augmentèrent d’intensité. La malade devint très agitée, se jetant de côté et d’autre et se plaignant de souffrir beaucoup.

Pritzl résolut alors de l’hypnotiser par le procédé habituel. Il suffit de lui faire regarder la boule du thermomètre pour la rendre inconsciente et immobile. Il était 10 heures 40 du soir. Sous l’influence de l’état hypnotique, les douleurs changèrent de caractères ; elles revinrent à un intervalle de deux minutes environ ; elles étaient plus fortes et duraient 50 secondes en moyenne. Au moment de l’arrivée de chaque contraction, les muscles abdominaux se contractaient aussi vigoureusement, au moins, que pendant le travail ordinaire. Pendant toute la durée de la douleur, la femme restait absolument inconsciente, bien que, de temps en temps, elle fléchit son avant-bras gauche, et roidit sa jambe gauche. Elle remuait la tête d’un côté à l’autre, et, de temps en temps, elle fronçait les sourcils et poussait des gémissements; pendant l’intervalle des contractions, elle était absolument calme, comme si elle dormait. Ces douleurs fortes ne restèrent pas inefficaces, et l’orifice utérin se dilata assez rapidement par suite des progrès de la descente de là tête ; à la douzième douleur, la tête était à la . vulve et proéminait entre les grandes lèvres; enfin l’enfant naissait à 11 heures 15 du soir. Il pesait 2,900 grammes et avait 50 centimètres de long. Après une période de repos de 5 minutes, l’utérus commença de nouveau à se contracter énergiquement, les douleurs durant un peu moins longtemps que pendant la période expulsive (en moyenne 13 secondes), tout en ayant la même intensité. Les muscles abdominaux se contractaient avec une énergie plus grande que ne l’avait jamais vu Pritzl après l’accouchement. Ce ne fut qu’à la quatorzième douleur que le placenta fut expulsé dans le vagin, que les contractions utérines ^ cessèrent; après avoir attendu trois quarts d’heure, Pritzl fit l’extraction du placenta en tirant sur le cordon. On éveille alors la parturiente en criant et en la secouant, et surtout en lui faisant respirer de l’ammoniaque. En revenant à elle, elle fut extrêmement surprise de se trouver accouchée, et déclara que, depuis le moment où elle avait regardé la boule, elle avait bien dormi. Les suites de couches furent absolument normales.

. 2° La motilité subit également des altérations très curieuses par la suggestion chez les hypnotisés. Nous devons citer d’abord en première ligne, les différentes forme de la catalepsie, depuis la plus moUe jusqu’à la plus rigide, comme on l’observe d’ailleurs à l’état pathologique, sous l’influence de l’hypnotisme naturel ou spontané; ensuite, les mouvements automatiques qui peuvent être rangés, comme les phénomènes cataleptiques, dans les altérations de la motilité. On sait en quoi ils consistent, l’hypnotisé exécute automatiquement tous les mouvements de l’expérimentateur. Celui-ci, par exemple, lève un bras et le fait tourner dans un sens quelconque, le sujet exécute le même moui vement. L’expérimentateur lève une jambe, fait mouvoir ses doigts, porte la main à sa tête, regarde [ l’heure à sa montre, etc., instantanément on voit

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l’hypnotisé exécuter encore les mêmes mouvements et les mêmes gestes.

On a dit que les sujets magnétisés voyaient ces mouvements à travers leurs paupières mal closes ou qu’ils percevaient le bruit de ces mouvements, et qu’ils les imitaient alors, sous l’influence de la suggestion. C’est là une erreur bien évidente. Le Dr Puel, le premier, a produit des mouvements automatiques, dès l’année 1866, chez des sujets qui étaient très éloignés de lui, qui étaient placés dans une autre chambre que celle où il se trouvait, sous la surveillance de ses collaborateurs. Jusqu’à présent, il n’a tiré d’autre conclusion de cette expérience, dont plusieurs s’attribuent la paternité, qu’un phénomène de suggestion à distance, par la pensée. Mais ce fait a une importance capitale, comme nous le verrons.

Sous le nom de paralysies psychiques expérimentales , on a encore décrit les paralysies et les contractures musculaires, qui ne sont autre chose que des altérations de la motilité produites par la suggestion. Si l’on dit, en effet, à un individu en état d’hypnotisme. « Votre bras gauche est paralysé», on peut s’assurer que ce bras est inerte et dans 1 incapacité absolue de produire un mouvement. On produit la catalepsie d’un membre de la même manière, et même au besoin chez le même sujet qui a déjà un autre membre en état de paralysie. La volonté de l’opérateur, dans ces differents cas, est absolue. L’organisme de l’hypnotisé est une machine docile, complètement à la merci de ses caprices. C’est ainsi que le sujet se lèvera ou restera cloué sur sa chaise, marchera, dansera et s’arrêtera, au gré de notre volonté. Sa sensibilité générale et sensorielle subira d’ailleurs, les mêmes modifications : sous l’influence de la suggestion, il trouvera, par exemple, à un morceau de charbon la couleur et le goût du sucre, à un oignon la saveur de la cannelle ou de la vanille, à l’eau le bouquet d’un vin quelconque ou d’une liqueur. On lui mettra dans la main un cornet de papier et on lui dira que c’est une coupe de champagne, il croira boire le meilleur Cliquot, et subira toutes les phases ' de l’ivresse. La suggestion agira même sur les fonctions du cœur et sur l’innervation vaso-motrice, déterminant, soit une élévation de température, soit une vésication sur la peau.

On produira, en résumé, non seulement toutes les illusions, mais encore les hallucinations des sens. Les hypnotisés entendront tout ce qu’on voudra leur faire entendre; ils verront tout ce qu on voudra ou pensera leur faire voir On pourra de même leur enlever le goût, les rendre sourds ou donner à leurs sens une acuité anormale ou une per version quelconque. Puis, toujours sous l’influence de la suggestion, on les fera parler, lire, travailler chanter, faire de la musique, se livrer à toutes les actions honnêtes ou délictueuses , banales ou criminelles. On les forcera à révéler leurs secrets et ceux dont ils sont dépositaires; on leur fera dire la vente ou le faux témoignage ; on leur ordonnera uetre chastes ou impudiques; on leur fera écrirp des testaments et signer telles déclarations qu’on oudra, comme je l’ai obtenu maintes fois denlu sieurs sujets. Enfin, on leur enlèvera leur personl

n ali té, et on en fera des soldats des m • ouvriers, des marins, des marchand?18- te ront le rôle de la personnalité qu’on , 118 fantaisie de leur donner. Mais, en réalité la ànront là que des hallucinations sua-Sr6 De Sechangements de personnalités propres à P*' Us se produisant réellement à une énomi» " Qdividn, sont très rares. ^ de sa ^

Tous ces phénomènes s’obtiennent à P soit dans le sommeil magnétique soit ’ réveil, à une époque déterminée par l’exoéÏÏ?,16 %ur. Un jour je dis à une jeune femme queftt; endormie: « Vous viendrez vendredi prochain à ! consultation de l’Assistance publique, et vous lirez la deuxième colonne du Petit Journal »? jour dit, je vis entrer mon sujet avec un papier dam la main. A la question que je lui pose: «<w voulez-vous? » Elle déploie son journal, et se metk lire inconsciemment et sur un ton monotone le ré sultat des élections générales, qui se trouvait à la place indiquée de la page.

Je lui dis alors:

. — Pourquoi, diable, venez-vous me lire tout cela ici, cela ne m’intéresse pas?

— Je n’en sais rien, me répondit-elle.

Et aussitôt elle se remit à lire tranquillement, pendant que je m’entretenais avec un de mes amis que j’avais prié de venir assister à cette expérience, lui rappelant que ces suggestions à date éloignée avaient été signalées depuis longtemps par le général Noizel.

On comprend l’importance médico-légale de ces actes post-hypnotiques sur lesquels j’ai souvent insisté, depuis plusieurs années. Cette femme, qui paraissait complètement éveillée et dans son état normal, aurait pu tout aussi bien commettre un meurtre, sous l’influence de ma suggestion, et sans pouvoir en révéler jamais la cause, dans n’importe quel état psychique où elle aurait pu se trouver, si je le lui avais également suggéré cette dernière recommandation.

On a désigné, sous la dénomination de suggestions sensitivo-sensorielles des illusions dés sens et de la sensibilité. Ainsi, il suffit de dire à un sujet hypnotisé : Quand vous serez réveillé, vous sentirez une forte odeur de soufre, de brûlé, de jasmin ou de lilas; le sujet éprouve la sensation suggérée,et souvent fait ses réflexions sur cette sensation, comme si elle était réelle, sur le ton de la conversation ordinaire.

Chez les hypnotisables dont on a l’habitude, on peut, comme je l’ai déjà mentionné à l’article hyp~ notisme, facilement imposer la suggestion à Teta de veille, non seulement par la parole, mais par un regard ou un geste de la main. J’ai vu entrer une jeune fille dans le salon du Dr Puel et, par un simp1® geste de celui-ci, son bras droit prendre imméaia tement la rigidité cataleptique. Un jeune étudian en pharmacie, sujet hypnotisable par excellent ; , me tend la main affectueusement à une cerlal.a distance. Je fixe son bras avec l’idée de le voir état de catalepsie, et le sujet reste le bras étenû . dans une immobilité rigide complète. Un mouvement de tête ou une légère insufflation !» de son côté lui rend ensuite la mobilité de 3

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mbre. Ces expériences ont été faites publique- ®e t depuis plus de 20 ans par le docteur Puel. ofucoup de médecins ont pu les voir chez lui et

^constater l’exactitude.

Tl y a dix ans environ que j’en ai été témoin, et ependant le professeur Bernheim, de Nancy, a la C Jveté d’écrire qu’il réclame la priorité des phénomènes de suggestion à l’état de veille...

Toutes les théories émises sur la suggestion peuvent se résumer en quelques mots: « C’est la pénétration de l’idée du phénomène dans le cerveau du sujet, par la parole, le geste, la vue, l’imitation. » Telle' est, pour Bernheim et pour d’autres médecins, la clef de tous les phénomènes hypnotiques. Qu’ils ajoutent seulement, comme moyen de pénétration de l’idée du phénomène dans le cerveau du sujet, la pensée de l’expérimentateur, comme je l’ai indiquée plus haut, et -ils seront alors dans la vérité. Mais alors tout l’échafaudage de leurs conceptions théoriques viendra s’effondrer sur le sol. Et s’ils tiennent à tirer une conclusion psychologique, des faits observés, ils en arriveront à comprendre que l’état d’hypnotisme n’est pas essentiel mais relatif, parce que les esprits sont comme les corps : supérieurs ou inférieurs les uns aux autres, et que la loi qui, seule, régit les rapports des expérimentateurs avec les sujets hypnotisables est la supériorité psychique des uns sur les autres. Un esprit faible est sous la dépendance d'un esprit fort, un esprit inculte sous celle d’un esprit cultivé. C’est ainsi qu’il faut expliquer la suggestion qu’exercent les maîtres sur leurs élèves, les prêtres sur leurs coreligionnaires, les parents sur leurs enfants, quelquefois l’homme sur la femme, et les dictateurs sur les peuples, ét souvent les médecins sur leurs malades.

De même, la suggestion thérapeutique ne peut avoir d’autre cause que l’ascendant d’un homme instruit et bien portant sur l’esprit affaibli et timoré d’un individu en proie à la maladie. Quel est le médecin qui n’a pas entendu dire souvent par les patients sur lesquels il fait du traitement moral: «Docteur, votre visite m’a fait du bien, je me sens mieux, revenez me voir bientôt. » Quel autre explication pourrait-on donner du traitement moral chez les aliénés, de l’imagination, des talismans et des guérisons miraculeuses à Lourdes ou ailleurs?

Le champ de la suggestion appliquée à la thérapeutique est excessivement vaste.. J’en ai déjà rap- P°rté quelques exemples (V. Hypnotisme). Mais il mh bien le dire, ce n’est guère que dans certaines affections du système nerveux qu’on obtient de vé- 11 m6S succès. Les névropathes sont tous hypnolsables au plus haut point, mais il faut néanmoins sur eux avec la plus grande prudence, et ,J0lr UQe longue habitude des phénomènes du ^Qnambulisme; si l’on ne veut pas s’exposer à accidents graves. Dr Edmond Düpouy.

^Suicide. — Le suicide est le meurtre de soij0 ^e; Àussi ancien que le monde, partout et toule * i S est Présenté à l’esprit de l’homme comme moral rem^e Pour mettre fin à des souffrances ms ou physiques jugées incurables.

La Bible raconte les suicides de Samson, d’Éléazar, de Rozias, du roi Saül et de bien d’autres.

Dans 1 Inde, la mort volontaire a toujours été en honneur chez les gymnosophistes et les brahmistes.

En Chine, de tout temps, les hauts fonctionnaires coupables de quelque méfait se sont ouvert le ventre pour échapper à la honte d’une exécution publique.

En Afrique, Sésostris, inconsolable d’avoir perdu la vue, se donne la mort ; les généraux Annibal et Amilcar, vaincus, se poignardent pour ne pas survivre à leur infortune ; les Sagontins et les Numides se frappent de leurs propres armes, afin de ne pas tomber vivants entre les mains de leurs vainqueurs, les Romains.

En Europe, le nombre des soldats, des savants, des philosophes qui se sont suicidés, — je ne parle que des temps antiques, — est innombrable; je me bornerai à citer les rois Codrus, Ménécée, Cléomène, Aristomène, puis Thémistocle, Isocrate, Démosthène, Hégésippe, Zénon, Cléanthe, Diogène, Aristarque, etc. Sous l’empire romain, la mort volontaire ravagea, comme une véritable épidémie, toutes les classes de la population.

Plus tard, dans l’espérance d’arrêter les progrès incessants du suicide, la mémoire du suicidé fut législativement vouée à l’infamie ; son cadavre était traîné sur une claie à travers les rues de la ville, puis attaché à un gibet, la tête en bas ; sa famille était frappée de flétrissure comme ayant provoqué ou n’ayant pas su prévenir le découragement de l’un de ses membres. Actuellement encore, en Angleterre, les biens du suicidé sont confisqués au profit de l’État. Il est vrai de dire que cette loi est rarement mise à exécution et que presque toujours les héritiers ou les juges trouvent moyen de l’éluder. Cette législation sévère jusqu’à la cruauté produisit quelques bons résultats, mais ils ne furent pas de bien longue durée.

Je ne puis faire ici l’historique du suicide pendant le moyen âge ni même pendant le siècle dernier ; celaj me conduirait trop loin. Qu’on me permette '■ seulement de rappeler que, d’après Montaigne, le plus ancien suicide célèbre constaté en France fut celui de Jacques du Chastel, évêque de Soissons.

Aujourd’hui que la lutte pour la vie est devenue plus vive que jadis, le suicide est une des affections morbides les plus graves et peut-être la plus incurable des sociétés modernes. On les compte tous les jours par centaines, et en ces quarante dernières années il en est qui ont vivement ému l’opinion publique. En voici quelques-uns que je cite au hasard, et à peu près par ordre chronologique : les peintres Gros et Léopold Robert, le chanteur Nourrit, Gérard de Nerval, le ministre Martin (du Nord), le duc de Choiseul, l’ambassadeur Bresson, Barthez et Parisot, deux médecins éminents, le publiciste Prévost-Paradol , l’ancien ministre Beulé, le sénateur Valentin, les généraux Ney et Lardenois, etc.

Statistique du suicide dans les différentes nations. — Quoique la statistique des suicides ne soit pas absolument irréprochable, elle n’en démontre pas moins que depuis 1866 leur nombre a aug-

menté dans de notables proportions, aussi bien en France que dans les pays étrangers. Je vais en donner quelques preuves :

En Allemagne, il a été constaté 4,861 suicides en 4866, et 8,689 en 4879, soit un accroissement de 78,7 p. 400. Cet accroissement est de beaucoup supérieur à celui de la population, qui a augmenté, en ce laps de temps, de 5,580,547 habitants, soit de 44 p. 100.

En Angleterre, la proportion, qui était en 1866 de 66,0 par million d’âmes, s’est élevée à 74,2 en 1880. Du reste, le nombre des suicides ne peut être exactement connu dans ce pays, les jurys spéciaux rendant presque toujours un verdict négatif sur ce point afin que les biens du ; suicidé ne puissent être confisqués au profit de l’État, ce qui serait conforme à la loi, ainsi que je l’ai dit plus haut. Dans une communication faite en 1886 à la Société des statistiques de Londres , Ogle a démontré que l’augmentation de fréquence observée en ces dernières années et jusqu’en 1884 présente un parallélisme frappant avec l’augmentation du nombre des personnes qui sont en état d’apposer leur signature aux registres du mariage.

En Autriche, il y a eu 1,265 décès par suicide en 1866, 1,863 en 1873 et 2,515 en 1879, soit en quatorze ans une augmentation de plus du double.

En Italie, le mouvement progressif du suicide a été des plus rapides à partir de 1875; cette année-là on en avait enregistré 922 cas, et il y en a eu 1,261 en 1880.

En Hollande, l’accroissement a été très peu sensible depuis 1875.

. En Russie, l’augmentation serait, d’après la statistique, fort peu considérable ; mais cette statistique est des plus défectueuse, et ce qui tend à le prouver, c’est qu’un écrivain russe, Lichatscheff, déclare, dans un travail couronné par l’Université de Saint-Pétersbourg, que le suicide a doublé dans son pays depuis soixante-douze ans. Il en attribue la cause, en dehors de l’augmentation de la population, aux ravages de plus en plus marqués de l’alcoolisme.

, En France de 1827 à 1830 le chiffre des suicides a été de 1,739 par an, tandis qu’il a été de 6,250 de 1875 à 1879, ce qui donne, pour cette période de cinquante-deux ans, un accroissement de 260 p. 100

La statistique pour l’année 1884, donne les' chiffres suivants :

En 1881, 6,741 suicides; 7,313 en 1882* 7 267 en 1883 et 7,572 en 1884. ’ ’

Relativement à la population, on comptait, de .1851 à 1855, 10 suicides par 100,000 habitantsen 1885, il y en a eu 20. Les chiffres réels et proportionnels ont donc doublé en trente ans. Le département de la Seine y participe pour plus du sixième : 1,420 suicides en 1884.

Je me bornerai à mentionner la Suède, la Norvège, la Suisse, où un mouvement progressif est annuellement constaté.

,J?a“s un. travail très remarquable sur le suicic [Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales Eegoyt donne le rapport des suicides à la nom lation (nombre d’habitants pour un suicide) d’anri es recensements les plus récents, c’est-à-dire ri

montant presque tous à 1880. Dans ce t hi États sont classés par ordre croissant Ha,11’ h au suicide : C de tei%ee

Hongrie .

Irlande et Écosse.

Espagne . .

Russie . .

Suède. .

Finlande .

Hollande . . . . ,

Italie .

Norvège .

Angleterre . . . .

Belgique .

Autriche .

France .

Allemagne . . .

Suisse .

Danemark. . . . .

« Il est bien entendu , dit Legoyt, qu’il n’est pas possible de garantir l’exactitude de ces rapports, la constatation des suicides présentant partout de très grandes difficultés, même dans les Etats où le service de la justice criminelle est le mieux organisé. » On n’en doit pas moins déduire de tous ces relevés que le nombre des suicides est aujourd’hui beaucoup plus considérable qu’il y a un demi-siècle.

Influence du sexe et de l’âge sur le suicide. -

L’influence du sexe est incontestable, mais non partout dans d’égales proportions. C’est en Suisse et en Belgique que les femmes se tuent le moins ; c’est en Hongrie et en Angleterre qu’eUes se tuent le plus. Dans ce dernier pays, d’après les documents qui nous ont été fournis par Ogle, de Londres, en 1866, le suicide est plus fréquent chez la femme que chez l’homme, de quinze à vingt ans. Le contraire se produit au-dessous de quinze ans et au-dessus de vingt; mais au delà de soixante la différence est peu marquée.

En France, la part de la femme dans le suicide, considérable à dix ans, presque égale à celle de l’homme à quinze ans, devient ensuite de moins en moins élevée jusqu’à soixante-cinq ans; au-dessus de cet âge, il y a presque égalité.

Tous les auteurs qui se sont occupés de lu tion sont entièrement d’accord sur ce point et r connaissent la précocité de la femme en ce qui c cerne le suicide. .

De 1876 à 1880, sur cent femmes qui se s^ donné la mort, on en compte neuf n’ayant pus teint leur vingtième année, tandis qu’il n’y a J je quatre hommes pour le même nombre et pu même âge. Au surplus, voici ce que nous app la dernière statistique publiée en France :

Suicides pour un million d'habitants de c.

Comme on le voit, la part qui, à dix ans, r , gc au sexe féminin, est presque trois fois eStà que celle qui incombe au sexe masculin. U eaé & peu près de même dans tous les pays, excep

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où la proportion en faveur de la femme est ** beaucoup plus considérable qu’en France. e°C°eut même affirmer que dans toutes les grandes °lles et notamment à Paris, les femmes se tuent i s que les hommes jusqu’à l’âge de trente ans.

P Ode estime qu’on peut expliquer ces différenou ces similitudes par les perturbations que la liberté et la ménopause impriment à l’organisme tout entier. Cette opinion ne me semble guère ac-

suicides d’enfants sont moins rares qu’on le croit généralement; ils auraient même, d’après les statistiques officielles, une tendance à augmenter depuis 1876. Ainsi, en prenant la limite de seize ans, on en a compté 19 seulement de 4836 à 4840, tandis que leur nombre s’est élevé à 50 de 1876 à 1880. Durant cette dernière période, le total des suicides d’enfants a été de 252, chiffre qui se décompose de la manière suivante : 103 âgés de quinze ans, 66 de quatorze, 40 de treize, 21 de douze, 12 de onze, 4 de dix, 4 de neuf, 1 de huit et 1 de sept.

Influence du célibat, du mariage et du veuvage sur le suicide. — Les suicides des célibataires et des vèufs sont, dans tous les pays, pour l’un comme pour l’autre sexe, plus fréquents que ceux des personnes mariées.

Influence des professions sur le suicide. — En

France, ce sont les individus sans profession, les misérables, qui attentent le plus souvent à leur vie; puis viennent les commerçants et les industriels, puis enfin ceux ayant des professions libérales; peu de domestiques et presque pas d’agriculteurs. Dans l’armée, le suicide est plus rare depuis que la durée du service n’est plus que de quatre ans.

Pour l’Angleterre, voici, d’après M. Ogle, les chiffres qui représentent la fréquence du suicide pour les différentes professions et pour la période de 4878 à 1883 :

Soldats, 1,149; garçons et domestiques d’hôtels, 650 ; maîtres d’hôtel et cabaretiers, 474; médecins, 472 ; pharmaciens, 444 ; avocats, 408 ; bouchers et marchands de poissons, 407; ecclésiastiques, 139; constructeurs de vaisseaux, 96; mineurs, 74.

Influence des crises économiques et politiques sur le suicide. — Les crises économiques et politiques peuvent, du reste, faire varier considérablement les chiffres se rapportant à telle ou telle profession. Ainsi Legoyt attribue l’augmentation des suicides à la crise industrielle et agricole que nous subissons depuis 1876.

Influence des saisons sur le suicide. — On croit généralement que le suicide est surtout fréquent novembre et dans les mois sombres et froids e 1 année; c’est là une erreur; leur maximum se Produit surtout en été. Ainsi, sur les 5,285 constats de 1871 à 1875, il y en a eu 1,046 en hiver, i8 au printemps, 1,625 en été et 1,136 en au- Sp ne- C’est dans les quatre premiers jours de la aine qu’ils sont les plus nombreux; le minim tombe sur le samedi, jour du payement du baH-1'6’ rï°nt l’ouvrier consomme la plus grande ïJt) ^hianche et le lundi.

Aup lueQce de l’hérédité sur le suicide, y- L mace de l’hérédité sur l’homicide de soi-même,

comme on disait au siècle dernier, est certaine. Voltaire est un des premiers qui aient attiré sur ce point l’attention des médecins. On voit, en effet, des oncles, des tantes, des cousins, deux, trois, quatre, cinq frères, souvent plus, finir leur vie par un acte désespéré. G’est parfois en arrivant à une période déterminée de la vie que ces infortunés, cédant à la violence de leur penchant, accomplissent la fatalité de leur destinée. Presque toujours il y a, entre les membres d’une même famille, identité d’exécution.

Le suicide est contagieux et épidémique. - —

Prosper Lucas écrivait, il y a un demi-siècle:

« Etrange passion que celle du suicide ! Elle est contagieuse, elle est même épidémique, elle est une des plus esclaves de la loi d’imitation. » Lucas disait vrai. 11 existe dans quelques cités populeuses telles que Paris, Londres, Marseille, Berlin, une combinaison d’influences qui s’étendent à une certaine distance, comme d’un foyer central, et qui fomentent la propension au suicide; il devient alors en quelque sorte contagieux, épidémique. Au XVe siècle, une épidémie de celte nature ravagea le Milanais; en 1793, Versailles eut 1’horr.ible spectacle de plus de 1,300 suicides accomplis en une seule année ; il en fut de même à Rouen.en 1808, à Stuttgart en 1811, et à Paris en 1866. Parfois même l’épidémie se concentre dans un seul établissement. Tout le monde connaît l’histoire de ce crocbet planté dans la porte d’un cabinet d’aisances où, dans l’espace de quelques jours, vinrent se pendre quinze pensionnaires de l'Hôtel des Invalides. Le gouverneur, général Sérurier, fit murer cette porte et, la porte une fois disparue, personne ne se pendit plus. Ceci se passait en 1772, et depuis cette époque pareil fait s’est plusieurs fois reproduit, notamment en 1864. En l’espace d’une semaine, il me fut facile de faire, comme médecin de cet établissement, une ample provision de corde de pendu. En 1805, au camp de Boulogne, cinq à six soldats se suicidèrent dans la même guérite. Je signalerai encore une véritable épidémie de mort volontaire qui éclata en 1862 par les jeunes détenus delà Petite-Roquette.

Influence des maladies et du délire sur le suicide.

— Les affections aiguës à délire fébrile, les fièvres chaudes, pour me servir de l’expression consacrée, de même que les affections chroniques, peuvent conduire au suicide. Dans les premières, le malade est en proie à des hallucinations terrifiantes et, pour y échapper, il se précipite dans le vide; dans les secondes, il veut se soustraire, par la mort, à des souffrances intolérables, continues, ou aux conséquences du mal dont il est atteint. Le délire de la honte, de la jalousie, de l’amour, la misère, les tortures du désespoir, une ambition déçue, etc., peuvent aussi conduire l’homme vers sa propre destruction. Parmi ceux qui se tuent, on trouve aussi un grand nombre d’alcooliques, d hypocondriaques, de nostalgiques, d’individus qui, à une époque quelconque de leur existence, ont été atteints par un choc cérébral et auxquels, pour ce fait, on a donné le nom de cérébraux.

Influence de la religion sur le suicide. — D’après les statistiques, les suicides des protestants seraient

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plus fréquents que ceux des catholiques, que ceux surtout des juifs.

Ce qu’il y a de certain, c’est que le fanatisme religieux, la crainte de l’enfer ou l’espoir d’arriver plus vite à une récompense céleste peut avoir le suicide pour conséquence. En 1827, une jeune fille, mue par ce désir, se place sur un bûcher auquel elle met le feu ; elle meurt dans les flammes. A la même époque, un démoniaque, cordonnier à Venise, voulut mourir de la mort du Christ. Après s être couronné d’épines, il s’assit sur une croix qu il avait faite, se traversa les deux pieds d’un grand clou qu’il fit pénétrer à coups de marteau, s enfonça un autre clou dans l’une des mains et, avec l’autre restée libre et armée d’un poignard, il se fit une large plaie au côté gauche de la poitrine. A 1 aide de cordages préparés à l’avance, cet individu parvint à sortir par une croisée où il resta suspendu sur la croix à la façade de la maison toute une nuit. Transporté à l’hôpital, il v guérit de ses blessures.

Ces deux faits ne suffisent-ils pas pour démontrer 1 influence de l’exaltation religieuse sur la production du suicide?

Cette influence a été constatée à toutes les époques, en dépit des préceptes qui défendent de se onner la mort. Et puis, dans combien de circonstances des actes reconnus contraires àla loi divine, ont ete mis au service d’idées religieuses sans quon puisse y voir autre chose que de l’exaltation!

La mere qui jetait son enfant sous les roues du ctiar de l'idole pour lui assurer la félicité céleste aurait appelé criminel qui le lui aurait tué. On a vu dans l’antiquité païenne, et plus tard, au sein de la catholicité, des individus terminer violemment leurs jours pour hâter le bonheur de l’autre vie, espérant que l’acte serait absous en faveur de l’intention. On en a vu aussi qui, craignant de trouver le juge suprême inexorable à l’endroit du suicide direct, tournaient la difficulté en se faisant tuer dans la mêlée. Nous n’en sommes plus là, heureusement ; et cependant l’exaltation religieuse exerce encore aujourd’hui sa funeste influence.

139 ecclésiasti(Ilies se sont suicidés

En France, n’a-t-on pas l’exemple de Duchastel evequede Soissons; de l’archevêque de Sens et ministre de Louis XVI, d’un évêque de Grenoble recourant au poignard ou au poison pour passer de vie a trépas? Je ne cite que les noms les plus conliqueParaU leS haUtS diSnitaires de l’Eglise catho-

Dans une étude très remarquable et très approfondie, publiée en 1854, Brière de Boismont a fait remarquer la fréquence incroyable du suicide dans tous les monastères. b

Quels sont les divers modes de suicide? — Voyons maintenant quels sont les moyens 1p« plus fréquemment employés par ceux qui désirent en finir avec l’existence. Cette partie de la question

JL f ^ ?“ “n .intepêl relatif> car 011 ne peut guère de son etude déduire des conclusions capables d’é lucider les problèmes sociaux que soulève 1p

quelques mo \s f * eû ««Ci.

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Le sexe, l’âge, les conditions sociale, a reux qu, veulent se donner la mer i„i choix des moyens auxquels ils ont ? ntsaHe l’exécution de leur sinistre projet r!C°U/s P^t les enfants, les vieillards se noient femtïles ou s’asphyxient; les jeunes hommes fL?ende« des armes a feu ou des instruments quelquefois du poison. Les médecins Pi trants, naires, les officiers de cavalerie, ceux m,; Vétéri' ques notions sur le siège des principan* que1' de l’organisme s’attaquent aux cœur. Les femmes aliénées s’étranglent 5 au recours à la suspension, à l’aide de bandes 3 ou dun mouchoir. Les militaires se brûlent latf veUe, les perruquiers se coupent la gorge Ll rasoir les cordonniers souvrent le ventfe S tranchet les graveurs avec un burin; les blanchi seuses s empoisonnent avec de la potasse, du JL de Prusse ou s asphyxient avec du charbon. 85 p i00 de photographes avalent pour mourir uneTorte dose de cyanure de potassium, substance toxique qu ils ont constamment sous la main.

En principe, on peut dire que celui qui veut se tuer, cherche le moyen qui lui paraît être le plus prompt et le plus sûr, mais il se trompe souvent sur le choix de ce moyen, comme le prouvent de nombreuses tentatives restées infructueuses. J’ai donné des soins, il y a longtemps déjà, à un malheureux qui, pour mourir, avait cherché à se couper le cou avec un rasoir et s’était lacéré, avec le même , instrument, les deux bras en tous sens, dans l’espoir de s’ouvrir les veines. Ne pouvant atteindre son but assez rapidement, il avait chargé un. pistolet et il s’était tiré une balle dans la tête; puis, après avoir avalé une solution de sulfate de cuivre, il s’était élancé dans la rue en passant par la fenêtre de sa chambre; celle-ci était heureusement située à un premier étage. Il guérit de ses épouvantables blessures et n’eut jamais envie de recommencer.

En France, et surtout à Paris, la femme a recours de préférence à l’asphyxie par le charbon, quelle croit conduire à une mort lente et douce. C’est là une erreur profonde; les dernières luttes pour la vie étant, au contraire, terribles dans le suicide de cette nature. Chose curieuse, il est une autre considération qui la guide, surtout quand elle est belle, dans le choix de ce même moyen : c’est pour paraître encore belle après sa mort.

On comprend, du reste, qu’il est des cas où le mode préféré ne puisse être mis à exécution. Ainsi dans les localités où il n’y a que des cours d eau peu profonds, il n’est guère possible de se noyer , dans les villages où il n’y a pas d’édifices et pe“ ou pas de maisons ayant plusieurs étages, il Pea“ être difficile de trouver la mort en se précipd d’un lieu élevé.

Depuis la création des chemins de fer, les suicide5 par écrasement se sont considérablement acçr L’abaissement du prix du revolver a singuber ment favorisé l’usage de cet instrument de m° En Allemagne, en Angleterre, en Belgique- Norvège, en Suisse, la strangulation par pe«f ls est le mode de suicide le plus fréquemment ? ^ ployé; eu Italie, c’est la submersion. QuaD

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voici les chiffres que donne la dernière JjSque, publiée - de 1873 à 1878 - sur 1,000 :

Hommes. Femmes.

Strangulation. .

Submersion. . •

Armes à feu. . .

Armes blanches.

Poison. ... • • Asphyxie. . . •

D’après les derniers documents officiels publiés en avril 1886, et qui comprennent les années 1879 et 1880, c’est encore la pendaison qui a été le mode de perpétration le plus usité, puisqu’elle s’y trouve pour 3,303, soit une proportion de 44 p. 100; après viennent, par ordre de fréquence, la submersion, les armes à feu, l’asphyxie par le charbon, la chute d’un lieu élevé, les instruments tranchants ou aigus, le poison, etc.

Quels sont les motifs de suicide? — Quant aux motifs de suicide, ils ont été, dans cette statistique, ainsi déterminés : affaiblissement des facultés mentales, 2,168; souffrances physiques, 1,783; inconduite, 1,133; chagrins de famille, 1,031; misère, 888, etc. Tels sont les grands groupes, desquels il importe de mentionner, pour les mettre en relief, à cause de leur caractère spécial, 809 suicides dus à l'alcoolisme, c’est-à-dire 11 p. 100 du total, et 229 commis par des individus coupables de crimes ou de délits.

Dans les suicides à deux, ayant pour cause la misère ou pour mobile un élément passionnel violemment surexcité, c’est l’asphyxie qui est le plus ordinairement employée.

Monomanie homicide -suicide. — Il me reste à dire quelques mots sur ce qu’on a appelé — peut-être improprement — la monomanie homicide-suicide. C’est une folie résidant essentiellement, non dans la pensée fixe de commettre un crime, mais dans le désir de sortir de la vie avec le secours d’une main étrangère. Un individu ruiné, déshonoré, malheureux enfin, aspire à la mort ; mais il manque de courage pour se la donner, et il en charge la justice en se présentant à elle souillé du crime d’incendie ou coupable d’un meurtre. Le meurtre est ordinairement préféré à l’incendie,

‘ parce qu’il paraît être le chemin le plus sûr d’arriver à l’échafaud. Un des plus curieux exemples de monomanie homicide-suicide, est celui de Jobard ?ui, en 1852, tua d’un coup de poignard, au théâtre des Celestins, à Lyon, une jeune femme qu’il ne connaissait pas, qu’il voyait même pour la première mis. Il fut enfermé dans une maison d’aliénés.

L’homme a-t-il le droit de se suicider? — L homme a-t-il le droit d’attenter à ses jours? Je û ai certes pas la prétention de résoudre un pareil Problème, ni même de discuter les diverses et con- ^ontradictoires opinions qui, de tout temps, ont été mises à ce sujet. Parmi les anciens philosophes, s llns °nt admis la mort volontaire, les autres ont mbattu énergiquement cette manière de voir; nutres enfin, tout en condamnant le suicide, mettent néanmoins des circonstances atténuantes. Les premiers Hébreux nièrent l’existence de ce

Actionnaire poi.ui.aire de Médecine usuelle.

droit, et comme Moïse, Mahomet le défendit sous les peines les plus sévères. « L’heure de la mort de chacun appartient à Dieu », dit le Koran. Les lois de Manou et de Yichnou, législateurs indiens, l’autorisent, le recommandent, l’ordonnent même en diverses circonstances. Le christianisme refuse ce droit à l’homme.

Socrate, Platon, Aristote, Plutarque, Martial, etc., ont été les adversaires du suicide, tandis que parmi ses partisans on compte Pythagore , Aristippe , Hégésias, les deux Pline, Démocrite, Épicure, Zénon,etc.

Jean-Jacques Rousseau a combattu éloquemment la théorie du droit au suicide, et plus récemment Brière de Boismont, Ebrard, Lamartine, Caro, Jules Simon, etc., se sont efforcés de démontrer que l’homme ne pouvait disposer volontairement de ses jours.

Malgré de si hautes autorités, il me paraît difficile de contester ce droit, dans quelques cas parfaitement déterminés. Comment, voilà un soldat blessé, qui ne veut pas tomber vivant entre les mains d’un ennemi qui va lui faire subir les plus horribles supplices, et il n’aurait pas le droit, pour les éviter, de se faire sauter la cervelle ? Comment, voilà un homme atteint d’une épouvantable maladie qui lui occasionne, nuit et jour, les plus cruelles douleurs, et il n’aurait plus le droit de. ne plus vouloir souffrir ?

Dans ces cas, le suicide n’est en aucune façon répréhensible; dans bien d’autres, on pourrait presque dire qu’il est un devoir. Quand la mort volontaire est basée sur des motifs puissants, réfléchis, concordant avec la gravité des circonstances, il est logique et rationnel.

A part ces cas, heureusement exceptionnels, le meurtre de soi-même, pouvant avoir des conséquences fâcheuses au point de vue de la famille et de l’Etat, ne saurait être approuvé.

Quel est le remède préventif du suicide ? — Faut-il donc en chercher le remède?

A toutes les époques, les législateurs ont édicté des mesures légales comme moyen préventif de la mort volontaire.

La loi de Moïse Voue a l’infamie ceux qui se tuent et leur refuse la sépulture.

Chez les anciens Arméniens, là maison du suicide était livrée aux flammes, et à Athènes sa main était coupée par le bourreau.

La loi romaine ne regardait comme coupable que celui qui, accusé d’un crime, se donnait la mort pour échapper à une condamnation judiciaire.

Le christianisme suivit entièrement, au sujet de la punition du suicide, la tradition hébraïque.

Au XIVe siècle, à Abbeville, à Lille, le cadavre était traîné à travers les rués de la ville, et puis pendu la tête en bas, par l’exécuteur de la haute justice. En janvier 1584, un évêque de Strasbourg s’étant pendu, son corps fut enfermé dans un tonneau et ensuite jeté dans le Rhin.

Louis XIV confisquait les biens du suicidé et en faisait cadeau à ses maîtresses. Cette mesure inique violemment attaquée par Montesquieu, Voltaire et Beccaria, cessa d’être mise à exécution en 1749, mais l’ordonnance royale qui l’édictait ne fut réel-

lement abolie qu’en 1789 par l’Assemblée nationale. Aujourd’hui nos lois absolvent le suicide.

L’Angleterre a conservé la confiscation au profit de la reine, quand il est prouvé que le suicidé jouissait de toutes ses facultés mentales ; mais les tribunaux admettent presque toujours la folie. Dans aucun cas, celui qui s’est donné la mort, n’est enterré dans le cimetière de la paroisse, et ses obsèques ne doivent être l’objet d’aucune cérémonie.

Ces mesures, flétrissure de la mémoire du suicidé, pendaison du cadavre ou son envoi dans les amphitéâtres d’anatomie, comme on le fait actuellement en Saxe, confiscation des biens, refus de la sépulture légale, ne semblent pas avoir donné les résultats qu’on en attendait. Il ne faut pas oublier, du reste, que le suicide s’offre fréquemment avec des caractères pathologiques. Des faits nombreux établissent que l’on peut se tuer avec toutes les apparences de la raison, du sang-froid et du courage, mais il en est aussi qui démontrent que ceux qui se donnent la mort sont depuis longtemps monomanes, ou ont été frappés de folie au moment de commettre leur acte délirant. Or, il n’ est pas admissible que l’on puisse sévir contre un individu, parce qu’il est malade. « On ne peut pas plus punir l’homicide de sobmême, a dit Montesquieu, qu’on ne punit les effets de la démence. »

Quant aux mesures d’ordre moral ou d’ordre économique indiquées par quelques écrivains moralistes, elles sont presque toutes d’une exécution difficile, sinon impossible.

Et cependant il me semble qu’il y a quelque chose à faire pour diminuer le nombre des suicides, pour tâcher d’opposer une barrière à ce flot montant, à cette sorte d’épidémie, qui, loin de faire de courtes apparitions comme jadis et comme les autres maladies saisonnières, étend tous les jours de plus en plus ses ravages.

Ne pourrait-on pas trouver le moyen de supprimer ou tout au moins d’atténuer quelques-unes des causes de la mort volontaire?

Ainsi, la fréquence du suicide chez les enfants ne proviendrait-elle pas de leur internement et du travail intellectuel forcé auquel ils sont soumis au jourd’hui? Dans ce cas, il y aurait lieu d’étudier la question de l’internat, ainsi que le programme des etudes en usage dans les établissements d’in struc tion publique.

, L’accroissement des suicides pour grossesses illégitimes doit être certainement attribué à la sud pression des tours. N’est-ce point là une raison Hp plus pour les rétablir ?

L’alcoolisme étant une des causes principales de meurtre de soi-même, n’y aurait-il pas lieu de revi ser la loi de 1874, qui, de l’aveu de tous, ne semble pas avoir été un obstacle bien sérieux contre Tivro gnerie?

Encore un mot : on a prétendu que la publicité des journaux était un des plus puissants éléments du caractère contagieux que les suicides présentent fréquemment. Ce sont les faits divers qui d’anrès certains auteurs, sont les pelés, les galeux d’on vient tout le mal. Pour mon compte, je ne crois nas que la presse possède une influence pathologiaup aussi considérable. Ce qui le démontre, c’est X!

pendant les XIV% XVe et XVI' siècles , n’existait pas le plus petit journal et d , « velles ne se transmettaient qu’avec 6S n°u' lenteur, sévirent de très sérieuses R ■ e*trèQ)e morts volontaires. nr „ Piaet»ies de

D Mary Durand Rédacteur en chef du rw ■ ’

Rédacteur médical du g^

SUIE. — Nom donné à une masse pulvémi0 -, noire, résultant de la combustion incomt>lèt * matières organiques et se déposant sur W 1 îes froides des tuyaux de cheminée. La suie d’une odeur désagréable, d’une saveur amère S employée autrefois, sous forme de pommade’ da le traitement de certaines affections cutanées.’ P ^

SULFATES. - Nom donné par les chimistes aux sels formés par la combinaison de l’acide sulfu rique avec une base. Les principaux sulfates employés en médecine sont : le sulfate d’alumine (V Alumine ), le sulfate d’atropine (V. Atropine), le sulfate de cuivre (V. Cuivre), le sulfate de magnésie (V. Magnésie ), le sulfate de manganèse (V. Manganèse), le sulfate de mercure (V. Mercure), le sulfate de morphine (Y. Morphine), le sulfate de quinine (Y. Quinine), le sulfate de soude (V. Soude), le sulfate de strychnine (V. Strychnine), le sulfate de zinc (V. Zinc). P l.

SULFHYDRIQUE. — Nom donné par les chimistes à un acide produit par la décomposition des substances organiques contenant du soufre. L’acide j sulfhydrique ou hydrogène sulfuré est un gaz d’une odeur fétide rappelant celle des œufs pourris ; il entre dans la composition des eaux sulfureuses (Eaux- Bonnes, Bigorre, Enghien, Cauterets, etc.) et fait partie des gaz intestinaux de l’homme et des animaux. C’est un poison violent, qui tue rapidement les animaux; il se produit abondamment dans les fosses d’aisances et son dégagement entraîne souvent l’asphyxie des ouvriers qui y travaillent. On le désigne alors vulgairement sous le nom de plomb- Le contre-poison de l’acide sulfhydrique est l’oxygène. P- R

SULFURE. - Nom donné par les chimistes à la combinaison du soufre avec un métalloïde, principaux sulfures employés en médecine son * sulfure d’antimoine (V. Antimoine), le sulfure carbone (V. Carbone) et le sulfure d’hydrogene i * Acide sulfurique).

SULFUREUX POUILLET. — (V. Pouillet.)

SULFURIQUE (acide). — L’acide sulfurique pjf JJ monohydraté est un liquide incolore, inodore, d consistance oléagineuse, d’une causticité extF®aeSi C’est un des poisons corrosifs les plus énergie ^ Appliqué sur la peau, il la corrode, la m0lD/ngéré la tranforme en une eschare noire et dure. dans l’estomac, il cautérise tous les organes q rencontre sur son passage : la bouche, le P ha7 e0l’ oesophage, présentent çà et là des ulcérations tourées d’une rougeur “inflammatoire ^^ésor* ment intense. L’estomac lui-même offre des u

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