ET LA TERMINAISON DES PARALYSIES DU LARYNX
Comme on le voit par l’énumération des causes qui peuvent les produire, les paralysies du larynx présentent de nombreuses variétés. Nous allons les passer en revue aussi succinctement que possible.
Paralysies hystériques. — Ce sont de beaucoup les plus fréquentes; on les rencontre souvent dans la clientèle. Dans toute paralysie hystérique, la perte de la voix est le premier symptôme qui donne l’éveil. Un jour, sans cause appréciable, la voix se perd subitement et complètement, c’est là le mode le plus fréquent de début. Cette perte est quelquefois persistante, mais le plus souvent, c’est après plusieurs alternatives de retour et de disparition que l’aphonie définitive s’établit. Il est une chose à remarquer, c’est que les paralysies hystériques sont toujours bilatérales, et entraînent toujours la perte complète de la voix.
11 est rare de voir la respiration subir une altération marquée, cependant quelquefois elle est gênée et difficile. Les malades éprouvent parfois des accès de suffocation qui doivent être rapportés à la cause de la maladie, et d’autres fois, à une grande quantité de mucosités visqueuses, filantes et claires, qui s’amassent dans la trachée et que les malades rejettent lorsqu’on pratique l’électrisation de l’Organe vocal. Le plus souvent, la toux reste sonore ; quelquefois les malades sont atteints d’un hoquet continuel.
Les symptômes généraux sont ceux de l’hystérie (V. Hystérie).
‘ Les symptômes larvngoscopiques sont bien simples. Souvent le pharynx est insensible et 1 examen se fait avec une grande facilité. La muqueuse du larynx et toutes les parties de 1 organe vocal sont saines, mais les deux cordes vocales inférieures sont écartées l’une de l’autre comme pour la respiration tranquille et n’ont aucune tendance à se rapprocher pendant les efforts de la phonation. Il semble, dans ces cas, que la paralysie porte seulement sur
les muscles phonateurs, ou mieux constricteurs de la glotte, c’est-à-dire sur les crico-aryténoïdiens latéraux et sur l’ary-aryténoïdien. Il est rare que les cordes ne soient pas blanches; quelquefois cependant elles sont rosées.
La marche de la paralysie hystérique varie selon les cas. Nous avons vu qu’elle s’établissait en général subitement avec des allées et venues plus ou moins nombreuses. Elle revêt quelquefois une véritable marche intermittente. Sa durée est très variable. Elle oscille entre quelques jours et quelques mois. La terminaison est toujours favorable, tout au moins dans le jeune âge.
Ce que nous venons de dire des paralysies hystériques peut s’appliquer en quelque sorte à toutes les paralysies de causes générales. Quelques symptômes seuls varient, nous allons les voir successivement.
Paralysies par refroidissement. — Le début de ce genre de paralysie est moins brusque ; de plus, il arrive souvent qu’une seule corde est paralysée. Au laryngoscope on trouve la muqueuse rouge et un peu tuméfiée, en même temps qu’il existe un catarrhe laryngo-bronchique. Dans les cas où une seule corde est affectée, la paralysie semble atteindre le crico-aryténoïdien postérieur seul, car la corde reste immobile sur la ligne médiane.
Gerhardt divise les paralysies par refroidissement qu’il appelle rhumatismales, en trois classes :
1° Paralysies consécutives à l’inflammation rhumatismale des articulations crico-âryténoïdiennes;
2° Paralysies rhumatismales catarrhales consécutives à " un catarrhe débutant -par les fosses nasales et envahissant ultérieurement le pharynx et le larynx ;
3° Paralysies afrigore de cause directe. Ces dernières durent rarement plus d’un septénaire.
Paralysies par peur ou colère. — La peur et la colère déterminent quelquefois l’aphonie. Elles n’agissent le plus souvent que comme causes déterminantes, et ce n’est que chez les femmes dont le système nerveux était très excité, que nous avons trouvé ce genre de paralysie. Cependant, il est certain que la peur poussée à une extrême limite, peut déterminer une aphonie passagère et couper en quelque sorte la parole. Il n’est personne de nous qui, dans un rêve, dans un cauchemar, n’ait éprouvé cette sensation, pénible qui consiste à voir un danger que l’on pourrait conjurer en criant et de ne pouvoir pousser un cri. Ce fait, commun en rêve, peut se produire dans la vie réelle, et on cite beaucoup de cas où la victime terrifiée par la vue de l’assassin n’a pu ni fuir ni crier.
Comme dans l’hystérie, leur début est brusque. Elles surviennent presque toujours chez des femmes atteintes de névroses. Les symptômes, moins les symptômes généraux, si la personne n’est pas hystérique, se ressemblent en tous points.
Il arrive souvent que la paralysie par peur ou par colère n’est pas complète, et dans ces cas, le miroir laryngien montre les aryténoïdes faisant de légers mouvements de rotation qui indiquent le peu de gravité de l’affection dont la durée est toujours courte et la terminaison favorable.
Paralysie par anémie. — Que la perte du sang
ait été rapide, ou au contraire lente et répétée, les symptômes des paralysies anémiques sont exactement les mêmes. La phonation seule est atteinte la respiration est normale. Les symptômes généraux sont ceux de l’anémie (Y. Anémie), Au laryngoscope, ce qui frappe tout d’abord, c’est la décoloration de toute la muqueuse laryngée. La paralysie qui est presque toujours incomplète, porte sur les deux cordes vocales inférieures en même temps, et en particulier sur les crico-aryténoïdiens latéraux et sur l’ary-aryténoïdien. La durée de cette affection ainsi que sa marche et sa terminaison sont subordonnées à la cause qui l’a produite.
Paralysies syphilitiques. — Dans les paralysies de cause syphilitique, nous trouvons des symptômes fonctionnels particuliers. Ces paralysies sont presque toujours unilatérales. La phonation n’est pas complètement abolie. La voix devient rauque et dure, et revêt le caractère bitonal. La respiration, par le fait même de la diminution de l’aire de la glotte, se trouve gênée et on trouve toujours une toux assez intense et rauque. En même temps que la paralysie, on trouve presque toujours d’autres manifestations secondaires de la diathèse. Au laryngoscope on trouve la corde paralysée généralement rouge, le larynx couvert de mucosités. Ces sortes de paralysies semblent s’établir lentement. Elles ont une durée longue et réclament un traitement énergique. Ces paralysies sont relativement fréquentes.
Paralysies diphthêritiques. — Les paralysies diphthéritiques du larynx sont rares. Le plus souvent, elles sont précédées de paralysie du voile du palais ; nous les avons vues suivies de paralysies diverses du bras, de la jambe, etc. Elles ne revêtent, laryngoscopiquement parlant, aucun signe particulier. Leur début est brusque, leur marche généralement rapide, leur terminaison par guérison, lente.
Paralysies toxiques. — Elles sont très rares, et leur cause seule les fait différencier des autres paralysies.
Paralysies de causes locales ou par compression. — Les symptômes fonctionnels de ces paralysies sont à peu de chose près les mêmes, quelle que soit la compression.
Dans tous les cas que nous avons observés, la paralysie ne portait que sur une seule corde, tantôt à gauche, et cela le plus souvent, tantôt a droite.
Dans ces cas, elle semble envahir surtout les muscles dilatateurs de la glotte, c’est-à-dire les crico-aryténoïdiens postérieurs, d’où immobilisation de la corde atteinte dans la position nécessaire à la phonation. Aussi est-il rare d’observer une aphonie complète. La voix parlée change de timbre, devient rauque, la voix chantée est impossible, ce qui. permet d’admettre la paralysie des thyroaryténoïdiens et des crico -thyroïdiens du mena côté. Le fait même de la conservation de la voix» qui, il est vrai, est mauvaise, permet de differen* cier ce genre de paralysie, de la plupart des para lysies de causes générales. > ,
La respiration est plus profondément altérée q la phonation. En effet, l’espace qui permet à la
de pénétrer dans la trachée, se trouve subitement, dans la plupart des cas, diminué de moitié. La gêne respiratoire est plus souvent entretenue par la cause même de la paralysie. La toux n’est pas la règle - elle n’existe qu’ autant que l’affection, cause de la paralysie, la détermine.
Les signes fournis par l’examen laryngoscopique sont exactement les mêmes, quelle que soit la cause de la paralysie.
Si ce sont les muscles dilatateurs de la glotte qui sont atteints, on trouve la corde vocale immobile; le cartilage aryténoïde correspondant est complètement immobile , ou fait des mouvements insignifiants. Ce cartilage, très souvent, opère un mouvement de bascule d’arrière en avant, de telle sorte que son sommet masque les portions postérieures de la corde correspondante qui paraît être raccourcie. En même temps, il semble être plus rapproché de l’épiglotte, ce qui donne au larynx un aspect de déformation qui frappe l’œil tout d’abord. Cette différence de niveau est surtout appréciable pendant les efforts de la phonation Lorsque le malade fait, au contraire, des mouvements inspiratoires, la corde paralysée reste sur la ligne médiane, si la paralysie est complète; si elle est incomplète, elle ne s’en écarte que très peu.
Si ce sont les muscles constricteurs (crico-aryténoïdiens) qui sont atteints, le bord libre de la corde vocale, au lieu d’être rectiligne, est concave, et pendant les plus grands efforts de phonation, il reste toujours un espace entr’ouvert entre les deux cordes. Cette ouverture est toujours elliptique.
La corde vocale saine finit, avons-nous dit, par acquérir des mouvements plus étendus qu’à l’état normal, de telle sorte que pendant l’inspiration elle s’efface presque complètement, et se cache sous la corde vocale correspondante.
Quant à la muqueuse et aux autres parties constituantes du larynx, elles sont le plus souvent saines.
Qcel est le pronostic des paralysies du la- RYf,X ‘ ~ N varie avec les causes de ces paralysies.
Toutes choses égales d’ailleurs, les paralysies de causes générales sont moins graves que les paray?!es de causes locales. En effet, parmi les prej leres n°us n’en avons que rarement trouvé qui ussent rebelles au traitement. Les paralysies par lisae.mie sont subordonnées aux causes de déglobur- 10n- Les paralysies syphilitiques sont plus sépases\ car elles indiquent une infection profonde. tiennrrQl !es paralysies de causes locales, celles qui a ent un anévrysme de l’aorte (les plus fréno v d’ailleurs), celles qui tiennent à une adépu? ^e. bronchique , compliquée de tuberculose Tœsn°Raire’ °U a une tumeur du médiastin ou de car tireQt leur gravité de leur cause même,
meùr«aDSt0US.ces cas’ ce n’est fi116 lorsque les tuà rnr» S<?nt tras v°lumineuses, qu’elles en arrivent compnmer le récurrent correspondant.
— Il LE, TRAITEMENT des paralysies du larynx? paralysé S(dument subordonné à la cause de la
être loca?S«?araly®ies de causes générales, il doit general. Nous entendons par traite¬
ment local les électrisations soit externes, soit internes, et les applications topiques sur les cordes vocales paralysées.
L’électrisation se fait à l’aide d’une pile dont les deux pôles, terminés par des plaques métalliques recouvertes de peau, sont appliqués de chaque côté du cou sur le trajet des nerfs récurrents. .
Cette méthode donne de très bons résultats, mais seulement quand la paralysie ne date que de peu de temps.
Dans les cas de paralysies anciennes, il est préférable d’employer l’électrisation interne qui, croyons-nous, fut faite pour la première fois par Duchenne (de Boulogne) et ensuite par Mackenzie. Cette électrisation se fait de deux manières.
Dans l’une, l’un des pôles est porté dans le larynx, précisément sur la corde paralysée, tandis que l’autre pôle est mis en communication avec la main du malade ou mieux avec un collier portant à sa partie antérieure et interne une plaque métallique qui s’applique sur le devant du cartilage cricoïde ou sur le thyroïde.
La seconde manière consiste à porter dans le larynx les deux pôles de la pile. Cette opération, qui se fait avec un rhéophore double, est extrêmement facile en se guidant avec le laryngoscope.
On devra faire en sorte que le courant ne soit pas trop intense pour éviter au malade des spasmes trop violents. Pour cela, avant d’introduire le rhéophore dans le larynx, on devra graduer le courant en appliquant les boutons de l’instrument sur les lèvres du patient.
L’électrisation du larynx est généralement très bien supportée. Lorsque la yoix revient, le malade rejette une grande quantité de mucosités visqueuses et filantes, et en même temps les cordes, si elles étaient rouges, se décongestionnent instantanément.
Les séances doivent être continuées régulièrement jusqu’au retour complet de la voix, qui quelquefois peut se faire attendre très longtemps.
Mackenzie cite des cas où la voix n’est revenue qu’à la trentième électrisation. Nous-même, nous avons été témoin de faits où le retour complet de la phonation ne s’est fait qu’au bout de plusieurs semaines. Il est bien entendu que nous ne parlons ici que d’aphonies nerveuses.
Dans les cas de paralysies par peur ou a frigore, la voix revient presque toujours à la première séance.
Dans les cas de paralysies anémiques, diphthéritiques, syphilitiques, les électrisations ne donnent pas d’aussi bons résultats. Il n’en est pas de même des applications topiques et même caustiques.
Dans les paralysies syphilitiques et diphthériques, ces applications rendent les plus grands services. On devra donner la préférence aux solutions de nitrate d’argent au vingtième, à la teinture diode pure et au perchlorure de fer, portés dans le larynx à l’aide de l’éponge. Mackenzie propose des inhalations de chloroforme et de créosote, licite plusieurs cas de guérison.
Comme traitement général dans les paralysies hystériques, on prescrira le bromure de potassium à doses assez fortes, jusqu’à 6 et 8 grammes par
jour, et on conseillera en même temps un régime tonique et l’hydrothérapie.
Dans les paralysies par peur et a frigore , les préparations de strychnine, de noix vomique en particulier, sont indiquées.
Pour l’anémie et les suites de la diphthérie, ce sont le fer et le quinquina qui donnent les meilleurs résultats.
Quant aux paralysies syphilitiques, nous conseillons les frictions mercurielles,, l’iodure de potassium à haute dose, les inhalations de cinabre et les bains de vapeur.
Pour terminer le traitement des paralysies de causes générales, il ne nous reste plus qu’à parler de la gymnastique vocale. Nous entendons par gymnastique vocale l’exercice méthodique de la voix par le solfège. Toutes les fois que l’on sera parvenu à rendre la voix à une personne atteinte de paralysie laryngée, il est bon de lui recommander de faire pendant quelque temps du solfège pour faire manœuvrer méthodiquement les muscles de son larynx.
De l’ensemble des faits que nous avons observés, il ressort qu’il est rare que la thérapeutique soit impuissante contre les paralysies de causes générales.
Il est loin d’en être de même pour les paralysies de causes locales. En effet, chacun sait combien le traitement, est inefficace dans les cas d’anévrysmes soit de l’aorte soit de toute autre artère intra-thoracique.
Or, dans ces cas, la paralysie de l’une des cordes n’est plus qu’un symptôme, et c’est à la cause que doit s’attaquer la médication.
Il n’en est pas de même tout à fait dans l’adénopathie bronchique, surtout si l’adénopathie est de nature scrofuleuse ou syphilitique.
Dans ces cas, le meilleur médicament à employer est l’iode sous ses: différentes formes, et principalement sous la forme de teinture alcoolique non acide (1 gr. d’iode pour 10 gr. d’alcool à 90°). On prescrit au malade de prendre cette teinture par gouttes en commençant par 5 gouttes et en augmentant chaque jour d’une goutte jusqu’à ce qu’il ait atteint 30 ou 40 gouttes selon les âges. Lorsque le nombre voulu est atteint, on lui recommande de diminuer la dose de une goutte chaque jour.
La teinture peut être prise telle quelle dans du vin de Malaga ou de Xérès, comme le prescrit Guéneau de Mussy, ou bien encore dans de l’eau d’amidon.
La teinture d’iode pourra encore être prescrite en badigeonnages, et concurremment avec l’usage qu’on en fera à l’intérieur.
11 est aussi d’usage de prescrire de l’huile de foie de morue. Il faut pour cela que l’estomac du malade soit en bon état.
Dans l’adénopathie de nature scrofuleuse, les eaux arsenicales donnent souvent de bons résultats, de plus le séjour à la campagne vient se joindre dans ces cas à l’heureuse influence du traitement.
L’adénopathie syphilitique devra être combattue par les frictions mercurielles et par l’iodure de potassium.
Enfin, c’est encore à l’iodure que l’on devra avoir recours dans les tumeurs du médiastin dont la nature est si difficile à préciser.
Dans les cas de paralysies des cordes par tumeurs du cou, il est indiqué d’enlever la tumeur, si elle est simplement ganglionnaire, et si les organes voisins permettent cette ablation. Quant aux kystes du corps thyroïde, s’ils ne sont pas de nature cancéreuse, si l’état général du malade le permet, on peut tenter de les ponctionner, mais il faut être prévenu que ces ponctions sont loin d’être exemptes de tout danger.
Enfin, dans le cas de cancer de l’œsophage, la maladie est au-dessus de toutes les ressources de l’art.
Dans toutes ces paralysies de différentes natures, le médecin devra surtout s’appliquer à soulager le malade en lui prescrivant surtout des narcotiques (belladone, ciguë, opium), car c’est souvent la gêne de la respiration et surtout les quintes de toux, qui le fatiguent. Contre la toux, on se trouve généralement bien de gargarismes au bromure de potassium (15 pour- 300) et de fumigations de . guimauve et de pavot.
L’électricité elle-même ne devra pas être négligée^ surtout si la paralysie est incomplète. Il arrive quelquefois que l’on peut rendre ainsi au malade un peu de voix, ce qui le trompe sur son état et lui donne de l’espoir. Dr G. Poyet.
LATRINES. — (V: -Vidange.)
LAUDANUM. — On donne ce nom en pharmacie à diverses préparations d’opium, dont les plus connues sont le laudanum de Sydenham et le laudanum de Rousseau. Voici leurs formules d’après le Codex français :