‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent (volume 2)Chapitre 217 sur 238 · VISIÈRE. VITRAGE · texte numérisé non relu

VISIÈRE. VITRAGE

DaM la construction, on donne le nom de via à divers objets ou constructions, dont voici l'énuméral ion :

Vis potoybre. — Noyan d'un escalier de cave en colimaçon qui porte de fond sons l'escalier d'une maison.

Vis de Saint-Gilles bonde.— Sorte de

voûte annulaire et rampante disposée de manière à .soutenir les marches d'un escalier tournant autour d'un noyau, soit plein, soit évidé. ( Voy. notre figure.) il existe également une vis de Saint-Gilles sur plan carré, dont l'exécution

Fig. 10. — Vis de Saint-Gilles.

présente encore plus de difficulté que la vis de Saint-Gilles ronde. Elle est dite sur plan carré, parce qu'en effet ses marches tendent toutes à un même point, en se dirigeant sur des côtés formant rectangle. Cette vis est composée de voûtes d'arête et d'arc de cloître gauches et rampantes.

Vis a chapeau. — Sorte de vis qui sert à réunir deux bouts de tuyaux de conduite, à fixer les porte-clapets et les brides de raccordement.

Vis d'Archoiède. — ^Machine qui sert à élever les eaux et qui est souvent employée dans les travaux de fondation pour épuiser les eaux souterraines qui jaillissent en faisant les tranchées. — La vis d'Archimède se compose d'une enveloppe cylindrique, nommée canon , qui contient une hélice dont les filets sont faits à l'aide de planches en bois flexible, assemblées, d'une part, sur la paroi du canon et,

d'antre part. BUT un cylindre plein en bois formant axe el qu'on nomme le noyau. I. ride compris entre les fileté, et qu'on appelle

• vis dans les ris ordinaires, forme le canal h vliroiihii. L'inclinaison des génératrices de l'hélice est en moyenne de 56 d i diamètre Intérieur du canon varie, suivant la force de la machine, entre 0m,45 el 0 .7.'.: elle se place dan- une position inclinée de 32 45°, de manière que le bas plonge dans l'eau à extraire et que la partie supérieure est aélirement beaucoup plus élevée. Le plus grand effet de la machine s'obtient avec l'inclinaison la moins forte; ce qui se comprend, car plus la machine se rapproche de l'horizontale, plus elle a de facilité pour élever l'eau, tandis que dans le cas contraire l'élévation du liquide offre plus de difficulté. La machine une fois en place, l'eau s'engage dans les spires plongeantes, elle se met de niveau dans chacune d'elles ; puis , en imprimant un mouvement de rotation à l'appareil, l'équilibre est rompu, et comme chaque spire forme une sorte d'auget, l'eau monte successivement dans chacune d'elles pour se déverser à la partie supérieure, d'où par une canalisation on la dirige où l'on veut.

VISIÈRE, s. f. — Pendant le moyen âge, on nommait ainsi un petit guichet percé au travers d'une porte et qui permet de reconnaître ceux qui s'y présentent, après qu'ils ont soulevé leur visière.

VISITER (Fosse a). — Voy. Fosse.

VISSAGE, s. m. — Terme de potier. Défaut qui provient de l'inégale compression produite sur la pâte argileuse par la main de l'homme, quand le potier monte sa pièce sur

son tour.

VITRAGE, s. m. — Sous ce terme générique, on désigne toute partie vitrée d'un local quelconque : ainsi on dit, le vitrage d'une serre, d'une claire-voie, d'une boutique, d'un bâtiment, etc. Dans l'antiquité, on a employé peu de vitrages par la raison fort simple que le verre était assez rare, partant d'un prix éhve :

VITRAIL

cependant on a trouvé quelques parties de vitrages, au dire de Quatrernère de Quincy, dans les fouilles de Pompéi. Nous avouons n'avoir

Fig. 1. — Ter* pour double vitrage.

vu nulle part, soit au musée de Naples , soit à Pompéi même, des traces mêmes de vitrage. Du reste, les anciens employaient pour fermer leurs baies des pierres spécula ires, qui, ayant (Tissez grandes dimensions, ne nécessitaient

.2. — Fers avec leurs vitres.

pas L'emploi de vitrages. — Dans ces temps modernes, le vitrage, au contraire, a été très largement utilisé surtout depuis que l'art de le aerrurerie fabrique des châssis en fer de toutes formes et de toutes dimensions. Ce sont, du reste, les vitraux du moyen âge qui ont inauguré le système d'armatures en fer pour soutenir les pièces de verre peinto des grandes verrières, i Voy. Armature et Vitrail.) C'est " à ces vitrages que les églises ogivales

possèdent ces magnifiques roses qui décorent si richement les parties supérieures des transepts. Sans ce système d'armature, il n'aurait

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Fig. 3. — Vitrage.

Fig. 4. — Coupe i\a vitrage.

pas été possible de combler d'une manière légère et pratique l'intervalle de ces croisillons, de ces flammes, de tous ces vides, en un mot, compris dans les nervures, qui font à l'aide des vitraux un des plus beaux motifs de décoration que le génie humain ait jamais inventés. Aujourd'hui, dans le commerce du fer, on vend des fers dits à vitrage, ou petits bois, qui permettent de créer toutes sortes de formes ; ces fers, de diverses sections, présentent les modèles les plus variés. Nos figures en montrent divers types. Notre figure 1 montre trois fers pour double vitrage ; mais le lecteur comprendra facilement que, si ses fers étaient partagés en deux, on aurait six types de fer pour vitrage simple. Nos figures 2 et 3 font voir des vitrages dont les carreaux sont coupés en segments de cercle ou en angle, afin de faciliter l'écoulement des eaux qui tombent sur ces vitrages; enfin notre figure 4 fait voir une coupe parallèle à la longueur des fers de ces mêmes vitrages.

VITRAIL, s. m., VITRAUX, pi. — Ensemble de panneaux de verre montés en plomb qui garnissent une baie. Les vitraux sont donc formés par la réunion de petites pièces de verre diversement colorées qui dessinent des

saïques représentant des sujets et des scènes

diverses, [des rinceaux, des arabesques, des

VITRAI L.

semis, etc. Aucune décoration ne comporte n ut a m de richesse el n'offre plus de charme que la peinture but verre. C'est là un grand an . qui avait été l'oit négligé depuis le

Fii.'. 1. — Vitrail avec arabesques îiour une baie trilobée.

xvne siècle, mais qui aujourd'hui reprend faveur, grâce surtout à l'habileté, au savoir, au goût, au talent de nos éminents peintres verriers, grâce à ces nombreux artistes qui se

Fig. 2. — Baie polylobée.

nomment Didron, Maréchal, Ottin, Claudius Lavergne, Félon, Lefèvre, Lusson, Hirsch, Oudinot, Châtain, Chabin, Lorain, Lobin.

Roussel, Guilbert d'Anelle, Gsell- Laurent, P. Nicod, etc., etc.

Historique. — L'usage des vitraux est

ancien, et nous ne pouvons admettre, comme l'ont avancé certains archéologues, que les pins anciens datent de la lin «lu xr ou du commencement dn xn' Biècle; les plus an/ que nous possédions aujourd'hui ne datent bien que d dernière époque, mais nous

pouvons affirmer que, dès le iv Biècle de l'ère vulgaire, le vitrail composé «le verres de couleur était parfaitement connu et empli allons, du reste, le démontrer avec des pn à l'appui. Ainsi saint Jean Cbrysostome (Opéra,) t. VII. p. 854) parle, dans divers pasavres, de fenêtres garnies de verres de couleur; divers auteurs grecs du iv1' siècle en font aussi mention, ce qui prouve que le vitrail existait déjà a l'état rudimentaire, nous le voulons bien, mais qu'enfin il était connu avant le Ve siècle. — Prudence nous informe, et cela dès le IV* siècle, que la basilique de Saint-Paul bois les murs, a Rome,

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ïïg. 3. — Baie en lancette (armature du vitrail).

était décorée de vitraux; et il le dit dans un style très fleuri. « Dans les fenêtres à plein cintre se déploient les vitraux richement lorés ; ainsi brillent les prairies ornées des fleurs du printemps. (Cf. Fea, Xoi. sur Winckelmann : Storia del aric.) En outre, une inscription

VITRAIL

placée dans Sainte-Agnès, à Rome, inscription que l'on peut voir dans Ciampini (Vet. mund., t. II, p. 105), nous apprend que cette basilique, rebâtie par Honorius, était décorée de superbes vitraux qui produisaient un effet merveilleux.. Or Honorius a vécu de 395 à 424 : donc, au commencement du Ve siècle, on possédait déjà des vitraux remarquables, puisqu'ils produisaient de si magnifiques effets.

Fig. 4. — Vitrail à compartiments.

Dans Ducange {Hist. Byzant, t. II, p. 39, Descripf. urbis Constant), nous trouvons des citations traduites de Paul le Silentiaire, parmi lesquelles nous voyons celle-ci, qui est caractéristique : Sainte-Sophie de Constantinople reçut au vie siècle des verres de couleur qui brillaient d'un éclat extraordinaire au soleil levant. Par ce qui précède, on peut donc conclure que le vitrail en verre de couleur a fait

Fig. 5. — Vitrail à entrelacs.

son apparition tout au moins au iv- siècle et qu'au vi'' l'art du vitrail était assez perfectionné. Du reste, ce fait n'a rien d'étonnant, puisque nous savons par Pline que, dès la plus haute antiquité, l'art de la vitrification et de la coloration du verre était très avancé. (Voy. VERBE.) Que les anciens aient pu appliquer des verres de couleur à leurs vitrages, c'est donc un fait élémentaire ; mais nous accordons volontiers qu'ils ne savaient pas encore peindre sur verre. Nous pourrions citer beaucoup d'autres

passages de divers auteurs relatifs au sujet qui nous occupe, mais nous pensons que ce serait faire preuve d'une érudition inutile ; ce que nous avons dit doit suffire pour convaincre le lecteur. Nous ajouterons cependant que Grégoire de Tours nous apprend (Hist., VI, 10) qu'en 521 les soldats de Théodoric pénétrèrent dans l'église de Saint- Julien de Brioude en montant sur un tombeau au moyen du-

Fig. 6. — Vitrail mosaïque.

quel ils atteignirent une fenêtre dont ils brisèrent le vitrage (1). Ailleurs il raconte qu'un voleur, n'ayant pu pénétrer dans une église, se contenta de voler un châssis garni de vitres (2), qui étaient sans doute des vitraux ; sans cela, des vitres ordinaires n'auraient pu tenter un voleur, puisqu'il n'aurait pu en tirer aucun parti. Il est vrai qu'on pourra nous objecter que ceci ne prouve point nécessairement que

Fig. 7. — Vitrail mosaïque.

ces vitres fussent colorées ; mais, pour lever au lecteur toute espèce de doute, nous ajouterons que saint Fortunat, évêque de Poitiers et contemporain de Grégoire de Tours, loue sans

(1) Voici le texte original : Qui ponentes ad fi nestram absida cancellum qui euper lumulutn cvjusdam defuncti eratj atcendmtet per eum (i-icî .- .•"(.- -. , suni •jnjrest'. {Eût., VI, 10.)

(2) Fenestras ex more habens (ecclesia) quai vitro tignU incluêo clauduntur, (/&., 1, 59.)

VITRA IL

à dam ses poésies le brillanl éclal des verrières colorées. On peul donc admettre que l'église Saint-Julien de Brioude avait des verrières de couleur. An reste, dès cette époque, la France était si renommée et si avancée dans cet arl , que des pays étrangers on demandait des nii\ riers verriers français. Ainsi Les évêques Wilfrid (Beda, de Weremulinsimon , I, ."m el

Fig. 8. — Vitrail mosaïque.

Benoît Biscop en firent venir en Angleterre ; Anchaire, apôtre de Suède, et Rambert, apôtre de Danemark, répandirent le goût des vitraux français dans les pays qu'ils parcouraient. Voilà donc des faits certains : les vitraux formés au moyen de fragments de verre de couleur existaient dès le IVe siècle et aux VIe et vnc siècles ils étaient très répandus. Il nous

Fig. 9. — Vitrail à compartiments.

reste à déterminer à quelle époque le vitrail peint a fait son apparition. Ce fait assez incertain a été fort controversé ; cependant nous admettrons la version avancée par Émeric David dans son Histoire de la peinture :

Le règne de Charles le Chauve, dit cet auteur, ou celui de Louis le Débonnaire nous offre un fait très mémorable : c'est l'invention de la peinture sur verre. L'historien du monastère de Saint-Bénigne de Dijon, qui écrivait vers l'an 1052, assure

qu'il existait encore de son temps, dan- l'égli ce monastère, i :i en ancien vitrail représentant

h- m; pein-

ture avait été retirée de la vieille église, restaurée pat Charles le Chaîne. 11 faut Croire, |<ar < quent, que ce monument rustique et élégant, suivant les expressions de la chronique, datait au moins du règne de l'empereur, mais il ne saurait remonter beaucoup au delà.

Fig. 10. — VitraU mosaïque.

On peut considérer comme remontant au xiic siècle quelques vitraux du chœur de la cathédrale de Lyon (Saint -Jean), ceux de l'abside de Saint-Denis et de la cathédrale de Bourges, et quelques-uns de la nef de la cathédrale d'Angers.

Du xnc au xiv siècle, on fait beaucoup de vitraux dits verrières légendaires, parce

qu'ils sont composés de cartouches qui renferment de petits sujets se rattachant à la même légende. Le fond sur lequel se détachent ces cartouches sont dits treHkeés : souvent de riches bordures les encadrent. Parmi les vitraux du XIIIe siècle, nous mentionnerons une partie de ceux de la Saint-Chapelle du Palais, a Taris, des cathédrales de Taris, de Chartres el d( Reims. Aux xv et xvi' siècles, le peintre ver-

VITRAIL

rier produit des œuvres plus remarquables ; il ne se coutente plus de modeler les carnations comme les peintres verriers l'avaient fait pendant les siècles précédents, mais

Fig. 12. — Ancien vitrail à l'église Saint-Denis.

le vêtement, le mobilier, les armures, sont également modelés, et beaucoup plus travaillés ; les ornements eux-mêmes participent à ces innovations : du reste, le vitrail est plus largement traité; les personnages sont

Fig. 13. — Vitrail à entrelacs.

souvent plus grands que nature, et les seines représentées sont tirées de la Bible, de l'histoire civile, militaire et religieuse. Aussi les vitraux de cette époque présentent-ils, sous le rapport de l'iconographie et de l'esthétique, un puissant intérêt, et nous fournissent -ils des renseignements

précieux sur les costumes, le mobilier, les intérieurs et les mœurs.

Nous possédons des verrières de ces époques à Auch , à Beau vais , à Bourges , à Brou , à Metz, à Rouen, à Tours, à Troyes, à Sens, à Vincennes. C'est pendant le xv1' siècle que nous voyons des peintres verriers aller décorer des églises italiennes à Arezzo, à Bologne, à Florence, à Rome. Parmi les artistes du XIVe siècle, nous mentionnerons Clément de Chartres, Guillaume Canonce, Jacqmin, Jehan de Damery; parmi ceux du XVe siècle, nous signalerons Arnould de la Pointe, Jean et Guillaume Barbe, Cardin Joyle, de Graville, Geoffroy Masson, Henri Meilleine , Robin Dumeigne ; enfin , parmi les nombreux maîtres verriers du XVIe siècle, nous mentionnerons Angrand le Prince, Arnaud Desmoles, Pierre Anquetil, Valentin Bouch, Michel Besoche, Claude de Marseille, Cornouailles, Cordonnier, Evrard, les frères Gontier, Guillaume de Marseille, Jean Cousin, Jean Soubain, Bernard Palissy, Pinaigrier, Olivier Tardif, etc., etc.

Pendant les xvne et xviir0 siècles, le vitrail dégénère ; on" ne fait guère que des

Fig. 14. — Vitrail de 1135, d'après Tcxier.

grisailles ternes et pâles, afin de laisser pénétrer plus largement le jour dans les églises, car elles sont alors assez souvent décorées de magnifiques fresques et de grands tableaux peints à l'huile. C'est pendant le xvii'' siècle qu'on créa les petits vitraux blasonnés de petites dimensions, tels qu'on

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