PORTAIL
Les portails, à eux seuls, constituent une des plus riches et des plus splendides décorations des églises ogivales; ils sont parfois décorés avec une richesse inouïe ; leur voussure et leurs tableaux, disposés sur un plan biais, sont couverts de statuettes et de statues portées sur des culs-de-lampe et couronnées de dais qui produisent un effet splendide, surtout quand une lumière franche et vive les éclaire brillamment. La baie d'entrée est souvent divisée en deux par un pilier auquel est adossée une statue. Ce pilier supporte un immense linteau qui soutient à son tour un vaste tympan décoré de bas-i'eliefs souvent disposés par zones. Souvent aussi les voussures et les tympans sont surmontés de gables paniculés ; quelquefois les paniculés eux-mêmes sont assez robustes pour supporter à leur tour une grande statue. Tout cet ensemble décoratif s'applique admirablement et sans prétention , pour ainsi dire, sur des arcatures, sur de grandes roses placées au-dessus de galeries ajourées qui fournissent un motif d'une décoration merveilleuse qu'aucune autre architecture n'a jamais surpassée, sinon atteinte. Quand on considère avec attention un portail de style ogival de la belle époque, on ne peut pas nier la finesse, le goût et le haut savoir des créateurs de ce style ; quelle que soit l'opinion, la foi architecturale qu'on professe, on est bien obligé de reconnaître que ce furent des artistes, et de grands artistes, ceuxlà qui surent créer ces merveilles. Nous sommes bien convaincu que le lecteur sera de notre avis après avoir jeté les yeux sur notre planche LXXVI, qui représente le beau portail des Libraires de la cathédrale de Rouen. Comme toutes les parties de cette architecture sont bien pondérées! comme cette porte et la voussure qui la surmonte sont élégantes ! quelle finesse dans ce gable ajouré avec ces roses de toutes formes et de toutes dimensions : comme la grande rose qui couronne ce merveilleux ensemble est finement dessinée! C'est Burtout quand on considère le portail de nos églises ogivales du xn° et du xin' siècle, de l'école de l'Ile-de-France, qu'on voit clairement que le style ogival a bien pria naissance en France et n'a jamais pu sortir d'un cer-
veau allemand. (Yoy. Ogival, Style, § IV.) Après cette digression indispensable, revenons à l'historique du portail. C'est vers la fin du xie siècle et au commencement du XIIe siècle qu'apparurent les archivoltes multiples portées sur des pieds-droits dont la succession forme en plan une ligne biaise. C'est alors que ces profondes voussures se couvrent d'ornements et que chaque arc ou archivolte
Portail roman.
est reçu sur une colonnettc. Notre vignette montre un portail roman fort simple, mais qui a de bonnes proportions. Quelques portails romans ont leurs archivoltes composées de pierres cunéiformes, et d'autres de pierres régulières s'emboîtant avec précision les unes dans les autres, ce qui donne en coupe une sorte de dessin. Ces mêmes pierres sont, en outre, couvertes de dessins géométriques gravés en creux ou sculptés en relief : ce type Se retrouve surtout dans les églises de l'école auvergnate et dans quelques-unes du Lyonnais et de la haute Bourgogne. Dans ces ' mêmes édifices de ces diverses écoles, une différence de couleur dans l'alternance des
LU
l'OIlTAIL
pierres ajoute à la décoration. (Voy. Engrenure.) C'esl surtout dans les tympans d( églises qu'où peut le mieux étudier la statuaire i sculpture de l'époque romane. (Voy.
Tympan.) — Dans le style ogival, quand l'édifice est d'une grande simplicité, le portail ne comporte que des archivoltes profilées en gros tores; dans les édifices plus riches, on trouve des colonnes disposées sur deux rangs, les plus grandes posées en Claire-voie (voy. ce mot et Pied-droit) sur les plus petites. Cette disposition du style ogival primaire se rencontre fréquemment dans le nord-ouest de la France et en Angleterre, où elle a subsisté jusqu'au milieu du xive siècle. — Dans les riches portails des grandes églises, on voit des figures entées sur les colonnettes des piedsdroits, lesquelles figures, réparties dans l'épaisseur des voussures, forment une décoration riche, animée, colorée surtout, quand une lumière brillante frappe vivement les façades et détache les statues en pleine lumière sur des fonds d'ombre vigoureux. Ce que nous venons de dire des grands portails s'applique également aux portails des transepts, ainsi qu'à ceux qui flanquent les façades principales à droite et à gauche du grand portail central. — Les portails du xive siècle diffèrent peu de ceux du xme siècle; dans les églises importantes, ils sont ornés de colonnettes et décorés de figures et de figurines , mais on y retrouve aussi assez fréquemment des arcatures , des dais et des niches d'une plus grande richesse que dans les édifices du siècle précédent. Le fronton aigu qui surmonte les portes, qu'on rencontre assez souvent à la fin du xiiic siècle, mais constamment au xiv°, est plus élancé, plus riche et plus ajouré, suivant le type des plus riches Réseaux de l'époque (voy. ce mot). — Au commencement du XVe siècle, les portails sont assez analogues à ceux du siècle précédent , mais vers le milieu du XVe siècle ils se composent de moulures prismatiques interceptant de grandes gorges et occupant sans interruption les pieds -droits de l'archivolte; de chaque côté, ils sont décorés de niches surmontées de dais pyramidaux, ainsi que de panneaux ou réseaux aveugles. Quand les portails ont de grandes gorges, ou moulures
creusi de petite
dimension, généralement accroupies, au milieu desquelles serpentent Bouvent de rie feuill derniers, auxquels se mêlent
parfois des animaux fantastiques, décorent à eux seuls I - des portails et des corni-
«le.
La renaissance, en ramenant un style inspiré de l'antique, décora Lee portails d'ob superposés et les chargea encore d'ornemi de toute sorte, surtout de rinceaux de feuillages et de guirlandes de fleurs et de frui
Le dix-septième siècle érigea dans toute l'Europe, surtout dans l'Europe méridionale, en France, en Belgique, en Italie, en Espagne, un très grand nombre d'églises ; c'est alors que l'usage devint général d'employer des devantures, ou portails à plusieurs ordres superp' afin de masquer autant que possible le comble des toitures de la grande nef, qui était très surhaussée, tandis que les collatéraux étaient fort bas. C'est au xvi1' siècle que commença à disparaître des édifices le principe qui jusqu'ici avait donné pour base à toute décoration l'élément même de la construction ; l'accessoire devint alors le principal, et le portail fut souvent un simple placage décoré de compartiments et d'encadrements propres à recevoir des décorations plus ou moins capricieuses. Ce type de portail en placage, ou frontispice, prit naissance en Italie, où l'un de ses promoteurs avait été Borromini; d'Italie il se répandit dans les autres pays d'Europe. En France, ce genre reçut des innovations importantes qui le rendirent moins étrange qu'en Italie. On peut même citer comme un portail remarquable celui de l'église Saint-Gervais à Paris, construit par Jacques Debrosse. — À partir du xvi ii' siècle, les architectes reprennent les traditions de l'architecture antique pour les façades d'église ; aussi nous n'avons plus de portails dans la stricte acception du mot : ce sont des péristyles, des portiques avec ou sans loggia , comme on peut le voir à l'église de la Sorbonne, au Yal-de-Orâce, aux Invalides, à Saint -Sulpice, et dans d'autres édifices. Ce dernier type s'est perpétué à peu près sans changement jusqu'à nous : par exemple, au Panthéon, à la Madeleine, à Saint-Vincent de
PORTE
Paul et dans d'autres églises ; cependant quelques architectes modernes ont créé de véritables portails dans diverses églises construites en France et à l'étranger pendant le xivr siècle.
PORTE, s. f. — Ce terme sert à désigner à la fois l'ouverture ou baie pratiquée dans un
Fig. 1. — Porte de face d'un édifice à Pompéi (jimun).
mur, ouverture qui sert à donner passage, ainsi que l'ouvrage mobile, nommé vantail, qui sert à clore cette baie, quelle que soit la