ROMANE | ARCHITECT
sciiiciit des chevrons, dea rosettes, des violettes, des étoiles (fig. 9), dés imbrications, des bêtes plates (fig. LO), des câbles, des frettes, des perles, des damiers, des oves, des tores gui\ rés, des masques, des têtes saillantes, des besants, des billettes, lesquelles décoren archivoltes, comme à Saint-Martin d'Angi r . par exemple (fig. 11); des entrelacs, des ornements fuselés (fig. 12), en un mot, toi ornements employés dans le style roman sur les autres parties de l'édifice. Enfin, un élément décoratif très employé dans l'intérieur des monuments romans, c'est la peinture décorative; les artistes de cette époque excellaient dans ce genre, ils possédaient des notions profondes de polychromie.
En résumé, le style roman n'est pas l'expression du génie particulier d'un peuple. S'il est bien homogène dans son ensemble, dans
Ornement fuselé.
ses grandes masses, il est changeant dans ses détails, et, suivant les pays dans lesquels sont construits les monuments romans, ce style sait s'assouplir au goût particulier de chaque peuple et même de chaque contrée. Il offre des éléments très divers par ses origines et son caractère , car il procède de l'art romain et de l'art byzantin ; la tradition romaine se reconnaît surtout dans les monuments de la Bourgogne et du midi de la France, la tradition byzantine dans les monuments des bords du Rhin et dans les monuments français situés entre la Loire et la Méditerranée. Un beau type de cette architecture romano-byzantine est Saint-Front de Périgueux.
Le plan de l'église romane est une large nef terminée en abside avec transept. Dans ce cas, le clocher est construit sur la croix même du transept avec la nef, ou bien il se trouve sur le porche, quand l'église en possède un. Quand la nef possède deux collatéraux, elle comporte quelquefois deux clochers placés en tête de ceux-ci : ce sont, en
général, des tour- carr 'un grand
nombre de fenêtres en plein cintre, doi unes sont vraies et les autres simulées : souveni une arcade géminée est inscrite dans une
arcade beaucoup plus grande, dont le tympan est ou n'est pas décoré d'une rose affectant diverses forme-, nous l'avons vu précédemment. Il existe des clochers qui sont en tour ronde, comme le campanile de l'ancienne thédrale romane d'Uzès. (Voy. Française, Architecture, fig. 5.) Les: clochers sont surmontés de flèches à plusieurs pan-, ou bien ils seulement couverts d'un petit toit fort bas, ou bien encore ils sont terminés par un petit dôme bulbiforme, comme à Saint-Front de Périgueux. Quant aux portails, ils sont généralement surmontés de plusieurs archivoltes portées sur des colonnettes, au milieu desquelles sont placées des statues, isolées ou dans des niches. Un beau type de portail roman est celui de Saint-Trophime d'Arles.
Tels sont les principaux caractères du style roman, qui persiste dans certaines contrées jusque vers la seconde moitié du xn' siècle, époque dite de transition, pendant laquelle l'ogive est appliquée grandement comme élément, comme type d'un nouveau genre d'architecture. (Yoy. OGIVALE, Architecture.)
Principaux monuments romans en Fraxce et a l'étranger. — Dans ce présent paragraphe, nous allons passer en revue les principaux monuments romans, c'est-àdire qui ont une partie de leur construction appartenant à ce style; car beaucoup de ces édifices, commencés en roman, ont été continués ou terminés en style ogival, ou même souvent en style plus moderne encore. Xous suivrons le classement suivant pour notre nomenclature : France, Italie, Suisse, Allemagne et Angleterre.
I. France. — Les monuments romans de France sont : à Paris, l'église Saint-Germain des Prés , bâtie à la fin du IXe siècle : dans la nef il existe des colonnes et des chapiteaux romans historiés très curieux, on y voit aussi quelques fenêtres de la même époque ; à Poissy, une petite église qui possède des arcs en fer à cheval; à Étampes, l'église, qui a uu clocher roman; à Compiègne, l'église de Saint-Cor-
riar.chc LXXXIII. — Fragment du portail de l'église d'AvalIou. (Boman bourguignon.)
ROMANE (architecture).
neille; à la Ferté-Milon, l'église de Saint- Vast ; à Beauvais, l'église Saint-Etienne, qui a une rose tout entourée de figures, avec des modillons très curieux sous la corniche, et enfin sa tour; à Caen, l'église abbatiale de Saint-Etienne, l'église de la Trinité; à Lisieux, l'église Saint-Pierre; à Auxerre, autrefois, deux clochers romans, ceux de l'église Saint-Eusèbe et de Saint-Germain ; à Aval- Ion, dans le département de l'Yonne, il existe une église qui est un des plus beaux types du roman bourguignon : notre planche .
LXXXIII montre un fragment du magnifique portail de cette église. Les autres monuments de l'art roman français sont : dans la haute Normandie, Saint-Georges de Boscherville, fondée par un ministre de Guillaume le
Fig. 13. — Tympan a l'église Saint-Martin , à Worms.
Conquérant, Ralph de Tancarville ; à Jumièges, l'ancienne église abbatiale; dans l'Indreet-Loire, à Tours, l'ancienne église ogivale de Saint-Julien, aujourd'hui transformée en caserne de cavalerie, et qui avait une tour romane : clans la Haute-Loire, la cathédrale du Puy ; à Poitiers, l'église Saint- Jean (près de la cathédrale, également romane), Notre- Dame la Grande, Sainte-Radegonde, avec un clocher de forme octogonale; à Angoulême, la cathédrale avec son magnifique portail ; à" Bordeaux, l'église de Sainte-Croix; à Toulouse, Saint-Saturnin, les anciennes églises de Saint-Augustin (musée) et des Cordeliers (caserne de cavalerie) ; le clocher de l'église de Martes (Haute-Garonne) ; la vieille église de Saint-Gaudens ; à Carcassonue, L'église Saint-Nazaire; à Nîmes, la façade et la tour de la cathédrale, et une façade de maison
près la place aux Herbes ; à Saint-Gilles du Gard, l'église et une maison; à Uzès, près de Nîmes, la tour Fenestrelle, ancien clocher de la cathédrale; à Tarascon (Bouches-du-Rhône), la cathédrale; dans le même département, le magnifique portail de Saint-Trophime et l'ancienne église de Saint-Gabriel, près d'Arles ; à Montpellier, la cathédrale , et, non loin de cette ville, Saint-Paul de Londres ; à Avignon, la cathédrale ; à Fréjus, un baptistère; à Vienne en Dauphiné, la cathédrale, avec une galerie placée sous la corniche, dont les colonnes affectent des formes bizarres, l'église Saint-Pierre et celle de Saint-André le Bas; à Clermont, l'église Notre-Dame du Port; à Morat, près Riom en Auvergne, les chapiteaux romans dans l'église; à Valence, l'ancienne cathédrale; à Lyon, Saint-Dizier, Saint-Martin d'Ainay;
Fig. 14. — Détail de l'ornement décorant le tympan.
à Tournus, l'église; à Autun, la cathédrale ; à Aix en Provence, la cathédrale, le cloître Saint-Sauveur; l'église du Thor (Vaucluse), Saint-Quenain de Vaison, etc., etc.
IL Italie. — A Vercelli près Turin, l'église Saint-André ; à Lodi, le dôme ; à Bergame, l'église de Sainte-Marie Majeure; à Brescia, le vieux dôme, l'église Saint-Antoine; à Vérone, Saint-Zénon, le dôme, Saint- Ferma ; à Vicence, le dôme; à Padoue, le vieux baptistère, la cathédrale et le palais public ; la tombe d'Antènor, tombeau assez curieux en forme de sarcophage ; près de la cathédrale , autre tombe romane; à Venise, l'église de Saint-Marc et l'escalier dit la Scala; à Murano, l'église de Sainte-Marie et Saint- Donat ; à Torcello, l'église de Saintc-Fosca, dans le voisinage du dôme; à Ferrare, l'église de Saint-Georges; à Mantoue, le dôme; à Cré-
ROM A.\ E (ABCHITECTO B B).
mono, le dôme et le baptistère ; à Plaisance, le dôme et le palais public; entre Plaisan l'arme, à San Domino, le dôme; à Parme, le dôme et le baptistère; à Modène, le dôme; à Bologne, l'église Saint-Etienne, qui est formée par la réunion de plusieurs édifices réunis par ii ii cloître et des galeries; à Forli, Je dôme: à Ravenne, le palais dé Thèodoric, ainsi que
Fig. 15.
Église romane a Idensheim.
deux beffrois en tour ronde ; à Fano , plusieurs portails, et le palais public ; à Ancône, l'église collégiale de Santa Maria délia Piazza ; à Pise, le dôme et le campanile {torre pendente) (voy. Tour, § Tours penchées'); à Florence, San Miniato; à Lucques, Saint-Michel et Saint- Martin; à Arezzo, le dôme et le baptistère:
Fig. 16. — Chapiteau à l'église de Saint-Godhard, AHildesheini.
à Sienne, hors les murs, l'église circulaire de la Madone degli Ângioli; à San Quirico, l'église , qui possède un porche très curieux ; à Spolète, l'église Saint-Pierre hors les Murs; à Eome, l'abside de l'église Saint-Paul et Saint- Jean, ainsi que des clochers en tour carrée à diverses églises ; à Pavie, l'église Saint-Michel, le dôme, qui a été recons-
truit et qui était primitivement roman : il existait aussi dans cette ville une petite i . aujourd'hui démolie, qu'on nommait Saint-
Fig. 17. — Chapiteau à l'église de Denkendorf.
Jean du Bourg ; l'intérieur de la coupole octogonale de la fameuse Certosa renferme spécimens de style roman; à Milan, la basilique Saint-Ambroise et celle de Saint-Eus-
Fig. 1S. — Fenêtre polylobée à Saint-Quirin, à Xeuss.
torge. Sur le lac de Côme, il existe une petite ville, Gravedone, qui possède une grande église et un baptistère romans ; tout près des murs de Côme, l'église de San Carpofero, et, dans les murs, Sau Fidale, ainsi qu'un vieil édifice en brique. A l'époque romane, à Côme, certaines corporations de maçons briqoeteurs faisaient des travaux en brique si parfaits
ROMAXE (architecture).
qu'on nommait ces ouvriers magistri comacini ; ils jouissaient de privilèges particuliers.
III. Suisse. — A Zurich, le portail de la cathédrale et le cloître voisin sont romans ; à Schaffouse, deux cloîtres et un clocher sont conçus dans le même style, ainsi que le clocher de l'église de Viège, la tour carrée de la cathédrale de Sion, le beffroi et une partie de l'église de Marting, la tour carrée du grand temple de Saint-Maurice, enfin certaines parties du temple de Genève, l'an-
Fig. 19. — Abside de l'église de rtaffenheiin.
tienne cathédrale; à Xeuchâtcl, ia collégiale et ses dépende nées.
IV. Allemagne. — Si nous suivons le Rhin pour pénétrer en Allemagne, nous trouvons à Lorsh l'atrium d'un ancien monastère qui est peut-être le spécimen le plus ancien de l'art roman, et que nos figures de 1 à 5 montrent entièrement restauré; à Spire, nous voyons une magnifique cathédrale romane qui, malgré les nombreuses dévastations qu'elle a eu a subir, présente de fort beaux échantillons de l'art qui nous occupe : notre figure H montre un chapiteau de cette remarquable église, qui a été bâtie sans doute à la fin du
XIe siècle; à "vVorms, une très ancienne cathédrale qui possède deux tours rondes et deux coupoles octogonales : cet édifice a été construit avec la même pierre rouge que la cathédrale de Spire et que celle de Mayence , qui est également romane ; l'architecture de ce monument est très bizarre, il possède quatre tours. Nos figures 13 et 14 font voir le tympan d'un portail à l'église Saint-Martin de Worms ; notre figure 1 5 , une église à Idensheim; nos figures 1G et 17, deux chapiteaux, l'un dans l'église de Saint-G-odhard à Hildesheim et l'autre à Denkendorf : enfin la figure 18 montre une fenêtre polylobée de l'église de Saint-Quirin, à Xeuss, tandis que notre fi-
Spécimen de roman h la cathédrale Cantorbéry (XIIe siècle).
gurc 19 fait voir l'abside de l'église de Pfaffenheim. A frelnhausen, il existe plusieurs monuments dont quelques-uns datent de la fin de la période romane : la cathédrale, par exemple, et les ruines de l'église Saint-Pierre. On voit également à Gelnhauseii les ruines du château de l'empereur Frédéric Barberousse. A Bacharach et à Oberwesel, il y a également une église romane; dans une des plus anciennes villes, sur le Rhin, à Andernacb, une belle cathédrale d'un beau style: à Coblentz, l'église Saint-Castor: a Boppart, la cathédrale ; à Bonn, également une cathédrale très remarquable qu'on dit avoir été
ROM A X I-] (àBCB [TBCTUB i. I.
fondée par l'impératrice Eélène; à Cologne, çonnerie, probablement par des artisl
l'église des Apô< p . a lie de Saint-Géron, celle
Fig. 21. — Croix romane dans la tour de l'église d'Aycliffe.
de Sainte-Ursule, etc.; à Aix-la-Chapelle, l'église sur plan circulaire bâtie par Othon III sur l'emplacement de celle de Charlemagne,
détruite par les Normands.
Fig. 22. — Croix romane (2e type;.
V. Angleterre. — L'architecture romane fut importée en Angleterre par la franc-ma-
çaifl, car les A m : - allaient chercher
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Fig. 23. — Croix à Herern.
non seulement des artistes, mais des maçons
Fig. 24. — Croix à Carew.
et des artisans en France. (Cf. Bedœ Historia ecclesiastica, Y, 21 et Histor. alb. Wircmuth,
ROMANE (architecture).
p. 205 ; Richard, Prior Ha guis, t. I, 5.) Bien des archéologues ont affirmé que l'art roman a pénétré dans la Grande - Bretagne bien longtemps avant la conquête normande : nous
Fig. 25.
• Crypte de Sainte-Marie , à Warwick.
le voulons bien ; mais les édifices de cette période sont peu nombreux, car ce style d'architecture ne s'est largement développé que vers la seconde moitié du Xe siècle, c'est-à-dire après l'an 1066. Cependant nous trouvons des édifices romans construits après l'invasion danoise : ainsi l'église abbatiale de Romsey, dans le Huntingdonshire, a été construite dès le milieu du Xe siècle, mais c'est sans contredit la plus ancienne construction de ce style. Postérieurement ont été édifiées les cryptes de la cathédrale de Winchester (980), celle de l'église de Glocester (10-40), l'église abbatiale de Saint-Alban dans le comté de Hertfordshire (1077). Un peu après ont été construits la nef et le transept nord de la cathédrale de Winchester (1080), la crypte de
Fig. 2G. — Ornement matelassé (crypte d'Hexliainj.
Lastinghan (1080), et, dans White-Tower} la chapelle Saint-Jean (1081), la crypte de la cathédrale de AYorcester (1084), certaines portions de la cathédrale d'Ely | 1088), tes parties les plus anciennes de l'église de Nonvich (1096), la crypte de la cathédrale de Cantorbéry I L098), l'église Saint- Barthélémy (1 123);
dans la Northamptonshire , la petite église de Barfreston, celle de Saint-Castor (112:3) ; dans le comté d'York, l'église de Castle-Rising ; dans le Nottinghamshire, l'église collégiale
teJ^fjfc<
Fig. 27. — Moulure romane (crypte d'Hexhani).
de South wel, etc., etc. (Voy. Anglaise, Architecture).
Par cette longue énumération , on voit combien l'Angleterre est riche en monuments romans. Nous ajouterons que le roman anglais a eu plusieurs périodes : celle dite anglosaxonne (827); les périodes danoise (1014) et normande (10GG à 1200) ; enfin la période
Fig. 28. — Moulure romane (crypte d'Hexliam).
des Plantagenets , dont la durée n'a pas été moindre de deux siècles.
Pendant tout ce laps de temps de près de cinq siècles, l'architecture n'a été que du romano-byzantin, ou, comme on l'a dénommée faussement, du roman; mais en Angleterre ce style a été très original, il a été même dès
Fig. 29. — Godrons décorant des chapiteaux de pilastres.
son principe beaucoup plus correct et beaucoup mieux dessiné que le roman rhénan ancien. Le lecteur pourra s'en convaincre en étudiant les spécimens gravés que nous donnons ici. Notre figure 20 montre un chapiteau cubique supportant un arc ogival et un arc plein cintre : ce morceau d'architecture
ROM A.NE (architecture ).
date «In xii' Biècle et provient de la cathédrale de Cantorbéry. Nos figures de 2] a 24 montrent des crois romanes extrêmement curieuses autant par leur ancienneté que par les dessins en entrelacs dont, elles son! couvertes. Les deux premières (fig. 21 et 22), représentées de face et de profil, se trouvent dans la tour de l'église d'Aycliffe, près de Darlington : la suivante (fig. 23) est à Nevem, et la dernière (fig. 24) à Carew. Tous ces monuments remontent à la période saxonne. — Notre
Fig. 30. — Chapiteau roman (porte de la tour de Soiripting).
figure 25 montre la magnifique crypte de Sainte-Marie à Warwick, construite vers 1123. Une très ancienne crypte dans le Xorthumberiand, celle d'Hexham, possède des orne-
Fig. 31. — Fouts baptismaux à Peiimôu.
ments fort curieux représentés par nos figures 2G, 27 et 28. Beaucoup de chapiteaux de la période romane anglaise étaient ornés de godrons (fig. 29), ou bien d'enroulements, I comté de Herefordahire.
- de' grandes rolub ■ ut ils et
décorée 'le plusieurs rangs de perles poi
sur une ti liole (fi<:. 30). — D< - font»
Fig. 3" Pilier dans l'église de Shobdon.
baptismaux très anciens de cette même période sont ceux représentés par notre figure • '■ 1 . Enfin nos figures 32 et 33 montrent des décorations de piliers, remarquables par l'origi-
^ Fig. 33. — Sculpture d'un pilier (église de Shobdon).
nalité de leur dessin ; celui de la figure 33 a été reproduit comme penture : ces deux monuments se trouvent dans l'église de Shobd.'ii.
ROMBAILLET.