‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent (volume 3)Chapitre 161 sur 252 · TORTILLER · texte numérisé non relu

TORTILLER

TOUR

orme à moi/eux, parce que les charrons l'emploient pour les moyeux de roues.

TORTILLER, v. a. — Pratiquer une mortaise dans une pièce de charpente avec la tarière ou le laceret.

Tortillé RE, s./. — Ou nomme allée iortillère, ou iorlille, l'allée étroite et tortueuse d'un parc, d"uu bois, d'un jardin paysager. Les architectes en dessinent souvent sur les bords des propriétés, elles permettent de pouvoir promener à l'ombre.

TORTILLIS, s. m. — Espèce de vermiculurc pratiquée dans les bossages rustiques. On ditplutùt bosmf/i',^ vermiculés. {Yoy. Bossage.)

TOSCAN, s. m. — L'un des cinq ordres d'architecture dérivé du dorique. (Voy. Ordres.)

TOULINE, s. f. — Cordage servant à iouer, à remorquer un navire. Dans les chantiers, les ouvriers donnent ce nom à un cordage après lequel ils s'attellent pour tirer sur une pièce, afin de la faire avancer ou sortir d'un endroit où elle est placée.

TOUPIN, s. m. — Instrument employé pour le commcttage des grosses cordes. Dans certaines contrées, on le nomme gahicu.

TOUR, s. f. — Construction très-élevée dont le plan affecte toutes sortes de formes ; il existe, en effet, des tours rondes, triangulaires, carrées, rectangulaires , semi-rondes, ovales, etc. ; on les emploie à divers usages.

Historique. — L'usage des tours remonte à la plus haute antiquité; lapins ancienne dont il soit fait mention dans la Bible est la tour de Biihf'I. Cette tour aurait affecté la forme d'une pyramide, car on prétend que le temple de Bélus, qu'on nomme aussi tour de L'élus, avait été construit sur le plan de la tour de Babel ; or, divers auteurs, parmi lesquels Hérodote, nous apprennent que le temple de Bélus avait la forme d'une ])yramido carrée ayant un stade de hauteur, soit (lOO pieds grecs ou 1S5 mètres.

Cette pyramide se composait de huit étages en retraite les uns au-dessus des autres. L'intérieur de l'édifice était décoré de peintures (pii, d'après Ezéchiel (1), représentaient en couleur les figures des Chaldéens. Ce temple avait été ruiné eu grande ])artie par Xercès ; Strabon (XVI, 1) prétend qu'Alexandre, qui avait l'intention de le restaurer, ne put mettre son dessein à exécution, parce que la mort vint le surprendre. LTn assez grand nombre d'auteurs croient voir des restes de la tour de Babel ou du temple de Bélus dans des ruines formant une espèce de montagne pyramidale, ruines situées à deux milles environ de la rive occideutale de l'Euphrate, et que quelques voyageurs considèrent comme les restes du tombeau de Nabuchodonosor, bien que les habitants du pays nomment ces ruines Birs- Ncmrod (tour de Nemrod).

Comme dans le présent article, nous avons à parler d'un grand nombre de tours plus ou moins célèbres, ainsi que de divers termes de jurisprudence ou de construction dans lesquels ce mot figure, pour faciliter au lecteur ses recherches, nous adopterons l'ordre suivant, dans lequel les qualificatifs du mot tour sont rangés alphabétiquement ; en voici d'abord la nomenclature : Tour de bataille. Tour de beurre, tour de cécilia métella, Tour du chat. Tour chinoise. Tour CREUSE, Tour d'église, Tour d'échelle, Tour d'enceinte, Tour des Géants, Tovu GRECQUE, Tour japonaise. Tour de Jean SANS Peur, Tour de Londres, Tour Magne, Tour de Nemrod, de Bélus ou de Babel, Tour penchée. Tour des Pictes, Tour pleine , Tour de porcelaine , Tour ronde. Tour de siège. Tour de la SOURIS, Tour des Vents.

Tour de bataille. — Tour de bois qu'on dressait sur des chariots et qu'on employait dans l'antiquité, surtout en Orient. Cet attirail de guerre fut employé par Cyrus à la bataille de Thymbrée contre Crésus (548 ans avant

(1) Cumqm vidisset vîros depictos in pariete ^ imaginet Chaldt^oviim expressas coloi'ibns^ et accinctos baUt^is renés, et tiaras tinctas in caiiitibus eonnn, etc. (Ezéchiel, ch. XXIII, V. H et 15.)

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J.-C); il aida même puissamment à la victoire, car les archers placés devant ces tours 68 trouvaient à près de trois mètres au-dessus des phalanges, de sorte qu'ils pouvaient envoyer des flèches à l'ennemi en tirant pardessus la tête des phalangistes. Ces tours de bataille pouvaient renfermer 20 archers ; les chariots qui les traînaient étaient attelés de huit paires de bœufs.

Tour de beurre. — Pendant le moyen âge, surtout au xiii" siècle, le clergé, pour se créer des ressources afin d'élever de beau.x clochers, le clergé, disons-nous, permettait aux fidèles l'usage du lait et du beurre pendant le carême, moyennant une redevance. Il y avait même dans les églises des troncs pour le beurre destinés à recevoir les aumônes des fidèles, et les sommes provenant de la vente de ces permissions ou des aumônes étaient employées à ériger des clochers ou tours, qu'à cause de cela on nommait tours de beurre ; parmi les plus connues, nous mentionnerons les tours des cathédrales de Rouen et de Bourges.

Tour de Cécilia Métella. — Voy. Tombeau (fig. 2 et 3) et Sarcophage.

Tour du chat. — Vide de 0'°,162 (6 pouces), qui doit exister entre le mur d'un four ou d'une forge et le mur mitoyen. Ce vide est exigé pour prévenir tout dommage envers les voisins et éviter tout danger d'incendie. Cet intervalle vide qui est laissé entre le mur et le contre-mur comporte plus ou moins de largeur; il est déterminé par la coutume et les usages locaux. (Voy. Tour de la souris.)

Tour chinoise. — Les Chinois nomment taa des tours polygonales, à sept, huit et neuf étages, qu'ils élèvent dans le voisinage des temples. Celles qui ont neuf étages font , diton, allusion <à Boudha, qui est considéré comme la neuvième incarnation de Vichnou. Chaque étage, un peu en retraite de celui qu'il surmonte, porte une galerie ajourée et une corniche qui soutient un toit aux angles duquel sont suspendues de petites cloches de bronze. Généralement, les taas sont construites sur un plan octogonal; la plus célèbre est la tour de Nankin, dite 7'our de porcelaine. Son plan est octogonal ; chacune de ses faces mesure à la hase 13 mètres de largeur : chacun des neuf éta-

ges dont se compose la tour est entouré d'une galerie décorée de statues d'idoles ; les murs, très-épais, sont en brique recouverts de plaques de porcelaine. Cette tour, bâtie probablement au xiv" siècle comme le temple de la Reconnaissance, dont elle est une dépendance, porte dans son intérieur un escalier fort étroit qui conduit à chaque étage et au sommet de la tour, d'où s'élève un mât entouré de disques de bronze doré et dont l'extrémité porte un globe doré. Au rez-dechaussée, vingt-quatre portes, trois sur chaque face, donnent accès à l'escalier.

Tour creuse. — On donne ce nom à tous parements cylindriques ou coniques

Tour creuse en talus.

concaves d'un mur. Notre figure montre un mur, dit en tour creuse, dans lequel on a pratiqué une porte; en outre, le mur est en talus. (Voy. Tour ronde.)

Tour d'église. — Ce terme est souvent sj-nonyme de Clocher (Voy. ce mot), parce qu'en effet les clochers ne sont ordinairement que des tours terminées par des flèches flanquées souvent de tourillons. On nomme plus spécialement tours les clochers sans flèche terminés par une terrasse ou plate-forme : telles sont les tours de Notre- Dame de Paris. Les tours ont fait leur apparition au vni" siècle; elles servaient nonseulement à suspendre les cloches dans un lieu élevé, mais encore on les utilisait pour la défense des places contre les invasions des barbares. Beaucoup d'églises romanes ne possédaient que des tours ; elles étaient composées de beaucoup d'étages décorés de baies cintrées

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géminées. — Voy. Française {Architecture), fig. 5.

Tour d'échelle. — Droit que possède le propriétaire d'un mur ou d'un bâtiment de poser des échelles sur l'héritage voisin pour réparer son mur, son bâtiment; le droit de tour (Téchelle ou (TéchelJaye comporte celui de placer sur ledit mur les échafaudages nécessaires à porter l'ouvi'ier ou les ouvriers nécessaires aux réparations. Certains ouvrages d'architecture qui traitent de la législation du bâtiment disent que, suivant le cas, le tour d'échelle est une servitude lf'(/alc, ce qui est complètement faux ; la plupart des anciennes coutumes l'admettaient bien comme servitude légale dérivant du voisinage ; mais le Code civil n'a pas maintenu cette servitude, qui, étant discontinue et non apparente, ne peut être établie qu'en vertu d'un titre, d'après l'article G',H du Code civil. (Cf. Duranton, n° 315.) Dans tous les cas où le tour d'échelle est une propriété accessoire d'un mur ou d'un bâtiment, le propriétaire a le droit de disposer du terrain comme bon lui semble ; en outre, comme le mur ne joint pas immédiatement le fonds du voisin , celui-ci ne peut en exiger la mitoyenneté. Si, au contraire, on ne possède le tour d'échrUe qu'à titre de servitude, en vertu d'une ancienne coutume ou d'une convention, ou par tout autre moyen, on ne peut se servir du terrain que pour faire des réparations audit mur ; le voisin en conserve la propriété et peut acheter la mitoyenneté du mur. (/(/., n" 316.) — Quand le titre qui établit le tour d'échelle ne mentionnne pas s'il existera comme servitude ou comme propriété accessoire et quelle sera son étendue, on admet généralement qu'il est établi comme servitude dans toute la longueur nécessaire aux réparations du mur ; quant à sa largeur, on admet celle établie par la coutume ou l'usage des lieux. Lepage (t. I, p. 253) nous dit à ce sujet : « Dans le paragraphe précédent, on a TU que, dans le ressort de la commune de Paris, le tour d'échelle, considéré comme servitude, est de trois pieds, équivalant à 1 mètre de la nouvelle mesure. » Et plus bas le mémo auteur ajoute ; « Il (l'acte de notoriété du lieutenaut civil du Cliâtelut, 23 août

1701) ne se borne pas à décider que, dans le ressort de la coutume de Paris, le tour d'échelle est de trois pieds; cet acte explique la doctrine reçue au Châtelet concernant cette

matière En conséquence, il doit servir de

règle pour fixer ce qu'on doit entendre par le tour d'échelle dans la coutume de Paris, soit qu'il désigne une servitude , soit qu'il indique une propriété coi^porelle. » Pour les monuments nationaux, ainsi que pour les propriétés nationales, un ancien usage a fixé, pour le tour d'échelle, beaucoup plus de largeur ; il atteint 18 pieds (ô^jO-l), c'est-à-dire près de G mètres , parce qu'on admet que l'importance de ces propriétés exige un plus grand espace pour les travaux de réparations.

Le four d'échelle, considéré comme propriété, et désigné aussi sous le nom à'échelhge, ceinture, évertizon , c'est l'espace de terrain laissé par un propriétaire autour de son mur de clôture, afin de pouvoir circuler sans empiéter sur le terrain du voisin. Lepage (t. I, p. 252 et 253) dit que cette propriété s'établit par titre et par prescription. Si la largeur du tour d'échelle n'est pas prouvée par titre, on prend celle indiquée par les coutumes locales; et, ajoute le même auteur (page 255), « si deux propriétés sont closes, et que l'échellage, laissé en entier par un seul des deux propriétaires, forme une ruelle, l'autre propriétaire ne peut s'en servir. » Dans ce cas, le propriétaire de l'échellage est tenu de paver, entretenir et donner une pente suffisante à cet échellage, de manière à ne point porter préjudice au mur du voisin. Dans le cas où le propriétaire de l'échellage abattrait son mur, il aurait droit d'acquérir la mitoyenneté du mur du voisin, qui deviendrait ainsi la ligne séparative des deux propriétés.

Tour d'exceixte. — Tour servant à la défense d'une place, d'une enceinte fortifiée. Nous en avons parlé à Exceinte, à Fortifications et à Militaire {Arcliitecture), où nous renvoyons le lecteur.

Tour des Géants. — Dans l'île de OoZ/îe ou de Gozzo, il existe des débris imjiortauts de temples, dont on attribue la construction aux Phéniciens. Nous les avons mentionnés à Phénicien {Art) ; ici nous allons complet

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ter les renseignements concernant ces ruines.

La tour des Géanis se compose de deux temples placés parallèlement l'un à côté de l'autre et qui communiquent par un étroit passage. Les plans des deux édifices sont identiques comme forme ; le premier est moins important que le second. L'ensemble de ces monuments comporte cinq absides» deux à chaque extrémité des temples, et une cinquième au fond du grand temple, laquelle abside fait face à l'entrée de ce monument bizarre, dont deux larges dalles elliptiques forment le seuil.

Tour grecque. — En général, les tours des Grecs étaient rectangulaires ; nous en possédons de très-anciens spécimens dans les murs de Messène, rebâtis par les soins d'Épaminondas. Le haut de ces tours était couronné par des créneaux (sTraXçEi;) posés en redans. Ces tours étaient mises en communication au moyen de galeries nommées '|/o()iîoc-; ou aïj/ÎSEç, suivant Suidas. Une des principales portes de Jlessène , défendue par deux tours, se composait de trois blocs énormes; deux servaient de jambages, un troisième de linteau; ce dernier ne mesui'ait pas moins de 5'",75 de longueur sur r",15 de hauteur. Ces tours étaient percées de meurtrières allongées qui portaient trois noms différents : on appelait les meurtrières servant à lancer les flèches, To;ixat OupiSEç ; on qualifiait de opOai celles qui étaient droites, et de TtXaYÎoti celles qui étaient obliques. A part les tours faisant partie des murs d'enceinte, les Grecs avaient près des cités des tours d'observation (cppuxTti)p(ot) ; il en existe un spécimen ruiné à Argos ; cette tour avait la forme d'une pj'ramide tronquée.

Tour japonaise. — Les châteaux forts qu'habite la noblesse japonaise sont bâtis sur une éminence comme l'étaient ceux de la féodalité en France. Us occupent un assez grand espace de terrain et possèdent trois enceintes successives. L'enceinte centrale, dénommée ton-mas, comporte une sorte de donjon ou forte tour carrée à trois étages : c'est là que réside le seigneur japonais ; dans la seconde enceinte {nin-mas) logent les officiers, et la première, ou enceinte exté-

rieure, sert à loger les serviteurs et les soldats. Tour de Jean sans Peur. — Cette tour, dernier débris de l'hôtel des ducs de Bourgogne, est située à Paris dans le quartier des Halles centrales ; elle date du xV siècle. Au mot Ogivale { Architpcture), fig. 11, nous

Fig. 1. — rian de la tour de Jean sans Peur (re!!-de-chau?soe).

avons donné l'état actuel de cette tour, dont notre planche XCVI montre une restauration en perspective, et nos figures 1 et 2 des plans que nous avons également restaurés.

Fig. 2. — Plan de la même tour tl"-' étage)

Tour de Londres, — Cette tour est une ancienne prison d'Etat ; elle fut bâtie en 1078 par Guillaume le Conquérant. C'est un assemblage assez confus de tours et de bâtiments, dont une partie fut détruite en 1841 par un incendie. Les successeurs de Guillaume, Guillaume le Roux et Henri I"', firent à cet édifice des additions assez considérables. Cette forteresse , située sur la rive septentrionale de la Tamise, ne couvre pas moins de cinq hectares, entourés de fossés. Le mur d'enceinte contient plusieurs corps de bâtiments, une église, des magasins, etc. ; il est percé de trois portes, la principale est au sud-ouest des bâtiments. \\ y a de nombreuses tours ; parmi les plus célèbres , nous

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citorons : la tour du Beffroi, auprès de laquelle on soit la porte des Traîtres ( Tmitors f/aie), ainsi nommée parce qu'elle servait autrefois au passage des prisonniers d'Etat. C'est tIsà-vis de cette porte que se trouve la Tour ensamjlaiilée, dans laquelle le duc de Glocester fit étouffer les enfants d'Edouard (Edouard V et le duc d'York). — Une autre tour célèbre, c'est la Tour blanche, la plus vaste et la plus ancienne partie de la forteresse. C'est un massif de maçonnerie, aux murs épais, élevé sur un plan quadrangulaire; elle comporte trois étages. Tout près de la chapelle consacrée à saint Pierre, dont nous parlerons bientôt, se trouve la leur Beauchamp, qui a servi de prison à des personnages illustres, parmi lesquels nous mentionnerons Anne de Boleyn, lady Jane Grey, Jean Dudlev, comte de Warwick, Philippe Howard, Charles Bailly, l'agent de Marie Stuart, et Robert Dudley, comte de Leicester. Enfin, au nord, citons la tour Dcvelin, à l'est de laquelle se voient les restes de trois tours : Flint Tower, Boirijer Tower (tour aux arcs) et Bride Tower. C'est dans un atelier de la tour aux arcs qu'éclata l'incendie de 1841 qui détruisit le grand arsenal et d'autres bâtiments, et dont les dégâts s'élevèrent à environ 250,000 livres sterling.

Dans la chapelle de Saint-Pierre, qui se trouve dans le même monument, sont enterrés les corps d'Anne de Boleyn, de Catherine Howard, de l'évéque Rochester, de Thomas Cromwell, du dernier rejeton des Plantagcnets (la comtesse de Salisbury), d'Edouard Seymour, du duc de Somerset, de lady Jane Grey et de son mari, du fameux comte d'Essex, le favori de la reine Elisabeth, qui fut cependant décapité; on voit même , dans la salle d'armes dite de ta Reine Elisabeth, la hache qui servit à cette décapitation. — Aujourd'hui on ne peut visiter dans la Tour de Londres que la salle des armes (fforse armory) et celle des joyaux de la couronne {Croiiii Jewed Boom), lesquels sont estimés à deux millions de livres sterling. On est accompagné dans ces salles par des gardiens, qui poi-tent un costume exactement conforme àceluidutemps delienri VllI.

Touu-Magne. — La tour nommée Tour- Magne (iurris magna) est, eu efl'et, un édifice d'une masse assez considérable ; elle est située au sommet d'une colline, au nord de la ville de Nîmes. Cette tour (fig. 3) est octogonale et sa base heptagonale. Elle faisait partie de l'enceinte romaine de l'antique Nemaustis. On y montait par deux rampes en pente douce, dont la première, pavée en mosaïque de marbres, était étabhe sur un massif de maçonnerie, tandis que la seconde rampe était portée sur des arcades plein cintre. Tous les parements de ce monument sont en moellon smillé, sauf les parties les plus délicates , telles que bandeaux, bases et chapiteaux de colonnes, qui sont en pierre de taille. Le monument, qui à son origine devait être fort élevé (35 mètres environ), est aujourd'hui beaucoup moins haut par suite des ravages du temps et des hommes. A quel usage pouvait servir cet édifice bizarre ? Suivant les uns, il aurait servi de mausolée ou de temple aux Gaulois; suivant d'autres, il n'aurait été qu'un œrarium , ou bien un temple érigé par Adrien à Plotine ; enfin d'autres archéologues affirment que ce ne pouvait être qu'un phare. Nous ne pouvons comprendre, quant à nous, toutes les discussions qu'a soulevées cette tour; son antiquité est de toute évidence, et, suivant les époques, elle a pu être un tombeau, un œrarium, un phare. Voilà trois destinations qu'elle a eues certainement. Mais pour ce dernier usage, il est nécessaire de s'entendre. Certains auteurs ont prétendu que la Tour-Magne était un phare pour guider les vaisseaux qui entraient dans le port ; ces mômes auteurs admettent que la mer arrivait dans la plaine de Nîmes. 11 est difficile d'admettre une erreur aussi forte. En effet, Nîmes existait du temps d'Arles et de Marseille ; or le niveau inférieur de la ville de Nîmes est à 37 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui, si elle a jamais atteint cette cote, aurait noyé Arles, qui n'est qu'à 5"V-5 au-dessus de la mer, et Marseille, qui est en contre-bas de Nîmes de ."7 mètres. Il est donc insoutenable d'admettre que Nîmes ait jamais été baignée par les eaux | de la Méditerranée ; donc le phare élevé pour I

Planche XCVI. — Tour de Jean sans i'eur (.reatauratiunj. DÏCT. D'aUCHITECTUKE. — T. IV.

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éclairer un port est une pure fable. D'antres auteurs ont dit que cette tour avait servi de phare pour la navigation du Rliône ; malheureusement , ces auteurs ont négligé un point : c'est qu'entre ce fleuve et la Tour-Magne il existe des montagnes, ou du moins de

hautes collines, qui en auraient caché totalement la vue aux navires du Rhône.

Donc la Tour-Magne n'a servi de phare que pour donner des signaux à l'aide de feux de différentes couleurs, selon l'usage gaulois , adopté par les Romains. Ce (jni nous

Fig. 3. — Tour-llagnc, à Nîmes.

confirme dans cette idée, c'est que la colline à l'extrémité de laquelle s'élève la Tonr-Magne se nomme le Puech de la lamjièzc; or ce terme àcjniech est dérivé du latin pudium, qui signifie soubassement, et lampèze de lampada, lampe. Ce terme signifierait donc soubassement de la lampe, du phare, c'est-à-dire que réellement ce coteau aurait supporté un

phare. — Quoi qu'il eu soit, il est incontestal)le que cette tour était reliée aux murs de la ville romaine. Etant enfant, nous avons foulé aux pieds la partie du mur romain posée en placage contre la tour, qui était alors dans l'enceinte même de la ville. — Cette tour ruinée serait aujourd'hui entièrement détruite, sans les travaux de consolidation exé-

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cutés en 1845, par notre vénéré maître Ch. Questel, et sans la colonne intérienre autonr de laquelle s'élève un escalier servant à atteindre le sommet de l'édifice. Il est probable que ce monument a été construit sous Jules César, 52 ans environ avant l'ère vulgaire.

Touii DE NEJiRODjde Bélus ou DE Babel. — Voy. ci-dessus Tour, § Bisloriqt(e.

Tour penchée. — De toutes les tours penchées, la plus curieuse et la plus célèbre est, sans contredit, le campanile de Pise, nommé forre pcndenk. Cette tour, élevée sur un plan circulaire, a 54°, 50 d'élévation; elle comporte huit étages décorés de plus de deux cents colonnes ; elle est toute en marbre. Commencée en 1174, par Bonannus de Pise et Guillaume d'Inspruck, elle ne fut terminée qu'en 1350, ]iar Tommaso Pisano. Son inclinaison est effrayante ; elle est telle qu'en janvier 1878, en jetant un fil ;i jilonib du soniniet, nous avons trouvé à la base du monument un écart de 4'","28 de la verticale. En 1864, c'est-à-dire douze ans aujiaravant, nous n'avions trouvé (jue 4'",15. Avions-nous mal pris nos dispositions ? Nous l'ignorons; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est l'écart de 4™,28 que nous avons constaté en janvier 1878. — On arrive au sommet du campanile par un escalier de 295 marches. On s'aperçoit de l'inclinaison, en montant, dès la 110' marche environ. On s'est souvent demandé si le • campanile avait été construit penché, ou si c'était par suite d'un tassement inégal dans les fondations que la tour avait incliné si grandement. Poumons, ce fait n'est jias discutable, la tour est ainsi inclinée par suite d'un tassement inèyal dans les fondations. Dans ce pays souvent couvert d'eau, des eaux souterraines auront pu miner et déplacer une partie du sol sur lequel reposaient les constructions; delà le tassement, si considérable, qui, du reste, n'a nui aucunement à la solidité de la construction, qui sert encore aujourd'hui de clocher à la catliédrale. Cette tour contient sept cloches, dont la plus lourde, qui pèse 12,000 kilogrammes, se trouve placée du côté opposé à l'inclinaison. Galilée mit à profit cette inclinaison pour faire du sommet

de la tour ses expériences sur la chute des corps et détennina ainsi les lois de la gravitation, de même qu'il avait utilisé le lampadaire de la cathédrale pour étudier et déterminer les oscillations du pendule. ( Voy. Lampadaire (note 1), où nous relatons le fait historique.)

Bologne possède deux tours penchées. La torre AsineUi, haute de 83 mètres, a été construite en 1109 par Gérard dcgli Asinelli ; son inclinaison est d'environ 1™, 15. On arrive au sommet de cet édifice par un escalier de 448

lig. 1.

■ Tour lululc H Dcvclii^h-hluiiU.

marches ; une fois sur sa plate-forme, on est amplement dédommagé de ses fatigues par la beauté du panorama qui se déroule sous vo8 yeux, car la vue s'étend jusqu'à Vérone, aux monts Euganéens et jusqu'aux Alpes. — Lft seconde des tours de Bologne, la lorre Garisenda, ne mesure que 42 mètres de hauteur, mais elle n'a jamais été terminée; son inclinaison, beaucoup plus considérable que celle de la torre AsineUi, mesure environ 2"',80, du pied de la tour à la verticale ])assnnt par son somuict. Elle a été construite en 1110 ou 1111 par Othon et Filippo Gariscnda.

ToL'R DES P1CTE8. — Dans les îles écossaises de l'océan Atlantique, dans les îles

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Shetland, il existe des constructions en forme de cône analogues aux niir-luKjs sardes et aux talai/ots des îles Baléares; on les nomme imirs (les Piiies, et ou les considère comme des temples du Feu.

Tour pleine. — Le long des grandes Toies romaines, on retrouve souvent des tours pleines, rondes ou carrées. On a fait beaucoup de suppositions au sujet de ces édicules ; on y a TU des tombeaux ou des monuments funéraires élevés en l'honneur de quelques morts illustres, ou bien des espèces de grandes bornes marquant des divisions territoriales ou indiquant les confins de divers pays. On classe parmi ces monuments la colonne de Cussy (Côted'Or), les tours de Pirlongue et d'Abnon, dans les environs de Saintes, et la pile de Saint-Mars ou de Cinq-Mars, dans les environs de Tours. Bien des archéologues considèrent ce dernier édifice comme un monument triomphal érigé en l'honneur de Mars. Pourquoi alors ces qualificatifs de cinq et de sai/i/, et que signifieraient-ils ?

Fig. 5. — Tuiir Sloncaie, à Orthez.

Tour de porcelai.ve. — Yoy. Tour

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