‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent (volume 3)Chapitre 219 sur 252 · VERRE · texte numérisé non relu

VERRE

lement par l'acide fluorhydrique. Le verre est beaucoup employé dans Fart de bâtir, surtout depuis vingt-cinq ans: mais nous ne doutons pas que, dans un avenir trèsprochain, il entre encore plus largement dans les constructions de tout genre, car il possède des qualités et des avantages qu'on ne saurait rencontrer dans d'autres matériaux.

Historique. — L'origine du verre remonte à la plus haute antiquité ; c'est là un fait indiscutable, attesté par un très-gi-and nombre d'auteurs anciens. Quel a été le premier peuple qui a fait usage du verre? Nous l'iguorons; mais ce que nous savons, c'est que les Égyptiens et les Phéniciens étaient très-habiles dans les divers travaux du verre. Ils savaient le tordre, l'émailler, le dorer et le colorer diversement ; ils savaient aussi fabriquer d'assez grandes pièces en verre. Tout ce que nous venons de dire est attesté par divers passages de différents auteurs. Ainsi Pline (XXXVI, 26) vante l'habileté des ouvriers de Sidon; et des fragments de vases de verre, trouvés avec des inscriptions donnant le nom d'artistes sidoniens, prouvent bien que Pline n'a rien exagéré dans son récit. — Hérodote (liv. II) et Théophraste {Traité des ■pierres, 44 et 45, éd. de 1754) nous informent que dans le temple de Tyr, dédié à Hercule, il y avait une colonne faite dans une seule émeraude , c'està-dire en verre vert émeraude. Les Hébreux connaissaient également le verre ; mais ils le considéraient comme un objet très-précieux. Nous lisons, en effet, dans le livre de Joh (chap. XXVIII, v. 17) que la sagesse est tout ce qu'il y a de plus estimable et qu'elle est plus précieuse que l'or et le verre : Avritm et vitrum nonnquahittirei. — Quelques auteurs ont prétendu que le mot hébreu a été mal traduit ^&x vitnim, que ce pouvait être du cristal; nous n'entrerons point dans le débat, et, que vitrum signifie verre, cristal ou autre chose, peu nous importe, puisqu'il nous sera permis d'affirmer que les Hébreux, ayant eu des rapports fréquents avec les Egyptiens et avec les Phéniciens, pouvaient connaître et connaissaient certainement le verre. Du reste, un passage des proverbes de Salomon

(XXIIT, 31) ne bhune-t-il pas la sensualité de ceux qui, avant de boire, sont heureux d'admirer la couleur vermeille du vin à travers leur coupe? Celle-ci était donc transparente, et il n'est guère probable qu'elles fassent taillées dans du cristal : elles étaient donc en verre. Les Modes et les Perses se servaient également de coupes de verre, puisque Athénée (II, 2) rapporte que les ambassadeurs athéniens, à leur retour à Athènes, en donnant des détails sur le luxe inouï de la cour du grand roi des Perses, ajoutaient qu'on les avait fait boire dans des coupes d'or et de verre. Aristophane, dans sa pièce des Acharnions, fait ainsi parler un ambassadeur : « Partout on nous forçait de boire du vin pur dans des coupes d'or et de verre ( i; ueî>tva) (1). » Or le personnage qui parle ainsi à Dicopolis avait été ambassadeur auprès du grand roi, à Elcbatane, la 2"' année de la 85" olympiade.

L'art de fabriquer le verre était trèsavancé quand il fut introduit en Italie, car ce n'est guère qu'à la suite de leurs conquêtes en Asie que les Romains connurent parfaitement toutes les ressources de cet art. Une des premières fabriques de verre établies à Rome était située dans le voisinage du cirque Flaminien. (^lurtial, Ep., XII, 75.) Il en existait une autre auprès du quartier des charpentiers près du mont Cœlius. (Martia-

(1) Beaucoup de commentateurs d'auteurs grecs prétendent que ce terme de liaXoi; ne signifie pas t'errc, mais seulement ti-atii'pnrt^nt, diaphane. Et cependant, dans un passage d'Aristophane, qui, pai-aît-il, aurait employé le premier ce mot {Us Suces, act. II, se. I, vers TOS), il n'est pas possible de traduire le terme ûaXo; autrement que par rerre. Nous voyons, en effet, dans une scène, Strépiadès qui se moque de Socratc et lui dit : :< Voici, du reste, ime méthode trés-commode pour ne point payer ses dettes (ses billets) : on interpose entre ceuxci et le soleil un verre (ûaXoç) qui se vend chez les droguistes et qui fait fondre les caractères tracés sur la tablette do cire. » Par ce moyen, le débiteur pouvait nier avoir souscrit un billet. Certains mauvais payeurs de nos jours ont remplacé ce procédé des Grecs par celui-ci : ils avalent, après l'avoir mâché, le billet que l'encaisseur leur présente en remboursement. Ce fait était assez fréquemment employé en Corse, il y a vingt-cinq ou trente ans ; mais aujourd'liui il n'est plus praticable.

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