A' ERRE
lins, Top. Rom., lib. IV, cap. i.) Du reste, il est probable qu'il exista un g:rand nombre de verreries, car les Romains aimaient beaucoup le Terre; on cite comme grands amateurs de ces objets Néron, Adrien et ses successeurs jusqu'à Gallien. Sous cet empereur même, le verre devint si commun qu'il ne pouvait plus le voir, et qu'au dire d'un de , ses biographes, Pollion, Gallien ne voulut plus boire que dans des coupes d'or. Et cependant Sénèque, qui parle du verre dans plusieurs passages de ses écrits, nous apprend que l'usage du verre était très-rare au commencement de l'empire, mais qu'il se répandit si rapidement que de son temps un homme se serait regardé comme bien pauvre, s'il n'avait pu recouvrir le plafond de son logis avec des plaques de verre. (Sénèque, Ep., 40, 46, 90.) — Strabon (Géuf/r., I, 16) nous informe que beaucoup d'ouvriers verriers de Rome avaient imaginé des procédés particuliers pour travailler et pour peindre le verre (1). Enfin, d'après Pline, il paraîtrait qu'on employa largement le verre dans la décoration de l'amphithéâtre de Scaurus. D'après cet auteur (XXXVI, 15), la scène de cet amphithéâtre avait trois étages, et celui du milieu était décoré de verre : média e vitro. Pline nous apprend aussi que de son temps on savait souffler le verre , le colorer diversement, le travailler au tour et le tailler comme l'argent (2). Nous ne pouvons, du reste, douter de l'habileté des Romains dans cet art, puisque nos musées renferment de magnifiques urnes de verre dont quelques-unes atteignent des proportions assez remarquables.
tNous possédons aussi également, en assez grandnouibre, des petits vases funéraires à col allongé {lacnjmatoria), qui ont des formes et des proportions fort belles. Les Romains feisaient aussi des coupes à boire , nous l'avons vu précédemment ; mais ce que nous ajouterons, c'est que quelques-unes de ces — coupes étaient si finement travaillées (ju'ellcs
(1) Audiei Roma multa et ad cohires [citri) et tid operum faciUtatem multa inveniri.
(2) Ex massis rursus funditur in ufficiiiis, tingiturque; et ajhtd flatu Jii/uratur, aliud torno ttritur, niiiid argent! modo cfelatur.
se vendaient au poids de l'or; Néron, jiar exemple, en paya une, d'assez médiocre grandeur, six mille sesterces. C'est sans doute ce prix élevé qui faisait que Martial, dans ses épigrammes, dénomme ces coupes, calices av- (laces. Les plus belles coupes étaient en verre opafiue rouge appelé hcmatinon.
Depuis l'époque romaine, l'art du verre a progressé d'une façon remarquable ; nos lecteurs connaissent les merveilles produites au xvi° siècle et pendant la période tout à fait moderne. Il est fâcheux que l'architecte, surtout l'architecte décorateur, n'emploie pas plus largement le verre dans ses décorations pour obtenir des effets jusqu'à ce jour trop peu connus; car, nous devons l'avouer, il n'est guère utilisé d'une façon décorative que dans le vitrail, surtout pour le vitrail d'église; nous trouvons même que les vitraux ne sont pas suffisamment utilisés dans les somptiwuses habitations modernes. (Voy. Vitrail.)
Pratique. — Le verre est formé par la combinaison du silicate de potasse ou de soude avec un ou plusieurs autres silicates, tels que ceux d'alumine, de baryte, de chaux, de magnésie, etc. La pâte du verre une fois obtenue, on l'épiu'e ; puis, pendant qu'il est en fusion, ou le moule, on le souffle pour lui donner les formes qu'on désire obtenir. Une fois refroidi, comme le verre est élastique et sonore, on peut le tailler et le polir. — Grâce à la trempe, on obtient aujourd'hui des objets de verre presque incassables dont on fait des ustensiles de chimie et de cuisine et qui vont sur le feu, comme des objets en fer battu ; on dit que ces objets sont en verre trempé. On peut également recuire les pièces de verre pour leur enlever de leur fragilité. — Nous n'avons à nous occuper ici que des verres à vitres et des glaces, au point de vue de leurs qualités et de leurs défauts. — La qualité dominante du verre, c'est sa transparence, qui lui permet de laisser passer les rayons solaires dans l'intérieur d'un local et de chauffer l'air que renferme ce local. Cette propriété du verre a été largement utilisée notamment pour les sen-es et les jardins d'hiver. Le verre est encore mauvais conducteur de l'électricité ;
aussi est-il employé pour faire des isolateurs. (Voy. PARATO^•NERKE.) — Il existe de nombreuses variétés de verre ; mais quelle que soit sa qualité, uu bon verre à vitres doit être nui, d'une épaisseur uniforme et exempte de défauts. Parmi ceux-ci, nous signalerons les plus importants ; ce sont : les stries ou eûtes, c'est-à-dire des lignes qui déforment les objets qu'on voit à travers les vitres couvertes de ces défauts ; les stries, qui font paraître les verres fêlés, de même que les contes, qui sont des espèces de filets faisant saillie sur le verre ; les buttes, boiiitlons ou totipes , qui forment de petites soufflures produites par des gaz emprisonnés dans la pâte du verre ; les nœuds, qui sont des portions de verre moins fusibles que l'ensemble de la composition et forment des aspérités à ■ la surface du verre; les pierres, les fitandres, qui sont produites par la vitrification incomplète de corps contenus dans la pâte vitreuse.
— Suivant que les verres à vitres contiennent plus ou moins de défauts, on les divise en premier choix, deuxième et troisième chbix.
— Les verres à vitres se vendent par caisses contenant soixante feuilles.
Suivant la forme, l'épaisseur, la qualité, l;i couleur, etc., le verre reçoit les différentes dénominations qui suivent :
Verre en manchon. — Verre à vitres, dit aussi verre d'Atsace.
Verre en table, en feuille ou a vitres.
— Feuilles de verre employées dans la vitrerie, et parmi lesquelles on distingue le verre titane, dit aussi verre de Bohême, le verre commun ou demi-btanc; le verre vert, le broad-i/tass des Anglais ; le verre à boudiné, ou ^'fo/, ou de rond-chiffre, qu'on nomme en Angleterre croivn-gtass (verre en couronne).
Verre siiMple. — Verre qui n'a que 0'",002 environ d'épaisseur, employé pour les travaux communs.
Verre double. — Verre qui n'a que 0'",0025 d'épaisseur, et dans lequel on distingue le verre dit doubte-épaisseiir qui porte 0"',003 à 0'",004 d'épaisseur, et qui sert pour la couverture des serres , des châssis vitrés, des courettes et des Claires-voies. (Voy. ce mot.)
Verre dépoli. — ■ Verre qui est obtenu par le frottement d'une de ses faces par du grès ou du sable huilés. On l'utilise dans la construction, pour empêcher des regards indiscrets ou les rayons solaires de pénétrer dans l'intérieur d'un local. On dépolit les verres simples, mais plus généralement les verres doubles et demi-doubles. — On obtient des verres dépolis économiques au moyen d'une couche de céruse qu'on dépose à leur surface à l'aide d'un tampon de mousseline ; aussi dénomme-t-on les verres obtenus par ce procédé, verres dépolis au tampon.
Verre cannelé ou strié. — Verre dont l'une des faces porte des filets alternativement saillants ou creux parallèles, ou des filets creux formant des quadrillés à can-eau ou à losange réguliers. Ces verres servent aux mêmes usages C|ue les verres dépolis, parce que les cannelures ou stries interceptent la vue.
Verre coloré ou verre de couleur.
— Verre dont on a coloré la pâte à l'aide de certains oxydes métalliques. Ces verres servent à atténuer la clarté dans les pièces où l'on désire une lumière diffuse ; on les emploie aussi comme éléments décoratifs, ainsi que pour la fabrication des vitraux. On commence également à employer les verres de couleur pour la couverture de serres à multiplication, car depuis quelques années on a reconnu que certains tons, le violet, par exemple, exercent une influence sur la végétation.
On obtient les verres de couleur au moyen dos oxydes suivants : l'oxyde de cobalt donne le bleu saphir; le deutoxyde de cuivre, le bleu de ciel; le protoxyde de cuivre, le pourpre ; l'oxyde de manganèse , le violet ; l'oxyde d'uranium, le jaune serin; le chlorure d'argent, le jaune foncé, etc.
Verre triplé. — Verre qui est formé de trois couches différentes de verre ; la couche séparative, celle du milieu, est ordinairement en verre opaque ou en émail.
Verre a glaces. — Depuis environ cinquante ans, on emploie pour les devantures de boutiques, ainsi que pour les portes vi-