Vitrail à entrelacs
son apparition tout au moins au iv"^ siècle et quau vi" l'art du vitrail était assez perfectionné. Du reste, ce fait n'a rien d'étonnant, puisque nous savons par Pline que, dès la plus haute antiquité, l'art de la vitrification et de la coloration du verre était très-avancé. (Voy. Yeure.) Que les anciens aient pu appliquer des verres de couleur à leurs vitrages, c'est donc un fait élémentaire ; mais nous accordons volontiers qu'ils ne savaient pas encore peindre sur verre. Nous pourrions citer beaucoup d'autres
passages de divers auteurs relatifs au sujet qui nous occupe , mais nous pensons que ce serait faire preuve d'une érudition inutile : ce que nous avons dit doit suttire poiu convaincre le lecteur. Nous ajouterons cependant que Grégoire de Tours nous apprend (Hisf., YI, 10) qu'en 521 les soldats de Théodoric pénétrèrent dans l'église de Saint-Julien de Brioude en montant sur un tombeau au moven du-
Vitrail mosaïque
quel ils atteignirent une fenêtre dont ils brisèrent le vitrage (1). Ailleurs il raconte qu'un voleur, n'ayant pu pénétrer dans une église, se contenta de voler un châssis garni de vitres(2), qui étaient sans doute des vitraux; sans cela, des vitres ordinaires n'auraient pu tenter un voleur, puisqu'il n'aurait pu en tirer aucun parti. Il est vrai qu'on pourra nous objecter que ceci ne proi;ve point nécessairement que
Fig. 7. — Vitrail mosaïque.
ces vitres fussent colorées; mais, pour lever au lecteur toute espèce de doute, nous ajouterons que saint Fortunat, évèqne de Poitiers et contemporain de Grégoire de Tours, loue sans
(1) Voici le texte original : Quiponentes ad/eaeslram absida cniicellum qui super tumiilum c-ujusdam defuncti erat, asctndentes per eum, effniHù vitreù, siiiU ingressi. (flhl., VI, 10.)
(2) Feiieslias ex more haljens {ecchsia) quœ vitro tiffnis incluso chtuduntttr, (/i., I. 59.)
VITRAIL
réserves dans ses poésies le brillant éclat des verrières colorées. On peut donc admettre que l'église de Saint- Julien de Brioude avait des verrières de couleur. Au reste, dès cette époque, la France était si renommée et si avancée dans cet art, que des pays étrangers on demandait des ouvriers verriers français. Ainsi les évêques Wilf'rid (Beda. de IVeremulinsirnon , 1,5) et
Fig. 8. — Vitvitil mosiiïque.
Benoît Biscop en firent venir en Angleterre; Anchaire, apôtre de Suède, et Eambert, apôtre de Danemark, répandirent le goût des vitraux français dans les pays qu'ils parcouraient. Voilà donc des faits certains : les vitraux formés au moyen de fragments de verre de couleur existaient dès le iv° siècle et aux vi'' et \u' siècles ils étaient très-répandus. Il nous
comi^nrtiniint^.
reste à détermine)- à quelle époque le vitrail peint a fait son apparition. Ce fait assez incertain a été fort controversé; cependant nous admettrons la version avancée par Emeric David dans son Histoire de la peinture :
Le règQe de Cliarles le Chauve, dit cet auteur, ou celui de Louis le Débonnaire nous offre un fait très-mémorable : c'est l'invention de la peinture sur veiTe. L'historien du monastère de Saint- Bénigne de Dijon, qui écrivait vers Van 1052. assure
qu'il existait encore de son temps , dans l'église de ce monaiîtère, un très-ancien vitrail représentant le mystère de sainte Paschasie. et que cette peinture avait été retirée delà vieille église, restaurée par Charles le Chauve. Il faut croire , par conséquent, que ce monument rustique et élégant , suivant les expressions de la chronique, datait au moins du règne de l'empereur, mais il ne saurait remonter beaucoup au delà.
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Fig. 10. — Vitrail mosaïque.
On peut considérer comme remontant au Xii^ siècle quelques vitraux du chœur de la cathédrale de Lyon (Saint-Jean), ceux de l'abside de Saint-Denis et de la cathédrale de Bourges, et quelques-uns de la nef de la cathédrale d'Angers.
Du xii° au XIV' siècle, on fait beaucoup de vitraux dits verrières légendaires, parce
Fig. 11. — Vitrail mosaïque.
qu'ils sont composés de cartouches qui renferment de petits sujets se rattachant à la même légende. Le fond sur lequel se détachent ces cartouches sont dits ireillisés : souvent do riches bordures les encadrent. Parmi les vitraux du xin° siècle, nous mentionnerons une partie de ceux de la Sainte-Chapelle du Palais à Paris, des cathédrales de Paris, de Chartres et de Reims. Aux XV' et XVI* siècles, le peintre ver-
VITRAIL
rier produit des œuvres plus remarquables ; il ne se contente plus de modeler les carnations comme les peintres venners l'avaient fait pendant les siècles précédents, mais
AiiL-ien vitr.iil à l'église Saint-Denis.
le vêtement, le mobilier, les armures sont également modelés , et beaucoup plus travaillés ; les ornements eux-mêmes participent à ces innovations ; du reste , le vitrail est plus largement traité ; les personnages sont
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souvent plus grands que nature, et les scènes représentées sont tirées de la Bible, de l'histoire civile, militaire et religieuse. Aussi les vitraux de cette époque présentent-ils, sous le rapport de l'iconographie et de l'esthétique, un puissant intérêt, et nous fournissent-ils des renseignements
précieux sur les costumes, le mobilier, les intérieurs et les mœurs.
Nous possédons des verrières de ces époques à Auch, à Beauvais, à Bourges, à Brou, à Metz, à Rouen, à Tours, à Troyes, à Sens, à Vincennes. C'est pendant le xv° siècle que nous voyons des peintres verriers aller décorer des églises italiennes à Arozzo, à Bologne, à Florence, à Rome. Parmi les artistes du xiv" siècle, nous mentionnerons Clément de Chartres, Guillaume Canonce, Jacqmin, Jehan de Damery ; parmi ceux du xv° siècle, nous signalerons Arnould de la Pointe, Jean et Guil. Barbe, Cardin Joyle, de Graville, Geoffroy Masson, Hem-i Meilleine, Robin Dumeigne ; enfin , parmi les nombreux maîtres verriers du xvi° siècle, nous mentionnerons Angrand le Prince, Arnaud Desmoles , Pierre Anquetil , Valentin Bouch, Michel Besoche, Claude de Marseille, Cornouailles , Cordonnier, Evrard, les frères Gontier, Guillaume de Marseille, Jean Cousin, Jean Soubain, Bernard Palissy, Pinaigrier, Olivier Tardif, etc., etc.
Pendant les xvii'' et xviii° siècles, le vitrail dégénère. On ne fait guère que des
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grisailles ternes et pâles, afin de laisser pénétrer plus largement le jour dans les églises, car elles sont alors assez souvent décorées de magnifiques fresques et de grands tableaux peints à l'huile. C'est pendant le xvii" siècle qu'on ci'éa les petits vitraux blasonués de petites dimensions, tels qu'on
VITRAIL
eu voit au musée de Guiiy : ce genre fut même dénommé vUrail suisse, parce qu'il scn fit beaucoup à Bàle, à Constance et à Fribourg.
Au commencement du xix* siècle, la peinture sur Terre, le vitrail grand ou petit, sont complètement délaissés; mais dès 1825 des chimistes et des maîtres verriers font de grands efforts pour ressusciter cet art si éminemment français, puisque nous voyons
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