REMPART
dence, dérivé du latin rursiis emere (acheter de nouveau), signifie donc racheter. Nous n'avons pas à donner ici la jurisprudence de ce terme, puisqu'elle se trouve au mot Rachat, où nous renveiTons le lecteur.
REMETTRE, v. a. — Replacer, rajuster une pièce. Ce terme est surtout usité en serrurerie; ainsi on dit, remettre un mouvement, une sonnette, une bascule de sonnette, sur leur tirage.
REMISE, s./. — Local servant à remiser, c'est-à-dire servant à abriter contre les intempéries de l'atmosphère une ou plusieurs voitures. — Dans l'antiquité, on nommait les remises carceres; il en existait dans divers édifices publics et privés, mais principalement dans les cirques, car c'était des carceres que les chars sortaient directement pour prendre part aux courses. (Voy. Carceres et Cirque.) — De nos jours, les remises sont ordinairement placées auprès des écuries. Il existe aussi sur les lignes ferrées des remises pour les locomotives ; ces remises se trouvent dans le voisinage des gares de départ des gi'andes villes, elles sont formées par de grandes rotondes circulaires ou polygonales et peuvent abriter 10, 12 ou 15 locomotives. Dans le voisinage il existe un petit bâtiment qui sert de logement au chef de dépôt et à ses employés, ainsi qu'à un garde et à des mécaniciens.
REMONTER, v. a. — Monter de nouveau.
On remonte des mécanismes, des outils, qu'on avait démontés. — On emploie surtout ce terme pour désigner l'assemblage de toutes les pièces d'un engin, d'une chèvre, d'un échafaud. Ce terme est aussi quelquefois synonyme de surélever, par exemple en parlant d'un mur qui est trop bas et qui doit être remonté.
RE]\IPART, s. m. — Murs ou enceinte défensive élevés autour d'un point qu'on veut fortifier ou défendre contre des incursions ennemies. Un grand nombre d'enceintes du moyen âge ont été rasées, et sur leur emplacement on a construit des boulevards. Ayant déjà eu l'occasion de parler des remparts, dans
EEMPIETEMENT.
RENAISSANCE (architecture).
divers articles de ce dictionnaire, et pour éviter des répétitions, nous n'en dirons pas davantage ec nous prierons le lecteur désireux d'avoir de plus amples développements de se reporter aux mots Fortification, Enceinte, Oppidum, Porte, Mur, Militaire ( Architecture), etc.
REMPIÉTEMENT, s. m. — Reprise en sous-œuvre de la partie inférieure ou pied d'un mur, d'une construction quelconque.
REMPLAGE. — Voy. le mot suivant.
REMPLISSAGE, s. m. — Pierres, moellons, garnis, employés pour combler, remplir les reins d'une voûte, c'est-à-dire l'espace de forme triangulaire compris entre le prolongement des pieds-droits recevant les retombées et la ligne horizontale passant par le sommet de l'extrados de la voûte. — On nomme encore remplissage les plâtras hourdés au plâtre qui forment les entravons des solives d'un plancher; la maçonnerie à sec, faite avec des caiOoux, qu'on pose deiTière un mur de revêtement. — Les maçonneries comprises entre les pierres de parement se nomment hlocages, garnissages. On nomme encore remplissage les entrevous maçonnés entre les poteaux d'un pan de bois. Les treillageurs donnent ce nom à tous les genres de treillages qui servent à garnir les vides compris entre les bâtis. Quelques auteurs donnent comme synonyme de ce mot celui de rempJage, qui est aujourd'hui totalement abandonné.
Remplissage (Poteaux et Solives de.) — Poteaux et solives assemblés entre des pièces principales, et qui servent à former un pan de bois ou un pan de fer, ou bien un plancher. — On nomme cloisons de remplissage les cloisons faites avec des bois provenant du déchirage des bateaux (Voy. Cloison) ; ces cloisons sont simplement hourdées en plâtre.
RENAISSANCE (Architecture). — Ce style d'architecture prit naissance en Italie, et de là il se répandit en France, en Espagne en Augletei-re et en Allemagne. Bien des ar-
chéologues ont prétendu que cette dénomination de renaissance appliquée iiu style architectural de la fin du xv" siècle n'était pas logique, et notre confi-ère A. Berty s'élève avec beaucoup de violence et d'emportement contre cette dénomination. Son article, ou plutôt sa boutade est assez curieuse pour être consignée ici :
Renaissance, dit cet auteur (^Dict. de l'arch. du moyen âge), expression raalencontreuso, consacrée maintenant, mais parfaitement fausse , surtout par rapport à l'architecture, et dont on se sert pour désigner l'époque où l'art chrétien a été abandonné et remplacé par des pastiches de l'art antique. — Le mot renaissance, appliqué aux changements survenus dans les goûts artistiques vers la fin du xv° siècle, n'est rien moins qu'une absurdité et une injustice. En efEet, pour qu'il y ait renaissance, il faut qu'il y ait mort : peut-on donc soutenir, sans être aveugle ou de mauvaise foi, que l'art était mort et qu'il n'existait que de misérables maçons, lorsque les Robert de Luzarche, les Jean de Chelles, les Robert de Coucy, les Erwin de Steinbach élevaient ces monuments sublimes qu'on appelle les cathédrales d'Amiens, de Paris, de Reims, de Strasbourg ? Quant à nous , il nous semble que si l'art architectural a été nul en France, c'est lorsqu'il a produit ces maçonneries informes qu'on a osé décorer du beau nom d'églises, et dont les Petits- Pères et Saint-Thomas d'Aquin sont de dignes spécimens.
Chateaubriand, dans ses Études historiques (p. 562), n'est pas beaucoup plus tendre que Berty pour cette belle architecture de la renaissance qui a fourni, nous allons bientôt le voir, dans toutes les branches de l'art, une pléiade d'artistes d'une très grande valeur, lesquels artistes ont créé des chefs-d'œuvre incontestables. Quoi qu'il en soit, voici comment s'exprime sur l'art architectural de la renaissance M. le vicomte de Chateaubriand ; il n'est paspossible de donner une note plus fausse :
Aux monuments de notre religion et de nos mœurs, dit cet auteur, nous avons substitué, par une déplorable affectation de l'architecture bâtarde romaine, des monuments qui ne sont ni en harmonie avec notre ciel ni appropriés à nos besoins ; froide et servile copie, laquelle a porté le mensonge dans nos arts, comme le calque de la littérature latine a détruit dans notre littérature l'originalité du génie frank. Ce n'est pas ainsi
RENAISSANCE (architecture).
qu'imitait le moyen âge ; les esprits de ce temps-là admiraient aussi les Grecs et les Romains ; ils recherchaient et étudiaient leurs ouvrages ; mais au lieu de s'en laisser dominer, ils les maîtrisaient, les façonnaient à leur génie, les rendaient français et ajoutaient à leur beauté par cette métamorphose pleine de création et d'indépendance.
Nous le répétons, il est difficile de passer plus à côté de la vérité, et les auteurs que nous venons de citer, ainsi qu'une classe d'archéologues ayant les mêmes idées, ont sans doute oublié qu'à la chute de l'empire romain, et plus tard, pendant une partie du moyen âge, l'humanité était si enfoncée dans la barbarie, et les arts, les sciences et les lettres étaient tombés dans un tel abandon, dans une telle décadence, qu'on aurait pu supposer que les diverses branches de l'intelligence humaine que nous venons d'énumérer étaient mortes et ne refleuriraient pas de longtemps. Certes, on nous cite quelques artistes du moyen âge qui avaient une grande valeur ; mais que sont ces quelques noms à côté des nombreux artistes et des nombreux littérateurs de la renaissance ? Nous ne voulons pas amoindri)', en quoi que ce soit, les belles productions du moyen âge ; mais on ne peut comparer la période ogivale à la magnifique période de la renaissance. Ce que la première époque a produit n'aurait pas amené l'homme au savoir, au bien-être, au goût rccherohé et à l'émancipation que nous possédons au xix*" siècle, et nous partageons complètement l'opinion de notre confrère M. Ramée, quand il dit {Hist. de l'arch., p. 1164) « que si la renaissance a eu de profondes racines et ses origines dans le plus fort du moyen âge, l'imperfection des éléments constitutifs de tout genre de celui-ci le condamnait à la décadence et à la mort. » Et plus loin (p. 1165) il ajoute :
La renaissance fut une grande et belle époque de l'histoire de la société occidentale. Elle a continué la destruction du moyen âge, commencée depuis longtemps ; elle a ouvert une ère nouvelle , une ère d'émancipation intellectuelle , de droit et de justice, qui eut la plus heureuse influence sur le progrès de la civilisation européenne. Elle a tiré la raison humaine du long et funeste engourdissement où l'avaient ensevelie l'ignorance et la bar-
barie des dix siècles qui l'avaient précédée. Cette ignorance et cette barbarie , résultats de l'esprit de la routine d'un mauvais orientalisme, avec Rome antique pour intermédiaire , avaient enveloppé la presque totalité de l'Europe d'un voile de ténèbres ; les esprits s'étaient déshabitués de la réflexion, la pensée n'existait plus, la vérité était une lettre morte, les hommes des machines inertes, sans initiative. La renaissance est venue, et c'est avec le secours de la science antique, surtout de la science grecque, qu'elle a émancipé l'esprit humain des rêves poétiques, sentimentaux et mj-stiques, des abstractions vides et purement verbales, enfantés par l'ignorance et le penchant au surnaturel de la race sémitique, rêves et abstractions devenus funestes à l'ordre temporel, à la liberté et aux mœurs, par conséquent à l'ordre , à la paix et au bonheur do l'Occident. Après un assoupissement de mille ans, la renaissance sonna le réveil de la raison, lui rappela les prérogatives qui lui appartenaient et reconstitua les bases de son autorité.
Tel est le véritable rôle qu'a joué cette grande époque dans la civilisation moderne ; ainsi donc ce n'est pas seulement dans les lettres et les sciences qu'il y eut renaissance , mais aussi dans le domaine de l'art en général et de l'architecture en particulier. Au début de la période, c'est-à-dire pendant le xv'^ siècle, la renaissance fut moins une imitation réelle des principes de l'art de bâtir de l'antiquité qu'une contrefaçon, une sorte de placage surpcrficiel de l'art antique (en effet, toute transition de style nécessite une ébauche, un tâtonnement), mais qui ne fut pas de longue durée, puisque les créateurs, les pères de la renaissance, se nomment Michelozzi, Brunellesclii, Ammanati, L.-B. Alberti, Benedetto da Majano, Bernardo Roselino, le Bramante, Michel- Ange Buonarotti, San-Gallo, Peruzzi, Giacomo délia Porta, Viguole, Fontana, Georgio Vasari, Alessi, Rocco Lurago et d'autres encore. Du reste , la renaissance en Italie comprend deux périodes distinctes : celle qui précède le xvi'= siècle, qui s'étend de 1425 environ à 1500 ; la seconde, qui va de 1500 à 1580 environ. — Notre figure 1 montre une partie du palais d'Annibal Thiène à Vicence, construit de 1533 à 1556 par Palladio ; et notre figure 2, la cour du palais Massimi aile Colonne à Rome, construit par Balthazar
RENAISSANCE (auchitecture).
Peruzzi, qui toutefois ne vit pas son œuvre terminée car elle ne le fut qu'en 1538, et sa mort date de 1536. C'est surtout dans la Toscane, à Florence, que naît , se développe et grandit l'architecture de la renaissance sous le gouvernement des Médicis, lesquels exercèrent une si grande influence sur les lettres, les sciences et les arts, qu'on nomma cette époque le siècle des Médicis. C'est sous Cosme de Médicis , fils de Jean de Médicis, que s'élèvent dans toute la Toscane les beaux monu-
Fig. 1. — Portion de la fui.ade du palais Thièue, à Vicence.
ments de cette époque, dont ceux qui subsistent encore font aujourd'hui notre admiration. A Florence, Cosme se fait construire Ters 1430, par Michelozzi, le palais Ricardi ; le même architecte commence l'église du couvent Saint-Marc, et vers 1450 il restaure le palais Vecchio, dont la cour intérieure avec ses colonnes si richement ornementées fait partie de son œuvre. Cinq ans auparavant, Brunelleschi avait commencé l'église Saint-Laurent. L.Pitti érige avec Brunelleschi, vers 1445, le monument encore dénommé palais Pitti, que B. Ammanatiest chargé de terminer en 156(5
ou 1568 ; la chapelle des Pazzi, située dans le cloître de Santa-Croce, est également l'œuvre du même architecte. En 1460, L.-B. Albcrti construit aussi à Florence le palais Kucellai ; en 1488, Benedetto da Majano élève le palais Strozzi ; en 1490, Giuhano di San-Gallo, le palais Gondi. L'élan était donné ; non-seulement la Toscane, mais encore toute l'Italie, se couvrent de palais et de monuments en style florentin, dénommé le cinque-cento ou le style du xv° siècle. Vers 1450 ou 1452, L.-B. Alberti commence l'église de Saint-François de Rimini. Pierre Lombard, vers 1480, élève à Venise le porche de la petite église des Miracles. On retrouve le style de la renaissance classique au portail de l'église de Saint-Marc ; à Milan, à la coupole Sainte-Marie des Grâces; à Rome, dans les façades dupalaisGiraud, dans celle du palais de la Cctncellcrie, à la cour et à la
Fig. 2. — Cour du palais Mat.
j Lulonne, à Rome.
tribune du Belvédère au Vatican. Dans tous les édifices que nous venons de mentionner ou du moins dans bien des parties de ces édifices, le style classique domine, nous venons de le dire ; mais plus tard l'imagination des artistes travaille, la verve s'excite, et le classique est fort arrangé, et bien souvent d'une façon qui n'est pas très-heureuse. San-Gallo, Michel- Ange et Carlo Maderno, dans la construction de Saint-Pierre, délaissent les dessins de Bramante et créent une renaissance à eux. Et si le palais Farnèse, de San-Gallo, est très-remarquable, l'étage supérieur de la
RENAISSANCE (architecture).
cour, ajouté par Michel-Ange, de même que la porte Pie, du même artiste, sont loin de mériter des éloges; leur style s'écarte de
rjg. 3. — Lanterne du cbiteau de Chambord,
l'antiqut', mais il est fort bizarre. Du reste, peu avant la fin du xv° siècle, le cinque-cenio, dans certaines parties de l'Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre, avait déjà passé par de singulières transformations; il se trou-
vait mêlé au romano-byzantin et à l'ogival, car ce ne fut que graduellement qu'on arriva à créer un style original qui n'emprunta rien aux styles qui l'avaient précédé. Aiusi, dans beaucoup de monuments dits gothiques du xv" et même, mais plus rarement, du commencement du xvi" siècle, nous voyons des cartouches, des médaillons, des arabesques , des rinceaux de feuillages, en un mot, toute une ornementation, imités des monuments de l'ancienne Rome ; il n'est pas rare de voir aussi un arc ogival dans un plein cintre portant sur des pilastres ou des colonnes antiques : par exemple, à l'église de Saint-François à Rimini dont nous venons de parler, nous voyous à l'intérieur plusieurs rangs de pilastres antiques qui servent de supports à des arcades ogivales, décorées elles-mêmes de feuillages et de moulures antiques. A Ancône, un monument un peu antérieur à l'église de Rimini, le portique du palais du Gouvernement, nous montre également des arcades ogivales qui reposent sur des colonnes d'ordre composite. Au grand hôpital de Milan, les fenêtres de forme ogivale sont décorées de rinceaux et d'arabes-
^SO^BSi
Flg. 4. — Bénitier à régUse de Bercy, à Paris.
ques. Si de l'Italie nous passons en France, en Espagne, dans les Pays-Bas, en Angleterre et en Allemagne, nous trouvons les mêmes singularités, les mêmes anomalies, pourrionsnous dire. 11 n'y a rien de surprenant dans