PORT
ignée , composée d'une pâte feldspathique ; le porphyre est une sorte de granit, mais sans quartz ni mica, et d'une dureté beaucoup plus considérable. Le principal usage des porphyres communs consiste à en faire des pavés et des chaussées d'empierrement ; les porphyres de belle qualité sont susceptibles de recevoir un beau poli , on les classe alors dans les marbres durs. (Yoy. Marbre.) — Il existe de nombreuses variétés de porphyres, mais les trois variétés suivantes sont les plus répandues. Le porphyre vert a des taches irrégulières blanchâtres, grises ou verdâtres sur un fond presque noir. Dans l'antiquité, on nommait ce porphyre ophite ou serpentin; les Italiens lui donnent le nom de verdo antico ou de serpmtino antico orientale. Il existe de nombreux spécimens de cette roche, surtout en colonnes, à Saint-Marc de Venise, au dôme de Pise, et à Kome à la villa Borghèse, à Saint- Jean de Latran, au palais des Conservateurs, à la villa Médicis, etc. C'est surtout le porphyre vert qui est employé pour la fabrication des pavés ; ou le tire de Lessines et d'autres localités dont nous parlons un peu plus loin : à Ternuay, il y a un beau porphyre vert employé pour les édifices, surtout pour les monuments funéraires ; à la carrière ce porphyre n'est pas d'un prix bien élevé, mais son transport et la main-d'œuvre nécessitée par le sciage, la taille et le polissage, en limitent considérablement l'emploi. Le sciage coûte à Paris 70 francs le mètre carré, et le polissage 120 francs. IjQ porphyre Imai-rouffe, qu'on nomme aussi mélophyre, a sa pâte d'un brun rougeâtre sombre, et même noirâtre dans certaines variétés ; il est tacheté de rouge et de gris, lie, porphyre rouge antique est sans contredit le plus beau, mais sa taille est extrêmement pénible et difficile. Dans l'antiquité, il a été assez employé ; les Égyptiens même le travaillaient avec une perfection telle qu'on se demande quels moyens ils eniployaicn t . Cette roche est d'un rouge foncé, couleur pourpre , parsemé de petites taches brillantes irréguhèrement disposées ; quelques variétés sont en outre parsemées de taches noires brillantes. Une variété tachetée de jaune est appelée Brocatelle d'Egypte. (Yoy. ce mot et
Marbre.) — Les anciens tiraient leurs porphyres de l'Egypte, de la Numidie , de l'Ethiopie , des îles de l'Archipel et de diverses contrées de l'Italie. Aujourd'hui il existe des carrières exploitées de porphyres en Suède, en Norvège, en Saxe, en Transylvanie et en France. Les porphyres les plus estimés de ce dernier pays sont dans le département du Var, dans les montagnes dites de l'Esterel et de Pvget; le porphyre provenant de ces carrières ressemble beaucoup au porphp'e rouge antique. Dans une carrière du département de la Côte-d'Or, au lieu appelé Fixin, on exploite un porjihyre rouge semé de taches blanches d'un effet très-décoratif. Il existe aussi des gisements de porphyres dans les environs de Remiremont dans les Vosges. — Pour d'autres renseignements sur les porphyres, cf. Rondelet, Traité de l'art de bâtir, tome I, page 8 et suivantes.
PORT, s. m. — On nomme port ou havre un lieu où la mer, s'enfonçant dans les terres, présente aux navires un abri contre les vents et les tempêtes. Les ports sont naturels ou artificiels : dans les premiers, c'est la nature qui a fait tous les frais ; dans les seconds, c'est l'homme qui a créé ces abris, au moyen de môles et de jetées. On nomme :
Port de barre, celui qui est harrè par une ligne de roches naturelles ou par un banc de sable : on ne peut y entrer qu'à marée haute.
Port de toute marée, celui qui est assez profond pour recevoir à marée haute ou à marée basse des navires de tout tirant d'eau.
Port d'échouage, tout port situé dans une mer à marée, où la mer en se retirant laisse les navires à sec. Aujourd'hui les'grands ports d'échouage possèdent des bassins qu'on peut fermer au moyen d'écluses , ce qui permet aux navires de rester debout pendant la marée basse, car on n'ouvre les portes des bassins qu'à marée haute. Dans ce genre de port, on nomme avant-port la partie qui sert d'entrée aux bassins, et dans laquelle se font sentir les effets de la marée.
Ports militaires ou de guerre, les ports qui contiennent une partie de la flotte
PORTAIL
militaire, ainsi qne des arsenaux et des chantiers de constructions navales, des fonderies, etc.
Port marchand ou de commerce, celui qui contient des vaisseaux de commerce et de la marine marchande, et qui sert au chargement et nu déchargement des marchandises.
Historique. — Dans l'antiquité, les Grecs et les Romains paraissent avoir construit leurs
Tort d'Ostie.
ports à peu près sur le même plan; ce plan, du reste, ressemblait beaucoup à celui adopté pour nos ports modernes , du moins dans leur ensemble. Les ports anciens comprenaient un bassin extérieur (liy.r,v), notre avanl-port, avec un ou plusieurs bassins s'enfonçant dans les terres (o'puioi); ces bassins se rattachaient
à l'avant-port et à la mer par un chenal. Cette disposition est exactement semblable à celle que nos ingénieurs modernes appliquent : par exemple, le port de Dieppe possède deux bassins, ceux de Bérigny et de Duquesne, p>uis un avant-port, enfin un chenal. Comme de nos jours, l'entrée des ports était protégée par un brise-lames placé en tête de la jetée , qui avait un phare et qui souvent était fortifié au moyen de tours. A Eleusis, il existe des débris de port qui confirment tout ce qui précède, et de plus nous donnons ici, d'après Rich {Dict. des aniiq.), le plan du port d'Ostie, à l'embouchure du Tibre. Ce plan a été dressé d'après un examen attentif des lieux fait par l'architecte vénitien Labacco, au xvi" siècle, alors que, dit Rich ( op. cit., p. 503),
Les ruines n'étaient pas aussi défigurées, et que l'emplacement même du port n'était pas aussi complètement comblé qu'il l'est aujourd'hui... Des deux ports, le plus grand et le plus voisin de la mer fut construit par l'empereur Claude , le bassin intérieur et plus petit par l'empereur Trajan. A, l'entrée du port du côté de la terre , flanquée de tours fortifiées; à côté, un temple circulaire ; B, aqueduc qui fournissait au port de l'eau douce ; C, le port de Trajan ; D, la maison du capitaine du port, d'où la vue s'étend également sur les deux ports ; D, deux ponts sur un canal qui communique à la fois avec le Tibre et avec la mer, par le bras de rivière qui occupe le haut du plan ; E, large place carrée entourée de magasins, servant probablement de forum ou de marché; H, petit bassin entouré également de magasins ; H, briselames devant l'entrée du port intérieur, avec digue qui protégeait l'entrée du port de Claude.
PORTAIL, s. m. — Frontispice d'architecture, élévation saillante servant de fiiçade ou d'entrée principale à un grand édifice; mais on applique surtout ce terme à l'entrée monumentale d'une église. — Presque toutes les grandes églises de style ogival possèdent trois portails sur leur façade principale et un il l'extrémité de chaque croisillon du transsept. Ces portails sont souvent, par leur énorme voussure, placés en retraite sur la façade; mais, quelle que soit leur profondeur, ils ne constituent point le Porche. (Voy. ce mot.)
Eru. liO'C. "el. .^..
Planche LXXTI. — Tortûil des Libraires {catliédrale de Eoucn).
PORTAIL
Les portails, à eux seuls , constituent une des plus riches et des plus splendides dccorations des églises ogivales ; ils sont parfois décorés avec une richesse inouïe ; leur voussure et leurs tableaux, disposés sur un plan biais, sont couverts de statuettes et de statues portées sur des culs-de-lampe et couronnées de dais qui produisent un effet splendide, surtout quand une lumière franche et vive les éclaire brillamment. La baie d'entrée est souvent divisée en deux par un pilier auquel est adossée une statue. Ce pilier supporte un immense linteau qui soutient à son tour un vaste tympan décoré de bas-reliefs souvent disposés par zones. Souvent aussi les voussures et les tympans sont surmontés de gables paniculés; quelquefois les paniculés eux-mêmes sont iissez robustes pour supporter à leur tour une grande statue. Tout cet ensemble décoratif s'applique admirablement, et sans prétention pour ainsi dire, sur des arcatures, sur de grandes roses placées au-dessus de galeries ajourées qui fournissent un motif d'une décoration merveilleuse qu'aucune autre architecture n'a jamais surpassée, sinon atteinte. Quand on considère avec attention un portail de style ogival de la belle époque, on ne peut pas nier la finesse , le goût et le haut savoir des créateurs de ce style ; quelle que soit l'opinion, la foi architecturale qu'on professe, on est bien obligé de reconnaître que ce furent des artistes et de grands artistes ceuxlà qui surent créer ces merveilles. Nous sommes bien convaincu que le lecteur sera de notre avis après avoir jeté les yeux sur notre planche LXXVI, qui représente le beau portail des Libraires de la cathédrale de Rouen. Comme toutes les parties de cette architecture sont bien pondérées ! comme cette poi'te et la voussure qui la surmonte sont élégantes ! quelle finesse dans ce gable ajouré avec ces roses de toutes formes et de toutes dimensions ! comme la grande rose qui couronne ce merveilleux ensemble est finement dessinée ! C'est surtout quand on considère le portail de nos églises ogivales du xii'' et du xiii" siècle , de l'école de l'Ile-deFrance, qu'on voit clairement que le style ogival a bien pris naissance en France et n'a jamais pu sortir d'un cer-
veau allemand. — Yoy. Ogival (S/;/le), § IV. Après cette digression indispensable, revenons à l'historique du portail. C'est vers la fin du xi° siècle et au commencement du Xii" siècle qu'apparurent les archivoltes multiples portées sur des pieds-droits dont la succession forme en plan une ligne biaise. C'est alors que ces profondes voussures se couvrent d'ornements et que chaque arc ou archivolte
est reçu sur i;ne colonnette. Notre vignette montre ini portai! roman fort simple, mais qui a de bonnes proportions. Quelques portails romans ont leurs archivoltes composées de pierres cunéiformes, et d'autres de pierres régulières s'emboîtant avec précision les unes dans les autres, ce qui donne en coupe nue sorte de dessin. Ces mêmes pierres sont, en outre, couvertes de dessins géométriques gravés en creux ou sculptés en relief : ce type se retrouve surtout dans les églises de l'école auvergnate et dans quelques-unes du Lyonnais et de la haute Bourgogne. Dans ces mêmes édifices de ces diverses écoles, une différence de couleur dans l'alternance des
PORTAIL
pierres ajoute à la décoration. (Vov. Exgrj;- NURE.) C'est surtout dans les tympans de ces églises qu'on peut le mieux étudier la statuaire et la sculpture de l'époque romane. (Voy. Tympan.) — Dans le style ogival, quand l'édifice est d'une grande simplicité, le portail ne comporte que des archivoltes profilées en gros tores ; dans les édifices plus riches on trouve des colonnes disposées sur deux rangs, les plus grandes posées en Claire- voie (Voy. ce mot et Pied-droit) sur les plus petites. Cette disposition du style ogival primaire se rencontre fréquemment dans le nord-ouest de la France et en Angleterre , oii elle a subsisté jusqu'au milieu du xiv'' siècle. — Dans les riches portails des grandes églises, on voit des figures entées sur les colonnettes des piedsdroits, lesquelles figures, réparties dans l'épaisseur des voussures, forment une décoration riche, animée, colorée surtout, c^uand une lumière brillante frappe vivement les façades et détache les statues en pleine lumière sur des fonds d'ombre vigoureux. Ce que nous venons de dire des grands portails s'applique également aux portails des transsepts ainsi qu'à ceux qui flanquent les façades principales à droite et à gauche du grand portail central. — Les portails du xiv* siècle diffèrent peu de ceux du xiii^ siècle ; dans les églises importantes, ils sont ornés de colonnettes et décorés de figures et de figurines, mais on y retrouve aussi assez fréquemment des arcatures, des dais et des niches d'une plus grande richesse que dans les édifices du siècle précédent. Le fronton aigu qui surmonte les portes, qu'on rencontre assez souvent à la fin du xiii" siècle, mais constamment au xiv% est plus élancé, plus riche et plus ajouré, suivant le type des plus riches Réseaux de l'époque. (Voy. ce mot.) — Au commencement du xv'^ siècle, les portails sont assez analogues à ceux du siècle précédent, mais vers le milieu du xv' siècle ils se composent de moulures prismatiques interceptant de grandes gorges et occupant sans interruption les pieds-droits de l'archivolte ; de chaque côté, ils sont décorés de niches surmontées de dais pyramidaux ainsi que de paimeaux ou réseaux aveugles. Quand les portails ont de grandes gorges ou moulures
creuses, elles sont chargées de figures de petite dimension, généralement accroupies, au milieu desquelles serpentent souvent de riches feuillages; ces derniers, auxquels se mêlent parfois des animaux fantastiques, décorent à eux seuls les gorges des portails et des corniches du xv° siècle.
La renaissance, en ramenant un style inspiré de l'antique, décora les portails d'ordres superposés et les chargea encore d'ornements de toute sorte, surtout de rinceaux de feuillages et de guirlandes de fleurs et de fruits.
Le dix-septième siècle érigea dans toute l'Europe, surtout dans l'EuroiJC méridionale, en France, en Belgique, en Italie, en Espagne, un très-grand nombre d'églises; c'est alors que l'usage devint général d'employer des ilcvaiitures ou portails à plusieurs ordres superposés, afin de masquer autant que possible le comble des toitures de la grande nef, qui était trèssurhaussée, tandis que les collatéraux étaient fort bas. C'est au xvi" siècle que commença à disparaître des édifices le principe qui jusqu'ici avait donné pour base à toute décoration l'élément même de la construction; l'accessoire devint alors le i^rincipal, et le portail fut souvent un simple placage décoré de compartiments et d'encadrements i^ropres à recevoir des décorations plus ou moins capricieuses. Ce type de portail en placage, ou fi-ontispice, prit naissance en Italie, où l'un de ses promoteurs avait été Borromini; d'Itahe il se répandit dans les autres pays d'Europe. En France, ce genre reçut des innovations importantes qui le rendirent moins étrange qu'en Italie. On peut même citer comme un portail remarquable celui de l'église Saint-Gervais à Paris, construit par Jacques Debrosse. — A partir du xviii" siècle, les architectes reprennent les traditions de l'architecture antique pour les façades d'église; aussi nous n'avons plus de portails dans la stricte acception du mot, ce sont des péristyles, des portiques avec ou sans loggia, comme on peut le voir k l'église de la Sorbonne, du Val-de-Grâce, des Invalides, à Saint-Sulpice, et dans d'autres édifices. Ce dernier type s'est perpétué à peu près sans changement jusipi'à nous, par exemple, au Panthéon, à la Madeleine, à Saint-Vincent de
PORTE
Paul, et dans d'antres églises; cependant quelques architectes modernes ont créé de
véritables portails dans diverses églises construites en France et à l'étranger pendant le xiv° siècle.
PORTE, s. f. — Ce terme sert à désigner à la fois l'ouverture ou baie pratiquée dans un
Fig. 1. — Portf lit' £:icc d'un rdilîcc à Pomiuji (Jniiiiii).
mur, ouverture qui sert à donner passage, ainsi qu'à l'ouvrage mobile, nommé vantail, qui sert à clore cette baie, quelle que soit la
Fig. 3. — Torte eu arc cncorbellé (mines de Mîssolongbî).
matière employée pour construire ces vantaux. — Les anciens avaient plusieurs termes pour désigner ce que nous nommons du seul mot de porte. Ils donnaient le nom de 2>orta à la porte de ville, de /(iniia à la porte extérieure d'un
édifice (fig, 1); la porte intérieure se nommait ostmm; le terme de valvœ s'appliquait à la
porte ou aux volets se repliant sur eux-mêmes, celui du fores aux battants de porte, celui de scapi à ses montants, celui à' impagines aux traverses, et celui de tijmjmna aux panneaux encadrés par les scajn et les impagines; les pieds-droits ou jambages se nommaient ^os/cs; le linteau, liinen superian, supercilimn, juffumenlian; enfin le seuil, ïimcn.
ng 3 — Porte à ''igmi
Le premier genre de porte dont nous nous occuperons tout d'abord se compose de jambages ou pieds-droits, d'une partie courbe
Fig. 4. — Porte \ Samicnm.
(cintre, arc de cercle, ogive, etc.), ou d'une partie droite (linteau ou plate- bande), lesquelles parties courbes ou droites, formant la partie supérieure de la porte, sont supportées par les jambages ou pieds-droits. Ceux-ci por-
PORTE
tent un tableau, ou ébrasemeTit,et une feuillure destinée à recevoir et arrêter le vantail ou les vantaux de la porte mobile, suivant que celleci en possède un ou plusieurs ; enfin, d'un seuil, ou marche, placé à la partie inférieure du sol.
La forme des portes a été de tout temps
rig. 5. — Porte à Céfalu.
extrêmement variable, chaque peuple et chaque époque ayant créé des types très-divers, suivant le goût, la fantaisie et le génie propres à chaque nation, enfin suivant les divers ser- Tices qu'on désirait obtenir de ce genre de construction. — Pour apporter un certain ordre dans la longue énumération des diverses
sortes de portes que nous allons faire, il nous paraît indispensable d'établir les divisions et subdivisions suivantes :