‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent (volume 4)Chapitre 16 sur 239 · DICT. D*ARCH1TSCT0RE. — T. IV · texte numérisé non relu

DICT. D*ARCH1TSCT0RE. — T. IV

anciens monuments du Portugal étaient les monuments celtiques; nous devons cependant mentionner deux statues découvertes vers la fin du siècle dernier dans la province de Traôs'Montes, près de la petite ville de Montealègre. Ces deux statues seraient, d'après certains archéologues portugais, les vestiges les plus anciens de l'art primitif en Portugal; elles auraient été sculptées par les premiers colons qui peuplèrent l'antique Lusitanie, c'est-àdire par les descendants de Lusus, compagnon de Bacchus; mais rien n'est moins prouvé que cette supposition.

Après les monuments celtiques, les plus anciens monuments du Portugal sont ceux que les Bomains ont érigés dans ce pays.

A Lisbonne (Oîisijppo, Félicitas Julia), on voit des restes d'un amphithéâtre ; à Cintra {Gkreiina), des bains romains sont encore de nos jours appelés par les habitants la dteme des Maures, la fontaine des Maures. Cette construction, conmie le temple d'Ëvora, date certainement de la belle époque romaine. Ce temple était dédié, dit-on, à Diane, ce qui ne prouve absolument rien, car chaque fois qu'un archéologue est embarrassé pour désigner l'attribution d'un temple, il le dédie à Diane. A Evora (Ebara), il y avait aussi un aqueduc romain ; mais il a été reconstruit en grande partie sinon totalement sous le règne de Jean III (1521-1557), qui établit dans le Portugal l'inquisition en 1536, et y fit venir les jésuites en 1540, qu'il combla de riches dotations et auxquels il donna une très-grande influence. Dans la même viUe d'Evora, il existe aussi une tour carrée dite de Sertorius; à Coïmbra {Gonimhriga), ainsi qu'à Porto ou Oporto {For tus Galle) et à Castello-Branco {Castrum Album), il existe des restes bien ruinés de fortifications; à Braga {Bracara Augusta), il y a de nombreuses ruines romaines parmi lesquelles nous mentionnerons plus particulièrement celles d'un amphithéâtre, d'un aqueduc et d'un édifice qui passe pour un ancien temple ; enfin, à Ponte da Lima, on voit encore sur leurs anciennes bases des colonnes itinériques ou Milliaiees. (Voy. ce mot.) Tels sont les principaux restes des monuments romains dans ce pays. Les édifices de

PORTUGAISE (abchitecture).

la troisième période comprennent ceux dits gothiqtces et mauresques, et ici , par ce terme de gothique, nous entendons bien désigner les monuments élevés par les Goths en Portugal. (Cf. Ogivale {Architecture), § Fausse dénomination de ce style.) Les monuments de style gothique sont fort rares en Portugal, parce qu'ils ont été détruits par les Arabes, les Maures ou Sarrasins ; quant aux édifices que ceux-ci ont épargnés, ils les ont transformés p©ur leurs usages. — La cathédrale de Coïmbre remonte bien à Tépoque des Goths; les murailles extérieures de cet édifice, qui rappellent par leur aspect celles d'une forteresse, attestent d'une façon indiscutable cette origine gothique ; le caractère priiftitif du monument a été entièrement respecté, parce que les Maures l'avaient converti en mosquée. — Sont encore considérés avec juste raison conune monuments gothiques, à Porto, l'église San- Martinho {la Cedofeita, la bientôt faite), qui a été fondée en 556, c'est-à-dire vers la fin de la période gothique.

Parmi les monuments d'architecture que nous nommerons de transition, c'est-à-dire produits par la collaboration des Goths, des Maures ou Sarrasins, nous mentionnerons:

le château de Freira, une sorte d'alcazar mauresque ; le château de Pomlal, avec sa chapelle dite des Templiers, dont les chapiteaux romans ainsi que les voûtes de même style accusent une assez haute antiquité et caractérisent l'époque gothique, tandis que des arcs en fer à cheval témoignent des transformations que les Maures ont fait subir à cette petite église; le château d^Alcohaça; celui de Gham, à trente-huit kilomètres environ de Porto, dont certains détails architectoniques accusent parfaitement l'origine romane. Oe château de Gham, dénommé aussi Monte de muro, a souvent été considéré, à cause de cette double dénomination, comme deux édifices distincts par quelques archéologues.

Enfin, nous arrivons aux monuments de delà période moderne, lesquels monuments présentent, au point de vue de l'histoire de l'art architectural, un intérêt beaucoup plus considérable que les monuments des périodes

antérieures. Les édifices de cette période appartiennent au style ogival et au style de la renaissance; ce sont sans contredit les plus beaux que possède le Portugal. Cette troisième période commence avec l'avènement ducomte Henri, descendant des ducs de Bourgogne. C'est sous ce prince que furent fondées les cathédrales deViseu, de Porto, de Braga, et le palais de Guimavaës, dont il subsiste encore aujourd'hui des vestiges. Le fils de Henri, Alphonse I", fonda au xii® siècle (1148) l'abbaye d'Alcobaça, située à soixante kilomètres de Lisbonne. Elle eut pour premier abbé B^nulphe, un disciple de saint Bernard. Le roi avait demandé à ce saint un mestre das ohras (un architecte), un imagier (sculpteur), un charpentier, un tailleur de pierre et un maçon. Pendant longtemps le monastère avait conservé dans son réfectoire une faïence peinte qui montrait l'arrivée de ces cinq artistes, costumés en moines de l'ordre de Saint-Bernard. Cette abbaye était habitée par trois cents moines environ; son église, remarquable, était du style ogival du xiii° siècle ; l'abside était formée au moyen de huit chapelles qui renfermaient des tom* beaux, entre autres ceux de Sanchez I^**, d'Alphonse II et d'Alphonse III, de don Pedro et d'Inès de Castro.

C'est également Alphonse qui fonda le couvent de Santa-Cruz de Coïmbre, et c'est là qu'il fut enterré. Don Diniz I"^ fonda aussi de nombreux édifices, entre autres l'église et le monastère de Sainte-Marie d'Odivellas, dont l'architecte fiit Alphonse Martins.

Jean I**", en commémoration de sa victoire à Aljuharota, fonda le superbe couvent de Bathala, qui est sans contredit le plus beau monument de cette période; il présente une harmonie parfaite dans ses proportions j son ornementation est des plus délicates et d'un goût fin et recherché, enfin l'exécution du travail est d'une perfection rare*

Les autres monuments du Portugal érigés ou restaurés en grande partie sous le règne du roi Emmanuel sont (1) ; le monastère de

(1) Bamiens de Goes a donné, dans sa Chrwique du roi Dan Âfanoelf la liste complète de tous les monuments

PORTUGAISE (architbctuee).

Belem, celai de Notre-Dame da Pena^ celui de MatOy celai das Berlengas^ la maison de la confrérie de la Miséricorde , le couvent de Tordre du Christ à Thomar ; les monastères de Notre-Dame da Serra, de Sainte-Claire à Estremos, celui de Saint-Prançois, de TObseryance, de Saint-Antoine, du Bois-de-Sapins {Penhêiro); les monastères de l'Annonciation de Saint-Benoît à Porto , de Sainte- Claire » de Saint-Antoine àSerpa, la cathédrale d^Ebras, les églises de Sovrenisa, de Saint- Antoine à Lisbonne, et celle de Saint-Guiam dans la même ville ; les hôpitaux de Coïmbre, Monte-Moro Vélho (le vieux) de Beja, le monastère de Monte-Moro Novo^ le château d' Alfayetes, la tour et le fort de Saint-Yincent dite lourde Beîem, etc., enfin des monuments en dehors du Portugal dans les colonies et les possessions portugaises. Un des monuments les plus remarquables du commencement du XVI* siècle est l'égUse de Belem, dont nous avons vu une représentation à Texposition universelle de 1878, section portugaise. Notre confrère et collègue de la société des architectes J. da Silva, architecte portugais, a donné une remarquable étude sur ce monument (1). Les trois monuments les plus importants de [ l'époque moderne sont : le palais royal de Cintra, et le palais et l'église de Mafra. Le palais de Mafra, situé à vingt-six kilomètres de Lisbonne , est l'œuvre d'un Portugais, Jean-Frédéric Ludovic ; on y employa pendant plus de douze ans, de 1711 à 1723, de vingt à vingt-cinq mille ouvriers. Du reste, voici des renseignements précieux fournis par l'architecte chargé de l'entretien et delà restauration du monument (2). Après avoir dit que le roi Jean V fit construire, pour accomplir un vœu, le somptueux couvent et palais de Mafra, le chevalier da Silva ajoute :

élevés, restaurés on reconstruits par ce prince ; cette nomenclature ne comporte pas moins de quatre- vingts édifices, tant pour le Portugal que pour les possessions portugaises.

(1) Coi^érencea iniertuUionaleSf Paris, 1867, 1 vol. in-8^, pag^ 166 et suivantes.

(2) Conjérences intemoHonaîetj Paris, 1867 page 170 et Buiv. (Voir la Bibliographie & la fin de cet article.)

L^œuvre de Ludovic exerça aussi son influenco sur rarchitecture dans notre pays dans le courant du xwui^ siècle. L'architecture de la renaissance eut, comme toutes les créations humaines, son époque de prospérité et de décadence. Parmi ceux qui s'élevèrent au zénith de leur gloire à cette époque, on cite Bramante, Peruzzî, Sangallo, Michel- Ange, Vignole et Palladio. La mort de Michel- Ange et Tachèvement de la coupole de Saînt- Pierre à Rome sont les bornes qui marquent sa décadence, dont la responsabilité est attribuée à trois architectes italiens très-distingués : Bemini, Borromini et Pozzo, surtout aux premiers, à cause des fantaisies qu'ils eurent et des libertés qu'ils prirent.

Ce furent sans contredit les œuvres de ces artistes qui servirent d'étude à l'architecte portugais qui construisit l'édifice de Mafra; mais, tout en se faisant partisan de leur style, il modifia l'excès de leurs libertés... C'est donc de ce style modifié que sortit le palais de Mafra, et les critiques devront convenir que, malgré sa signification morale, le titre de grand architecte est justement dû à son auteur, abstraction faite d'ailleurs du pays où ce monument fut élevé. Et parvenant ainsi à tracer un palais modelé pour ainsi dire sur les mœurs, les croyances et les aspirations du souverain et de la nation, il créa ^un type d'architecture nationale, non pas beau, mais régulier, noble et majestueux, type qui sert de chronique et de portrait de tout le long règne du roi D. Jean V. — Dans la grandeur et la majesté du temple se trouve consigné l'esprit religieux de l'époque, religieux principalement dans les formes extérieures ; c'est pourquoi il y prodigua tout le luxe des ornements. Dans les proportions colossales de tout l'édifice et dans la projection hardie de sa superbe coupole, il symbolisa l'élévation de la pensée gouvernative en plusieurs matières du bien public, élévation qui se manifesta non pas dans cette institution d'une vanité fastueuse, mais bien plutôt par l'impulsion puissante qu'il donna à toutes les améliorations matérielles, et quelques-unes morales, du pays. *

L'entrée de cette église est un portique d'ordre ionique à fronton; ce portail est flanqué de deux tours hautes de 68 mètres ; le dôme qui s'élève au milieu de l'église est une imitation, assez pauvre du reste, de Saint-Pierre à Some. Quant à la décoration intérieure de l'église, elle est d'un luxe inouï, c'est celle du style Jésuitique (Voy. ce mot) ;

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