BETON
tassent plus régulièrement , et facilitent l'ag-rég-ation bien mieux que les cailloux, dont la surface est lisse et sphéroïdale.
Lorsqu'on se sert de cailloux, on doit avoir soin que leur grosseur ne soit pas uniforme : ou doit même y mêler du gravier, afin qu'il puisse s'interposer dans les vides ou interstices existant entre les cailloux. La quantité de mortier à employer pour la fabrication du béton dépend du volume de ces vides.
Plus les cailloux sont gros, plus considérables sont les vides et par conséquent la proportion de mortier. Il y a un moyen pratique de se rendre compte de l'importance des ^ides laissés par les matériaux durs; le voici : on remplit de cailloux une capacité parfaitement étanche dans laquelle on verse de l'eau jusqu'à ce que le liquide affleure la superficie des cailloux. La quantité d'eau versée représente exactement le vide existant entre les cailloux.
L'expérience a démontré que les cailloux de di\-erses grosseurs , provenant du coulage du sable , laissaient par mètre cube un xiào moyen de O^jSS, et les pierres dures concassées en morceaux de 0"', 04, un ^ide variant entre (P, 48 à 0™, 50. Quand on veut obtenir un béton sans aucun ^ide, particulièrement lorsque le béton doit présenter de grandes conditions d'imperméabilité, il faut augmenter la proportion du mortier d'un quart au moins en sus des vides constatés, attendu que le mortier peut ne pas être également réparti. En outre, des graviers s'interposant entre les surfaces de contact des cailloux augmentent encore sensiblement le ^■olume des Aides. Si le sable employé à la confection du mortier est lui-même un peu gros, on dcATa porter à un tiers l'augmentation présumée des vides :
Le tableau suivant , établi par MM. Claudel et Laroque (1), indique la composition des .meilleurs l)étons employés dans toutes sortes de travaux hydrauliques :
Le volume des vides des pien-es cassées ou des cailloux de grosseur uniforme étant plus considérable que pour les mêmes matériaux de diffé-
rentes grosseurs et mélangés, poxu- obtenir avec ces premiers des bétons jouissant des propriétés de ceux du tableau suivant, on devra augmenter les volumes de mortier de ce tableau de la différence des vides. Ainsi , pour obtenir un mètre cube de béton n° 2 avec des matériaux de grosseur uniforme, le vide du mètre cube de pierre étant de 0™,46 ou 0'",38, selon que la grosseur est uniforme ou non, ce qui donne une différence de vide de 0">,08, on devra employer 0'",78 de pierre et 0"\52 + 0"',08 X 0",78 = 0",583 de mortier.
vit
Bétons.
Usages.
Pour radiers, réservoirs, etc., sou-
Béton g'i'as
0,77\ mis à uuc pi-essiou d'eau con- [ sidérable.
i Pour les ouvrages de mavouuerie
— ordinaire
0,78J des eaux et égouts do la ville \ de Paris.^ [ Pom* les travaux de navigation
0,84/ daus Paris, fondations de piles 1 de pont, de murs de quai, etc.
— un peii niiiigre . , .
^Pour fondations d'édifices sur { terrains humides et mouvants.
— maigre
l,0OiMassif , fondations., etc., sur tcr-
— trùs maigre
1,00/ rains secs et mouvants.
( Pour blocs artificiels faits avec
— ordinaire
n,.-io
mortier de chaux du Theil , ports de Marseille , de Toulon et d'Alger.
— moyennement gras.
osi;
Jeté daus les enceintes asséchées.
— très gras
Immergé frais à la mer.
(1^ Pratique de l'art Je construire.
Par la nature de sa destination, le béton doit toujours être fait avec de la chaux hydraulique.
On lui donne plus ou moins d'énergfe et on active la rapidité de sa prise en l'additionnant d'une certaine quantité de ciment. On peut même aA'cc une forte proportion de ciment, mais d'excellente qualité, obtenir sous l'eau une très prompte solidification, comparativement à celle que produirait le mortier hydraulique ordinaire, même de bonne qualité. Il est nécessaire d'ajouter que si le ciment est de mauvaise qualité ou sophistiqué, s'il contient, par exemple, de la chaux vive, ou s'il est de trop récente fabrication, le béton ol)teuu se solidifiera très promptement, mais finira, au bout d'un certain laps de temps, par se ramollir et se désagi'éger. On A^oit donc le grave inconvénient qui peut résulter de ces Ijétons à prise rapide.
Fabrication du bétox. — Quand les pro-
BETOXXAGE.
portions de cailloux ou de pierres cassées et de mortier qui doivent entrer dans la composition d'un béton sont bien fixées , on procède au dosage de ces matières, puis à leur mélange. — Le dosage se fait, comme pour le mortier, dans des brouettes à coffre. Leur capacité varie de 0"',050 à O^jOSO ; mais comme le dosage se fait par le nombre de brouettées de chaque matière, peu importe qu'elles soient plus grandes ou plus petites, pourvu qu'elles soient de même capacité entre elles. Ainsi, supposons qu'on veuille faire un béton composé de 0™, 58 de mortier et de 3/5 de cailloux, on remplira huit brouettes, trois de mortier et cinq de cailloux. Les brouettes qui servent pour le mesurage des cailloux, au lieu d'avoir un fond de bois, ont un gril formé par des tringlettes de fer, pour faciliter l'écoulement de l'eau que l'on jette sur le caillou non seulement pour l'humecter, mais surtout pour le laver. Anciennement on employait des brouettes à fond de bois, percé comme les planches à bouteilles ; on a reconnu qu'elles étaient d'un mauvais emploi, parce que les cailloux obstruaient les trous et empêchaient le prompt écoulement de l'eau.
Dans les petits chantiers, ou dans un but de fraude dans les grands, il arrive que le mélange des matières se fait à la pelletée, sans avoir passé par les brouettes et par conséquent sans dosage. Ce mode d'opérer doit être sévèrement interdit, parce qu'on ne peut se rendre compte d'aucune proportion, et que l'entrepreneur, pour augmenter son bénéfice, fabrique du béton trop maigre.
Le dosage fait, on procède au mélange ; il se fait à bras pour les petites quantités, ou à l'aide de machines pour les grandes.
Dans le premier cas, on dépose les matières sur une plate-forme en madriers semblable à celle qui sert à fabriquer les mortiers. On les dispose de telle sorte que le caillou et le mortier soient placés par couches minces et alternées, en ayant soin de commencer par une couche de cailloux , parce que le mortier tend toujours à descendre ; aussi le mélange deviendrait-il plus difficile si l'on étalait d'abord une couche de mortier. Le tout étant ainsi disposé, on corroie la masse au moyen de griffes en fer à dents (voy. Griffes), et pendant que
plusieurs (ouvriers font ce travail , un ou deux autres , armés de pelles , retroussent et relèvent le tas au fur et à mesure. On opère ainsi jusqu'à ce que le mélange paraisse bien intime. Pour les grandes quantités, on emploie des machines; ce sont des couloirs, des cylindres horizontaux ou verticaux, et des espèces de malaxeuses ; nous en parlerons au mot suivant,
(Voy. BÉT0NNA6E.)
Emploi. — Le béton sert principalement à former l'assiette des maçonneries de fondations ou bien des aires solides ; mais on peut l'employer seul pour tous les ouvrages qui se font en maçonnerie ordinaire. Ainsi on fait en béton des murs , des voûtes , des bassins et réservoirs, des aqueducs et des canaux, et même des édifices. On fait encore avec le béton le remplissage des murs en maçonnerie ; avec le béton on fait aussi des pierres factices pour construction , des blocs prismatiques de très grande dimension , des statues , des arches de pont, etc. ; mais il faut encore être très prudent dans l'emploi de tous ces bétons dits agglomérés ; car souvent leur emploi pour des constructions entières cause de graves préjudices à ceux qui les ont érigées. Il ne faut pas perdre de vue que le béton est surtout .bon lorsqu'il a été fortement pilonné. Disons cependant, en terminant cet article, qu'un ou^^.■ier intelligent, M. Ducourneau, a remis en lumière, sinon inventé, un hèton plastique, composé de silex concassé , dans lequel il a remplacé le sable employé à cette fabrication par de la poudre de silex. Le béton plastique Ducourneau est excellent pour tous les usages, et pour dallage il offre plus de durée que certaines roches.
BÉTONNAGE, s. m. — Pose du béton, exécution de constructions en béton. — Le béton fabriqué se transporte dans des brouettes, et lorsqu'il faut l'envoyer dans une fouille ou dans une excavation, on l'y jette, soit en versant la brouettée, soit en le lançant à la pelle directement, ou bien à l'aide d'une coulisse angulaire faite au moyen de deux platsbords ; ou bien on suspend , sur un plancher situé au-dessus de l'excavation, un cylindre en tôle dont notre figure 1 , au mot Béton-
REÏOXNAGE.
NIÈRE, montre le phiu, l;i coupe et rélévation. Pour faire le bétonnage des rigoles de fondations, ou y dépose le béton, en le réglant autant que possible par coucbes uniformes de 0'",15 à ()™,20 d'épaisseur. On pilonne chaque couche avec soin au fur et à mesure de la pose. Le pilonnage sert à tasser le béton et à détruire tous les vides qui peuvent exister dans la masse. C'est mie opération importante, qui domie une grande homogénéité au béton et par suite une grande stabilité aux constructions. Lorsque l'emplacement de la fondation n'est pas délimité par les parois d'une rigole taillées à pic ou du moins bien dressées, on forme un encaissement avec des planches ou des plats-bords qu'on laisse en place jusqu'à ce que le béton ait fait prise. Toutes les fois qu'on se trouvera dans l'obligation d'inter-
Fig. 1. — Bétonnage.
rompre la pose du béton, on aura soin de le terminer par des redans inclinés comme le montre notre figure 1. En opérant ainsi, les couches posées ultérieurement se raccordent mieiLx. Cependant cette précaution ne suffit pas encore , et lorsqu'on A'oudra continuer une couche inteiTompue depuis un temps plus ou moins long, il faudi'a la nettoyer avec soin avec un balai de bruyère très dur, puis on l'humectera avec un arrosoir à poimne avant d'appliquer une nouvelle couche. Le béton ne pouvant se maintenir dans le vide tant que sa prise n'est pas faite, on est obligé d'employer un encaissement jjour construire en Ixiton des murs qn élévation. Ces encaissements sont en bois , semblables à ceux dont on se sert pour les constructions en pisé. Pour obtenir dans les bétonnages en éIé\ation un beau parement, on appli(jue contre les parois de l'encaissement un l)éton plus gras et fait avec
des cailloux plus finement concassés. Lorsqu'il s'agit d'établir sous l'eau des fondations en béton, on se sert de caisses qu'on emplit de ce mélange et qu'on descend dans l'eau avec précaution au moyen d'un treuil. Ces caisses sont en bois ou en tôle, et disposées de telle sorte qu'une fois au fond, elles laissent échapper leur contenu par une trémie qu'on ou^Te d'en haut, ou l)ien elles peuvent se renverser par un mouvement de bascule qu'on leur imprime. Ce dernier mode, quoique moins expéditif, est préférable, parce que le béton se trou'S'C ainsi moins délavé. Il existe aussi des caisses demi-cylindriques qui se composent de deux parties pouvant tourner autour de l'axe horizontal du demicylindre. Ces deux quarts de cylindre sont réunis par un crochet qu'on peut ouM'ir à l'aide d'une corde ; on exécute cette manœuvre quand la caisse touche le fond. On se sert aussi du couloir, dont l'orifice inférieur
Fig. 2. — Coulage du béton en talus.
atteint le niveau de la fondation à étal)lir, et qu'on déplace au fur et à mesure que le travail avance. On ne pilonne pas les bétonnages sous l'eau ; on se contente de les comprimer légèrement au rouleau. — Lorsque, dans les fondations des travaux hydrauliques, on peut assécher la place sur laquelle on doit couler le béton, la pose de celui-ci se fait comme dans les terrains secs, dans un encaissement en planches ou en pierres posées à sec. Si on ne peut obtenir un entier assèchement, mais si un épuisement incomplet permet de faire descendre le niveau de l'eau un peu au-dessous de la surface supérieure du bétonnage, ou emploie, au lieu des divers engins dont nous avons parlé, un jirocédé beaucoup plus expéditif et qui donne de bons résultats : c'est le coulage cm talus , qui se fait au moyen d'un couloir ou de tout autre procédé. On établit une première masse de béton, (jui atteint une
Bï]TOXNER. — BEUVEAU.
hauteur supérieure à celle du niveau de l'eau , puis on règle la surface de cette masse et on la dispose en plan incliné vers la direction que doit suivre le bétonnage (voy. fig. 2). De temps à autre, on facilite le glissement au moyen de la pelle. Il se forme à la surface de l'eau une laitance (chaux noyée) qui n'est pas susceptible de durcir; il faut la chasser, au fur et à mesure de sa formation, à l'aide de pompes et de dragues à la main, car cette substance finit par se dissoudre et se précipiter sur le béton, où elle forme des solutions de continuité. Le coulage en talus s'emploie fréquemment pour les massifs des radiers et les fondations de piles de pont, quand la profondeur de l'eau ne dépasse pas deux mètres,
BÉTONNER, v. a. — Mettre en place du béton, exécuter un Bétonnage (voy. ce mot).
BÉTONNIÈRE, s./. — Machine servant à préparer le béton. La plus simple et la plus employée sur les chantiers de maçonnerie est représentée en plan, coupe et élévation, par no-
Fig. 1. — Bétonnière.
tre figure 1. C'est un cylindre en tôle traversé par des croisillons en fer qui sont placés à différentes hauteurs et se coupent à angle droit. Les matériaux servant à la fabrication du béton sont jetés dans ce cylindre, et les nombreux croisillons en fer mélangent parfaitement les matériaux avant leur arrivée dans le cône. Une palette, placée au bas de ce cône tron-
qué, permet d'ouvrir et de fermer à volonté.
Notre figure 2 représente en élévation et en
coupe le couloir à hèton de Krantz. C'est une
petite tour rectangulaire formée de madriers
Fig, 2. — Couloir à béton de Krantz.
jointifs : à l'intérieur, une série de plans inclinés en sens inverse servent à mélanger les mortiers et les cailloux qu'on jette à la partie supérieure, et, à la sortie par l'ouverture inférieure, le béton est parfaitement malaxé. L'inspection de nos croqiris fait suffisamment comprendre le travail (jui s'accomplit dans ce
Fig. 3. — Bétonnière horizontale.
couloir, sans que nous ayons besoin d'insister plus longtemps. — On fait aujourd'hui (fig. 3) des bétonnières horizontales qui sont mues par la vapeur ; elles sont employées pour les grands travaux : bassins de port, grands réservoirs pour dérivation des eaux, etc.
BEUVEAU ouBÉYEAU. — Yoy. Biveau.