‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachentChapitre 164 sur 325 · BETON · texte numérisé non relu

BETON

longueur ou en largeur à la rencontre do deux murs de face, ou d'un mur de face et de refend. Notre figure 1 montre cette disposition. Les pierres en besace sont décorées de demi-

rig. 1. — Pierres posées en besace.

sphères. En couverture, la garniture intérieure des chéneaux est souvent faite en besace. Les plombiers nomment ainsi une proéminence, une petite surélévation, qu'ils établissent à l'intérieur des longs chéneaux , pour diviser les eaux et les répartir à peu près également dans les

Flg. 2. — Besace d'uii chéneau ou gouttière (couverture).

tuyaux de descente ; notre croquis 2 montre en coupe cette disposition. Le sormnet de la besace A ne doit jamais atteindi'c le bord supérieur du chéneau , et cela pour deux motifs : premièrement , en cas d'engorgement d'un tuyau de descente B , l'eau atteignant le niveau a pouiTa s'écouler par le tuyau C ; ensuite, dans lés orages, suivant la direction du vent, la pluie peut fournir beaucoup plus d'eau sur une partie de la couvuituro ; dans ce cas, l'eau se nivelle dans le chéneau et s'échappe par les tuyaux de descente qui sont libres.

BESAIGUE. — Voy. BiSAïauE.

CICT. D'ARCniTECTURE. — T, I.

BESANTS , s. m. pi. — Disques plats sculptés employés dans la décoration architecturale. Cet ornement a ligure surtout dans l'architecture romane, oii il décore des archivoltes,

Arcliivolte décorée de besants.

des bandeaux, etc. ; il a été également employé au XII* siècle et plus tard encore : il remplace souvent les Billettes (voy. ce mot).

Besant. — Terme de blason ; c'est une pièce de métal ronde et pleine dont on charge l'écu. heplcife est le besant d'argent; on le nomme aussi quelquefois palet. Le besant d'or s'appelle talent; enfin le hesant-tourteau est mi-parti de métal et mi-parti de couleur. (Voy. Blason.)

BESANTB, adj.

besants.

Décoré ou chargé de

BÉTON, s. m. — Mélange, agrégat d'un mortier hydraulique soit avec des cailloux, des recoupes de meulière ou autres, soit même avec des briques ou tuileaux concassés. Il vaut mieux employer des matériaux durs et de très petit volume ; le béton ainsi obtenu est meilleur. On sait aujourd'hui que ce mélange n'est pas d'invention moderne et que dans l'antiquité, principalement chez les Romains, il a joué un rôle important dans l'art de bâtir.

A Paris, les Romains nous ont laissé un exemple remarquable d'une aire en béton. Elle existe au palais des Thermes (musée de Cluny) ; elle mesure 3",85 de large sur 5'",75 de long, et, malgré son peu d'épaisseur (C^jûi-A), elle est encore en parfait état.

La simplicité de la composition du béton et son extrême solidité auraient dû en perpétuer l'emploi ; cependant , à l'époque romane et ogivale, on ne s'est guère servi de béton, car on ne peut donner ce nom à un mortier employé pour les fondations. Cependant nous devons dire que, dans le midi de la France, à Carcassonne, le châ-

BETOX.

teau de cette ^■illc possède des linteaux de fenêtres d'une assez grande portée, qui paraissent être exécutés en béton coulé et probablement pilonné dans un encaissement. Du reste, voici ce que dit au sujet de ces linteaux Viollet-le- Duc {Dictionnaire de l'Architecture française du xi^ au XV 1° siècle) :

Dans les jirovinces méridionales , là où le mode de constniiie des Eomains s'était le mieux conservé, nous trouvons jusqu'au xii"^ siècle le béton employé pour les fondations, pour les aires de voûtes. Il faut croire que, dans ces contrées, on avait acquis même une expérience consommée dans la fabrication du béton, car nous vo3'ons au château de la cité de Carcassonne des fenêtres et des portes de lafinduxi<= siècle dont les linteaux, d'une grande portée, sont de béton coulé dans une forme.

Feuétre du château de la cité de Carcassonne ; A, liuteau eu béton coulé.

Nous donnons ici une de ces fenêtres (1) ; le linteau A est de béton d'ime extrême dureté, et nous n'avons pas vu un seul de ces linteaux brisé par la charge, qui cependant est considérable. Ce béton, coulé et pilonné dans un encaissement, est composé d'une chaux hydraulique mêlée avec le sable limoneux de l'Aude et de petits fragments de brique ; le caillou est cassé très menu et presque entièrement composé de grès vert. Ici l'intention bien évidente des constructeurs a été de réserver ces pierres factices pour les grandes portées ; il les estimaient donc plus résistantes que le grès du pays, qui cependant est très dur ; et ils ne se sont point trompés , car ces linteaux n'ont subi aucune

(1) Nous avons réduit de moitié le dessin de Viollet- Ic-Duc , le trouvant très intelligible à cette échelle.

altération (1). Lorsqu'au xiii"^ siècle les constructions ne se composèrent que de murs minces et de points d'appui grêles, le béton ne trouvait plus d'emploi qu'en fondation , et encore on ne saurait donner ce nom aux maçonneries bloquées alors en usage.

En effet, à partir du xi® siècle, le l)éton a été complètement délaissé. Ce n'est que par suite d'une étude plus sérieuse de la construction antique qu'au commencement de ce siècle quelques ingénieurs l'ont de nouveau introduit dans la pratique des constructions. Au début même, le béton a été présenté comme une innovation heureuse et non comme un ancien procédé remis en usage. Appliqué d'abord à l'exécution des travaux hydi'auliques , il s'emploie aujoiu'd'hui dans tous les genres de construction, et les avantages qu'il offi'e au constructeur sont aujourd'hui si évidents, si bien établis, qu'il est certain que son emploi ne sera jamais plus abandonné.

Tontes les pierrailles, pourvu qu'elles soient dures, telles que le grès, le granit, les mari ires, les terres cuites même , peuvent entrer dans la composition du béton. On peut ainsi utiliser beaucoup de débris parfois gênants sur un chantier. La proportion des matières à employer, leur nature, influent sur la qualité des bétons. On règle les proportions sur la destination de l'ouvrage, et selon qu'on désire obtenir un béton ^ras oiimaigre, ou suivant qu'on voudra un béton énergique et résistant, on emploiera divers matériaux ; nous le verrons plus loin.

La meulière, la pierre dure, des cailloux irréguliers et anguleux (on les obtient ainsi en les concassant), sont préférables aux cailloux j)r.o venant du coulage du sable, parce qu'ils ont des surfaces rugueuses auxquelles s'attache le mortier. Ensuite les matériaux concassés se

(1) La colonnette qui divise en deux cette feuétre est de marbre blanc des Pyrénées, ainsi que la base et le chapiteau ; les pieds-droits et le second linteau B sont de grès vert. Les constructeurs ont donc admis qu'im morceau de béton était moins fragile que les pierres naturelles, étant seulement soiitenu à ses extrémités et chargé sur lemUieu. Ce linteau n'a que C^.Sô d'épaisseur sur une longueur de l'",20 déportée et une largeur de 0"ij30 environ. Y.-L.-D.

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