‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachentChapitre 181 sur 325 · BORNE · texte numérisé non relu

BORNE

Notre fio-ure 1 montre eu plan deux borues sur lesquelles la ligne scparative est indiquée par A B. — Les bornes doivent être plantées dans un même alignement, et, pour les distinguer d'autres pierres que le hasard ou l'intention de nuire pouiTait avoir placées en deçà ou au delà d'ime limite, on assiste les bornes de témoins, c'est-à-dire que l'on placé sous leur pied une tuile fendue, du charbon, des culs de bouteille (fig. 2), ou tout autre objet inaltérable ou indestructible, propre à faire reconnaître, à témoigner que la pierre (pu se trouve placée dans ces conditions est bien une borne. Le procès- verbal dressé à la suite de cette plantation (voy. Bornage) fait mention de la nature, de la forme, de la quantité, de la position et place qu'occupent ces témoins. Ou appelle encore ceux-ci garants , et

Fig. 2. — Borne limitative placée sur un tuileau , et enfoncée en terre jusqu'en AB. — Cul de bouteille, charbon, tuileau.

anciennement ils portaient le nom de perdriaux, filleules, gardes. Lorsque le terrain est de fonne in-éguhère, il est très important de placer des bornes aux points d'intersection des lignes brisées , de manière à pouvoir parfaitement délimiter avec elles la démarcation des deux héritages. Quand cette ligne de démarcation est fort longue, serait -elle même en ligne droite , il sera utile de planter de distance en distance des bornes intermédiaires, et ne pas se contenter des deux situées sur les points, extrêmes de la séparation des héritages.

Déplacement ou enlèvement des bornes. — Celui qui peut avoir à se plaindre du déplacement ou de l'enlèvement des bornes a le droit d'iutenter deux actions, l'une civile, l'autre cor-

rectionnelle, au coupable de ce délit ; mais il n'y a délit qu'autant que le bornage a été fait, soit à l'amiable, soit judiciairement, entre les propriétaires intéressés. Un propriétaire ne pourrait être poursui^•i correctionnellement pour déplacement ou enlèvement d'une borne qu'il aurait plantée lui-même. Un pareil déplacement ne peut donner lieu qu'à une action en complainte ou en réintégrandc ; ainsi jugé par la cour de Pau, 21) mai 1839. (Voir aussi Demolombe, t. II, n. 240.) Si la borne enlevée

Élévation et coupe d'une borne-boîte aux lettres.

avait été plantée par le voisin de celui- qui l'a enlevée, ce n'est pas non plus dans l'espèce un enlèvement de borne dans le sens de la loi pénale ; mais pour ce fait l'auteur de l'enlèvement est passible des mêmes peines correctionnelles (pie s'il eût abattu l'arbre, la clôture ou la haie du voisin. — La cour de cassation (S. V. 1854, 1344 ; Cass., 8 avril 1854 ; J. P. 1856, 1205) a jugé que le déplacement d'une borne séparative effectué par un propriétaire, sans l'assentiment de son voisin , constitue le délit de déplacement de borne, alors même (]u'il n'en serait résulté aucun' empiétement.

Bornes-fontaines. — Dans beaucoup de villes, il existe des bornes-fontaines qui servent à l'usage des habitants et au lavage des ruisseaux et des rues. Elles coulent constam-

BORXOYER.

BOSSAOE.

nient, ou seulement pendant (|uelques heures de la journée.

BoRXE-BOÎTR AUX LETTRES. — L'administratiou des postes a également fait placer en diverses localités des bornes en fonte pour recevoir les lettres ; ce type de boîte aux lettres (voy. nos fîg-ures de la page précéd.) est préférable au simple coffre en bois posé en saillie sur des édifices.

BORNOYER, v. a. — Déterminer à l'aide de jalons la direction d'alignements droits ou courbes, soit pour planter un bâtiment, tracer une route ou un chemin. L'étymologie de ce mot ne vient point de horiw, comme quelques auteurs le pensent, mais de horgne, parce que, pour vérifier un alignement ou s'assurer si une règle est droite, une surface plane, on regarde d'un œil en fermant l'autre, on fait le borgne; mais par euphémisme, au lieu de horgnoyer, on dit lornoycr.

BOSEL, s. m. — Synonyme de Tore (voy.

ce mot). On écrit quelquefois hozel.

BOSSAGE, s. m. — Saillie brute ou façonnée, pratiquée sur la surface plane des murs, des arcades et même des colonnes. L'usage des bossages bruts a dû exister dans les temps les plus reculés ; mais un des- plus anciens exemples qui soient parvenus jusqu'à nous existe sur le mur d'enceinte du temple de Jupiter Olympien, dont la fondation date de Pisistrate. — Les bossages diffèrent des Refends (voy. ce mot) en ce que ces derniers sont des canaux taillés dans la masse et figurent des joints, tandis que les bossages sont en relief sur le nu de la construction ; ils peuvent être séparés par des refends, ce qui les fait paraître plus saillants encore. — Tantôt les bossages forment des chaînes isolées sur les murs, tantôt ils en couvrent toute la superficie. Les pilastres et les colonnes peuvent être ornés de bossages. Les Romains applicpièrent fréquemment les bossages sur des constructions qui comportaient un caractère de force et de vigueur : par exemple, sur les murs d'enceinte du forum d'Auguste, sur l'aqueduc de Claude, sur la porte Majeure, dont les colonnes

sont couvertes d'un Ijossage continu. On voit également de grands bossages sur les am- |)hitli('âtres de Pola et de Vérone. Ces beaux

Fig. 1. — Bossage à chanfrein.

restes de l'antiquité semblent même avoir inspiré les grands architectes toscans, les Arnol-

Fig. 2. — (Haut), bossage ravalé; (bas), l ossage carré ou en table.

pho, les Brunelleschi , les Ammanati, et tous ceux qui érigèrent les beaux palais de Florence.

Fig. 3. — Pointes de diamant simples (bossage barlong.)

Ces derniers monuments semblent avoir à leur tour répandu le même goût en France au xvi"

Fig. 4. — Pointes tle diamant carrées.

et au XVII® siècle : le Louvre et le Luxembourg peuvent témoigner du bel aspect de cette architecture à bossages.

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