CELTIQUES (MONUMENTS
bien encore des monuments funéraires. Ce qu'il y a de certain, c'est que très souvent des menhirs précèdent, à mie distance plus ou moins grande, des dolmens, tombelles ou allées couvertes ; nous en avons donné un exemple figure 4. Dans ce dernier cas, le menliir est,
Fis. 13.
Faux menhir.
pour ainsi dire, une sentinelle avancée qui infoiTue qu'on va bientôt apercevoir un monument funéraire. De toutes ces suppositions'?
Fig. 11. — Menlih- de Plouliarsel (8 mètres de hauteur). Fig. 15. — ilin ar Gwerc'liez (la pierre de la Vierge), à Trébeurden, près Lanuiou (Côtes-du-Xord).
cette dernière, et leur emploi comme bornes limitatives, nous paraissent sinon les véritables, au moins les plus \Taisemblables.
Comme aucun ouvrage , sauf des brochures spéciales, n'a donné un véritable aspect de ces monuments, nous en présenterons à nos
lecteurs cinq spécimens qui leur montreront les divers tyi^es. Dans beaucoup d'ouvrages, ou donne comme spécimen un morceau de charbon comme celui de notre figure 13 : c'est un
Fig. 16. — Meu Marz, près de Pontuz val-Brignangan , en
Plounéour-Trez (Finistère).
Fig. 17. — Menliir ou lec'h de Saint-Tremeur (Crux MihreO,
près Kostrenen (Côtes-du-Nord).
Fig. 18. — Lec'h de Prostlon, en Locoal (Morbihan).
faux menhir, qui n'a rien de commun avec les véritables, comme nos lecteurs pourront en
Fig. 18 bis. — Tumulus et menhir du Krukuui (Morbihan).
juger par nos autres figures, qui sont de véritables portraits.
Notre figure 14 est un menhir de Plouharsel, qui mesure 8 mètres de hauteur; à côté (fig., 1.5) c'est le min ar Gwerc'hez, ou pierre de la Yierge, qui se trouve à Trébeurden, près
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CELTIQUES (M0NU3IEXT.S).
Lanuioii (Côtes-du-]Srord).Notre figure IG montre le men 3Iarz, près de Pontuzval - Brignaiigan, en Plounéour-Trez , dans le Finistère. La figure 17 est le menhir ou lec'h de Saint- Tremeur, près Rostrenen, dans les Côtes-du- Nord. Ce menhir possède des rudentures et l'inscription Crux Mihrei, dont on aperçoit le commencement à droite de notre figure. Le Icc'h de Prostlon en Locoal, dans le Morl)ihan, est représenté par notre figure 18 ; enfin notre figure 18 bis montre le tumulus et menhir de Krukuni, dans le Morbihan.
V. Pierres branlantes. — Ces monuments sont formés de deux énormes quartiers de roche superposés : le bloc supérieur ne touche au bloc inférieur que par une pointe ou une arête ; il est équilibré de façon à pouvoir être
Fig. 19. — Pierre branlante de Perros-Guyrec'h.
mis en mouvement sans un grand effort ; tantôt la pierre oscille, tantôt elle pivote. Pline (liv. II) et Ptolémée (liv. III) font mention dans leurs écrits des pierres animées ou branlantes. Ces monuments, qui deviennent de plus en plus rares, sont encore appelés pierres branlaîres ou tremblantes , pierres qui virent ou qui dansent, roc' h Werc'het (roche aux Vierges), ou bien même elles portent un nom tout à fait opposé à cette dernière appellation. Les Bretons nomment enfin ces pierres daou gan (deux engendrent), expression dont la signification est également injurieuse.
Malgré leur rareté, on peut encore voir des pierres branlantes dans un assez grand nombre de localités, tant en France qu'à l'étranger : à Fermanville (]\Ianche) ; à Uchon, près d'Autun ; à Livernon (Lot). Cette dernière pierre est fort remarquable par sa disposition :
c'est une énonne table de pieiTe posée sur deux piliers; elle mesure 12 mètres de longueur et 0"', 75 d'épaisseur, et, quoique possédant deux points d'appui, la moindre impulsion
Fig. 2(J. — Pierre branlante de Brec'h, près d'Auray (Morbiban).
la met en branle ; on la nomme peyro Martino (pierre Martine). Dans la Lozère, nous avons vu d'assez nombreux exemples de ces pieiTes ; les deux plus remarquables existent à 8 kilo-
Fig. 21. — Pierre branlante du comté de Sussex (AugleteiTe).
mètres de Mende, sur la route de Châteauneuf- Randon. Dans le Puy-de-Dôme, sur la route de Clermont au Mont-Dore, on peut voir encore une pierre branlante qui mesure 7 mètres de longueur.
Nous donnons (fig. 19) la pierre branlante de Perros-Guyrec'h, dans les Côtes-du-lSTord. Elle mesure près de 14 mètres de longueur sur 7 mètres de hauteur. A sa partie supérieure, cette pierre possède une excavation avec une sorte de rigole. Notre figure 20 représente la pierre branlante de Brec'h, près d'Auray, dans
CELTIQUES (MOxVUMENTs).
le Morbi-han, Coimne on le voit, c'est un amas de six grosses pierres placées au tournant d'une route ; elles en supportent une autre, qui à l'œil paraît ne pouvoir tenir en équilibre, et cependant elle est ainsi depuis bien des siècles.
Xotre figure 21 montre la fameuse pierre branlante du comté de Sussex, à West-Hoadley, en Angleterre. Cette pierre, qui a été probablement taillée, pèse environ 500,000 kilogrammes ; les Anglais la nomment Great upon Utile (grand sur petit).
Xous achèverons la description des monu-
ments celtiques en disant que souvent ces pierres sont couvertes d'ornements gravés qui présentent un caractère assez bizarre ; nous ne donnerons ici qu'un type de cette ornementation ; celle que représente notre figure 22 était gravée sur une pierre trouvée à rentrée du dolmen de Manné er Hroëk, près de Locmariaker. Le lecteur trouvera plus loin, au mot Gaulois, Art, des données très curieuses qui compléteront l'étude de ces monuments, car nous y parlons de la poterie des dolmens ainsi que de leur décoration.
Fig. 22. — Oruemeutatiou gravée sur uue pierre du dolmen de Manué er Hrosk, près de Locmariaker.
BiBLiOGRArHiE. — W. Camden , Brîtannla sive florentisdmorum regnoriun AiujUœ, Scotiœ, Hiherniœ et însularum adjacentium ex intima antiquitate chorographicadescriptio, in-f", Londini, 1 607 ; — D. Stukely, ,1 Description of a biiry, London, 1722 ; — W. Charleton, Chorea Gigantum, or themostfcanous antiquity of Great-Britain,vulgarly called Stone-ITeng. standing on Salushury-Plain restored fo the Danes, in-fol., London, 1725; — I. Webb, A Vindication of Stone-JIeng restored in vncli the order and rides, etc., in-fol., London, 1725 ; — Inigo Jones, The most notable antiqidtyofGreat-Britain, vuJgarhj calleStone- Heng on Salushury-Plain restored , in-fol., 2<^ édit., London, 1725 ; — Legrand d'Aussy, Mémoires sur les sipultures nationales, publié par M. de Roqiieford, un vol in-i", Paris, an YII; — King, Munimenta antiqua, in-fol., London, 1799-1806; — Camhry, Monuments celiiqiies, s.d. ; — Mémoires deV Académie celtique, 5 vol. in-8'', Paris, 1807-1810; — Maudet de Penliouet , Mecherches historiques sur la Bretagne d'ajn-ès ses monuments , in-8° ; du même , Antiquités égyptiennes dans le dép. du Morhiitan, in-S", 1812 ; — Baraillon, Recherches sur les monuments celtiques, in-S" ; — Dulaure, Des cultes antérieurs à r idolâtrie, in-S"; — Mémoires de la Société des antiquaires de France, 17 vol. in-8'', Paris, 1817-1844; — Archeologia Britannica, in-4'', Lon-
don ; — Malle, Essai sur les antiquités du Morbihan, in-S", Vannes , 1825 ; — de Fréminville, Antiquités de la Bretagne, 4 vol. in-S", Brest, 1832-37; — de Jouffroy et Ernest Breton , Introduction à l'histoire, ou description, etc., in-fol., Paris, 1838 ; — G. Higgins, Tlie celiic Druids, or an attempt to sheiv, etc., in-4°, London, 1839; — Cli. Arnauld, Monuments civils, militaires et religieux du Poitou, in- 4°, Niort, 1840; — Bulletin de la Société archéologique du Morbihan, in-8°, année 1857 ; — Bulletin archéologique de l'Association bretonne (classe d'archéologie), année 1858; — René Galles et D'' Alp. Mauricet, Etudes sur le Manné-lad en Locniariaquer, broch. in-8'', Vannes, s. d.; — R. Galles, Mannécr-HWoëh, broch. in-8'>, Vannes, 1863; — G. de Closmadeuc, Vile de Gavr'inis et son monument, broch. in-8". Vannes, 1864; — R. Galles, Tumulus et dolmen de Kercado, broch. in-8", Vannes, 1864; du même, Découverte d'un dolmen sépulcral sous le tumidus de Kergoufals, br. in-8°. Vannes, 1864; — H. Davy de Cussée, Recueil des signes sculp)tés sur les momiments mégcdithiques du Morbihan, br. in-S", l" et 2'= livr.. Vannes, 1865; — J. Gailhabaud , Monuments anciens et modernes, 4 vol. in-4°, Paris, 1870; — A. Bertrand, De la distribution des dolmens sur la surface de la France, lir. in-S", av. carte, Paris, 1864; du même, les Monuments ])ri-
CENACLE.
CENOTAPHE.
mitifs ih la Gaule, monuments dits celtiques, dolmens et tumulus, br. gr. in-8°, Paris, s. d. ; — Owen Pughe, Dictionnaire gallois; — Edward Davies, Celtie Research; du même, Mytliology. and Rites of ancient hritlsh Druids and Bards; — de Belloguet, Ethnographie gauloise, 3^ partie ; — Henri Martin , Étudesd''archéologieceltique,l\o\.m-%°,Vairh,\S12.
CENACLE, s. m. — Salle à manger. Ce terme, chez les Romains, était synonyme de TRiCLiNiu^r (voy. ce mot).
CENDRE, s. f. — Résidu provenant de matières végétales ou d'autres combustibles brûlés. La cendre, comme certains l'ont prétendu, ne jouit pas de la propriété de donner de l'énergie au mortier. C'est un prétexte que des constructeurs ont employé pour diminuer la porportion de chaux qui doit entrer dans la composition du mortier. Elle peut être utihsée, au contraire , comme Musique (voy. ce mot) , pour atténuer la vigueur du plâtre, quand il faut remplir des vides avec une substance sèche, légère et peu conductrice de la chaleur.
Cendre bleue. — Couleur d'un bleu pâle que l'on compose en précipitant un sel de cuivre (du sulfate de cuivre) par de la potasse, et broyant le corps formé avec de la chaux additionnée d'une faible partie de sel ammoniac. C'est à l'aide de la cendre bleue que les peintres azurent les blancs de plafond à la détrempe. Cette substance est surtout employée dans la fabrication des papiers peints.
Cendre verte. — Couleur d'un vert pâle qui s'obtient par la précipitation du sulfate de cuivre par de la potasse additionnée de chaux vive; comme la cendre bleue, cette couleur ne peut être broyée qu'à l'eau et détrempée .à la colle.
Cendre d'étain. — Oxyde d'étain qui, sous l'action de la chaleur et de l'air, se transforme en Potée d'étain (voy. ce mot). Mélangée avec des matières vitrifiables, la cendre d'étain domie l'émail blanc des faïences.
Cendre gravelée. — Matière provenant de la calcination des lies de vin riches en tartre, qui se transforme en carbonate de potasse. Aujourd'hui on fabrique la cendre gravelée par
divers procédés ; elle sert à la faljrication de l'eau de potasse ou eau seconde.
CENDREE, s. f. — Substance provenant de la calcination des pierres calcaires servant à faire la chaux. La cendrée est un mélange de cendre de houille et de débris calcaires qui se trouvent sous le cendrier ou tisard des fours à chaux. La meilleure cendrée provient de Nîmes et de Tournay ; elle est employée à la fabrication des aires dans les rez-de-chaussée, et sert également pour la construction de citernes, bassins et réservoirs qui, revêtus de ciment, sont complètement étanches. — Les plombiers nomment cendrée l'écume ou mousse qui se forme au-dessus du plomb en fusion.
CENDREUX, adj. — Ce terme sert à qualifier seulement le fer, qui est dit cendreux, quand on aperçoit sur sa surface polie de petits trous ou de petits points, qui indiquent que le fer n'est pas pur et que sa composition renferme des matières étrangères.
CENDRIER, s. m. — Récipient de diverses formes placé sous un foyer, qui sert à recevoir les cendres du combustible brûlé : dans un fourneau de cuisine, c'est la partie située audessous de la paillasse ; dans les poêles en faïence ou en fonte, c'est un tiroir en tôle.
CÉNOTAPHE, s. m. — De xevoiacptov, de xevo';;, creux ou vide, et xa-poç, tombeau. Comme l'indique l'étymologie de ce mot, le cénotaphe est un tombeau vide , élevé à la mémoire d'une personne dont on n'a pas le corps, ou dont les cendres reposent dans un autre lieu. L'usage de ces monmnents honorifiques était assez répandu dans l'antiquité. (Lamprid., Alex.Sev., 63.) Leur caractère extérieur était le même que celui des tombeaux. Les anciens noimnaient le cénotaphe tumulus honorarius (Suet., Claud., 1), et inanis (Virg., jEn., III, 3U3), ce qui caractérisait fort bien ce genre de monuments.
De nos jours, dans les ser^àces commémoratifs , le cénotaphe occupe la partie principale du catafalque élevé à cette occasion. Nos figures donnent à la page suivante, de face et de profil, un magnifique cénotaphe, qui se trouve actuellement à la chapelle Corsiui, à Rome.