ACANTHE
et la brillante nuance de ses fibres ; il se vend en billes dans le commerce, et, suivant les dessins que présentent ses veines, il est dit : acajou moucheté, quand il présente des taches brillantes , sorte de mouchetures : cette variété est la plus recherchée pour les bois de placage ; acajou moiré ou simplement 7-ance moirée, lorsque le bois provient d'un arbre très âgé.
Enfin une sorte d'acajou uni, nommé par les ouvriers acajou femelle, Jacaraxda (voy. ce mot) , est utilisée pour bâtis ou fortes pièces de bois ; on l'emploie en menuiserie pour portes cochères et en cliarpenterie pour des escaliers, parce que le prix de ce bois n'est guère plus élevé que celui du beau bois de chêne ; du reste, depuis' la facilité des transports maritimes, le prix du bois d'acajou a considérablement diminué en Europe, où, la cherté des autres essences aidant, il finira par se substituer à beaucoup d'autres bois.
ACANTHE, s. f. — De axavôoç, à'xavOa, épine, acanthe. Cette plante, de la famille des acanthacées, croît spontanément dans le sud de l'Europe. Ses feuiUes ont fom-ni aux architectes anciens l'un des plus beaux motifs d'ornementation et de décoration, notamment pom' le chapiteau corinthien qu'elles caractérisent tout particulièrement.
L'acanthe sauvage est celle que les Grecs ont le plus souvent imitée ; elle a été tellement employée dans l'architecture ancienne et moderne, elle se prête à tant d'exigences et de combinaisons, qu'on peut dire avec raison, que c'est la feuille ornementale par excellence. Aussi donne -t -on vulgairement le nom d'acanthe à des feuilles d'ornement d'mie configuration analogue et se présentant dans des conditions semblables, quoique tirées de plantes différentes, telles que les feuilles de bouillon-blanc, de laurier, d'oli^^er, de chardon, d'ache et de persil, parce qu'elles sont disposées symétriquement comme la feuille d'acanthe.
La légende racontée par Vitruve (IV, 1) de la jeune fiancée de Corinthe est si connue que nous ne la rappellerons pas, pensant d'ailleurs que cette origine du chapiteau corinthien doit être reléguée au nombre des fables, puisque bien longtemps avant Calli-
maque, qui vivait 416 ans environ avant J.-C, les Egyptiens avaient inventé un chapiteau en forme de corbeille (calathus), et ce chapiteau était orné de feuillages ou de plantes, et même de fleurs de lotus.
Or les Grecs, qui avaient pénétré en Egypte deux cents ans avant l'époque de Callimaqiie, avaient trop de goût pour ne s'être pas emparés d'une forme et d'une ornementation de chapiteau si remarquables.
Pour nous, toute l'invention de Callimaque s'est bornée à arranger admirablement les feuilles d'acanthe autour du calathus égyptien, et cette seule étude dénote chez l'architecte grec un grand talent et beaucoup de goiit, car ce motif de décoration est fin, élégant, gracieux, et riche au delà de toute expression.
Il existe dans la nature douze variétés d'acanthe, mais trois espèces sont principalement employés en architecture.
L'acanthe épineuse est la plus connue. A cause de l'élégance particulière de ses feuilles, c'est la première qui ait été appliquée à la décoration et à l'ornementation. Elle se distingue par la profonde découpure de ses feuilles, dont le pétiole, la tige et le dessous des feuilles sont armés d'épines. Elle a été employée aux chapiteaux du temple de Vesta à Rome, à ceux du temple de Castor et de Pollux, et à ceux du temple de Livie à Vienne (Isère).
Ce furent les Grecs qui l'employèrent les premiers ; mais l'acanthe épineuse, à l'exclusion des autres variétés, se perpétua dans les pays orientaux, dans lesquels les arts byzantins et arabes l'emploient, à peu de chose près, comme dans les temps antiques.
En Italie, on trouve encore l'acanthe épineuse à Pompéi , ville essentiellement grecque par le caractère de son architecture.
Quant aux Romains, ils ne paraissent l'avoir employée en Occident qu'à une époque assez avancée de la décadence, dans les édifices du style qualifié lafin et sous l'influence de l'art byzantin , qui brillait alors en Orient.
Elle continua à obtenir la préférence en France dans les contrées limitrophes de l'Italie, même sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, jusqu'au moment où le style latin eut complètement cédé la place au roman.