‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachentChapitre 253 sur 325 · CHAT. — CHATEAU · texte numérisé non relu

CHAT. — CHATEAU

ture et celui du couvercle d'une tabatière. On les place sur les combles pour éclairer les pièces de peu d'importance ; on les vitre à recouvi-ement. Depuis quelques années, on a beaucoup

Fig. 2. — Châssis de comble eu fonte ou eu fer.

perfectionné les châssis de comble ; anciennement, ce n'étaient que des cofPi'es en bois recouverts d'un simple châssis de fer (fig. 1). Ces coffi'es, exposés à la chaleur et à l'humidité, IDomi-issaient très rapidement ; on les fait aujom'd'hui en fonte ou en fer (fig. 2), mais on fabrique des systèmes à crochets qui , mal assujettis, peuvent par un vent violent se décrocher et tomber sur les passants. Comme on le voit, ce système est des plus dangereux.

Fig. 3^ — Châssis d'aérage.

Sous le nom de châssis ventilateurs ou, ce qui est préférable, sous le nom de châssis (Taèrage, on construit des systèmes de fermetures en fer garni de lames de \'crre mobile (fig. 3) ;

on manœuvi'e celles-ci à l'aide d'un levier qui permet leur ouverture ou leur rabattement, suivant qu'on veut laisser pénétrer l'air dans un local, ou qu'on veut intercepter son passage.

Les jardiniers nomment châssis de coucha des coffres en bois recouverts de châssis vitrés, qu'ils emploient comme haches, pour des semis, des boutures, pour le repiquage, la conservation et la culture forcée des plantes. — On appelle châssis de charpente un assemblage de madriers et de plates-formes dont on entoure les grils d'un pilotage, ou qu'on place [sur un. terrain mouvant pour y asseoir des Fondations (voy. ce mot).

Enfin ce mot châssis est employé dans des cas si nombreux qu'il nous faut bien renoncer à énumérer tous les genres de châssis. Citons cependant, en terminant, le châssis-grillage , c'est-à-dire qui porte des grillages ; le châssis des architectes, sur lequel les architectes tendent leurs projets ou leurs dessins pour les présenter à leurs clients, ou pour les exposer dans les concom's ou expositions ; le châssis de cheminée, qui est un cadre de cuivre entourant la baie de la cheminée, et derrière lequel passe le rideau ou tablier de tôle, quand la cheminée en possède un.

CHAT. — Voy. Tour du chat.

CHATEAU, s. m. — Ce mot, dérivé de castrum, castellum, castel et châtel, comportait autrefois l'idée de fortifications, idée que les châteaux modernes ne rappellent plus à l'esprit. Cependant le nom, survivant aux idées, continue d'être appliqué à des bâtiments qui ne sont en réalité que des palais élevés à la ville, mais plutôt à la campagne.

C'est la féodalité et le régime militaire qui avaient créé l'habitation fortifiée du seigneur et la citadelle des villes. Les plus anciens châteaux furent élevés en France pour défendre le territoire contre les invasions des Sarrasins et des Normands. La royauté ne vit pas de bon œil l'établissement des châteaux forts, parce qu'ils garantissaient l'indépendance des seigneurs contre l'autorité centrale ; cependant Charles le Chauve, en 877, fut contraint d'autoriser leur construction par le capitulaire de

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Kiersy-sur-Oisc. A ce moment, la France se couvrit de châteaux forts ; mais , au xvii® siècle, Kichelieu fit abattre et démanteler ceux qui ne pouvaient servir de défense contre l'ennemi extérieur. — L'Angleterre , l'Allemagne du Nord, l'Italie et l'Espagne possédèrent un grand nombre de châteaux et de forteresses seigneuriales, dont la plupart subsistent encore aujourd'hui ; dans une partie de l'Espagne, ces châteaux étaient si nombreux que la Castille tira son nom de la multitude de ceux qui ^'y étaient élevés pour résister aux Mores. En France, pendant les luttes des rois et des seigneurs, un grand nombre de châteaux disparurent; la révolution de 1789, qui ruina les restes des institutions féodales , détruisit beaucoup de châteaux, et ceux qui avaient été épargnés par la révolution disparurent sous les coups de la spéculation. — Néaimioins il subsiste encore en France d'assez beaux châteaux : nous citerons, notamment, les châteaux de Coucy, de Pierrefonds, de la Roche-Guyon, de Clisson, de Sully-sur-Loire ; d'Arqués, dont il ne reste guère que les murs et une partie du donjon; enfin le Château-Gaillard, aux Andelys ; celui de Chambord , près de Blois (à 19 kilom.) ; enfin celui de Saint-Germain en Laye, dont notre planche XXI montre une vue cavalière que nous avons dessinée d'après un dessin de notre regretté confrère Eugène Millet, ancien architecte du château. — Pour compléter ce qui concerne ce mot, voir les articles Militaire, Architecture, Donjon, Tour, etc.

CHATEAU D'EAU. — Bâtiment destmé à recevoir et à concentrer ou élever des eaux venues ou captées de divers côtés, et à les distribuer ensuite par divers moyens dans une ville.

Châteaux d'eau antiques. — Il existait chez les anciens beaucoup de châteaux d'eau, qu'ils divisaient en plusieurs genres. D'après Festus, on appelait dividicidwn l'endroit où un courant d'eau commmi à plusieurs propriétaires se partageait en autant de canaux qu'il y avait de particuliers ayant droit de conduire leurs eaux dans leur héritage, et il ajoute : « On le nomme aujourd'hui castellum. » Dividicula antiqui dicelant, q\m nmic sunt casteîla ex quitus in suum fimdit. — Vitruve, dans ce qu'il

rapporte de la conduite des eaux, de Ductionibus aquarum, décrit ainsi un castellum : « Quand l'eau arrive dans la ville, qu'on fasse un château d'eau. » Cumque venerit ad mœnia efficiatur castellum. Il demande ensuite qu'il y ait plusieurs conduites à'aan, /istidœ, pour répondre à diverses destinations , pour envoyer de l'eau : 1° aux bassins et aux fontaines jaillissantes, lacus et salientes; 2" aux thermes publics, balneœ, source de revenus annuels pour la communauté, in balneas vcctirjal quotannis 23opulo prcestans; 3° aux concessions parculières, in domos privatas. Comme on le voit, Vitruve formule des préceptes nets à ce sujet ; il veut «ncore qu'on établisse trois réservoirs autour du bassin principal, afin d'assurer une libre et constante jouissance à chaque partie intéressée à la distribution des eaux. — Les casteîla divisoria ou dividicula {casteîla aquarum) étaient bien souvent précédés de ceux d'un autre genre, nommés limaria, dans lesquels se déposaient les limons ainsi que les substances terreuses ou calcaires qui auraient pu troubler la limpidité des eaux. Pline rapporte {H. N., XXXVI, 24, 9) qu'Agrippa, pendant son édilité, ayant fait venir à Rome Veau vierge, fit construire sept cents lacs et cent trente casteîla d'une magnificence extraordinaire. Les quatre principaux châteaux d'eau de Rome étaient situés sur le mont Cœlius, sous les thermes de Dioclétien , sous ceux de Titus ; enfin le quatrième, entre la porte Ncevia et l'amphithéâtre de Statilius. Les casteîla servaient de réservoirs aux aqueducs. Us étaient placés à l'endroit où ceux-ci entraient dans les villes, ou sur d'autres points sur lesquels une provision d'eau était nécessaire pour satisfaire aux besoins d'une localité ou d'mi groupe d'habitants. Ces réservoirs possédaient des conduits qui, au dire de Vitruve (VIII, 6, 1) et de Frontin (de Aq., 35), distribuaient l'eau dans les différents quartiers d'mie ville. — Dans les campagnes ces réservoirs n'étaient le plus souvent que de simples tours en briques, ou même en terre (en pisé probablement), qui renfermaient des citernes ayant plus ou moins de profondeur. ]\Iais quand les castetla étaient aux portes ou près des murs des villes , on leur donnait une grande tournure architecturale :

tA

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on voulait à la fois réunir le beau à Futile. Dans ce cas la façade des castelJa était décorée de colonnes et de statues, et le trop-plein de Feau servait à alimenter une fontaine qui , au dire de Vitruve, se répandait par plusieurs ouvertures dans un vaste bassin.

Il subsiste encore à Rome, mais dans un état de délabrement complet, un castellum datant de Jules César; il est situé près de l'église San Eusehio; un second existe à Constantinople, enfin un troisième à Nîmes : ce sont là les seuls restes de ce genre d'édifices.

Château d'eau de Nîmes. — Le plus complet, ou du moins le moins ruiné de ces châteaux d'eau, est celui de Nîmes. Il nous

Fig. 1. — État actuel du cbâteau d'eau de,Nimes.

servira donc à étudier ce genre d'édifices si curieux à tant de titres , comme nous allons le voir. — Le castellum de Nîmes , sur lequel on n'a encore jamais rien écrit (1) , découvert en 1844, et dont ]\Iénard avait parlé {Hlst. de Nîmes, t. VII, p. 132) , a été relevé et dessiné par nous en 1854. Notre figure 1 montre en perspective une vue de l'état actuel, tandis que notre figure 2 montre en géométral le plan actuel. En jetant les yeux sur la première figure, nous voyons à gauche, c'est-à-dire au nord-est, une ouverture de 1™,80 de large sur 1™,25 de hauteur ; c'est par cette ouverture que l'eau de l'aqueduc débouchait dans le réservoir. Nous y avons remarqué des traces d'une fermeture (jui devait être composée de

(1) Mentionnons cependant une courte notice insérée dans les Archives des monuments historiques.

six barreaux de fer, destinés sans doute à retenir un grillage à mailles serrées, afin d'empêcher le passage de certaines impuretés charriées par l'eau. En avant de cette grille, à la jonction du bassin et de l'aqueduc, il devait exister une vanne, soit pour arrêter l'eau dans le cas oîi le bassin réclamerait un nettoyage ou une réparation, soit pour régler l'arrivée de l'eau. On voit encore de chaque côté de cette ouverture une feuillure, ou plutôt une entaille, qui ne peut laisser subsister aucun doute à l'égard de l'existence de cette vanne. Celle-ci

Fig. 2. — Plan actuel du château d'eau romain de Nîmes. a, aqueduc; h, b,flstulœ; c, c, c, trous descellement.

était probablement manœuvrée par une ou deux tiges en métal ; mais comme tout ce système de barrage a été enlevé bien longtemps avant la cessation du service de l'aqueduc, il ne nous a pas été possible de rien constater de précis à cet égard. A droite de notre dessin, c'est-à-dire au sud-ouest, à ()'^,50 de hauteur, on voit sur le mur une partie des dix ouvertures de 0™,45 de diamètre. Ces trous, séparés de 0",40 les uns des autres, étaient les orifices des canalisations qui traversaient le mur et servaient à distribuer par dixièmes les eaux dans les différents quartiers de la ville. Le fond du bassin, à 0™,80 de son pourtour et au-dessous des dix ouvertures dont nous venons de parler, possédait trois trous de même diamètre (0'",45), séparés de 0'",12 à U",15. Us débouchaient dans mie canalisation commune établie immédiatement au-dessous

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des dix ouvertures. Les orifices inférieurs étaient fermés par des clapets, qui s'cngaeeaient dans une entaille ména^fée à cet effet. Il est probable que ces orifices servaient à distribuer les eaux dans un monument public, probablement aux thermes de la ville. En avant des ouvertures pratiquées dans le' fond, il existe des trous de scellement qui n'ont pu servir qu'à sceller une sorte de l^arrage en fer qui s'opposait à la trop rapide précipitation des eaux dans les canaux infériem's, qui auraient pu rompre sous une trop forte pression (1). — Le fond de la cuve ou réserv£)ir est revêtu d'un enduit en mortier hydraulique composé de chaux et de tuileau grossièrement concassé. Cet enduit est d'une grande dureté. — Le mur d'enceinte circulaire, qu'on aperçoit dans notre figure 1, supportait une colonnade et un entablement d'ordre corin-

Fig. 3. — Plan restitué du château d'eau de Nîmes.

thien d'un beau travail. Des fragments de bases, de fûts, de corniche, tous en pierre de Lens (2), ne permettent de laisser subsister aucun doute sur l'existence de cette décoration primitive, de même que la grande quantité de tuiles romaines mêlées à ces débris prouve que l'entablement supportait une couverture.

Il nous reste un point essentiel à élucider : les colonnes de notre édicule étaient-elles libres, isolées, comme dans les édifices péripteres, ou

(1) Une disposition semblable existe dans le bassin du château d'eau de Constantinople, qui fournit encore aujourd'hui de l'eau à plusieurs quartiers de cette ville.

(2) Les carrières de cette pierre, d'un grain fin et serré, sont à 8 kilomètres de Nîmes.

Ijien étaient-elles engagées dans un mur en maçonnerie , comme dans les édifices pseudoj)èripteres? Un fragment de chapiteau semblerait prouver que le haut de la colonne était libre, ce qui ferait supposer que le bassin proprement dit était couronné de colonnes non engagées ; or rien n'est moins probable qu'un pareil genre de construction. Aussi, à défaut de pièces à l'appui pouvant élucider ce point

Fig. 4. — Coupe restituée du cliâteau d'eau de Ximes.

délicat, nous nous substituerons aux premiers constructeurs, et nous examinerons ce que nous eussions fait à leur place. Or il est bien évident, pour ceux qui connaissent le climat de cette contrée, qui connaissent surtout le vent violent qui souffle souvent à Xîmes, vent qui soulève des flots de poussière et même de gravier, il est bien évident, disons-nous, que les constructeurs du castellum n'hésitèrent pas longtemps pour savoir s'ils fermeraient de toute part leur castellum. — Les eaux des fontaines d'Airan et d'Eure arrivaient dans l'antique cité par une canalisation fermée; or, pour conserver à ces eaux toute leur limpidité, il fallut de toute nécessité fermer le castellum , sauf à laisser dans le haut de petites baies

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