‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachentChapitre 70 sur 325 · APPUI · texte numérisé non relu

APPUI

qu'un chantier ou atelier de construction soit bien approvisionné, afin que les ouvriers aient toujours sous la main ce qui leur est nécessaire. Il y va, du reste, de l'intérêt des entrepreneurs qu'il en soit ainsi , car sans cela les ou\Tiers chômeraient.

APPUI, s. m. — Ce qui supporte, soutient ; ainsi on peut dire : cette muraille a besoin d'un

ai)pui.

La partie d'une fenêtre ou d'une balustrade sur laquelle on s'appuie : c'est le dessus d'une Allège (voy. ce mot), qui est ordinairement une tablette de pierre. Bien que ce terme exprime la possibilité de s'appuyer, de s'accouder, on appelle également appui, même le dessus des allèges de fenêtres qui sont à mie grande élévation au-dessus du sol.

On prend pour former les appuis , des pierres de choix, de la plus grande dimension possible, afin d'éviter la multiplicité des joints. Aussi les appuis sont ordinairement d'une seule pièce, d'un seul morceau, à moins toutefois que la largeur considérable de la baie ne s'y oppose.

A Paris, la pierre dure franche est celle le plus généralement employée, parce que, quoique d'une dureté moyenne, elle résiste bien aux intempéries de l'air.

La forme des appuis de fenêtre a varié suivant les époques. Lorsque, dans un mur en moellons ravalé en plâtre , on pose les appuis de fenêtre, il faut avoir soin que l'enduit formant le ravalement n'atteigne pas jusqu'à l'appui, car la poussée du plâtre dont se compose l'enduit pourrait faire rompre l'appui. Il ne faut pas non plus engager les extrémités dans la maçonnerie , mais les laisser libres par un petit isolement, afin que les tassements n'occasiomient pas également leur rupture.

Les diverses dispositions des appuis leur ont fait donner des noms en rapport avec elles.

'L'appui allège n'a qu'une partie de l'épaisseur du mur qui le supporte ; on le nomme allège.

h' appui évidé est non seulement décoré de balustres, d'entrelacs et autres ornements à jour, c'est aussi un appui sous la tablette duquel il existe un grand abat-jour carré.

Ij' appui continu est une sorte de cimaise sou-

vent ornée de moulures, qui règne autour d'un édifice à la hauteur des tablettes des croisées.

li'appui droit ou carré est de niveau et en ligne droite.

L'appui rampant est en pente, comme dans les rampes d'escalier.

Enfin, -Vappui en piédestal est celui qui, en manière de piédestal double, est f ait ^^oi/r^^or/er de fond les ornements d'une croisée.

En charpente , on nomme appui la pièce de bois placée entre deux poteaux d'huisserie et déterminant la hauteur de l'appui.

Les pièces de bois horizontales formant le bas des ouvertures des fenêtres dans un pan de bois sont aussi des appuis de fenêtres.

Appui (A hauteur d'), loc. adv. — Se dit de tout objet situé à une hauteur telle (de 0'",95 à 1 mètre) qu'on puisse s'appuyer dessus ; c'est ainsi qu'on nomme mur à hauteur d'appui, et quelquefois simplement appui, un mur formant balustrade ou parapet.

Appui (Pièce d'), s. f. — C'est, en menuiserie, une traverse inférieure d'un dormant de fenêtre, qui porte une feuillure pour recevoir le châssis mobile de la croisée.

On fait aujourd'hui des pièces d'appui en fer et en fonte.

Appui (Barre d') , s. f. — Barre de fer recouverte d'une tringle en bois moulurée, comme celle des mains courantes, et qui est scellée à hauteur d'appui entre le tableau d'une fenêtre. Les balcons et les rampes d'escalier sont surmontés de barres d'appui.

Appui (Lambris d'), s. m. — Lambris à hauteur d'appui.

Appui (Point d'). — Se dit de toute construction placée sous une autre pour la supporter : une colonne , une pile, un pilier, sont des points d'appui.

Point sur lequel porte l'about d'une poutre , d'un entrait ou de toute autre pièce horizontale. La construction au-dessous de ce point est généralement plus soignée ; elle est faite quelquefois en pierre de grand appareil dans les murs en moellons.

Arpui (Droit d'), s. m. (Législ.) — Le droit d'appuyer une poutre, un entrait ou tout autre objet sur la construction d'un voisin constitue une servitude continue et apparente (voy. Servitu-

APSIDAL. — AQUEDUC.

des), à moins que le titre constitutif de la servitude ne détermine le nombre ou la dimension des poutres et autres objets. La servitude comporte tous les besoins du propriétaire et l'intention présumée des parties. (Pardessus , Servitudes , t. I , n° 234.)

Dans le silence du titre à cet égard, le mode d'exercice de la servitude se trouve fixé par le maintien des lieux dans un même état pendant trente années , par la prescription ; celle-ci acquise, le nombre ou la dimension des poutres et autres objets appuj^és ne peut plus être augmenté.

La servitude d'appui ou de support , même fondée sur un titre, s'éteint par le non-usage de trente ans, par la prescription. (Touiller, t. III, n" 709.)

Il y a lieu de distinguer entre le droit d'appui et le droit de support. Fournel nous enseigne que celui qui n'a qu'im droit d'appui ne peut en user qu'à ses frais. Il fait et entretient les ouwages et les travaux nécessaires à son exercice ; si le mur vient à tomber, le propriétaire du fonds servant ne peut être assujetti à le relever, à moins de stipulation contraire.

Le droit de support, au contraire, assujettit celui qui en est grevé ; il est obligé d'élever et d'entretenir à ses fi'ais le mur, les colonnes , piliers ou poteaux qui soutiennent l'édifice voisin, et, si l'objet gi'evé de la servitude tombe, il est tenu de le relever, à moins que la chute ne provienne d'un cas fortuit, ou que cette chute n'ait été causée par la faute du propriétaire de l'héritage auquel est due la servitude. (Fournel, voy. Support, t. II, p. 510.) Il nous faut signaler une seconde différence entre la sei'vitude d'appui et la servitude de support : cette diff'érence, à supposer qu'elle fût admissible dans l'ancienne jurisprudence, ne pourrait plus l'être aujourd'hui elle consisterait en ce que la faculté d'abandon, subsistant pour la servitude d'appui, n'existerait pas pour la servitude de support. Cette distinction n'est pas admissible. En effet, l'article 699 du Code civil donne expressément la faculté d'abandon « dans le cas même où le propriétaire du fonds assujetti est chargé par le titre de faire à ses frais les ouvrages nécessaires pour l'usage et la conservation de la servitude. »

Il ressort donc de cet article , et cela d'une manière évidente, que la faculté d'abandon appartient au propriétaire grevé de l'une ou de l'autre de ces ser-\-itudes , à moins toutefois que son titre ne lui interdise l'usage de cette faculté. (Voir Fournel ; Support, t. II, p. 512; Pardessus, Servitudes, t. II, n-'SlG.)

APSIDAL. — Voy. Absidal.

APSIDE. — Voy. Abside.

APTÈRE, adj. — De à privatif et tttsoov, aile; sans aile. Dépourvu de colonnes. Ce terme s'emploie plus particulièrement en parlant des temples antiques. C'est aussi le nom d'un temple de la Victoire, bâti à Athènes, près des Propylées, parce que la statue de la déesse la représentait sans ailes.

AQUEDUC, s. m. — De aqucC' ductus, conduite d'eau (uSpaYtoyelov , uTrôvofxo?). Construction destinée à conduire l'eau d'un lieu à un autre par une pente réglée. — Les uns ont pour objet d'amener l'eau potable, les autres de recueillir et donner un écoulement aux eaux pluviales ou provenant des usages domestiques et industriels. Ces derniers, qui sont des aqueducs d'assainissement , sont plus o-énéralement connus sous le nom d'ÉGOUTS (voy. ce mot).

Les aqueducs sont apparents on souterrains, suivant qu'ils ont à traverser des vallées ou des montagnes : s'ils sont apparents, une série d'arcades {arcuahmi opus) ou des murs (substrnctiones) servent à les supporter; s'ils sont souterrains, ils sont formés par des galeries voûtées. Le lecteur trouvera plus loin des spécimens de ces deux genres d'aqueducs.

I. Historique. — Dès l'antiquité la plus reculée, les hommes, au moyen des aqueducs, conduisirent auprès de leurs habitations l'eau nécessaire à leurs besoins.

Les auteurs anciens nous ont laissé la mention ou la description de ceux qu'élevèrent dans l'Orient Ramsès, Sémiramis et Salomon. La Chine possède actuellement des aqueducs dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Les anciens aqueducs de l'Asie consistent en conduits souterrains (uTrovoaot) ayant des puits verticaux ( mpsaxi'ai). L'ancienne résidence des Arsacides, à Hécatompylos , recevait, au dire de Polybe (X, 23, 3), les eaux du Taurus au moyen d'aqueducs souterrains, ayant également des puits verticaux.

Nous donnons ici (fig. 1 et 2), d'après Wood, le célèbre voyageur anglais {Riiins of Pal-

AQUEDUC

myra, pi. 27), les deux coupes de l'aqueduc de Palmyrc, qui, quoique postérieur à celui

Fig. 1. — Aqueduc de Palmyre, coupe longitudinale.

dont parle Polybe, peut en donner une juste idée.

Fig. 2. — Aqueduc de Palmyre, coupe trauversale, avec son putevs.

II. Aqueducs chez les Grecs. — Malgré le dire contraire de quelques auteurs, les Grecs ont parfaitement connu la construction des aqueducs. Des auteurs anciens et des voyageurs modernes en ont fourni des preuves nombreuses, comme nous le verrons bientôt.

Nous citerons en premier lieu l'aqueduc de Samos, construit par l'architecte Hypalinus ou Eupalinos de Mégare, en 687 avant J.-C, et qu'Hérodote (III, 60) signala comme im des plus magni/iqiœs ouvrages de la Grèce. M. Guériû a exécuté des fouilles pour retrouver des restes de cet aqueduc souterrain; ses recherches ont été couronnées de succès. Il a consigné ses travaux dans un volume intitulé : Étude sur l'île de Samos, 1856 , (ch. xiv).

Postérieurement Phéax, en 479 av. J.-C, construisit l'aqueduc d'Agrigente ; sous les Pisistrates, Athènes eut aussi son aqueduc, qui portait dans son enceinte les eaux de l'Hymette et celles du Pentélique. D'après Pausanias (X, 37, 5), il en existait un à Cirrha ; un second, à Crissa en Phocide ; un troisième, souterrain, construit sous l'empereur Hadrien, entre Stymphale et Corinthe {jd., II, 3, 5).

Fielder nous signale celui de Chalcis (Reisan in Greich, t. I, p. 440); Leake {Korth Greoce, t. IV, p. 876), celui de Démétrius de Magnésie ; Heuzey {Missions en Macédoine, p. 51), celui de Philippe; il en existait d'autres dans la Troade, à Cyrène, à Gythium et dans d'autres localités.

Les aqueducs élevés par les Grecs datent tous ou presque tous de la période romaine; aussi ils ne diffèrent guère des aqueducs construits par les Romains, dont nous donnerons plus loin des détails de constniction,

III. Aqueducs chez les Romains. — Les Romains ont élevé très certainement les plus beaux aqueducs de l'antiquité, soit à Rome, soit dans les provinces conquises. Les restes imposants de ces édifices sont peut-être les monuments les plus propres à nous donner une idée de la puissance de ce peujDle et de son habileté dans l'art de bâtir.

Depuis les derniers temps de la république jusqu'à la chute de l'empire romain, ces utiles constructions se répandirent sur toute l'Europe civilisée, et nous devons dire que les Romains mirent bien à profit les excellentes leçons des Etrusques, leurs prédécesseurs, si habiles et si capables dans tout ce qui concernait l'aménagement des eaux. La gigantesque opération de l'émissaire du lac Albano témoigne hautement de la capacité des Etrusques comme ingénieurs hydrauliciens. (Voir Fabretti, Dé! Einissario Fucini, III ; Nibby, Analisi délia caria di intorni di Ronui, t. I, p. 105 ; Noël Desvergers, VÉtrurie, 1. 1, p. 155.)

Les siècles de barbarie qui succédèrent à l'empire romain ne virent élever aucun aqueduc nouveau , et c'est à peine si l'on entretenait en bon état ceux légués par le génie des Romains.

Pendant près de quatre cent cinquante ans, Rome se contenta ponr ses besoins des eaux du Tibre, quoiqu'elles fussent troubles en hiver, tièdes en été. Ce ne fut qu'en l'an de Rome 441 (312 av. J.-C.) que les censeurs Appius Claudius et C. Plautius allèrent chercher à 13 kilomètres de Rome les eaux des montagnes de Frascati, et, après en avoir capté les sources, les amenèrent dans un aqueduc presque entièrement souterrain, Vaqua Aj^pia.

AQUEDUC

Cet aqueduc, construit partie en péperin et partie en briques , entrait dans la ville par la voie Prénestine; il alimentait une partie des monts Coelius et Aventin, et aboutissait aux Salines entre les portes Capena et Trigemina. Des fouilles récentes, exécutées près de la porte Maggiore, ont amené la découverte du canal de cet aqueduc taillé dans le roc et pourvu de plusieurs puits d'aération. (Parker, In Arclieo- %/«, t. XLII,p. 20.)

Trente-neuf ans plus tard, en 480 (273 ans av. J.-C), les censeurs Marcus Curius Dentatus et Papirius Cursor construisirent , avec le butin fait sur PjTrhus (Frontin, de Aquœd., 6), un

KVVV.--Vr^-l

Fig. 3. — Aqueduc, coupe sur la porte San Lorenzo, à Rome. a, aqua Julia ; b, aqua Tepula ; c, aqua Marcia.

nouvel aqueduc qui prenait Feau de l'Anio à 32 kilomètres au-dessus de Tibur. Cet aqueduc était en blocs de péperin et son canal {spccus) était cimenté de toutes parts ; il mesurait une longueur de G 3 kilomètres, dont 1 kilomètre était porté sur des arcades. Cet aqueduc s'appela dans la suite Anio vêtus, pour le distinguer de Y Anio novus, qui fut construit sous l'empire.

La population de Rome, toujours croissante, augmenta sa consommation d'eau d'une manière si considérable que le préteur L. Marcius Rex fut chargé par un sénatus-consulte, en G07 (146 av. J.-C), de construire l'aqueduc qui porta le nom (ïaqua Ifarcia et qui

avait 80 kilomètres souterrains et 11 kilomè" très hors de terre. Il fournissait l'eau à la partie supérieure du mont Capitolin ( Frontin , 7 ; Strabon, V, 240; Phne, Hist. nat, XXXI, 324) ; il fut restauré plusieurs fois sous les empereurs (Pline, Hist. nat., XXX, 3; Frontin, 7; Muratori, VI, 44), et encore aujourd'hui il alimente de ses eaux la fontaine de Moïse, élevée par Fontana.

L'an G26 de Rome (127 av. J.-C), les censem's Servilius Cépion et L. Cassius Longinus amenèrent de nouvelles eaux, prises à Frascati, dans l'aqueduc nommé aq^ua Tepula.

Pendant son édilité (an de Rome 713, 35 av. J.-C), Agrippa, le curator perpetuus aquarum, comme nous le verrons plus loin, Agrippa, disons-nous, répara VAnio vêtus et Vaqua Marcia, et construisit Vaqua Julia, recueillie dans la vallée située entre Tusculum et lemont Albain. (Front., 8, 9, 19 ; Pline, XXXVI, 15, 24; Muratori, G41, 3.)

Avant d'arriver à Rome, Vaqua Julia et Vaqua Tepula s'unissaient avec Vaqua Marcia dans mie seule ligne de construction, oii les trois aqueducs superposés déversaient leurs eaux dans un réservoir commun (voy. fig. 3).

Mais Auguste ne trouva pas suffisante pour Rome la quantité d'eau de tous ces aqueducs , il chargea son édile Agrippa d'y amener Vaqua Virgo; l'aqueduc, commencé en 732 (21 ans av. J.-C), avait une longueur de 21 kilomètres, dont 19 étaient souterrains. Cette eau servait spécialement pour les bains. (Plin., l. c, 15, 24; Sénèque, Epist., 83.) Les eaux de cet aqueduc, connu aujom'd'hui sous le nom d'aqua Virgine, et provenant d'une source près de Tusculum , comme nous venons de le voir, traversent la villa Borghèse, et, passant sous le Pincio, alimentent les fontaines del Popolo, délia Barcacia, Navone, Trevi, du Panthéon , et d'autres encore.

Pour alimenter sa naumachie, Auguste amena aussi Vaqua Augusta ou Alsietina, dont la prise fut faite au nord-ouest de Rome dans le lac Alsietinus, aujourd'hui lago di Martignano. D'après Frontin, cette eau desservait aussi la rive gauche du Tibre, quand l'eau venait à manquer dans ce quartier de Rome.

lOi

AQUEDUC

L'an 715 de Rome (38 ans av. J.-C), Caligula entreprit les travaux, achevés par son successeur Claude, pour amener Vaqua Claudia. Ce dernier fit construire aussi VAnio novus, dont la construction des plus grandioses présentait sur une grande longueur, à environ 10 kilomètres de Rome, des arcades qui n'avaient pas moins de 33 mètres d'élévation.

En l'an 111 de J.-C. , Trajan termina Vaqua Trajana. Citons enfin, pour terminer cette longue nomenclature, Vaqua Antoniana (212 ap. J.-C.) ; Vaqua Severiana, construite par Septime Sévère; Vaqua Alexandrina, destinée à alimenter les thermes de cet empereur (230 ap. J.-C); Vaqua Aureliana, œuvre d'Auréhen ; enfin Vaqua Jovia (300 ap. J.-C).

Par ce qui précède, on peut juger de l'énorme quantité d'eau que ces aqueducs amenaient à Rome ou dans sa campagne ; on l'estime à environ 3,720,800 mètres cubes par vingt-quatre heures, ce qui équivaut à une rivière de 9 à 10 mètres de large sur l'",90 à 2™, 10 de profondeur, dont l'eau serait animée d'une -^dtesse moyenne de 0"',81 par seconde. Rome, pour sa seule part, recevait 1,320,600 mètres cubes environ ; "les 2,400,200 mètres cubes excédants servaient aux besoins de la campagne suburbaine.

Même sous Auguste , la quantité d'eau était si considérable que ce prince , parmi les travaux exécutés sous son règne et consignés dans son testament, put écrire qu'il avait embelli Rome de 700 bassins {laciis), de 105 fontaines jaillissantes (salienies) et de 130 châteaux d'eau {castella), dont plusieurs d'une très grande magnificence; il donna, en outre, au peuple 170 bains gratuits. On peut par cette énumération se faire une idée de l'importance de la ville de Rome sous Auguste.

Dans les provinces conquises, les Romains construisirent des aqueducs non moins remarquables ; il en existe des restes considérables dans diverses parties du monde : en Orient, ce sont ceux d'Ephèse, de Nicomédie, de Smyrne, d'Alexandrie , de Bourgas , construits au temps de Justinien. Ce dernier a des arcades en ogive et mesure 240 mètres de longueur sur 36 mètres d'élévation.

L'Espagne possède à Mérida {Emerita Au-

gusta) les restes de deux anciens aqueducs : dans l'un, deux piles anciennes subsistent seules, tandis que, dans l'autre, trente-cinq piles sont encore debout. L'aqueduc de Ségovie a 119 arcades en pierres de grand appareil posées sans ciment; les piles ont 2^,45 de largeur sur 3™, 30 d'épaisseur. L'ancien aqueduc de Valence (Chelsea) sert aujourd'hui de pont. L'aqueduc de Tarragone, haut de 30 mètres et construit au temps de Scipion, a été restauré par Antonio Robirra, de 1780 à 1785.

Citons en Portugal l'aqueduc d'Evora , construit par L. Sertorius, et très bien conservé, ainsi que le château d'eau à deux étages qui recevait ses eaux.

Dans les Gaules, il en existait à Saintes, à Vienne, à Fréjus, à Néris et à Luynes, et parmi ceux dont les restes sont encore imposants, citons l'aqueduc de Metz ou de Jouy, situé à 22 kilomètres nord-ouest de la ville. Dans le vallon de Jouy, il reste encore dix-sept arches, dont quelques-unes mesurent 19 mètres de hauteur; il devait en exister de plus élevées, car les collines avoisinantes mesurent beaucoup plus. La date de la construction de l'aqueduc de Metz n'est pas très certaine ; on s'accorde généralement à la rapporter à l'an 70 de J.-C

A Lyon, Néron fit construire un aqueduc qui n'a pas moins de 64 kilomètres , afin d'amener dans cette riche cité les eaux du Janon et du Giers.

Nous terminerons l'énumération des aqueducs construits dans les provinces par la description du célèbre aqueduc de Nîmes, dit pont du Gard. Nous ne craindrons pas d'entrer dans quelques détails à ce sujet, car nulle part (sauf dans les Archives des monuments historiques) ce monument n'a été jusqu'ici ni bien décrit, ni bien dessiné.

Cette merveille du Languedoc , comme l'appelle M. Nisard , est le reste le mieux conservé de l'art romain (1).

(1) Nous ajouterons que les travaux de restauration exécutés par notre honoré maître Ch. Questel , très bien secondé dans sa tâche par notre confrère Ch. Laisné, assureront désormais à de longues générations la vue de cet imposant monument.

AQUEDUC

Cet aqueduc (fig. 4) est bâti en pierres de taille posées sans ciment; il se compose de trois rangs d'arcades plein cintre superposées. Le rang inférieur, sous lequel passe le Gardon, est formé de six arches ; le second en a onze, le troisième trente -cinq, à part les deux coupures faites par les barbares au v" siècle : c'est au-dessus de ce troisième rang que passe l'aqueduc (fig. 5). La longueur du monument, au niveau de la cimaise qui couronne le premier étage, est de 171"',22, et de 269°',10, au niveau de celle de l'étage supérieur. La hauteur totale du pont du Gard est de 48"',77, savoir : depuis le niveau des basses eaux, 20™,12 pour chacun des premier et deuxième étages ,

et 8"',52 pour le troisième. L'épaisseur de la maçonnerie d'une tête à l'autre du parement antique est de 6",36 au premier rang, 4™,56 au second, et 3"',06 à l'étage supérieur : chaque étage forme donc une retraite considérable l'un sur l'autre.

L'appareil du pont du Gard est en parfaite harmonie avec ses dimensions imposantes, et, quand on le considère de près, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, de leurs colossales proportions , ou de la précision de leur appareillage. Le parement n'a été qu'ébauché, une large ciselure pratiquée seulement sur les arêtes de chaque pierre accuse franchement la position des assises et des joints.

Fig. 4. — Aqueduc romain dit 2^ont du Gard.

Comme il a été dit précédemment pour le magnifique aqueduc de Ségovie (Espagne), les assises sont posées sans ciment dans les deux étages inférieurs, mais l'étage supérieur est en moellons smillés et en maçonnerie hydi-aulique , afin d'é\-iter les infiltrations des eaux.

Les constructeurs ont laissé des pierres saillantes sur les revers du monument et des voussoirs en saillie sous les arches; quelques archéologues, peu autorisés, il est vrai, des ingénieurs, ont supposé que ces pierres saillantes avaient dû servir de point d'appui, soit aux échafaudages, soit aux cintres nécessaires à l'achèvement des arcs; cette supposition est tout à fait erronée pour quiconque a vu de

près la qualité de la pierre, qui est tendre de sa nature, et devait être très fragile au moment de son emploi, car elle contenait encore son eau de can'ière. Or les Romains étaient trop bons constructeurs pour utiliser comme points d'appui des pierres vertes, d'autant que ces points avaient à supporter non seulement une lourde charpente, mais encore des voussoirs dont quelques-uns n'ont pas moins de l^jGO de hauteur. Il est donc très évident qu'ils n'ont jamais usé de semblables points d'appui. IV. De la construction des aqueducs.

— A Rome, la construction des aqueducs était du ressort des censeurs , qui, sous la république, étaient les ministres des finances et des tra-

lOG

AQUEDUC

vaux pul)lics. C'était généralement un sénatusconsulte qui votait les fonds et autorisait les travaux, ainsi que les expropriations pour cause d'utilité publique. II en fut toujours ainsi, sauf de très rares exemples.

De ce que l'édile Agrippa fut chargé directement par Auguste de construire Vaqua Marcia, il ne faudrait pas conclure que les édiles, qui étaient de simples directeurs de travaux, eussent le droit de se passer des autorisations du sénat. Agrippa , il ne faut pas l'oublier, était

Fig. 5. — Coupe du pont du Gard.

le gendre d'Auguste , et comme tel il s'arrogeait des droits que n'avaient jamais pris ses prédécesseurs ; il était , en outre , le grand ingénieur hydi-aulicien , le curator perpehms aquarum.

Une fois les terrains obtenus, les matériaux étaient tirés des fonds les moins éloignés, et, sauf indemnité , chacun devait laisser effectuer le transport à travers ses terres. (Frontin, de Aquœd., 125.) Les eaux captées étaient amenées par divers canaux dans un réservoir commun, d'où partait l'aqueduc : c'était là le capiitaquce; si les eaux, au lieu d'être tirées de sources,

étaient prises à un fleuve ou un lac, le conduit j)rmG\\)a\(specus j canalis) s'ouvrait immédiatement sur le fleuve ou le lac. Les conduites étaient souterraines pour plusieurs raisons : c'était pour maintenir à l'eau sa fraîcheur, pour économiser la construction, car les conduits en terre supportaient mieux la pression de l'eau que s'ils eussent été à l'air libre ; d'aucuns pensent aussi que c'était pour les cacher aux ennemis pendant les guerres. Cette dernière supposition nous paraît la moins plausible, car il n'était guère plus long de couper les aqueducs , qu'ils fussent souterrains ou apparents. Ces conduits

Fig. 6.

Conduit souterrain revêtu de dalles.

souterrains étaient exécutés en simples blocages recouverts de dalles, comme l'indique notre figure 6 ; ou bien , s'ils traversaient une voie, un chemin , une chaussée , le dallage était noyé dans du ciment et recouvert par le revêtement formant la voie ou la chaussée (fig. 7).

Fig. 7. — Conduit souterrain passant sous une voie.

La pente était réglée suivant le terrain à traverser, suivant aussi la vitesse qu'on voulait donner à l'eau. Yitruve nous apprend qu'une bonne moyenne était de 0",152 par 30 mètres; cette pente était, du reste, extrêmement variable. Canina {ArcJiitet. rom., Aqueduti) prétend qu'elle variait de un pied pour cent à un pied pour mille ; l'aqueduc de Nîmes n'a qu'un pied pour 2,500.

Souvent les conduits suivaient les sinuosités du terrain ; souvent aussi, même dans des plaines, ces mêmes conduits faisaient des coudes qui ont été longuement discutés par les archéologues. Nous ne donnerons pas tous les pré-

AQUEDUC

textes à discussions , mais seulement le motif qui paraît le plus raisonnable. Les aqueducs était construits en ligne brisée, afin de rompre la trop grande impétuosité de Teau qui , si elle eût toujours coulé en ligne directe , aurait fini par acquérir une vitesse si considérable qu'elle aurait nui aux constructions.

L'eau coulait dans des canaux de maçonnerie, et, pour l'aérer, les Romains pratiquaient de distance en distance des puits qui servaient à diverses destinations : 1° à donner de l'air ; 2° à entrer dans les conduites , pour les visiter et les réparer; 3° à élever le niveau de l'eau, quand l'aqueduc fonctionnait à la manière d'un siphon, pour remonter par exemple la pente d'un monticule. Les canaux étaient ordinairement construits en maçonnerie de moellons, ou de briques, mais toujom-s revêtus d'une couche de ciment de chaux, sable et tuileau, un véritable mortier hycbaulique. Quand le canal passait sur un aqueduc, comme au pont du Gard, ce sjjecus était tout en pierres jointoyées en ciment ; dans ce cas, le dessus était recouvert en dalles de pien-e, qui mesurent, à cet aqueduc, 1 mètre de large, 2 mètres de long et 0™,33 d'épaisseur ; les parois latérales sont gobetées en ciment, sur lequel certains de nos confrères ont cru reconnaître des traces d'enduit rouge de peinture à l'huile ; rien n'est moins prouvé. Enfin le fond du canal, épais de 0™,22, était formé par mi petit blocage de chaux, de gravier et de pierre, et quelquefois de silex concassé. Les eaiLX, très sédimenteuses , ont laissé de chaque côté de l'aqueduc des dépôts qui n'ont pas moins de 0'",12 'd'épaisseur. Tels étaient les principaux modes de construction adoptés par les Romains dans leurs aqueducs.

Y. Les aqueducs modernes. — Le moyen âge n'a pas construit beaucoup d'aqueducs, surtout en France. Les Mores , en Afrique et en Espagne, en ont élevé plusiem's qui, par leur Ixîauté et leur construction, égalent ceux de l'antiquité.

Eu Eg}q)te, l'aqueduc du Caire a été construit au ix° siècle ; il n'a guère que 2 kilomètres de longueur. Situé entre l'ancienne et la nouvelle \-ilIe, il sert à alimenter les fontaines publiques et l'arrosage des jardins.

En Italie , nous en mentionnerons trois principaux. L'aqueduc de Caserte , qui amène de 50 kilomètres les eaux dans le château de Caserte, est une œu\Te -vTaiment remarquable et qui vous saisit par son aspect grandiose. Le pont de cet aqueduc, haut de G G mètres, long de 309 mètres, se compose de trois rangs d'arcades superposées ; l'étage inférieur en compte 19, celui du milieu 28, et l'étage supérieur 43. L'aqueduc de Caserte coupe le mont Garzano au moyen d'un tunnel qui n'a pas moins d'un kilomètre, et il traverse la vallée de Maddaloni sur le magnifique pont que nous venons de décrire. Cet aqueduc a été bâti par Yantanelli. Les deux autres sont : l'aqueduc de Civita Castellane, et celui de Spolète, avec ses arcades en ogive, élevé par Théodoric, roi des Ostrogoths, au-dessus de la Moragia.

En Portugal, les Mores ont construit un aqueduc, à Elvas, qui témoigne de leurs connaissances ; ils ont donné peu d'épaisseur aux constructions; aussi l'aqueduc d'Elvas, au lieu de se développer en ligne droite, est-il formé par des lignes brisées, sur quatre rangs d'arcades superposées.

En France , il en existe de fort remarquables , dont quelques-uns , celui de Roquef avour par exemple, peuvent rivaliser avec les édifices du même genre bâtis par les Romains. L'aqueduc d'Arcueil, bâti de 1613 à 1624 par Jacques Debrosses, a 3,500 mètres de longueur, dont 400 mètres sont hors de terre. Cette dernière partie se compose de 24 arcades, dont 8 seulement sont à jour; elles mesurent 24 mètres de hauteur. Ce fut Marie de Médicis qui, ne pouvant utiliser l'aqueduc romain d'Arcueil (1), chargea son architecte d'en construire un nouveau pour amener les eaux d'Arcueil au palais du Luxembourg.

— L'aqueduc de Bue, situé à 8 kilomètres de Yersailles, a 70 mètres de longueur; il se compose de 19 arcades de 13 mètres de hauteur. Les piles ont 12 mètres de largeur sur 4 d'épaisseur. L'ensemble de la construction est en meulière avec chaîne et bandeau de roche.

(1) Constance Chlore avait fait Làtir cet aciucduc pour amener les eaux de Rungis aux thermes de Lutéce.

ARABE (architecture).

Bâti en 1G8G, sous Louis XIV, cet aqueduc servait à amener les eaux des étangs de Saclay et du Trou-Salé dans les jardins du palais de Versailles. — L'aqueduc de Maintenon, qui fut une des grandes entreprises du règne de Louis XIV, devait amener à Versailles les eaux de l'Eure. Ce projet, conçu en 1G80 par Lahire et Vauban, reçut un commencement d'exécution en 1683, mais les finances du royaume, épuisées par les folles dépenses du grand roi, furent insuffisantes pour permettre l'achèvement de ce travail gigantesque; il fut abandonné après quatre années de travaux et une dépense incalculable, car, à part le travail de 30,000 hommes de troupes employés pendant ces quatre ans aux travaux de terrassement, on dépensa 8,613,000 li\T^es. L'aqueduc devait avoir 5 mètres de large sur 3 mètres de profondeur et 48 kilomètres de longueur, en partie coupé par des collines et supporté dans les vallées par plus de trente ponts , traverser la vallée de Maintenon sur une longue maçonnerie de 45 kilomètres , et être , au fond de la vallée , à trois rangs d'arcades superposées. Le rang inférieur avait 47 arcades de 13 mètres d'ouverture et de 22°',50 de hauteur, sur un parcours de 975 mètres environ ; le deuxième rang, 195 arcades, de 13 mètres d'ouverture et 22 mètres de hauteur, se développant sur une longueur de 2,235 mètres environ; enfin, l'étage supérieur, 390 arcades de 2,240 mètres environ. La hauteur totale de ce pont aurait été de 71 mètres. Comme on peut en juger, c'était une entreprise colossale , aussi fut-elle abandonnée avant l'achèvement du rang inférieur. Sous Louis XV, on fit prendre des matériaux de cet aqueduc pour rebâtir le château de M'"^ de Pompadour à Crécy.

Enfin, dans le midi de la France, il existe deux aqueducs fort remarquables, l'aqueduc de Montpellier et celui de Eoquefavour.

L'aqueduc de Montpellier a été construit sous Louis XIV, par l'ingénieur Sitôt ; il est souterrain dans un parcours de 9,652 mètres; sa longueur totale est de 13,904 mètres. Sur une longueur de 850 mètres, depuis le réservoir dit des Arcades jusqu'à la place du Pérou (jardin public de la ville), l'aqueduc est supporté par un pont à deux étages : l'étage infé-

rieur compte 53 arcades de 8 mètres d'ouverture, qui supportent le deuxième étage, composé de 183 arcades. L'architecte Donnât a érigé un château d'eau à l'arrivée des eaux sur la place du Pérou : son ordonnance se compose d'une rotonde à trois faces, et chacune d'elles est formée par une grande arcad^e; l'intérieur est circulaire et voûté en coupole; ce château contient un bassin, d'où l'eau s'échappe en cascades sur des rochers et s'écoule dans un bassin extérieur qui entoure le château d'eau proprement dit. — L'aqueduc de Roquefavour, construit dans la vallée d'Arc, à 8 kilomètres d'Aix-en- Provence , se compose d'un pont à trois étages qui réunit, comme au pont du Gard, deux collines. Le premier étage comporte 12 arches qui mesurent 34'",10 au-dessus de l'étiage de la rivière la Durance; le deuxième étage a 15 arcades de 38 mètres de hauteur au-dessus du couronnement de l'étage inférieur ; enfin l'étage supérieur présente 53 arches de 10™,90 de hauteur, au-dessus du deuxième rang. La hauteur totale de la construction est de 86 mètres, sa longueur de 400 mètres ; les fondations ont été descendues à 10 mètres de profondeur. Le pont-aqueduc de Roquefavour, construit par Mont-Richer, témoigne des connaissances , du goût et de l'habileté de cet architecte-ingénieur, qui , pour diminuer le poids de la construction , a conservé des vides dans les reins de ses voûtes. L'aqueduc de Roquefavour, construit pour amener les eaux de la Durance à Marseille, a été achevé en 1848 ; c'est sans contredit l'un des plus imposants travaux d'architecture contemporaine et qui égale les magnifiques travaux romains de ce genre.

Aujourd'hui , grâce à la foïite de fer, on produit des tuyaux d'un diamètre considérable, qui permettent l'établissement de siphons, ce qui économise de grands travaux de maçonnerie ; les puissantes machines hydrauliques à vapeur, qui permettent d'élever l'eau à des hauteurs considérables, rendent aussi moins fi'équent l'emploi des ponts-aqueducs eux-mêmes.

ARABE (Architecture). — Les Arabes étendirent leurs conquêtes en Europe depuis

ARABE (architecture).

Coustantinople jusqu'aux confins de rEspagnc. La puissance et la gloire qu'ils acquirent, après la chute définitive de l'empire romain, développa chez eux le goût des sciences, des lettres et des arts. L'Afrique et l'Espagne, où leur domination eut le temps de s'affermir, renferment encore aujourd'hui des monuments dignes d'attention et qui témoignent du goût, de l'originalité et des hautes facultés des Arabes, comme constructeurs et décorateurs. L'architecture arabe, appelée aussi mahométane, musulmane, sarrasme, et moresque en Espagne, a un caractère propre et des qualités constitutives indéniables qui en ont fait un art véritable.

Avant l'ère de [Mahomet, il n'existait en Arabie aucune trace d'un art original; au vi" siècle, quand un incendie ruina le temple de Kaaba à la Mecque, ce furenli des architectes étrangers qui le réédifièrent ; et même plus tard, quand l'islamisme eut pénétré dans les contrées voisines de l'Arabie, les califes confièrent aux artistes grecs la construction de leurs édifices rehgieux. Le calife AValid demanda même à l'empereur Justinien II de lui envoyer des ouvriers pour élever des mosquées à Médine, à Jérusalem et à Damas; dans la mosquée de cette dernière ville, les deux minarets sont d'architecture grecque. Jusqu'au X' siècle, l'influence des artistes byzantins se fait sentir dans toutes les œuvres des artistes grecs, traduites en style arabe.

La Perse exerça également une grande influence sur l'art musuhnan; en effet, les richesses et la magnificence que les souverains asiatiques déployèrent avec tant de profusion dans leurs résidences , de même que les formes capricieuses de l'architecture persane, ne pouvaient manquer de séduire la vive imagination des Arabes ; c'est alors qu'on \àt surgir un style particuher, moitié byzantin, moitié persan , qui reçut ultérieurement des modifications assez profondes, par suite des rites et des règles de l'islamisme; c'est pendant cette période, c'està-dire vers le xii'^ siècle, que les mosquées et les djamis se cou\Tirent de dômes ovoïdes , que les minarets furent couronnés de terrasses crénelées, portant des merlons à redans : or ces deux formes architectoniques sont évidemment

importées de la Perse. Bientôt l'arc plein cintre et l'arc ogival s'allongent en fer à cheval et se cou\Tent d'une riche ornementation ; d'élégantes découpures concourent encore à leur décoration; mais comme la loi de Mahomet interdit la représentation d'êtres animés, les architectes arabes y suppléent admirablement par des rinceaux et des entrelacs composés de figures géométriques , de fruits et de fleurs ;

style arabe. — Claire-voie d'une fenêtre (mosquée iVAbou-Bezik , au Caire).

ils poussent même si loin cette étude des rinceaux, qu'ils ont fait appliquer le nom d' Arabesques (voy. ce mot) à ce genre d'ornementation, bien qu'ils n'en soient pas les inventeurs , car les Grecs et les Romains , et même les Egyptiens et les Assyriens, l'avaient employé avant eux.

Dans le principe, les architectes arabes sont d'assez médiocres constructeurs ; insensiblement, ils arrivent à créer des monuments qui témoignent de leurs progrès dans l'art de bâtir, où ils finissent par passer maîtres ; mais en tout temps ils se montrent d'excellents décorateurs. La substitution de la faïence émaillée aux mosaïques byzantines leur fournit un élément de décoration d'une richesse (j[u'il est difficile de surpasser. Signalons un autre élément caractéristique ({u'ou retrouve dans près-

Page 1