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ARCEAU

archaïsme.

L'auc de Bénévent est une arcade simple qui a K; mètres de hauteur; il a été construit en l'an 114 de J.-C. par l'architeete Apollodore, en l'honneur de Trajan, comme l'indique une inscription placée dans l'attique. Il est tout en marbre blanc de Paros.

L'arc de Rimini est construit en pierre blanche d'Istrie, et percé d'une seule arcade de 9'",1'^ de hauteur sous la clef et 8'",15 de largeur. La hauteur totale de ce qui subsiste de l'ancien monument est de 15°',90. Cet arc a été dédié à Auguste, en commémoration du rétablissement de la voie Flaminienne jusqu'à Rome. Le fronton est supporté par deux colonnes corinthiennes à demi engagées. Les tympans au-dessus de l'arcade sont décorés d'un côté des médaillons de Jupiter et de Vénus, et de l'autre de ceux de Neptune et de Minerve. Au moyen âge, cet arc a été couronné de créneaux.

. L'arc de Suse a été élevé également en l'honneur d'Auguste ; il n'a qu'une arcade, dont l'archivolte est supportée sur des pilastres. Citons enfin, pour mémoire, hs parles de Pola et de Fano.

Dans les temps modernes, les peuples ont aussi élevé des arcs de triomphe; nous nous bornerons à citer les plus remarquables : ce sont, à Paris, les arcs de l'Etoile, du Carrousel ; à Naples , l'arc du roi Alphonse d'Aragon ; à Vicence, l'arc de Palladio, et à Berlin , celui qui est à l'entrée du palais royal.

Bibliographie. — Durand, Recueil et parallèle des édifices de tout genre, anciens et modernes, etc., Paris, an IX (1800), très gr. in-fol. avec 91 pi. ; — Canina, V Architettura romana, ii, p. 676 et s., III, p. 473 et s.; — Bellori, Veteres arcus Augustorum triumpliis insignes, Eome, 1690 et 1824; — Desgodetz , les Édifices antiques de Rome , Rome , 1822; — Piranesi, Vues de Rome; — Rossini, gli Archi trionfali, oiiorarii e funèbre degli antiche romani, etc., 73 pi. , Roma, 1836, gr. in-fol. ; — Gailhabaud, Monuments anciens et modernes, 1, Paris, 1850; — Donaldson, Portes monumentales de la Grèce et de r Italie, Paris, 1850; — Caristie, Pla)i et coupe du forum romain, Paris, 1831; du même, Monument antique d'Orange, Paris, 1856; — Brigenti, Illusfrazione deW arco di Augusto, Rimini, 1825, in-fol.; — Massazza, F Arco antica de Suza, Turin , 1750 in-fol.: — marquis de Cliaumont, Arcs

du Pont de St-Chumas, t. XII de Vllist. de VAcad. des inscrivit. ; — Lamy , Description de deux monuments anciens près de lu ville de Saint- Rémy , 1737, in-S"; — Malosse, Monuments antiques de Saint- Rérny décrits et expliqués, Avignon, 1818, in-8°;

— Lebeuf , VArc d Orange, dans les Mémoires de VAcad. des inscri2)t., t. XXV; — Raban, les Antiquités de la ville et cité d'Orange, 1856; — de Gasparin, Histoire de la ville d'Orange, 1815, in-12 ;

— Artaud, VArc cVOrange, 1840, in-80 ; — J. Boustet, Notice historique et archéologique sur Orange, 1841, in-8°; — Herbert, V Inscription de Varc d'Orange, Paris, 1862, in-8''; — Nicastro, Descrizione dell arco eretto in Benevento, Jiénévent, 1723, in-4»;

— Carlo Nolli, DelV arco Trajano in Benevento, Naples, 1770, in-fol.

Arc de triomphe. — Xom donné à l'arcade qui se trouve au milieu des transepts des églises.

ARCEAU, s. m. — Voûte ou petite arche d'un pont construit sur un ruisseau ou un ra\àn.

Au pluriel, ce mot a deux autres significations : Arceaux, ornement de sculpture en forme de trèfle. Ce terme sert aussi à désigner une craie rouge que les charpentiers emploient après l'avoir délayée dans l'eau.

archaïque, adj. — Qui est empreint d'ARCHAiSME (voy. ce mot) , qui appartient à la plus haute antiquité : Le style archaïque de ce moîiumenl montre qu'il appartient aux temps qui ont précédé le siècle de Périclès.

archaïsme, s. m. — De àp/aïa.uioç (de (xpyaïo;, ancien, etc., de àpx^M commandement.) Caractère que présentent des œu\Tes d'art empreintes d'un goût, d'un style ou d'une exécution appartenant à une époque très ancienne. L'archaïsme résulte soit du respect accordé aux traditions, soit d'une imitation d'édifices plus ou moins anciens pris comme tyjjes. Il peut exister soit dans la distribution d'un édifice, soit dans la répartition des membres, d'architecture , soit dans le galbe des moulures et jusque dans l'appareillage des matériaux. L'appareil cyclopéen, par exemple, est un appareil archaïque. La peinture et la sculpture en présentent les caractères plus facilement encore que l'architecture.

ARCHAL. — ARCHEOLOGIE.

On peut, dans l'exécution d'une œuvre d'art, introduire plus de naïveté que d'archaïsme, car l'archaïsme est indépendant de la volonté. Cependant il faut convenir que l'archaïsme qu'on a cherché à introduire de nos jours dans certaines restaurations a été rendu quelquefois avec beaucoup de talent.

ARCHAL (Fil d') ,s. m. — Fil de métal très mince , qu'il soit de laiton ou de fer.

ARCHE , s.f. — Voûte qui porte sur les piliers et les culées d'un pont. Une arche peut être surhaussée, surbaissée, plein cintre, ellijptique, cyclo'idale, suivant la courbe qui l'a engendrée.

Ce n'est guère que depuis le siècle dernier qu'on a choisi et arrêté, pom* ainsi dire, un arc particulier comme générateur des arches de pont. Autrefois on adaptait à l'arche la forme de l'arc en vogue et caractéristique du style d'architecture qui prédominait. Ainsi, dans l'antiquité et jusqu'au xiii*^ siècle, la plupart des arches furent à plein cintre ; jusqu'au milieu du xvi'', elles furent généralement en ogive ; le xviii" siècle avait adopté l'AxsE DE PANIER (voy. ce mot), abandonné de nos jours pour I'Arc segmextaire (voy. ce mot).

Les arcs qui réunissent les conditions de débouché, de solidité et d'élégance, doivent être recherchés de préférence pour la construction des arches, qui se construisent^ du reste, comme toutes les voûtes et par les mêmes moyens, en employant toutefois de plus grandes précautions pour le Cintrage et le Décixtremext (voy. ces mots).

Les arches reçoivent différentes dénominations : ainsi on nomme arche d'équilibre, celle dont toutes les parties supportent la même pression; arche marinière, celle réservée au passage des bateaux; enfin maîtresse arche, celle du milieu d'un pont : généralement celleci est plus large et plus élevée que les autres. (Voy. Poxï.)

ARCHÉE, s.f. — Portée d'un arc.

ARCHÉOGRAPHE, s. m. — Celui qui dé-

crit, soit par la plume, soit par le crayon, les monuments anciens ; mais ce mot est principalement appliqué à l'artiste qui dessine, car celui qui ne fait que parler ou écrire sur les monuments anciens se nomme plutôt Archéologue (voy. ce mot).

ARCHÉOGRAPHIE, s.f. — Description des monuments anciens, soit par écrit, soit plus particulièrement au moyen du dessin. L'archéographie est la principale branche de l'archéologie.

L'archéographie écrite doit avoir pour base une bonne terminologie et être faite avec méthode et précision. La partie graphique de l'archéographie exige de celui qui s'y livi'e un talent, un sentiment et un goût tout particuliers, qui lui permettent de se rendre bien compte du caractère des monuments.

ARCHÉOLOGIE, s.f — Science qui a pour objet l'étude des œu\Tes des temps passés, des antiquités. Ce terme vâent du grec àp/aioXoyt'a (de àp^ifaloç, ancien, et ^oyoç, discours). L'archéologie puise des renseignements utiles dans la Philologie, I'Épigraphie , la Numismatique, la Glyptique, I'Iconographie et la Paléographie (voy. ces mots). Cette science a fait depuis le commencement du siècle d'immenses progrès, parce qu'au lieu de se contenter de simples rapprochements philologiques, les archéologues modernes se sont appliqués à l'étude comparative des monuments ; c'est par là qu'on a constaté plus sûrement l'authenticité de ceux-ci et qu'on a l^u établir des bases certaines qui ont permis les recherches les plus sérieuses.

Quoi qu'on ait pu dire et écrire, V archéologie n'a pas fait son temps; elle a seulement traversé les différentes i^hases par lesquelles passent toutes les sciences pour arriver à la maturité. Elle a rendu de grands services et nous ne doutons pas qu'elle ne soit appelée à en rendre de plus grands encore. C'est elle qui , en suivant les transformations de l'art , a permis de reconnaître les diverses civilisations et les différents peuples que le voisinage ou la conquête avaient confondus en un seul.

Les anciens ne connurent pas l'archéologie

lU

ARCHÉOLOGIQUE. ~ ARCHIBAXC.

comme science ; ils ne possédaient pas assez d'éléments pour la constituer ainsi ; ils avaient cependant des Archéologues (voy. ce mot) ; mais ceux-ci ne s'occupaient que de la description des monuments presque contemporains, c'étaient plutôt des archéographes. La vraie science archéologique ne date guère (|ue de la renaissance des lettres en Europe. A l'article Archéologue, nous citerons les noms des principaux savants qui ont contribué au mouvement archéologique et fondé l'archéologie. Un bon architecte doit connaître au moins les éléments, les notions générales de l'archéologie, surtout de V archéologie monumentale, c'est-à-dire de celle qui traite des monuments , de l'architecture , de la peinture et de la sculpture. (Voy. Archéologue.)

ARCHÉOLOGIQUE, adj. — Qui a rapport à l'archéologie.

ARCHÉOLOGUE, s. m. — Celui qui est versé dans l'archéologie. Les premiers archéologues datent du xvi® siècle. Dante et Pétrarque, en recherchant de vieux manuscrits, recueillirent beaucoup d'anciennes inscriptions ; la renaissance des lettres, la découverte d'anciennes peintures et sculptures, excitèrent un mouvement qui créa beaucoup d'archéologues, Laurent de Médicis fonda à Florence la première chaire d'archéologie.

Au XVII'' siècle , le mouvement s'accentua ; les explorations scientifiques exhumèrent les monuments de la Grèce ; c'est alors que de savants archéologues écrivirent des ouvrages : c'étaient Grsevius, Gronovius, Grutei-, Muratori, Montfaucon , Kircher, dom Martin et Baxter. Au XVIII* siècle, l'archéologie progressa encore et fut très sérieusement étudiée par des archéologues éminents; nous nommerons "Winckelmann, de Caylus, Eckel, Rasch, Morêlli, Vaillant, Passieri, Lanzi, Dempster, Zoega, Ficoroni et Visconti ; enfin notre siècle a fourni, chez toutes les grandes nations, des archéologues très érudits ; citons, en Angleterre : Bœck, Britton, Cotmann, J.-G. Wilt, Kosegarten, Milner, Nicholson, Ogilvie, Parker, Pugin, Youug, Wyatt, Papworth ; en Italie : Borghesi, Carcani, Cattaneo, Fea, Malaspina,

Micali, Napione, Xibby, Orioli, PejTon, Rosellini, Rossi, Testa, Vermiglioli ; en Allemagne : Bœttiger, Ottfried Millier ; en France : Batissier, Beulé , Burnouf , de Caumont, Champollion, Amb. Firmin-Didot, Didron, du Sommerard, Dumont, Ch. et Fr. Lenormant, Lenoir, Letronne, Longpérier, Millin, Mongez, de Vogué , de Saulcy, et tous les membres de l'Académie des inscriptions et belles- lettres.

ARCHÈRE ou ARCHIÈRE, s./. — Meurtrière verticale à l'usage des archers ou tireurs d'arc. (Voy. Meurtrière.)

ARCHET ou ARÇOX, s. m. — Outil qui sert à percer à la main ou sur le petit tour dit à l'archet. Cet outil , employé par divers corps d'états (menuisiers, serruriers, treillageurs,

Archet.

fabricants de cages d'oiseaux en bois, etc.), se compose d'une tige d'acier flexible , ordinairement un fleuret hors d'usage, dont une des extrémités s'engage dans un manche à main, tandis que l'autre est recourbée en crochet, et d'une corde à boyau , dite corde d'arçon , garnie de fil de fer et attachée d'une part au crochet et de Tautre à un anneau fixé au manche ; quand cette corde est enroulée autour de la l)oîte du foret, la tige d'acier forme un petit arc : de là son nom d'archet. (Voy. Foret.) L'archet ne sert qu'au percement de trous de petit diamètre ; pour s'en servir, l'ouviier lui imprime un mouvement de va-et-vient qui fait tourner le foret.

ARCHÉTYPE, s. m. — Modèle primitif d'après lequel une œuvre est exécutée ; plâtres moulés sur des reliefs en terre glaise, et qui servent de modèle pour exécuter des hauts reliefs, des bas-reliefs, de la sculpture ou des ornements quelconques sur une autre matière.

ARCHIBAXC, s. m. — Ancien mot qui désigne un banc à dossier servant de siège d'honneur.

ARCHIERB.

ARCHITECTE

ARCHIÈRE. — Yoy. Archère.

ARCHIXE, s. m. — Unité de longueur, usitée en Russie; cette mesure n'a pas tout à fait un mètre.

ARCHITECTE, s. m. — Ce mot, dérive de àp/ txs'xTwv (de ap/w, je commande, et t/î^twv , artisan en général, mais plus particulièrement charpentier), signifie donc maître charpenfier. Telle dut être dans le principe la signification du mot arcliitccte; en effet, à toutes les époques, la plus grande difficulté dans Fait de bâtir a été de couvrir parfaitement les édifices. On conçoit dès lors l'importance qu'on attachait à la charpente qui devait supporter la couverture; on comprend aussi qu'à l'origine des civilisations, chacun était plus ou moins apte à creuser la terre pour jeter des fondations ou pour élever des murs. Mais ces travaux préliminaires accomplis, lorsqu'il s'agissait de couvi'ir l'édifice, il fallait employer le charpentier : or, comme c'était l'ouvrier le plus expert , auquel on avait recom's dans tous les cas difiiciles, le maître charpentier dut s'ériger bientôt en maître de l'œuvi-e; il dut dresser les plans d'un édifice, le faire exécuter, en régler les dépenses, et peut-être li^Tcr son travail pour un prix convenu ; c'était probablement ce que nous appelons de nos jours un entrepreneur général.

Telle a été sans doute l'origine de la profession d'architecte. De nos jours, l'architecte est celui qui exerce en maître l'art de bâtir, qui dresse les plans et devis d'un édifice, en dessine les détails pour l'exécution, en dirige les travaux et en règle la dépense. Or la multiplicité des connaissances nécessaires pour exercer convenablement cette profession fait qu'un architecte n'est pas un homme ordinaire ; et l'idée que nous venons d'émettre ne nous appartient pas en propre : les anciens la partageaient entièrement, si nous en jugeons par la variété des connaissances qu'ils demandaient à l'architecte. Vitruve les a parfaitement résumées dans les lignes suivantes :

L'architecte, dit-il, doit savoir écrire et dessiner, être instruit dans la géométrie, ne pas ignorer roptiijue, posséder la science du calcul, connaître l'histoire, avoir étudié la philosopliie,

avoir acquis des connaissances en musique et quelques notions de médecine, de jurisprudence et d'astronomie. En voici les motifs :

Il a besoin de savoir bien écrire, pour dresser des mémoires clairs et précis de tout ce qu'il doit exécuter. Il faut qu'il sache le dessin, afin qu'il puisse dessiner les projets qu'il a conçus. La géométrie lui servira à prendre des alignements et à dresser toutes choses par l'équerre et le niveau. L'optique lui est nécessaire pour disposer les jours et les ouvertures selon les expositions convenables. La science du calcul lui est indispensable, dans les ouvrages qu'il entreprend, pour régler les mesures et les proportions qui se trouvent quelquefois mieux par le calcul que par les opérations géométriques.

L'histoire lui donne la raison et lui fournit la matière de presque tous les ornements de l'architectiu'e. L'étude de la pliilosophie perfectionne l'architecte, en lui donnant de l'élévation d'âme et une certaine hardiesse qui n'est point de l'arrogance. Elle lui enseigne encore à être équitable, fidèle et désintéressé. Quant à la musique, il doit la posséder, pour l'intelligence des machines et la construction des théâtres. Il faut qu'il soit versé dans la médecine, afin d'apprendre quelles sont les différentes situations des lieux de la terre appelés cUmats par les Grecs , et de connaître les qualités de l'air, les propriétés des eaux, et les causes de salubrité ou d'insalubrité de chaque région.

L'étude de la jurisprudence lui enseignera les coutumes des lieux pour la construction des murs mitoj-ens, des écoulements des toits et des égouts ; elle le mettra à même de donner de sages conseils pour dresser les baux sans ambiguïté , et de satisfaire ainsi aux intérêts des deux parties. L'astronomie lui servira pour la fabrication des cadrans solaires, et par la connaissance que donne cette science des points cardinaux, des équinoxes, des solstices et du cours des astres.

A toates ces connaissances que Vitruve demande à l'architecte, il veut encore qu'il joigne un grand travail à un parfait désintéressement ; ce passage n'est pas moins curieux ; aussi allons-nous le résumer :

Je sais bien, dit l'architecte romain, qu'on estime généralement comme la principale sagesse, celle qui nous rend capable d'amasser de grandes richesses, et qu'il s'est trouvé des hommes assez heureux pour acquérir des biens et de la réputation tout ensemble. Mais lorsipie la plupart des gens ne mettent leurs soins qu'à briguer les occasions de

ARCHITECTE

fortune, moi j'ai appris de mes maîtres qu'un architecte doit attendre qu'on le prie de prendre la conduite d'un ouvrage, et qu'il ne peut sans honte faire une demande dont son intérêt est le but, puisqu'il est bien certain qu'on ne sollicite pas les gens pour leur faire du bien, mais pour en recevoir d'eux. En effet, que doit penser celui qu'on engage à dépenser sa fortune , sinon que le solliciteur espère y faire un grand profit au préjudice du sollicité? C'est pourquoi on s' informait autrefois, avant d'employer un architecte, de sa naissance et de son éducation, et l'on se fiait plus à celui en qui on reconnaissait de la modestie, qu'à ceux qui affectaient de paraître fort capables.

Comme on le voit , peu de professions exigent des connaissances aussi multiples ; ce qui nous permet de dire que tous ceux qui portent le titre d'architecte sont loin d'avoir les capacités requises pour exercer cette profession. Il n'est pas nécessaire d'avoir un diplôme pour être architecte ; il suffit de payer patente.

Chez les anciens et jusqu'à la fin de la renaissance, l'architecte était aussi peintre, sculpteur, ingénieur, et quelquefois graveur; il n'en est plus de même aujourd'hui : beaucoup d'architectes, en effet, ne connaissent même pas les éléments de la peinture et de la sculpture; quant aux travaux du génie civil, ils sont, pour ainsi dire, l'unique apanage de l'ingénieur, parce que les architectes ont négligé d'apprendre l'hydraulique, le chauffage et la ventilation , le tracé des routes et des canaux, la mécanique agricole, en un mot, tout ce que sait l'ingénieur moderne. Aussi nous ne doutons pas que l'architecte spécialiste, c'est-à-dire tel qu'il existe aujourd'hui , ne disparaisse à son tour, et la belle profession d'architecte redeviendra bientôt ce qu'elle était à son origine , c'est-à-dire une profession qui demande des connaissances encyclopédiques. Il est, en effet, de plus en plus évident qu'on ne peut séparer entièrement la science et l'art, et faire une architecture scientifique et une architecture artistique.

LÉGISLATIOîs" et JURISPRUDEXCE. — D'a-

près la loi , l'architecte est celui qui dresse les plans et devis d'une construction et qui en dirige les travaux. L'exécution de ceux-ci est faite par un entrepreneur ou des ouvriers. Suivant la nature et l'importance de la mis-

sion qui est confiée à l'architecte, sa respon. sabiHté et ses devoirs varient. Il y a donc différents cas que nous allons étudier et qu'il s'agit de bien spécifier :

1" L'architecte donne uniquement les plans et devis ;

2" Il fournit les plans et devis, et se charge en outre de l'exécution des travaux ;

3" Il surveille, ayant fourni les plans et devis, l'exécution des travaux confiés par le propriétaire à un entrepreneur de son choix ;

4" Il est simplement appelé à la vérification des mémoires de travaux auxquels il est resté complètement étranger.

1" Cas. — Responsaliilité de l'architecte qui donne uniquement les plans et devis. — L'architecte à qui on a demandé uniquement des plans et devis n'est responsable que du préjudice qui serait la conséquence évidente de l'exacte exécution de ces plans et devis, ce qu'il faudrait prouver contre lui ; on le ferait facilement, si les plans et devis étaient signés de lui. (Pour renseignem. compL, voy. Lepage, p. 26, 27 et 28; Troplong, Louage, t. II, n» 1002; Duvergier, Louage, t. "Il, n° 354; Frémy-Ligneville , 1. 1 , n» 94 ; Encgcl. cVarch., 1860 , p. 116.)

2*^ Cas. — L'architecte fournit lesplmis et devis et se charge de l'exécution des travaux. — Dans ce cas, l'architecte de\'ient entrepreneur; il est donc soumis à une double responsabilité, comme architecte et entrepreneur (voy. Frémy- Ligne\'ille, t. I, n° 1), responsabilité qui est déterminée par l'article 1792 du Code civil, ainsi conçu :

Si l'édifice construit à prix fait périt en tout ou en partie par le vice de la construction, même par le vice du sol, les architectes et entrepreneurs en sont responsables pendant dix ans.

3" Cas. — Fournissant les plans et devis, il surveille Texécution des travaux confiés par le propriétaire à tm entrepreneur de son choix. -^ Ici il est .bien évident que si l'entrepreneur ou ses ouvriers trompent, ou sont incapables, l'architecte ne peut être responsable des fautes d'un homme qui lui a été imposé par le propriétaire. Cependant, si les malfaçons sont teUes qu'elles auraient dû être aperçues par l'architecte, s'il avait surveillé les travaux avec

ARCHITECTE

le soin nécessaire, il doit alors, en cas d'insolvabilité de l'entrepreneur, répondre des condamnations prononcées contre celui-ci. (C. d'Ét. 9 mai-s 1854; S. V. ISSG, 2, 655; J. P. 1854, 32; C. d'Ét. 12 juillet 185G; Sourdat, Res2h, t. II, n° 674.)

Les malfaçons et vices d'exécution sont reprocliables à l'architecte, qu'ils proviennent de l'exécution pure et simple des instructions fournies par le propriétaire, ou de l'emploi des matériaux fournis par lui ; car les connaissances techniques de l'architecte lui font un devoir de refuser un mode défectueux de construction proposé par le propriétaire, ainsi que ses mauvais matériaux , et il peut au besoin résister à ses prescriptions et instructions. (C. Bourges, 13 août 1841 ; J. P. 1842, t. CLXXXI; S. V. 1842, 2, 73.)

Cependant si le propriétaire persiste, après que l'architecte lui a signalé les inconvénients de ce mode de construction proposé, la responsabilité de celui-ci n'est plus en cause ; mais il devra toujom's se mettre en mesure de pouvoir prouver, le cas échéant, qu'il n'a exécuté un mode défectueux de construction ou employé de mauvais matériaux que sur des ordres formels du propriétaire, ordres que ce dernier aurait alors donnés en connaissance de cause. (C. Paris, 12 fév. 1848 ; J. P. 1848, 2,90.)

La perte ou les dommages causés par le vice du sol engagent la responsabilité de l'architecte, qu'il exécute des travaux ou qu'il dirige l'exécution (12 fév. 1850, Cass. ; S. V. 1851, 1, 97; J. P. 1851, 1, 101 ; C. Bastia, 7 mars 1854 ; J. P. 1854, 2, 341) ; car, avant d'y établir des constructions, il devait s'assurer, par tous les moyens en son pouvoir, des conditions dans lesquelles se trouvait le sol.

L'approbation des plans et devis d'un édifice public par la commission des bâtiments civils et par le préfet ne dégage pas la respon- Siibilité de l'architecte, en cas de perte ou dommage par suite des vices du plan. (S. V. 1851, 2, Wd;ihiiï. 18G8, 1, 95.)

Le dommage résultant de l'inobservation des lois du voisinage ou des règlements de police, inobservation qui a entraîné des peines pécuniaires ou l'obligation de démolir, incombe

encore à l'architecte, s'il a négligé d'avertir le propriétaire de l'iri'égularité du mode de construction. (Lepage, t. II, p. 15 et suiv. ; Duvergier, Louage j n" 3G1 ; Troplong, Louage, \\° 1012.)

Cependant l'architecte ne sera plus responsable, s'il peut démontrer que le mode de construction irrégulièrement exécuté a été demandé expressément par le propriétaire, et cela, malgré les observations présentées par l'architecte, qui informait le propriétaire que le mode de construire était contraire aux règlements et aux lois. (J. P. 1853, 2, 448; S. V. 1852, 2, 361 ; Frémy-Ligneville, n" 89 ; S. V. 1857, 2, 779.)

En un mot, la responsabilité de l'architecte s'applique à toutes sortes de constructions , sauf toutefois à celles qui ne seraient devenues immeubles que par destination. (S. V. 1844, 2, 173 ; J. P. 1845, 1, 215.) (Pour complément de ce troisième cas de responsabilité , voy. Ex-

TREPRENEUR.)

4^ Cas. — UarcMlede est simplement appelé à la vérification des mémoires de travaux auxquels il est resté complètement étranger. — Dans ce cas , l'architecte n'est qu'un simple vérificateur, qui n'est garant que de son dol et de son incapacité. (Frémy-Ligneville, t. I, n" 117; Lepage, t. II, p. 35 et suiv.) (Voy. Vérificateur.)

De la responsabilité décennale. — Les chambres réunies de la cour de cassation ont tranché définitivement une vieille controverse relative à la responsabilité des architectes et des entrepreneurs.

Voici en substance l'aiTêt rendu par cette cour suprême, qui sera désormais la sauvegarde des architectes et des entrepreneurs , car il limite leur responsabilité à une période de dix ans.

De la combinaison des articles 1792 et 2270 du Code civil, il résulte que le législateur a voulu comprendre dans un délai unique de dix ans, à partir de la réception des travaux, la responsabilité que l'article 1792 met à la charge des architectes et des entrepreneurs pour les gros ouvrages qu'ils ont dirigés ou faits, et l'action en garantie (]ue le même article accorde au propriétaire de l'édifice à raison du vice de

ARCHITECTE

construction ou du sol, olc telle sorte que, après dix ans ainsi que le porte l'article 2270, les architectes et les entrepreneurs sont déchargés dans le passé comme dans l'avenir, si le pro- ]iriétaire n'a pas intenté son action dans les dix ans.

En conséquence, le propriétaire de l'édifice prétendrait vainement que son action aurait pour point de départ la manifestation du xke et non pas la réception des travaux ; qu'elle aurait été, par suite, valaV)lement exercée après l'expiration de la période décennale , parce que le vice s'était révélé avant cette expiration ; (juc la prescription à laquelle elle était soumise à partir du jour de la révélation était, en l'al)sence d'une disposition spéciale réglant sa durée, celle de trente ans, qui est la prescription du droit commun.

Si l'architecte a pris un travail à forfait , il ne peut demander d'augmentation de prix, à moins qu'il ne justifie d'ordres donnés par écrit pendant le cours des travaux ; c'est ce qui résulte de l'article 179;3 du Code civil.

Les architectes ont privilège sur les immeubles qu'ils construisent. Le Code civil le leur accorde par les articles 210:3 et 2110.

Honoraires de l'architecte. — Les honoraires de l'architecte ne sont pas fixes et invariables, comme on le croit trop généralement : ainsi, pour les travaux au-dessous de 5,000 fr., il est alloué 7 % aux architectes, et pour les travaux qui dépassent 5,000 fr., ils reçoivent 5 % qui se décomposent ainsi, suivant l'arrêté du conseil des bâtiments civils du 12 pluviôse an VIII, confirmé par ordonnance du 10 octobre 1841 :

Rédaction des plans et devis 1,50 p. %

Conduite des travaux 1,50 »

Réception, vérification et règlement. 2,00 »

Total 5,00 p. %

Si l'architecte a fiiit et uniquement fourni les plans d'une construction, il lui est alloué 2,50 % du prix auquel peuvent être évaluées les dépenses de ces ouvrages ; si , au contraire, il exécute les plans faits par un autre, il ne lui est dû que 2,50 % ; enfin, s'il ne fait que le métré et la vérification, il ne doit toucher

que 1,50 % du montant des dépenses auxquelles s'élèvent les mémoires réglés.

Nous devons ajouter que les honoraires de l'architecte peuvent être réglés par des conventions particulières entre les parties, car les 5 ^ et même les 7 % que l'usage alloue peuvent être insuffisants, si les travaux sont de peu d'importance ou bien si, étant importants , ils exigent des études très longues et très difficiles, comme, par exemple, si on charge un architecte de dessiner un mobilier, des décorations, des objets d'art quelconques; de même que des travaux courants, qui ne demandent que peu d'étude, par exemple, des bâtiments d'usine, des cités ouvi'ières ou autres travaux dont les dépenses s'élèvent quelquefois à plusieurs millions, peuvent être exécutés d'un commun accord pour moins de 5 % ; mais lorsqu'on propose des travaux avec une réduction des honoraires d'usage, il faut que l'honorabilité de l'architecte soit au-dessus de tout soupçon, sans cela le client est souvent dupe de l'économie qu'il croit réaliser.

En dehors des honoraires que nous venons d'examiner, il est alloué aux architectes des sommes variables, 1" pour des vacations et frais de voyage, 2" pour des états de lieux.

Vacations et frais de voyage. — Pour chaque vacation de trois heures de tout architecte expert ou artiste, opérant dans le lieu de son domicile, ou dans un rayon de deux myriamètres, il est dû :

fr.

Dans le département delà Seine 8,00

Dans les autres départements 6,00

Au delà dé deux mpùamètres, il est alloué pour chaque myriamètre, à titre de frais de voyage et de nourriture, soit pour aller, soit pour revenir :

fr.

Aux architectes de Paris 6.00

A ceux des départements 4,00

Pour quatre vacations par jour sans déplacement :

fr.

Aux architectes de Paris 3-2.00

A ceux des départements 24,00

S'il y a moins de (juatre vacations, la réduction est proportionnelle.

ARCHITECTONIQUE. — ARCHITECTUEE.

États de lieux. — Pour les états de lieux régulièrement établis, faits dans des circonstances ordinaires et sans déplacement, il est dû, pour cha(|ue rôle de 25 lignes à la page, et compris la première expédition :

En cas de rédaction par un seul architecte. . 3,00 En cas de rédaction contradictoire et simultanée par deux architectes 4,00

Pour chaque expédition en phis, par rôle. . 0,50 Pour tous les états de lieux et estimations de matériel d'établissements agricoles ou industriels, des théâtres, des usines, etc., et pour plans y annexés, contre-vérification, revision ou modification d'anciens états de lieux, par vacation, après estimation. . . . 8,00

Les déplacements pour états de lieux (rédaction et vérification) donnent droit, en sus des prix du rôle ci-dessus mentionnés, à toute demande d'honoraires et de frais conformément aux tarifs des expertises près les tribunaux ci-dessus rapportés. (Décision de la Socièlè centrale des architectes, du 2 juillet 1850.)

Le prix d'un état des lieux, régulièrement établi, dans les circonstances ordinaires et sans déplacement, doit être payé pour chaque rôle, et compris deux expéditions. 3 fr. 50 Chaque expédition en sus 0 50

Architecte voyer. — Architecte chargé, par la préfecture d'un département ou par une municipalité, du service de la voirie, de l'insjxiction et de la surveillance des travaux qui sont exécutés dans un arrondissement ou dans une ville.

ARCHITECTOXIQUE, aclj. et s. f. — Pris substantivement, ce mot sert à désigner l'art de la construction ; il est donc employé quelquefois comme synonyme d'architecture; mais il est d'un usage plus fréquent comme adjectif, et dans ce cas il devient le qualificatif des sciences qui se rattachent à l'architecture : ainsi on dira, chimie, })hysiquc, géologie, science architecionicjue; tandis (pie le mot architectural, que nous donnons plus loin, qualifie plutôt ce qui se rapporte à l'architecture considérée comme art. Xous ajouterons que dans le langage usuel on confond à tort les mots archilectonique et Architectural (voy. ce mot).

ARCHITECTONOCJRAPHE, s. m. — Celui qui s'occupe d'architectonographie, celui qui décrit un édifice au point de vue architectonique. Toutes les connaissances nécessaires à l'architecte sont indispensables à l'architectonographe ; mais il lui faut, en outre, une science plus étendue de l'archéologie, de l'esthétique, de l'histoire de la théorie et de la pratique de l'art ; un architectonographe doit connaître la bibliographie d'art, les monuments anciens et modernes de son pays et de l'étranger.

ARCHITECTONOGRAPHIE, s. f. — Description des monuments d'architecture. La description ou monographie d'un édifice demande, outre un grand savoir, beaucoup de méthode. On doit, en effet, parler de l'historique du monument, s'il est ancien, de sa situation, de ses destinations diverses et de ses dispositions générales. On peut ensuite examiner son plan et sa distribution étage par étage, enfin étudier le style de son architecture et de sa décoration, son mode de construction, etc.

Des considérations esthétiques fort brèves doivent accompagner l'examen de chacune de ces questions, ou ser^^r de conclusion à l'architectonographie du monument.

'architectural , adj. — Qui a rapport à l'architecture considérée comme art. L'adjectif arcliitectoniciue s'emploie dans un sens analogue, mais quand on considère la science plutôt que l'art. (Voy. Architectonique.)

Quatremère de Quincy (Bictionn. d'arcliiiect.) dit architectural ; mais nous avouons n'avoir trouvé ce mot dans aucun ouvrage ancien ou moderne.

ARCHITECTURE, s. f. — Dans son acception la plus généralement admise, l'architecture est Vart de hâtir. C'est sans contredit le plus ancien des arts. Il est bien évident, en effet , que l'homme ,. dès son apparition sur la terre, comprit immédiatement la double nécessité de se créer un abri contre les intempéries de l'atmosphère, et un refuge contre les dangers qui renvironnaient de toutes parts. Xous verrons bientôt qu'à cette époque reculée on

ne pouvait donner le nom d'art, et par conséquent d'architecture, aux bâtisses rudimentaires élevées par l'homme.

Les grottes et les cavernes creusées par la nature dans le flanc des rochers purent dans le principe suffire à l'homme ; mais la multiplication des individus et leur dispersion dans les pays de plaines firent que l'homme, se trouvant sans abri, eut sans doute l'idée d'enchevêtrer des branches d'arbre pour former des cabanes de verdure et suppléer ainsi à la rareté ou même à l'absence des grottes. Bientôt après, pour donner à ce rudiment de maison une toiture plus sérieuse, plus imperméable, l'homme couvrit sa demeure de roseaux , de chaume et de mousse , le tout amalgamé avec du limon ou de la boue. Ces deux types d'habitations primitives furent le point de départ de deux systèmes architectoniques de construction. Les Etrusques, les Grecs et les Romains transformèrent la cabane en la perfectionnant. Ils la consolidèrent en employant des matériaux plus résistants. Les grottes et les cavernes , au contraire , inspirèrent aux Indiens et aux Egyptiens leur lourde mais hnposante architecture.

Telles furent les origines de cet art qui dedait briller plus tard d'un si vif éclat en Egypte , en Grèce et à Rome.

L'homme songea bientôt à perfectionner sa demeure, et cela par tous les moyens en son pouvoir. Les progrès de la civilisation devaient l'amener fatalement à la recherche de formes plus correctes et plus savantes; le luxe, à son tour, vint achever ce que les exigences de la vie avaient commencé. C'est alors que^ l'homme édifia, après les avoir conçus, des monuments suivant les règles de la science et les lois du beau, et que l'architecture donna des formes harmoniques à la matière inerte. Ainsi, dans le principe, l'homme n'a fait que de la construction pure et simple, et ce n'est qu'après la formation des sociétés, aussitôt que les exigences collectives se sont produites, que l'architecture proprement dite s'est manifestée et perfectionnée. Cette double action a été féconde , car c'est elle qui a assigné à l'architecture un rang si élevé. Si nous ajoutons qu'elle est avant tout un art créateur, nous

lui aurons accordé le premier rang. En effet, tandis que le peintre et le sculpteur copient, imitent plus ou moins la nature, l'architecte ne puise ses inspirations que dans la fécondité de son imagination et de son génie.

Au point de vue historique, l'architecture est sans contredit d'une haute utilité : par elle, on a pu bien souvent juger de l'état de civilisation d'un peuple ; seule ou alliée à d'autres arts, elle a servi à perpétuer le souvenir des belles actions et les services rendus à la patrie ; aussi que d'illustres citoyens, que de héros dont les noms sont parvenus jusqu'à nous, qui seraient tombés dans l'oubli sans l'architecture ! que de nations depuis longtemps anéanties ont, grâce à cet art, survécu à leur entière destruction! C'est donc avec raison qu'on a pu dire que l'architecture était l'histoire des peuples écrite par les monuments.

De même que les autres arts , l'architecture se divise en deux parties principales et bien distinctes : la théorie et la pratique.

La théorie est sans contredit très essentielle, car elle sert à guider sûrement l'artiste au milieu de ses études et de ses conceptions; mais quel vaste travail est nécessaire à l'homme qui veut embrasser l'ensemble des connaissances que comprend la théorie ! C'est d'abord le dessin, base de toute étude architectonique , au moyen duquel on peut se rendre compte des diverses parties d'un édifice, les comparer et s'assurer si elles sont en parfaite harmonie avec l'ensemble ; ensuite, la science de la couleur, de la décoration; l'esthétique, ou l'histoire de l'art.

La pratique, également indispensable à l'artiste, comprend la connaissance des matériaux et leur mise en œuvre par les anciens et les modernes, l'étude des mathématiques, la coupe des pierres, le trait de charpente, la stabilité, etc., etc. Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur les connaissances nécessaires pour pratiquer l'art architectural ; nous ne donnerons pas non plus en quelques lignes ce qu'on est convenu de nommer les hases fondamcntaUs de l'architecture, car il nous paraît puéril de formuler ces dernières; quant aux connaissances, celles que Yitruve demande à ses confrères, nous les avons énoncées à l'article Architecte,

Xous ne pouvons parler ici de l'histoire générale de l'architecture, le lecteur trouvera aux mot Anglaise, Arabe, Assyrienne, Égyptienne, "^ Grecque, Gothique, Indienne, Moresque, Renaissance, Romaine, etc., un abrégé sommaire de l'architecture de ces peuples et de ces époques ; dans le présent article , nous donnerons seulement des généralités sur l'architecture et sur ses origines.

L'Asie centrale, l'Inde et la Chine furent le berceau des arts et de la civilisation ; c'est chez ces races sémitiques que nous trouvons les premières œuvres de l'art architectural; mais dans ces pays , les lois civiles et religieuses comprimant le libre essor des artistes, l'architecture n'arriva pas à un développement complet. En Asie, elle revêt un caractère prétentieux et de mauvais aloi, parce qu'un luxe exagéré amollit le goût. Dans l'Inde , les monuments sont surchargés d'une ornementation capricieuse qui, tout en fatiguant l'œil, ne peut cacher des formes lourdes et massives ; en Chine, la bizarrerie et la légèreté du caractère de ses habitants se reflètent dans leurs constructions étranges. ,

Si de la Chine nous passons en Egypte, nous remarquons un singulier contraste, qui caractérise nettement la différence de ces deux pays : le Chinois a l'humeur joyeuse, l'Égyptien au contraire est triste et sévère ; aussi les constructions pharaoniques sont -elles empreintes d'une tristesse et d'une sévérité inconcevables.

De l'Orient dirigeons-nous vers l'Occident et étudions ce qui s'y passe ; nous rencontrons d'abord la i)lus ancienne migration asiatique, les Pélasges, peuple d'origine sémitique, qui élèvent des acropoles, des remparts et autres constractions, dont les débris importants attestent encore de nos jours l'extrême solidité. Ce sont ces peuples qui apportent en Grèce les premiers éléments de l'architecture hellénique, qui devint si florissante sous Périclès, que jamais aucun peuple n'a porté aussi haut le goût et le savoir architectoniques. Il est vrai que dans ce pays aucune loi de caste ou de religion n'a arrêté le génie de l'artiste : il était libre dans la plus large acception du mot; il ne relevait que de l'opinion publique, qui décernait la palme aux artistes les plus méri-

tants, à ceux qui avaient accompli les œuvres les plus remarquables. Cette manière d'opérer était bien faite pour encourager les artistes, c'était un véritable concours public, et c'est là sans contredit ce qui a créé en Grèce tant de chefs-d'œu\Te, dont les restes imposants nous frappent encore d'admiration.

Après les Grecs, les Romains, avec cette soif d'appropriation, de spoliation même, qui les distingue, empruntèrent aux Étrusques l'arc et la voûte, qui n'étaient chez ces peuples qu'à l'état de germe. Ils perfectionnent ce grand élément de la construction, ils le transforment et s'en servent pour construire leurs thermes, leurs amphithéâtres, et d'autres œu\T.-es si gigantesques, que dans ces temps modernes nous n'avons trouvé qu'une expression pour nommer de vastes constructions : nous disons, des travaux de Romains. Mais bientôt arrive la décadence, l'art disparaît, et la science remplace tout; lorsque l'empereur Justinien fait ériger à Constant! nople Sainte-Sophie, le style classique est délaissé : c'est alors que commence le style byzantin. (Voy. Byzantine, Architecture.)

Un siècle plus tard, l'architecture se divise, pour ainsi dire : un courant se dirige plus avant en Orient, et crée l'architecture Arabe et Moresque (voy. ces mots) ; l'autre se rend en Occident et devient le style roman (voy. Romane , Architecture) , détrôné à son tour par le style oyivai , qui en France se modifie de plus en plus jusqu'à se perdre dans la belle Renaissance française (voy. ce mot), tandis que chez d'autres peuples, passant par diverses phases, elle aboutit à l'architecture contemporaine.

Si l'on considère l'architecture par rapport à la destination des monuments qu'elle est appelée à créer, on la divisera en architecture civile, architecture religieuse , architecture militaire, architcchire navale, enfin architecture hydraulique.

li'arcliitecture civile est privée, publique ou rurale.

h' architecture civile privée comprend la construction de la maison, soit à la ville, soit à la campagne. 1j architecture civile publique embrasse les monuments publics, tels que mai-

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