‹ Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachentChapitre 95 sur 325 · ARMOIRE · texte numérisé non relu

ARMOIRE

ARMOIRE, 5. /. — De armariwn, armariohis, armnriohim. Ou nomme ainsi des réduits ou niches pratiqués dans l'épaisseur des

Fig. 1. — Élévation et coupe d'une amioire d'église.

maçonneries, et qui servent à renfermer des objets de valeur. Ces armoires se ferment avec des volets, des portes de bois ou de fer décorées de peintures ou de tout autre détail arcliitectonique très ornementé. Ces sortes d'armoires, appelées aussi conditoria, existent encore dans des églises anciennes, où elles se trouvent

Fig. 2. — Plan d'une aiinoire d'église.

près de l'autel; elles servaient à ressen-er les objets nécessaires au culte, les burettes, les saintes huiles, les vases sacrés, etc. Nos figures 1 et 2 en montrent un exemple. On peut en voir dans beaucoup de constructions rehgieuses , entre autres aux abbayes de Vézelay et de Savigny. Quand les armoires ne sont pas fermées, on les nomme plutôt Crédexces (voy. ce mot).

liîliiliiiii

Fig. 3. — Armoire dans la tour de Montbard,

On pratiquait également des armoires dans l'épaisseur des murs de châteaux forts, où elles servaient à enfermer des vi\res et des provi-

sions de toute nature. Nous donnons dans notre figure 3 l'une de celles qui existent dans la grosse tour carrée de Montbard, construite au xrii^ siècle.

On nonmie encore ar7noires des meubles en menuiserie, des espèces de coffi'es dont cinq côtés sont assemblés, tandis que le sixiènfe, celui en façade, est fermé par un vantail ou plusieurs vantaux.

Quoique l'antiquité ne nous ait point légué de meul)les de ce genre, nous avons des preuves certaines de leur existence chez les anciens (Cato, de Re nistica,l\,'d ;Cic.,^ro Cliient.,CA ; pro Cœl, 21 : Petr., Sat. 29 ; Vitr., VII, j^n//.), qui y enfermaient des armes (de là l'origine du nom armarium), des vêtements, des bijoux, de la vaisselle et même des livres, comme le prouve ce passage de Pline {Bist. nat., XXIX, 5) : Adnectitur angulo cuhicuhim in apsida curvatum, quod amhihivi soUs fenestris omnibus sequitur. Parieti ejus in bibliothecœ speciem armarium inse7'timi est quod non legendos libros, sed ledilandos capif. Du reste , la figure 4, que nous donnons ici, tirée de Mazois {Palais de Scaurus, pi. 8, p. 145 et 292), achèvera de dissiper toute incertitude à ce sujet. « Ce basrelief , dit Mazois (p. 292), paraît, je crois, pour

Fig. 1. — Armoire clici: les anciens.

la ])remière fois. Je l'ai pris d'un sarcophage qui sert de bassin à la fontaine de VOsteria délia Barcacia, slrada Cundatta, à Rome. On y

ARMOIRIES. — AROXDE.

voit un homme studieux lisant un manuscrit ; il est assis près d'une armoire dans laquelle sont des rouleaux et une écritoire , et au-dessus de l'armoire un livre ouvert repose sur un pupitre. »

Nous pourrions citer, d'après les monuments qui appartiennent au Bas-Empire et aux premiers temps de l'art chrétien, un assez grand nombre de meubles de ce genre ; nous préférons renvoyer le lecteur aux ou\Tages suivants : Garruci, Storia delVarte crist, pi. 12(), 1 ; le même, Vetriornati, pi. 5, 1, 2, 3, (!, 7 ; Buonarroti, Framenti di vasi ant. di vetro, pi. 2 ; Ciampini, Vet. moniment., 1, 67.

Aujourd'hui on peut voir dans nos musées des armoires du xiii" et même du xii° siècle. A cette époque, comme du reste pendant tout le moyen âge et la renaissance, ces armoires étaient faites en bois de chêne, de noyer ou de poirier, et garnies de ferrures ou\Tées ; elles étaient aussi enrichies de peintures, de dorures et d'incrustations de nacre, d'ivoire ou d'autres matières précieuses.

On conserve dans les cathédrales de Bayeux et de Xoyon des armoires du xiii" siècle. A partir du xv* siècle, les moulures et les sculptures remplacent la peinture dans rornementation des armoires ; dans la salle du trésor de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois il existe de beaux spécimens de ce genre de meuble.

ARMOIRIES, s. f. pi. — Signes symboliques qui distinguent les personnes, les familles, les villes, les peuples. Nous donnons les armoiries de la ville de Paris, qui portent de gueules à laneffretée,]uil)illée d'argent, flottant sur les ondes de même, au chef cousu de France ancien, et qui a pour devise : Fluctuât nec mer gitur. (Voy. BLAS0^^)

ARMORIÉ, adj. — Se dit de tout ce qui est orné de figures employées dans le l)lason ; les portes, les serrures, les meubles, etc., peuvent être armoriés.

ARONDE (Queue d') , s. f. — Le mot aronde, ancien nom de l'hirondelle, n'est guère usité que dans l'expression queue cT aronde; c'est un des assemblages employés le plus fré-

quemment dans la construction en général. Il se compose d'un tenon plus large à son extrémité qu'à son collet, ce qui lui donne jusqu'à un certain point une ressemblance avec la queue de l'hirondelle ; de là son nom. Cet assemblage ne s'emploie guère que pour des objets qui ne se soutiennent pas d'eux-mêmes et qui n'ont à résister qu'à un effort latéral ; dans ce dernier cas, la résistance que présente la queue d'aronde est considérable. Par exemple, quand il s'agit d'asseml)ler bout à bout un cours de plate-forme ou de sablière, on rend ces pièces solidaires en taillant chacune de leurs

Armoiries de la ville de Paris.

extrémités en queue d'aronde (voy. Assemblage), un côte fait Texon et l'autre Mortaise (voy. ces mots).

Dans d'autres cas, les queues d'aronde sont des pièces détachées, qu'on introduit dans des entailles pratiquées dans les pièces qu'on doit réunir. Les Grecs et les Romains en ont fait usage pour assembler des blocs de pierre et de marbre dans l'appareil nommé opiis revinctum. (Voy. Appareil, fig. 15.)

Ils employaient alors des doubles queues d'aronde en bronze ou en bois durci au feu ; ou bien ils coulaient, dans les entailles, du plomb qui en se refroidissant remplissait le même office que des queues d'aronde en métal taillées ou forgées. On façonnait des pierres en

ARPEXT.

ARRACHEMEXT.

(lucue craronde, qu'on engag-cait dans uuc niaçonuerie eu blocage. Des queues d'aronde en bronze étaient aussi posées en parement. Les anciens (Vitruve, liv. IV, ch. 7) appelaient les queues d'aronde sccurkidœ , parce (qu'elles ressemblent aussi à de petites haches.

Les architectes des xv'' et xvi" siècles usèrent et abusèrent de celles-ci pour maintenir de grands encorl)ellements , pour suspendre des clefs de voûtes recevant des arcs sans point d'appui ; ils en firent un emploi fréquent dans les Clefs pendaxtes. (Voy. ce mot.)

En architecture militaire, on nomme ouvrage en queue d'aronde un ouvrage à corne (pii s'ou^Te en éventail sm- la campagne. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si le côté large de l'éventail regarde la ville, l'ouvrage est dit en contre-queue d'aronde.

ARPEXT, s. ni — Ancienne mesure agi'aire contenant cent perches. L'arpent variait dans presque chaque locahté, parce que la perche elle-même était très variable. L'arpent de Paris vaut environ un tiers d'hectare et celui des eaux et forêts un demi-hectare , à peu de chose près.

ARPEXTAGE, s. m. — Art de l'arpenteur; mesurage des terres par arpent et par suite à l'aide de toute autre mesure agraire. On effectue cette opération soit lorsqu'il faut partager ou déh miter des terres, soit quand il s'agit d'en vérifier le Bornage (voy. ce mot).

Les instruments dont on se sert pour l'arpentage sont des jalons et des fiches, une chaîne et une équen-e d'arpenteur; la chaîne a ordinairement 10 mètres de longueur, aussi la nomme-t-on Décamètre (voy. ce mot).

Xous ne donnerons ici aucune notion sur l'arpentage ; on trouvera des renseignements dans tous les ouvrages élémentaires de dessin linéaire, de géodésie, etc.

ARPEXTEUR, s. m. — Celui qui se li\Te à l'art de l'arpentage ; on le noinme aujourd'hui de préférence géomètre.

Anciennement il existait chez nous une

charge de grand maître^ ou grand arpenteur de France. Le grand arpenteur accordait les offices d'arpenteur dans chaque bailliage , pour lesquels une ordonnance de 10(11) exigeait des titulaires un cautionnement de l,UOt) livres. Louis XIV supprima cette charge en 1088.

ARQUE, EE, part. passé. — En forme d'arc, de voûte, ou à l'égard duquel l'arc joue un rôle important. Ainsi on appelle tomhcau arqué un monument funéraire placé sous une arcade à jour ou en forme de niche. (Comme complément, lire le mot suivant.)

ARQUER, V. a. — Courber en arc : arquer une pièce de fer, de bois, c'est la rendre courbe.

S'arquer, v. n. et r. — Fléchir, devenir courbe ; se dit d'une construction , d'une pièce de bois, d'un poitrail en fer qui, par suite d'un vice de construction ou d'une trop forte charge, se déforme en prenant une forme cintrée.

ARRACHEMEXT, s. m. — On nomme ainsi des pierres faisant saillie, ou Harpes

Arrachement.

(voy. ce mot), et servant à lier une maçonnerie nouvelle à une plus ancienne ; chaque fois ipie

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