ÉDUCATION RA1SONNÉE DU CHEVAL
L'éducation du cheval se compose nécessairement de différentes parties , que j'aurais pu renvoyer a leurs lettres respectives; mais il m'a semblé que les diviser dans ce Dictionnaire^ eût été en perdre l'effet : leur liaison seule peut faire comprendre la série de moyens et de principes qui complètent l'ensemble de cette éducation.
L'éducation a pour but d'amener le cheval , par une suite d'exercices, à répondre a l'impulsion de nos forces, et à se soumettre à notre volonté.
Les moyens que l'éducation emploie sont l'action et la position.
L'action est l'effet de la force qui met le cheval en mouvement.
La position est une disposition des propres forces du cheval , telle qu'aucune de ces forces ne puisse échapper à l'exigence des nôtres.
Que la force soit bien celle qui donne la position , et elle s'obtiendra aussitôt ; que la position soit en raison de l'allure, ou du changement de direction qu'on veut faille exécuter à l'animal , et il ne pourra s'y refuser.
Cette vérité , dont on a méconnu les conséquences , peut seule nous mettre à même de parler promptement à l'intelligence du cluvd. Je dis parler à son intelligence , parce qu'en effet nos mouvements sont des phrases qui lui indiquent ce que nous exigeons de lui , et le résultat en est plus ou moins prompt, en raison de leur clarté.
Mais , pour que le dialogue soit serré et que l'homme ne cède aucun avantage au cheval , il Faut que celui-ci soit dans une position telle, qu'il ne puisse faire aucun mouvement sans la participation de son guide ; or , pour arriver à ce but, le principe de toute éducation doit être la position.
Les chevaux^ en général, ne sont maladroite et disposés à se défendre que parce qu'ils ne sont pas suffisamment bien placés. Il faut donc, avant de rien exiger d'eux, employer tous les moyens pour obvier a ce défaut essentiel. Ces moyens
consistent d'abord à combattre, par des forces opposées, les parties qui offrent de la résistance ; ensuite à assouplir l'encolure , ce qui conduira infailliblement a cette position indispensable sans laquelle il n'est pas de travail régulier.
Supposons le cheval à dresser âgé de cinq ans au moins, et, pour éviter des détails qui, d'ailleurs , sont répandus dans beaucoup d'ouvrages sur l'équitation , supposons qu'il ait été sellé , et qu'enfin il supporte déjà l'homme ; comment résistera - t - il à l'action de nos forces ? Par l'encolure, cela est incontestable. Nous agirons donc sur cette partie , puisque sa raideur rendrait la soumission du cheval difficile, et lui donnerait l'envie de se défendre. Pour la lui ôter, commençons donc son éducation par l'assouplissement de l'encolure, et bientôt nous serons maîtres des autres parties du corps.
Je dois prévenir ici d'avance que je me sers d'un mors extrêmement doux avec tous les chevaux, et que j'en fais usage même avec ceux que je monte pour la première fois. Je regarde le gros bridon comme nuisible aux progrès de l'éducation , même d'ans le cas où les chevaux auraient une grande susceptibilité ; la seule précaution que je prenne avec ceux-ci est de
leur laisser le mors dans la bouche sans qu'ils soient montés , afin de les familiariser avec ce frein dont je garantis la supériorité.
Le mors sera accompagné d'un filet qui remplacera le bridon ; sa propriété spéciale est d'agir sur l'encolure , pour l'élever et la faire fléchir à droite ou à gauche. Le gros bridon produit bien le même effet; mais, n'étant point accompagné du mors , il reste dépourvu de levier, et ne peut arrêter Féloignement du nez qu'entraîne son action.
A raison de la force très-grande que déploient les jeunes chevaux, et de l'incertitude de leurs mouvements , il faut leur opposer une juste résistance ; ainsi , avec eux , pour que le filet agisse directement et arrête les déplacements, pour qu'il transmette immédiatement l'effet de nos forces , il faut le placer sous la liberté de la langue. Plus tard , quand le cheval commencera à répondre à sa sujétion , on rendra au filet sa position normale , et avec elle l'action qu'il doit avoir.
Bien que j'aie ailleurs un article Filet , j'ai cru nécessaire de donner ici cette explication / pour bien faire connaître les moyens que j'emploie au dresser de mes chevaux.
C'est donc avec le mors, et le filet disposé comme nous venons de le dire, que nous com-
raencerons a travailler, dans l'inaction, la téte et l'encolure du cheval , et à lui apprendre à répondre aux mouvements qui élèvent sa tête et la portent a droite ou a gauche. A l'aide du mouvement rendu par l'expression scier du bridon, on donnera toute l'extension possible à l'encolure, tandis que des pressions réitérées a droite ou a gauche alternativement, l'habituent aux flexions latérales. La nécessité de ce travail préliminaire se conçoit d'elle-même pour le cheval qui tend à affaisser son encolure et à tomber sur les épaules ; pour tous les chevaux, il est d'une utilité réelle, puisque ce n'est qu'en élevant l'encolure, afin d'alléger l'avant-main , qu'on peut aisément porter Je cheval en avant. En effet , en examinant un cheval qui se dispose a marcher, on voit qu'il élève le cou et la tête et les porte un peu en arrière ; or , comme il faut ne devoir qu'à nos propres mouvements tous ceux que le cheval exécute sous son cavalier, il faut que les forces qui l'assujettissent aident bien exactement celles dont il ferait usage dans l'état de liberté; notre premier soin pour le faire avancer sera donc d'élever son encolure.
De même, pour le déterminer à droite ou a gauche , l'encolure doit d'abord céder d'un de ces côtés ; les flexions auxquelles on l'aura ac-
coutume rendront ces mouvements plus faciles.
J'ai dit que ces essais préparatoires devaient se faire en place ; en voici la raison :
Quand le cheval est brut encore, soit par -ignorance , soit par maladresse , les forces qu'il emploie pour se mettre en action , faisant opposition avec celles qu'on lui communique et qui doivent d'abord agir localement, rendent incertain l'effet de celles-ci ; tandis que , dans l'inaction, n'étant sollicité que par une seule force à-la-fois, il y cède aisément, et comprend aussitôt ce qu'on lui demande.
A la suite de ce premier travail, qui doit se continuer jusqu'à ce que l'encolure du cheval soit parfaitement assouplie, on le mettra en action pour lui faire prendre l'allure du pas; c'est un premier progrès sur lequel il faut s'arrêter tant qu'il offre de la résistance. {V oyez
Le pas doit suivre immédiatement l'inaction , parce qu'à cette allure il a encore trois points d'appui, et son action étant moins considérable que pour le trot ou le galop, il est plus facile de le régler et de le régulariser, ce qui le conduira à prendre beaucoup plus vite la position à. laquelle on veut le soumettre.
J'engage les personnes qui s'occupent de l'équitation à prendre en considération les
moyens de succès que je viens d'indiquer; je le» ai étudiés, et j'en ai reconnu l'efficacité. Si je les recommande, c'est que les immenses avantages que j'en ai retirés m'ont prouvé qu'ils étaient un véritable progrès pour l'art.
Les volontés du cheval ne seront soumises à celles du cavalier que quand l'assouplissement l'aura conduit à prendre une bonne position ; alors le développement de l'intelligence du cheval deviendra facile, et quelques répétitions d'un même travail les lui feront comprendre et exécuter sans peine.
Mais pour arriver à ce résultat on doit d'abord chercher les moyens de s'emparer entièrement de ses forces , de façon que notre volonté devienne la sienne ; il faut ensuite mettre assez de progression dans ce que nous lui demandons pour que son intelligence nous suive, et comprenne qu'il n'y a dans nos actes ni méchanceté, ni maladresse.
'„ Sous ce rapport, le talent de l'écuy er consiste à trouver les moyens d'agir si directement , si localement sur son cheval , que celui-ci ne puisse pas se refuser aux mouvements qu'on lui demande.
Or , cette habileté de l'écuyer ne peut lui venir qu'à la suite d'une étude indispensable , celle des moyens par lesquels le cheval opère
tel ou tel mouvement , ou par lesquels il résiste.
Une fois cette connaissance acquise, en disposant tous les muscles de son cheval d'une façon telle qu'il n'ait plus besoin que d'action pour exécuter , en lui donnant en un mot la position nécessaire , on sera sûrement obéi.
Pourquoi le cheval refuse-t-il de tourner à droite ou à gauche , de galoper, ou de fuif.
les hanches? c'est qu'on lui demande des choses qu'avec sa position première il ne peut physiquement et matériellement exécuter. Aussi, doit-on bien se garder d'exiger aucun de ces mouvements, avant d'être bien certain qu'il y soit parfaitement disposé.
Comment se soumettra-t-il à cet assujettissement , si nous ne l'avons habitué d'abord k mettre en jeu chacune des parties qui doivent entamer une ligne quelconque; à savoir, par une position analogue, surcharger celle qui doit rester sur le sol , alléger celle qui doit loT quitter?
J'ai déjà signalé l'erreur dans laquelle sont tombés ceux qui regardent le trot comme l'allure la plus favorable à un prompt développement ; j'ajouterai que je ne suis pas plus partisan de la plate-longe pour assouplir les jeunes chevaux ; comme le cheval ne se meut régu-
lièrement qu'à la suite d'une bonne position, celle qu'il prend par ce genre d'exercice , où il est libre de disposer de ses forces, ne peut pas être la position que vous lui donnerez quand vous le monterez. Si le cheval a quelques parties défectueuses , il néglige de les utiliser , et s'habitue à de fausses attitudes ; si , au contraire , toutes les parties sont bien constituées, la plate-longe est inutile, et ne fait que prolonger le temps de l'éducation.
Le seul cas où l'usage en soit admissible, est celui où nos mouvements ne peuvent calmer, chez le jeune cheval, une gaîté excessive, capable de dégénérer en défense. Alors , en le laissant trotter dix minutes en cercle, on calme sa fougue, et il devient plus attentif aux observations.
Je ne m'occuperai ici spécialement ni du trot, ni du galop ; le premier aura toute l'extension ou la cadence relative aux moyens du cheval quand on aura suivi la route progressive que j'ai indiquée. Pour le second, j'ai fait un article à part.
Mais ce qui est une partie essentielle de l'éducation , c'est la rectification des mauvaises positions, au moyen desquelles les chevaux résistent.
Voici d'abord la position normale : La tète
doit être presque perpendiculaire au sol. Pour qu'un cheval ait cet avantage, il faut, ou qu'il ait une belle conformation , ou qu'il soit savamment monté. Malheureusement les chevaux bien conformés sont rares chez nous , et les cavaliers , assez instruits pour suppléer par Part aux imperfections de la nature, le sont peut-être encore davantage.
Cependant la bonne position de la tête et de l'encolure est de première nécessité pour celle des autres parties du corps.
En effet, si l'encolure est basse ou tendue, il n'y a plus d'action possible du cavalier sur le cheval , parce que toute celle qu'il exerce n'est ressentie que par l'encolure seule, et n'agit pas sur le reste du corps.
La main ne parvient à diriger le cheval que parce que l'impulsion qu'elle donne à la tête réagit sur le reste de l'animal, et détermine son mouvement; mais, si cette partie, par une contraction quelconque, absorbe tout l'effort du cavalier, il est clair que toute direction devient impossible.
Si le cheval met plus de force dans l'un des deux côtés de l'encolure, celle-ci ne sera plus droite, et l'inégalité des forces fera perdre aux rênes et au mors de la bride leur effet déterminant.
Rendons cette théorie plus intelligible par une application matérielle. Supposons que l'encolure du cheval soit comme le fléau d'une balance entraîné également de chaque coté par vingt livres de force. Dans cet état d'équilibre, le moindre mouvement décidera cette partie à droite ou à gauche ; mais si l'un des deux côtés s'est emparé d'une portion du poids destiné à l'autre, il est clair que ce côté va former un levier puissant de toute la différence qu'il absorbe à son profit. Or, le mors étant d'un seul morceau, et se faisant toujours sentir également, n'aura plus qu'une action très-faible sur le côté qui, par l'effet de la flexion, forme arcboutant, et se trouve ainsi presqu' indépendant de l'effet des rênes ; alors le cheval pourra s'emporter ou se livrer à tout autre mouvement désordonné. En admettant l'inflexion à gauche, est-ce un déplacement de gauche à droite qu'on lui demande? Jamais l'animal n'y comprendra rien , puisque la rêne de la bride n'agissant que par une pression, tant que l'encolure aura cette forme concave, son effet sera nul.
Est-ce à gauche qu'on veut le déterminer, en le supposant déjà incliné de ce côté ? On aura pour premier inconvénient d'être toujours prévenu par lui ; et , pour deuxième difficulté , de ne pouvoir corriger l'excès de ce mouvement
sans de grands efforts pour le ramener droit devant lui.
Si l'encolure est inclinée à droite , les résultats seront les mêmes , mais en sens inverse ; au reste, ceci se rencontre plus rarement.
L'expérience m'a démontré que tous les chevaux ont une inflexion plus facile à gauche qu'à droite ; cela tient à la manière dont on approche d'eux dans l'écurie : les palfreniers leur donnent toujours a manger à gauche , ils sont sellés et bridés dè ce côté, les mouvements de tête pour regarder celui qui les approche ou pour céder a ses attouchements étant multipliés , donnent aux muscles de ce coté un jeu plus actif et plus liant.
On remédiera promptement a cet inconvénient , qui peut avoir de dangereuses conséquences , si on y apporte quelques soins dès les premières fois que l'on s'occupe de l'instruction du cheval ; il suffira de renouveler , dans l'inaction , les pressions du filet a droite pour assouplir également ce coté de l'encolure, et l'habituer a céder comme l'autre mais on néglige ce travail important. Il y a plus , le peu d'attention du cavalier à bien placer sa main gauche, ne tarde pas à l'accroître; en effet, si cette main n'était pas arrondie de façon à ramener la rêne droite à l'égalité de la gauche, qui,
par la position même de la main, se trouverait plus courte d'un demi-pouce, rencolure prendrait nécessairement un pli qu'il serait difficile de corriger.
La tête suit toujours les mauvaises attitudes de l'encolure, ce qui fait naître des positions souvent dangereuses et toujours disgracieuses; j'en signalerai deux qui rendent les effets du mors impuissants pour ralentir, arrêter ou enlever, et qui ôtent aux rênes le pouvoir déterminant à droite ou à gauche : l'une est quand le cheval éloigne son nez (ou porte au vent), l'autre quand il s'encapuchonne . Le cheval prend la première position en contractant les muscles supérieurs de son encolure, et comme c'est par la flexion de ces muscles qu'on fait refluer la force et le poids de la partie antérieure sur l'arrière - main , cette translation devient impossible ; aussi ces chevaux sont-ils fort désagréables a conduire , la grande quantité de force dont cette position leur permet de disposer se trouvant toujours en opposition avec les moyens de résistance du cavalier. Ce défaut ne tardera pas à en amener encore un autre : il rendra le cheval ombrageux; car son rayon visuel, parcourant un trop grand espace, lui fait apercevoir des objets qu'il ne peut ni distinguer ni apprécier; aussi cher-
che-t-il tout d'abord a les fuir, et il le peut d'autant plus aisément que son conducteur a perdu les moyens de le maîtriser.
Quand la tète , au contraire , outre-passe la ligne perpendiculaire vers le poitrail, le cheval s encapuchonné ; dès-lors l'équilibre est détruit. Le cheval est porté sur ses épaules , son menton touche au gosier , et alors le mors perd sa puissance. En supposant même que le cheval n'en abuse pas , toujours est-il qu'il ne peut plus voir assez loin devant lui pour éviter ce qui obstruerait son passage ; il devient maladroit , et oblige le cavalier à une plus grande attention.
Je le répète , c'est a corriger ces vices de position que l'écuyer doit mettre tous ses soins, et le travail en place seul l'y conduira promptement; les difficultés seront vaincues dès que le cheval sera disposé de manière à céder aux mouvements les plus imperceptibles, aux forces les plus minimes ; et c'est ce que l'équilibre amènera infailliblement.
Combien ne voyons-nous pas d'écuyers subir tous les caprices de leurs chevaux, faute de ce travail préalable! Combien assurent que leurs chevaux sont des mieux dressés , qui cependant avouent qu'ils sont fantasques, et que leurs dispositions varient au jour le jour! Si , au
lieu de s'en fier aux bons moments de son coursier , on s'occupait de le bien placer, il est indubitable que les positions de la veille qui ont donné de bons résultats les amèneraient encore le lendemain ; mais on néglige ce point principal, et de la l'incertitude. Comment, en effet , le cheval se portera-t-il sur une ligne droite, s'il n'est pas droit lui-même? comment se maintiendra-t^il sur une ligne courbe, s'il n'est pas incliné comme elle? comment la partie antérieure s'enlèvera -t- elle, si elle n'est pas plus allégée que la partie postérieure?
Je n'en finirais pas si je voulais énumérer les difficultés sans nombre que présente le cheval auquel on n'a donné ni équilibre, ni à-plomb. Aussi n'est-il pas étonnant que le peu d'érudition du cavalier le mette souvent dans l'impossibilité de bien diriger son cheval, et qu'il reste, enfin, soumis à ses fantaisies et à ses boutades.
Résumons cet article. Nous avons admis que le cheval est déjà familiarisé avec le poids de F homme ; qu'il le soit ou non, le travail en place est toujours celui par lequel il faudra commencer; mais, si le cheval n'avait pas été monté, il faudrait l'habituer à supporter la selle etia bride, qu'il garderait pendant un quartd'heure, trois ou quatre fois par jour.
Après lavoir enfourché , on l'exercera matin et soir en place, pendant une demi-heure, et huit jours le mettront en état de comprendre un travail plus compliqué.
Le reculer suivra immédiatement; on ne devra d'abord chercher à obtenir qu'un pas ou deux la première fois , pour augmenter successivement. Dès que le cheval ne présentera plus de résistance, on commencera a le faire marcher au pas, toujours droit devant lui. Sa légèreté indiquera si sa position ne s'est pas altérée.
On passera ensuite aux changements de directions, en le prévenant assez à l'avance pour éviter toute fâcheuse opposition . Dix jours après cette gradation pour l'allure du pas , on pourra l'acheminer a celle du trot; il faudra observer la même suite et la même précaution , et n'augmenter la vitesse de l'allure que progressivement. Si, malgré cette attention , il se jette sur la main , il ne faut pas craindre de le ramener aux premières leçons par les moyens inverses, c' est-a-dire le petit trot, le pas et le travail en place ; si l'on réussit , rien qu'en diminuant la vitesse de l'allure, on peut en rester là. Quand tous les mouvements obtenus au pas et au trot s'exécuteront sans raideur ni contraction, c'est alors qu'il sera possible de commencer le galop. L'article sur cette allure indique comment
on doit s'y prendre. Ici je ferai observer seulement qu'il faut éviter de trop longues leçons; elles épuiseraient les forces et amortiraient le sens du toucher. On s'attachera à faire partir et arrêter souvent le cheval, également aux deux mains. La leçon où il galope pourra être précédée ou suivie du travail sur les hanches. On devra commencer par là , s'il manque d'action primitive, et terminer par cet exercice, s'il a une action considérable. L'apathie et la fougue sont deux causes qui retarderaient ses progrès»
J'ai dit ailleurs qu'il fallait se contenter, les premières fois, de deux pas de côté, à V extrémité d'une ligne qui traverserait le milieu du manège, et augmenter progressivement.
Le temps de la leçon sera toujours d'une demi-heure ; mais on conçoit que la répartition en devra être graduée selon le degré d'instruction du cheval : pendant les premières leçons, la demi-heure entière se passera au travail en place, moins les cinq dernières minutes, durant lesquelles on l'exercera au reculer; ensuite, un quart-d'heure seulement sera réservé au travail dans l'inaction; dix minutes seront employées au pas, et cinq au reculer. Quand nous passerons au trot, cinq minutes seront encore données à l'inaction; dix au pas, dix au trot et cinq au reculer. Enfin la leçon complète se composera comme il suit :
Égarer. 113
Cinq minutes en place ; Dix au pas;
Sept au galop et pas alterné; Sept au pas de côté ; Et deux au reculer.
Des leçons ainsi réparties ne sauraient fatiguer le cheval ; on pourra donc les répéter matin et soir, rester une huitaine sur chacune d'elles, et nous osons répondre qu'en six semaines ou deux mois au plus, le cheval prendra toutes les allures avec grâce et légèreté. Alors sera complète son éducation , qui n'aura roulé sur rien d'inutile, puisqu'on ne lui aura jamais demandé une chose impossible ; aussi son organisation restera-t-elle intacte, et sa soumission ne laissera rien a désirer.
A voir le résultat de cette façon de dresser les chevaux , on croirait que pour y atteindre il faut une patience exemplaire ; c'est une erreur : chaque minute amène une amélioration , chaque effort un progrès ; le cheval bien ménagé obéit comme s'il savait déjà , et le cavalier trouve trop de plaisir dans le succès de son entreprise , pour se rappeler qu'il lui faut de la patience.