‹ Dictionnaire raisonné d'équitation (volume 3)Chapitre 3 sur 73 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Malgré la prévendoii, souvent jnjaste, qui s'attache aux préfaces, sous quelque nom qu'elles se déguisent, je n'ai pu en épargner l'ennui au lecteur. J'ai senti le besoin de lui expliquer comment, sans avoir l'habitude d'écrire, J'ai été amené à faire imprimer le résultat de mes observations, et à augmenter la collection, déjà si nombreuse, des ouvrages d'équitation. J'ai senti aussi le besoin d'analyser les innovations qui se trouvent éparses dans mon Dictionnaire, et d'exposer les raisons qui m'ont fait choisir cette manière de détailler mes principes. =

Une vocation prononcée m'ayant, dès mon enfonce, porté d'abord à étudier et ensuite à professer l'équitation, j'ai dû méditer, avec le plus grand soin, tout ce qui avait été écrit sur cet art. J'ai cru, par la lecture de tous ces ouvrages, me faire une instruction solide et me mettre à même de^ pratiquer ensuite avec sûreté et connaissance de cause ; eh bien ! je dois le dire , après avoir commenté les traités, j'étais moins apte qu'auparavant à raisonner, à exécuter même; en effet » généralement les auteurs. avateiceot des principes sans les définir; c'est un

VÎij ISTMfMÎCtlÔK.

héritage qu'ils ont reçu, et qu'ils transmettent comme le nom qu'ils tiennent de leur père; ils les ont, il est vrai , enjolivés de phrases plus ou moins sonores, mais , pour la plup§^r| ,;£ob(us(s, çt ne chong^ai^rien 9u fond. Pourtant, c'étâii le^fond qu'il fallait étujlief et traiter; car, à quoi bon élaguer les branches qui tiennent à un mauvais tronc?

Comme tout ce qui n'a pas une base mathématique , l'équitation a été assujettie à toutes les variations de l'esprit humain ; chacun s'est fait une méthode suivant laquelle il a obtenu des résultats plus ou moins prompts , puis s'est empressé de mettre au jour les moyens qu'il a employés. Mais aucun, ce me semble, n'a pensé qu'il existât une règle fondamentale, constante, qui dût servir de repère k tous les écuyers. Cette instabilité m'a frappé. Ea voyant «ette succession de Êiùi: rpriacifics adoptés ainsi de confiance v j!ai réprouvé le. besoin d'en signaler les abus; j'avais entrepriSLOt presque exéouté> celle lâche; mais, depuis, j'ai réflécihi qu'il- valait mieux.* livrée mes propres idées au public, c^ue de m'oceuper à réfuter celles d'antrui.

Dégoûté de tous ces ouvrages amphibologiques qui ne m'apprenaient rien, puisque les uns défendaient ce c^ue fces autres avaient prescrit, je résoins de chercher, dans la pratique seule, les moyens de reconstituer une théorie. D^ lors, je me suis livré aux observations les plus minutieuses et aux essais, les {dus assidus. C'est en réfléchissant sur les eflfets que j'ai recopou les causes qui les pro* dnisaient. . .

Depuis quinze ans surtout, jf ai poursuivi, d'une étude eoDStante, une nouvelle manière de dresser les chevaux; mes recherches ont été lentes, longtemps J'ai douté du succès» parce que j'avais peine à comprendre que tous les écuyers se fussent trompés Jusqu'à ce jour. D'une autre part, je ne me croyais pas. appelé à Dure des décoQ"-

INTBOOUCTION. IX

vertes» jnais enfin la constance de mes résuHats m^a enhardi ; j'ai obtenu, en qnatre mois» ee qui , na^uères ^ me coûtait sii mois de soins et de travail; plus tard , ce temps s'est réduit à deni mois , puis ai un x enfin » quinze jours ne s'écoulent plus ^.présent , sans que je sois parvenu aux mêmes avantages.

Je me suis donc occupé de publier mes observations, parce fine j'ai senti la nécessité de faire conqaUre ee que je regarde et comme une innovatio^n , et eomn^euo progrès réel en équitatioB.

£n expliquant les résultats , j'ai dû dire cooimeoi je les ai obtenus, et parfois aussi, comment mes, devaur* ciers se sont trompés. J'ai commencé par re^nnattrejia. fausseté de deux assertions importantes qui, malbeureu*' sèment pour l'art, ont été trop accréditées jusqu'à présent , et d'où découlent naluc^Uement une foule d'imper sibilités; je ^)e suis convaincu que les chevaux n'ont jamais la bouche dure, puisque» epchangeant la position de ta tète et de Tencolure, je pouvais faire cesser la rér sistance attribuée à cette prétendue dureté de bouche^ Je pense avoir suffisamment démontré cette vérité dans l€| cours de mon ouvrage.

On croyait encore que l'on ne. pouvait ramener ou mettre dans la main les chevaux qui avaient' la tète mal attachée, ou ceux dont Tangle ,de la ; ganache était trofi serré; mes observations ont détruit» à mei» jeux, cett^ erreur, et m'ont donné la conviction «qu'en faisant céder plus ou moins l'encolure, m donnait à l'animal une position qui le rendait léger à la main. C'est ce que j'ai expliqué à l'article : Tous les chevaux peuvent se rammer.

Il me restait encore à découvrir le meilleur moyeq pour arriver prpmptement» et sans danger , à ce but. J'ai pensé à l'éducation première d'un enfant, et je me suis dit : B/abord, on Jui fait connaître les lettres, puis il les. assemble, enfin il lit couramment» Le «bevaiL doit

X INTfiODUCnON.

suivre ane gradation analogne dans son instruction , et, s'il m'était permis de pousser cette comparaison jusqu'au bout, je dirais : La connaissance des lettres, c'est l'assouplissement ; épeler » c'est placer convenablement toutes les parties de son corps; lire enfin, c'est prendre facilement toutes les directions, une fois qu'il est en action; voilà l'instruction par gradation ; mais, loin de la mettre en pratique, on la néglige. Ce n'est pas par degrés et insensiblement qu'on veut dresser un cheval : au contraire, on brusque son instruction, et une étude simple ne précède pas toujours une plus compliquée. Aussi , bien des clievaux qui auraient été appelés à rendre de bons services, ont été viciés et même ruinés, grâce à ce mauvais enseignement.

Une de mes combinaisons a donc été d'amiener le cheval à acquérir promptement, et sans obstacle, cette souplesse et cette position dont je viens de parler, le trot, tant recommandé pour les jeunes chevaux , ne pouvait remplir mes intentions, parce qu'à cette allure, j'avais à travailler à la fois l'action et la position. Le pas présentait moins de difficultés, mais encore me fallait-il conduire le cheval, et mes mouvements pour le diriger se confondaient avec ceux que je faisais pour combattre ses forces. C'est donc par un travail en place, les quatre jambes fixées sur le sol , que j'ai définitivement pensé qu'il fallait commencer l'éducation.

Le cheval n'étant occupé que d^une seule chose, il est beaucoup plus facile de faire prendre toutes les positions possibles à sa tète et à son encolure, positions qui sont indispensables, puisque le cheval ne peut résister que par le plus ou le moins de facilité qu'il a à disposer de ses forces, et que la souplesse des parties soumises an cavalier, en neutralisant leurs contractions, le contraint à répondre à tous les mouvements de celui-ci.

J'ai tout ramené à ce principe, et le lecteur remar-

INTRODCCnON. Xj

quera qae toas mes moyens poar dresser an cheval, le corriger de ses mauvaises habitudes , et l'amener à ellèotner un mouvement auquel ii se refusait, consistent dans le même mode d'agir; ce mode, c'est le travail en place ou l'inaction, qui sont synonymes.

Le reculer suit immédiatement ce premier travail , afin . de faire acquérir aux reins le degré de flexibilité qui a été donné préalablement à l'encolure , d'arriver à remplacer par mes mouvements les mouvements naturels au cheval, et de l'amener à n'être ébranlé et dirigé que par moi.

Si dans quelques articles de ce Dictionnaire, j'ai cité des passages d'auteurs vivants, et les ai réfutés , ce n'est pas que j'ai cherché à me faire des prosélytes, en dénigrant ceux qui ont écrit avant moi ; telle n'a jamais été mon intention; mais j'ai voulu montrer aux jeunes cavaliers les erreurs dans lesquelles on est tombé. Une conviction ferme et entière, fruit d'études constantes, m'a seule déterminé, je le répète, à publier le résultat d'observations que je crois justes et utiles à l'art de l'équitation.

Au surplus , n'aurais-je fait que prouver cette vérité, que presque toutes les défenses ou mauwàsesdisposiiions des chevaux tiennent à une seule ,eause , le manque d'é" çtftit&re, suite de Vabsence de souplesse; n'aurais-je fait que donner les moyens de corriger ces défauts, je croirais avoir rendu un assez grand service à l'art, et la critique devrait au moins m'en tenir compte.

Outroiivera, sans doute, que je n'ai pas assez indiqué les mouvements qu'on doit faire dans maintes occasions. Je répondrai que ma méthode a pour unique base Ifinstruction et le bien mener du cheval ; que, dès lors , je ne puis raisonner qu'avec des hommes déjà imbus de bons principes ; c'est à l'intelligence de ceux-d q]ae je m'adresse. Expliquer avec la plume l'efiTet plus ou moins fort de tel

oa tel odnUct n'est t)as chose facile; aussi, ne serai-je compris qu'imparfailement par les gens qai n'auront pas déjà les comiaissances préliminaires*

On pourra être étonné qae j'aie choisi , pont ma publication , la forme d'un Dictionnaire, forme neuVé d'ailleurs, et qui n^a pas encore été mise en usage par ceux qui ont écrit sur l'équitation. Il eût été sans doute plus, rationnel de distribuer mes observations dans un ordre logique, et d'en faire un ouvrage suivi; maïs je me suis bientôt convaincu que je devais d'abord exposer ma méthode dans ses rapports et ses points de contact avec toutes tes spécialités et toutes les circonstances de réquitatioii. :

J'ai cru, dé plus, qu'il ^it nécessaire de donner la «gnificatioo de plusieurs mots techniques assez mal compris, en général, des personnes qui s'occupent de eet art, leur faisant toutefois observer qu'il est préférable de parler un langage enitendu de tout le monde; Ceë considérations m'ont amené à penser que la forme de Dic*^ iionnaire se prêtait suffisamment aux explications que je voulais donner, et qu'elle rendait les recherchés plus làciles.

Peut-*étre nneicamen plus détaillé eût pu fournir quel- <|ues mots de plus à ce Dictionnaire; mais mon but a inoins été de publier un livre complet, que de faire connaître à mes lecteurs une certaine masse d'idées suffisamment explicites dans celui-ci.

Par exemple. Je me suis abstenu de dire comment, «vec mon mode d'éducation, il serait possible de dresser na cheval sans même le Caire bouger de pittce.

H est cependant certain 'que l'éducaticfn' d'nn cheval peut se fiire en entier d»ns mie chanibre de douze pfeids carrés, de telle sorte que, sans être exercé réellement à aucnbe allure, H les exécute dès la première fois ; ihénie «vec précision.

INTft0{>U€TlO?i> Xiy

J'aieraini d'effrayer les ifl<;fédttles , de prêter andoote^ et j*ai regardé comme plus prudent d'attendre 'qu'on fui actotitatpétui idées- émises dans ce livre, et <}tte leur iréraci4éfù4 démootrée par rexpérience.

J'ai développé, aussi longuement et clairement qu'il m'a été possible, les articles que je considérais comme fondamenlaux. Je recommande donc principalement à l'attention du lecteur lesmots intitulés : écuybr.— éducation RAISONKÉE. — FILET. — FtTIR LES HANCHES. — GALOP.

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