‹ Dictionnaire raisonné d'équitation (volume 3)Chapitre 56 sur 73 · MONTOIR · texte numérisé non relu

MONTOIR

près à former des casse-cou que des écuyers, et je les ai bannies de mon manège.

Je crois, en effet, que ces réactions violentes mettent le cavalier dans un état de contraction excessive, qui lui donne une raideur nuisible lorsqu*il éprouve les mêmes défenses de la part d un cheval en liberté. Il désapprend ainsi à raisonner ses résistances, et à nuancer ses forces pour passer vivement d'une action minime à une action considérable, et revenir aussitôt à une action moindre.

* La définition du pourquoi aplanit bien des doutes.

ntONTOIR désigne le côté gauche du cheval, et hors du montoir est le côté droit. Rendre facile au montoir, c'est accoutumer un cheval à être tranquille quand on le monte.

J*ai entendu des gens qui s'occupaient de dresser des chevaux , dire sérieusement qu'un cheval, dont ils vantaient les qualités, n'avait qu'un seul défaut, celui d'être difficile au montoir. Il semblait, à les entendre, que ce fût* un vice incorrigible. J'ai fait venir un cheval de ce genre, qui cherchait à ruer à l'approche de l'homme ; je lui ai fait mettre un caveçon dont je tenais moi-même la longe, et, en moins d'une demi-heure , avec une douzaine d'applications vigoureuses de cette espèce de collier de force, entremêlées de caresses quand il ruait moins, je l'ai rendu sage et l'ai corrigé de cette mauvaise habitude.

Le moyen sera le même pour les chevaux trop ardents, pour ceux qui se cabrent, etc.

* Les impressioils que l'on reçoit doivent être le

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dynamomètre des sensations que l'on fait éprouver.

IIIORS (du) ET DE SES EFFETS. Le mors se compose de trois pièces qui, par leur combinaison , n*en font qu*une. 11 est formé de deux branches et de Tembouchure qui se subdivise en deux canons et un cintre au milieu , appelé liberté de la langue. Les anneaux et autres ouvertures qui se trouvent dans le haut et le bas des branches , sont destinés, (^ans la partie supérieure, à recevoir les montants, et dans la partie inférieure les rênes de la bride.

Tant d'auteurs ont déjà défini le mors et décrit toutes ses parties, que je n'entrerai pas dans des détails qui ne seraient que des répétitions; je me contenterai de faire connaître ses diverses proportions.

Les éperonniers et selliers ont profité de Tigno— rance ou de la frivolité de la plupart des cavaliers pour changer la forme des mors et leur donner des dimensions qui, presque toujours, sont devenues nuisibles aux chevaux, et contraires au parti qu'on voulait tirer d'eux. Maison se gardait bien de convenir de ces inconvénients que combattait d'ailleurs l'attrait puis- ' sant de la nouveauté, ou que n'entrevoyait pas l'inexpérience des acheteurs. On a donc suivi les différentes modes que l'avidité des spéculateurs accréditait, et bientôt des mors simples, mais utiles, ont été remplacés par des mors co;»posés, brillants, mais dangereux.

Le principe que je vais émettre ne laissera pas de surprendre sans doute; car il ne s'agit de rien moins

que d'adopter un seul mors pour tous les chevaux, quels que soient d*ailleurs leur conformation et leur état de sensibilité.

Voici la forme et les proportion^ du mors auquel je donne la préférence :

Branches droites, de la longueur de sit pouces, à partir de l'œil du mors jusqu'à l'extrémité des branches; circonférence du canon, deux pouces et demi; liberté de la langue, de la largeur de deux pouces à peu près dans sa partie inférieure , et d'un pouce dans la partie supérieure.

On comprendra sans peine qu'en disant que la même forme conrient à tous les chevaux, je n'entends point parler de la largeur; sous ce rapport, il faut admettre différentes dimensions, selon la bou' che des chevaux, afin qu'ils n'y vacillentpoint, et que les parties qui doivent avoir un point d'appui fixe le conservent toujours exactement.

Quoique le mors ci-dessus détaillé soit très-doux, je puis affirmer qu'il peut suffire à rendre sensibles et h soumetre à la plus passiveobéissance les chevaux les plus froids, les plus sujets à s'emporter^ et ceux mêmes qui offrent le plus de résistance.

Les barres sur lescfuelles le mors agit sont deux 09 recouverts d'un périoste et d'une gencive. Ces parties sont plus ou moins saillantes, plus ou moins rondes; mais ni cette rondeur, ni cette saillie ne sont des raisons de faire subir des variations de forme au mors, et surtout d'en admettre un plus dur pour les barres charnues. Quelle que soit leur conformation , le mors, dont je prescris l'usage, produira tout l'effet désirable; car il est erroné de croire

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(}uç la résistance que les cbevaux nous opposent ^ît sa cause dans la conformation de leur bouche. La sensibilité de cette partie ne peut varier que de trèspeu de chose. Admettons, pour un instant, que les barres du cheval soient bien conformées, c*est-à-dire ni trop, ni Jroppeu charjiues. A mon sens, des pressions légères éveilleronj; bientôt Tirritabilité de ces parties. Supposons que, pour obtenir ces résultats, iî nous faille employer deux onces de force; supposons encore maintenant que ces mêmes barres soient chargées de deux lignes de chair en plus (ce qui ne varie jamais davantage) , et que chaque ligne augmente l'insensibilité d'une opce, ce que je suppose e;3core, sans l'admettre; eh bienl ce maximum i:édqira le tout à quatre onces. Quel sera l'homme, même le moins solidement placé à cheval , qui ne pourra disposer d'une aussi petite force? Il faut donc imputer cette résistance à une cauçe-tout autre, puisque parfois les chevaux opposent des résistances telles, que toutes les forces d'un cavalier bien constitué et solidement placé à cheval ne sont pas suffisantes pour les arrêter.

C'est donc ailleurs qu'il faut chercher les moyens d'opposition du cheval ; il faut jeter les yeux sur les autres parties de son corps , et observer attentivement si des tares , un vice de conformation , une mauvaise attitude, ne contribuent pas plus que tout le reste à amener cette résistance. En effet, la force que l'animal oppose est toujours le résultat d'un manque d'équilibre; c'est pour moi une vérité incontestable, sanctionnée par l'expérience. Que de personnes ont été emportées par leurs chevaux, et

se plaignaient de la dureté de leur bouche (expression banale et fausse) I J'ai monté ces mêmes chevaux, et, en peu de temps, au grand ctonnement de leurs maîtres, ils ont cédé à toutes mes exigences sans la moindre opposition, et, cependant, je n*ai mis en usage qu'une force presque insensible.

Je le demande, est-ce la bouche qui, dans ce court espace , a retrouvé sa sensibilité ? Cela est impossible; on ne peut, instantanément, faire ressentir une force de deux onces quand une puissance de deux cents ne produisait aucun effet; le cheval ne pourrait passer immédiatement d'une insensibilité aussi grande à autant d'irritabilité, surtout s'il avait un vice de conformation ; c'est donc la position qui, étant rectifiée , l'a mis dans l'impossibilité d'opposer la résistance attribuée à tort à rinsensibilîté de sa bouche.

Détruisons cette erreur, trop accréditée , et remplaçons l'expression bouche dure par celle de dur à la main. Une expression a souvent dans les arts plus d'influence qu'on ne pense sur le mode d'agir de ceux qui les professent; celle-ci, par exemple, a laissé l'équitation de cinquante ans en arrière; l'expression que j'y substitue aura le double avantage de rectifier une idée fausse , et d'indiquer le moyen d'arriver le plus tôt au but.

On comprendra alors que ce n'est plus la forme du mors qu'il faut changer, et qu'il ne s'agit ni d'alonger les branches , ni de diminuer l'épaisseur des canons, puisqu'on a dû reconnaître que la bouche n'est pour rien dans la résistance du cheval , et qu'un mors doux produit autant d'effet qu'un mors

dur. Ce dernier d*aiUears ne peut occasionner que des résultats fâcheux , tel que de comprimer plus fortement le cheval , et de l'amener à des défenses plus dangereuses.

Cette vérité une fois admise, on s'occupera spécialement de ramener le cheval à la bonne position, en le travaillant dans l'inaction. J'ai acquis, même avec les chevaux les plus difficiles, la certitude que c'était moins la force que le bon usage du mors qui, en déterminant la juste position du cheval , le soumettait à notre volonté , et lui donnait ce qu'on appelle si improprement une bouche sensible.

Pour mon propre compte, j'atteste que j'ai rencontré des chevaux qui, malgré la rondeur des barres et l'épaisseur de la gencive , ont toujours eu ces parties ^'une extrême sensibilité, et, comme chacun peut se convaincre de cette vérité, je persiste à dire qne la dureté que l'on croit rencontrer dans la bouche ne dépend pas de la disposition des barres et des gencives, mais bien de la conformation générale du cheval.

Aussi, la science de Téquitation réside-t-elle dans l'adresse à saisir les moments favorables d'agir, de punir et de recompenser ; et pour cela il faut un mors doux qui puisse se prêter à tous les mouvements d'une main habile, et communique au cheval l'action du cavalier, avec la douceur, la légèreté et la promptitude que celui-ci y met.

Les cas dans lesquels on fait usage ordinairement de plusieurs espèces de mors , sont : celui où le cheval éloigne son nez (ou porte au vent), celui où il est lourd à la main , et enfin celui où il s em-

porte. i« parierai seulement du mors dont on se sert poar ta première de ces positions, puisque les inam^* vénients sont les mêmes pour les autres. Dans œ pre* mier cas, on fait usage d'un mors à branches longues pour ramener le nez du chef al qui Téloigne trop.

Or, si c'est par un vice de conformation ou de position que le cheval présente de la résistance, les moyens doux pourront seuls assouplir et ramener l'animal dans un plus juste équilibre. Le mors; avee des branches plus longues, aurait une force et une rapidité d'action si grandes, que la contrainte excessive qui en résulterait , mettrait le cheval dans la oé- «eiBftité ifi se défendre. De plus, comment conserver la finesse nécessaire au contact des jambes, si Tac^ tion du mors est trop considérable, les aides devant être en rapport entre elles? Les jambes ne sauraient donc, sans contraindre péniblement le cheval, ang«menter leur force dans la même proportion que le mors , et la récompense serait toujours trop tardive, à cau^e de la longueur des leviers.

En effets les branches longues donnent une force très-grande au mors. Comme leur extrémité inférieure est plus éloignée des canons , on est exposé à agir trop ou trop peu ; et cette violence ou celte faiblesse d'action s'opposent à ce qu'on puisse maintenir le cheval dans une bonne position. L'une, par la continuité de souffrance qu'elle lui impose, blase son irritabilité; l'autre l'engage à forcer notre action. Il en sera de même si les canons sont minces : le mors sera toujours d'une dureté pernicieuse.

Qu'on se rappelle donc bien que les forces qui doivent arrêter, secourir, enlever et déterminer,

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