‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 112 sur 455 · I. DATES DO TEMPS · texte numérisé non relu

I. DATES DO TEMPS

On distingue deux sortes de dates do temps: les unes vagues et indéterminées , et les autres spéciales. Les premières n'annoncent qu'une suite indéfinie d'années, comme , par exemple , celle-ci : Régnante Domino nosiro Jesu Christo, pour imiiquer qu'elle pari depuis l'établissement du christianisme. Cette formule . ordinaire dans les acl> s des martyrs au nv siècle, se répandit dans les chartes depuis le vir jusqu'au xu* siècle; mais il était rare qu'on l'employât alors sans autre note chronologique. Uuc autre manière de dater également indécise , quoique moins vague . se voit dans ces formules : Sous le règne de tel roi , sous le pontificat de tel inique , etc.

Les secondes précisent les époques, et déterminent même les mois , la semaine , le jour, et quelquefois, mais rarement, l'heure et l'instant même de la passation des actes. Ces diverses dates sont grandement usitées pour la connaissance de l'antiquité ; mais ou y rencontre beaucoup de variétés, comme on le verra dans la suite.

Dates du monde.

La date de la création du monde fut universellement usitée chez les Grecs. Il faut se rappeler qu'ils commenoarcnl l'année au premier septembre. Un Calabre el en Sicile, au xi( siècle, on imita cet exemple.

Dûtes de l'ère.

L'usage des ères des Arabes, des Arméniens et des ères autres que l'ère chrétienne, a été moins répandu eu France que celui de l'ère chrétienne : nous ne parlerons de ces différents eomputs qu'à l'article Eres.

La date de ï ère chrétienne est désignée dans les chartes sous les noms de l'an de grâce , l'an de la Nativité, de la Circoncision, de l'Incarnation, de la Trabcatiou, etc. Introduite eu Italie, au vr siècle , cette ère se répandit en France au milieu du vin* siècle; pratiquée en Espagne au xi* siècle, elle u'y fut reçue généralement qu'après le milieu du xiv* siècle. D»lo de l'an de «rlcc.

La date de l'an de grâce, anno gratiœ, fut d'un usage assez fréquent au xir siècle. Elle était ainsi nommée parce qu'elle commençait le jour de la naissance du Sauveur. Au siècle suivant, lorsqu'on datait de l'année courante, on se servait ordinairement de la formule do l'on de grâce ; c'élail la manière la plus ordinaire en France et en Allemagne. Au xiv siècle elle se montre fréquemment dans les actes des laïques, el elle a persévéré jusqu'à la révolution. — Un acte daté de l'an de gràco avant le xu* siècle serait suspect.

Date de l'an d* la Nativité da Seigneur.

La date de l'an de la Nativité n'a pas toujours signifié l i dite du jour de la naissance du Jésus-Christ ; et on Ta confondue , au ni' siècle , avec celle de l'Incarnation. Aux siècles suivants elle devint plus ordinaire. La formule anno Domini, employée dès \» ix* siècle dans les actes laïques . était un lerme général pour exprimer ce que l'on entendait par la date de l'Incarnation.

DjIc du l'Incarnation.

La date de l'an de l'Incarnation ayant été d'un fréquent usage doit ôire examinée en détail.

Dans les bulles elle a été employée, peutère pour la première fois , par Boni face IV ( 07 015); ce qui serait le plus ancien exemple de celte date dans les Icllres papales :onla util dans quelque* bulles de Léon III, de Pascal I" et d'autres papes du ix* siècle. Au x* siècle, sous Léon X,clle prit plus d'extension, mais dans les bulles solennelles seulement ; cet usage continua sous ses successeurs. 11 faut en excepter les petites bulles, où cette formule ne se rencontre pas depuis Honorius 11 jusqu'à Eugène IV (112^-14-31 ). Les Bénédictins rapportent que ce dernier pape, à la représentation de Bernard de Forli , secrétaire du ronsisioirc, décida que relie date serait marquée dans toutes ses bulles, cl s'il ne suivit pas celle règle dans les brefs, qu'il scellait du sceau secret , les papes suivants l'élendirenl à ces mêmes actes qui furent scellés de l'anneau du pécheur. Cet usage continua jusqu'à nos jours.

Pour connaître l'époque du commencement de l'année de l'Incarnation dans les bulles , il faut se rappeler que la manière do compter le premier tour de l'année en général a beaucoup varié dans le moyen âge : au îr siècle , c'était plus souvent au 2b mars qu'au 1" janvier ; au xnr siècle, c'était lanlôt au 25 décembre, au 1" janvier, au 25 mars ou à Pâques , etc.

Vans tes autres actes ecclésiastiques. Les actes du concile de Twiford, en Angleterre , tenu en 685 , sont un des plus anciens monnments où se rencontre la date de l'Incarnation. Elle se trouve également dans presque tous les actes du clergé au vur siècle. Au siècle suivant on la prend souvent pour le jour de la naissance de Jésus-Christ. On continua postérieurement à l'employer généralement.

Dans tes diplômes royaux. On voit la date de l'Incarnation dans une pièce de Chilpétic 1"; mais c'c«4 bien évidemment une interpolation ; ce n'est que dans une charte de Carloman , maire du palais , qu'elle se Irouve eu France pour la première fois. <iharlemagne l'employa quelquefois , quoique rarement , et ses successeurs ont continué d'en répandre l'usage.

Les rois d'Angleterre, depuis le ix' siècle, ont daté leurs diplômes de l'an de l'Incarnalinu; mais celte pratique, quoiqu'elle n'ait jamais cessé d'être eu usage, était réservée pour les actes les ptus importants.

'11 Elément* de Paléographie, t. 1, 147.

DAT o-^

Dans les chartes particulières. Los Bénédictins regardent l'usage de la date de l'Incarnation comme rare quoique existant au vir siècle en France et en Angleterre. Dans le x' siècle elle était générale en France et dans les autres pays catholiques. Dans le xv siècle, depuis la mort de Guillaume le Conquérant, en 1087, la date de l'année do l'Incarnation est assez rare dans les chartes anglo-normandes, au lieu qu'elle se trouve dans les chartes anglo-saxonnes.

Dans les xir et xm* siècles on la rencontre ordinairement en France dans les actes privés ; mais en Normandie, à Auxerre et dans plusieurs autres lieux on datait quelquefois de l'an du Verbe incarné au lieu de l'an de l'Incarnation.

Date de la TraMatioa.

La date de la Trabéalion, trabea carnis indu tus, était prise assez fréquemment aux xr et xn* siècles pour celle de l'Incarnatioo. Date de la passion de Jésus-Christ.

Cette date, qui diffère certainement de trente-trois ou trente-quatre ans de celle do l'Incarnation, a été cependant mise quelquefois pour elle au xr siècle. Les Bénédictins rapportent, d'après du Cange, un acte qui justifie celle assertion; c'est une pièce de Thibaut, cqmte palatin, dans laquelle ou lil : Dntum v idus Januarii, indictione vi anno a passione Domini u xxxtti, regni autemPhilippi xx m.

Date du rô«ne de Jésus-Clirist.

On a vu, au commencement de cet article, ue la date du règne de Jésus-Christ a servi 'une manière générale pour désigner l'ère chrétienne : mais il s'.igit ici de documents dans lesquels elle fut fréquemment employée avec l'année propre de leur rédaction. La lettre encyclique que l'Eglise de Suiyrne écrivit à toutes les autres Eglises, vers l'an 100, sur le martyre de saint Polycarpc, est le plus ancien monument où se irouve la formule Régnante Jesu Chrislo , si usitée au moyen âge. Elle su rencontre dans les chartes depuis le vr jusqu'au xr siècle inclusivement. Cette date, qui n'est souvent qu'un » formule de dévotion, désigne aussi quelquefois un interrègne. Quand elle est jointe à la formule Regem exspectanti, elle devienten général propre au x* siècle, où cette manière de dater s'accrédita, surtout dans le midi de la France, à l'occasion de l'emprisonnement de Charles le Simple et de l'usurpation do Raoul.

On data en Aquitaine d'une manière ana logue tant que l'autorité de Hugues Cape» fut méconnue : \' Régnante Domino et absente rege terreno; 2" Reqe terreno déficiente et Christo régnante; 3# Deo régnante et re:/r sperante ; k' Régnante Domino nostro Jesu Christo , Franciœ autem contra jus regnum usurpante Ugone rege (1).

Date do 1*1 ndiction (Foj/. ce mot).

Vindiction dans les bulles et autres actes de la chancellerie romaine ne remonte pas

Î39 DICTIONNAIRE DE DIPLt

plus haut qu'à l'an 490, où elle est employées dans une lettre du pape saint Félix. Symniaque l'emploie en 499; Pelage II, au vr siècle, cl les papes des vir, vur, ix\ x* ctxf siècles firent usage de I*î ndicti on dons leurs bulles, leurs lettres et leurs privilèges. Depuis Grégoire VII jusqu'au xiv siècle, les pape* se servirent plus ordinairement de lindiclion romaine, qui commençait au 25 décembre ou au 1 ' janvier. La date de l'indiclion fut souvent supprimée dans les petites bulles depuis Pascal 11. Eugène IV, qui modifia plusieurs pratiques de la daterie, lit «lisparaitre (oui à fait l'indiclion de toutes ses bulles ; on ne la rencontra plus que dans les certificats des courrier» apostoliques. L'indiction romaine fut enfin rétablie dans les grandes bulles nous Innocent XII.

Dans les autres actes ecclésiastiques on rencontre l'indiclioti dès le vin* siècle. Pendant les trois siècles suivants ou s'y servit quelquefois de l indiclion de Constanlinople; cependant, même nu Mil* siècle, l'indiclion pontificale remportait; mais aux xiv et xv* siècles l'indiction impériale, comoicuçanl au 1* septembre, fut la plus suivie en France, en Allemagne cl en Angle: erre.

L'indiclion dans les diplômes royaux et les actes privés. En France, les Mérovingiens s'en sonl rarement servis. Les princes de la seconde race suivirent l'indiction de Constanlinople cl l'indiction impériale. Celle date, devenue rare dans les diplômes de Louis VI, osl abolie sous le règne de son successeur. Cependant elle se maintient dans les chartes privée» au xiv et au xv« siècle; on comptait alors par l'indiction impériale, tandis que depuis le ix* jusqu'au xiv* siècle on avait presque toujours suivi l'indiclion pontificale.

lin Angleterre on trouve l'indiclion dès le vu* siècle chez les rois , et au vur dans les chartes particulières. Dans l'empire d'Allemagne on se servit de l'indiclion impériale jusqu'au xv* siècle; mais depuis le xm* l'indiction y élait devenue très-rare, comme dans le reste de l'Europe, l'Italie exceptée.

On doit remarquer que l'usage ou l'omission de l'indiction e* ses divers commencements n'impliquent aucun motif de vérité ou de suspicion dans les actes , excepté cependant les bulles privilèges des xik, xm* et xiv* siècles, où elle doit toujours se trouver; mais non après Eugène IV , qui ne la laissa subsister, comme on l'a vu p'us haut, que dans le certificat.

Dates des cycles, du terme pascal, de l'épacte, des concurrents, etc.

Les nombreux termes du compul ecclésiastique devinrent pru à peu un accessoire habituel à la précision des dales depuis le ix* siècle; mais c'est principalement aux xir et xur siècles que les cycles, les épaclcs, les concurrents (Voy. ces mots), etc., figurent dans les aclcs du clergé cl des laïques, comme dans les diplômes royaux. Ces dales deviennent plus rares au xiv' siècle, à mesure qu'on se rapproche de la fin du moyen Age.

MATIQl'E CHRETIENNE. «40

Ce n'est qu'au vnr siècle qu'on fait remonter les plus anciens monuments qui conliennenl les dales des épactes : on voit quelquefois au xv sièc'e l'épacle majeure et l'épacle mineure.

Dates du mois.

On trouve la date du mois dès les premiers siècles do l'Eglise, et, sans être constante, celte pratique s'est montrée dans chaque siècle. Les chartes datées du mois ne l'étaient pas toujours du jour ; mais on rencontrait toujours la première formule dans celles qui étaient datées du jour.

C'est le lieu de faire mention d'un usage assez répandu, surtout en Italie depuis le xi* jusqu'au xv* siècle, dans la date du mois. On divisait le mois en deux parties égales : la première, qu'on appelait le mois entrant, finissait au quinzième ou au seizième jour , suivant que le mois avait trente ou trente-un jours : ou la désignait par les mots intrante menre, inlroeunte mense ou mensis introilits; la seconde partie" du mois, appelée mois sortant, se désignait par les formules mense excunte, stante, astunle, restante ou exitus mrnsis. Le dernier jour du mois était qualifié spécialement par les mots die ultima et quelquefois die penullima. Les jours du mois entrant étaient appelés suivant l'ordre direct, le 1 le 2', le 3% etc., tandirque les jours du mois sortant se comptaient dans l'ordre inverse : ainsi la date xv die exeunte Januario correspondait au 17 janvier; le xiv au 18, le xur au 19, el ainsi de suite.

Dates dts semaines et des jours

La date des semaines ne se rencontre jamais dans les chartes, tandis que celle du jour y fut très-usitée. Il faut observer que suivant qu'on complaît le commencement du jour à minuit ou a midi, au coucher ou au lever du soleil, il peut y avoir la différence d'un jour entre deux chartes datées du mémo q uanlième.

L'usage de dater des calendes, des noncs et des ides se maintint jusqu'au xur siècle, époque où notre mode de compter se répandit plus généralement. 11 est bon de savoir qu'au lieu de compter dans l'ordre universel, par exemple le k des noues de janvier , le 8 des ides, le 19 des calendes, pour le 2, le 6 et le 14 de ce mois , on disait quelquefois, le premier, le secoud des noues do janvier, et ainsi jusqu'à quatre; le premier des ides, el ainsi de suile jusqu'à huit, et le premier des calendes, cl ainsi jusqu'à dix-neuf.

La date du jour du mois se trouve dans les plus anciens monuments diplomatiques, tant ecclésiastiques que laïques ; elle est même la plus ordinaire dans les premiers siècles. Un diplôme de l'empereur Galba, le seul que l'on connaisse du i" siècle, inscrit sur deux labiés de cuivre, est daté du jour du mois. La lettre do sainl Ignace aux Romains, du ir siècle, porte la date du jour par les calendes, ainsi que la lel»ic» encyclique de l'Eglise de Sinyrne de I an lfi ». En un mot, c'est une des dales qu'on trouve

Mi DAT

te plus universellement (.ml dans les rescrits des empereurs et des rois francs du la première race, qui? dans les bulles, les ados ccrlcsiasliques « l dans les chartes privées de de lous les siècles^ lorsque ces pièces portent des noies chronologiques du temps où elles oui clé dressées. Aux xiii' e.1 xiv siècles elle n'était cependant pas encore regardée comme tellement esscnliellc qu'on ' ne l'omit quelquefois.

Les seules observations qu'on puisse faire sur celle date, c'est , 1" que dans le v* siècle cl probablement auparavant les édits el 1< s rescrils des empereurs offrent quelquefois drus dates de jour , ce. le du jour où ils ont 6!é donnés et celle du jour de leur réception ; 2* que les bulles originales ont presque toujours marqué exactement la date du jour du mois. Pendant les cinq ou ïix premiers siècles celle dale s'exprimait par les calendes, les noncs el les ides; mais depuis la fln du vi* jusque vers la (in du xi* siècle quelque!* bulles présentent lo quanliènc du mois suivant ru sage moderne. Depuis 1+50 les brefs seuls soul dutés ainsi, tandis que les bulles le soul à la manière romaine.

Date de l'heure.

On rencontre rarement la date de l'heur» dans les actes de toute nature, quoiqu'elle ail été usitée dans lous les siècles chrétiens. Au xur siècle on commença à la marquer dans les chartes. Les Bénédictins cilenl un acte do 1535 où la dale de l'heure c4 ainsi écrite : Data.... anno a Nulicilate m dxxxv, pulsata odava hora ante meridicin.

JJaies des fériés, des dimanches el des fêles. La date des fériés , des dimanches el des fêles se rencontre quelquefois dans les chartes, surtout après le ix* siècle. Kilo .paraît plus fréquemment dans les siècles suivants jusqu'au xur, à partir duquel elle devient géuéralc. Au lieu de désigner les jours de la semaine par les noms païens , lundi, mardi, etc., on les nommait feries. Le dimanche s'appelait feria prima ; le lundi . feriu secunoVi, i l ainsi de sui'e jusqu'au samedi, qui se uoannail frriu septima. Depuis le commencement du xur siècle on datait ordinairement de tant de jours avant ou après telle fêle, ou à partir de son octave ; ou eu se servant des mots lundi, mardi, de.

Dans le xir siècle, où l'on faisait usage do la date des feries, le dimanche esl quelquefois désigné par les premiers mots de l'Introït de la messe du jour, comme on dit encore le dimauche Judica, le dimanche Lecture.

. Il en était de même aux xur et xiv siècles. Cet observations s'appliquent aux actes ecclésiastiques. (roy.au reste pour ces divers sujets le Glossuire des data à la suile de cet ar.icle.)

Dute de lu lune.

Depuis le xr siècle on rencontre, dans les chartes, des dates du jour île la lune, des fêles mobiles, etc Le peu de précision de ces mots chronologiques ne permet pas de i;éleruuner facilement !c quantième qu'elles

indiquent ; nous renverront pour cela au calendrier perpétuel de l'Art de térifler les dates.

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