VI. ERREUR DANS LES DATES
Ainsi qu'on l'a déjà dit à l'article Anachronisme, des chartes originales qui contiennent des erreurs dans les date* ne doivent pas être regardées pour cela seul comme supposées ou suspectes. Non-seulement les notaires pouvaient se tromper, mais les variations infinies du calcul des dates au moyen âge ont pu donner lieu de bonne foi à ces fautes de chronologie. On doit doi:c apporter une extrême réserve dans le jugement îles dates; il ne faut pas confondre l'erreur avec les varialums. Les anné's dts consuls, par exemple, sont presque incertaines à cause des variations «ies lattes consulaires. Les années de l'Incarnation el les années civiles le sont également, à cause des différentes manières dont chaque nation les a comptées. Les indictions présentent au si de l'incertitude à raison des différents points dont ou les a fait commencer; cl les règnes eux-mêmes, quoique certains, n'ont pis laissé, eu égard à leurs différentes époques , do jeter une grande confusion dans la chronologie. Toutes ces variations, celles surtout du commencement de l'année qui n'était point uniforme dans les pays mêmes où celle manière de compter était le plus en vogue, doivent rendre très-circonspect quand il s'agit de prononcer sur la fuisselé des pièces où l'on suit des supputations si diverses.
Au reste, les dates pourraient èlre réellement fausses, et la pièce où elles se trouvent tiès-aulhenlique ; on en rapporterait mille exemples. Nous al:ous reproduire, d'après ie Nouveau Traité de Diplomatique (1), les principales règles qui doivent guider le critique daus celte matière. A l'aide des observations
(l) Riq'.a ijénéiutes tut tt% dates de$ diplômes , touic VI, p.
répandues dans le cours de ccîl article , on pourra, nous le croyons, facilement « assurer de la vérité des dates qu'on rencontrera.
Les dates générales et uniques tu fournissent nul moyen de suspicion, ni par leur généralité, ni par leur unité. Les dates de ) Incarnation, de l'indiction, du règne, qui ne seraient fautives que d'un ou.de deux ans, ne doivent porter aucune atteinte aux chartes ; car il y a eu tant de variations dans la manière de compter et dans le point de départ , qu'il n est point étonnant que quelques notaires aient commis des erreurs, ou bien qu'ils aient une façon particulière de dater que nous ne connaissons point.
La variation dans les dates de litres du même lieu et du même temps n'est pas un moiif suffisant pour s'inscrire en faux contro tes pièces; car de ce qu'une certaine date se trouve dans un acte, on peut bien en conclure qu'elle était admise dans le lieu , mais on ue doit pas en inférer qu'elle fût alors seule en usage. Il résulte de là que, malgré le témoignage précis d'auteurs qui prouveraient qu'en certains lieux et en certains temps on commençait l'année de telle et te.le manière, on n'en pourrait pas toujours conclure que tous les actes de ces lieux et de ces temps, de quelque espèce qu'ils fussent , dussent porter celte d ite.
Les variations dans les dates du règne des mêmes princes ue prouvent point la fausseic des diplômes où elle» se trouvent. Nous avons vu précédemment combien celle sorte do •laie était diverse; il est donc «le règle qu'on doit rencontrer souvent des différences dans l<-« dates des règnes. Quand il passera pour coiulaul que les années d'un règne ne fureul comptées que d'une seule époque, alors on pourra tirer un mojcn légitime de suspicion delà variété qu'on y remontrera. Nous disons de suspicion et non pa« de faux; car de ce qu'on nu observé jusqu'ici qu'une manière de compter les années d'un prince, il ne s'ensuit pas qu'il n'y en ail eu aucune .mire soit générale , soit particulière à écriâmes prov nues.
Souvent on ne saurait concilier les années i'es régnes qu'en comptant pour la première ou née celle où le prince n commencé de roçn«T; en sorte que l'entrée de l'année civile fasse le commencement de la seconde année de règne. Il faut aus.-i examiner si l'on parle dans l'acte d'une année commencée «t infoinplèle, ou d'une année complète et achevée.
Si après toutes ces précautions les dates annoncent de> époques île règne évidemment contraires à l'histoire du temps , alors elles li'ivenl être rejetées . ainsi que les pièces wéines; ou dit éiidemmenl contraires à l'his- ■ are,caril ne faut pas toujours regarder «h'> chartes comme supposées parce que lr jrs date* semblent se contredire cl ne *Vror>lenl pas avec celles de quelque auleur oni.'inporam.
Une date singulière, s'il était moralement impossible que l'écrivain du temps l'eût cmi lujée , la verait de faux la cbarle où ejle se
trouverait. S'il n'y avait positivement que la date qui ne fût .pas d'accord avec le temps do l'écriture de la pièce, on ne devrait eu rejeter la faule que sur l'inadvertance de l'écrivain qui aurait mis un siècle pour un autre, nu sur la simplicité de celui qui aurait ajouté la date après coup par trop de précaution.
Les dates fautives des copias ue portent point préjudice à l'original, parce qu'elles ne proviennent souvent que de l'ignorance ou île l'inadvertance des copistes.
Le» additions <lo dates vraies ou fausse-!, surtout lorsqu'elles sont d'un usage postérieur, non-seulement faites dans les copies, mais mé r.e dans les originaux, ne doivent pas réduire ces pièces au rang des chartes fausses ou supposées.