II. ffORMULES DE STYLE
On va passer en revue sous ce titre les principales de ces formules que les notaires et autres rédacteurs des chartes adoptaient à chaque époque comme des termes sacra mentaux qui devaient se retrouver dans tous les actes de même nature. 11 ne s'agit point ici des formules caractéristique* et ordinaires, telles que les invocations, Suscriptions, Salut, Annonces, Salutation finale, Dates, Souscriptions, etc., pour lesquelles on renvoie à t hacun de ces termes.
Il est à remarquer en premier lieu que, après l'ét iblissi iu ut des Francs, les lois étant devenues personnelle», le Uomaiu suivait te droit romain, el le Franc, la loi saliquc. On fit, aux vu' et vin' siècles, grand usage du Recueil des formules du muinu Marculfe, qu'on adoptait suivant les convenances; cependant on rencontre encore bien des pièces rédigées différemment. Pour bien connaître le style de» actes antérieurs aux. xi* et xu* siècles, il faudrait consulter le recueil dont nous venons de parler, ceux des formules angevines, de Sirmond, de Bi gnou, do Litideubroge , publiés par B iluzu avec
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supplément (1). Il en clail tic ces recueils comme des formulaires actuels, ils servaient aux chanceliers et aux notaires, qui y trouvaient 1rs actes tout bits et ne manquant que des circonstances particulières à chaque acte. Muis, je re répète, les notaires n'étaient pas astrcjnls a suivre les formules /onnucs, et ils (tressaient souvenj les actes suivant leur fantaise; ce qui apporta nécessairement des variations dans cette matière. Il ne faudrait donc pas suspecter une charte qui offrirait une formule singulière et nouvelle qui a pris faveur dans les siècles postérieurs; car celte pièce en est peut-être le premier exemple. Mais s'il est avéré que cette formule , ou les termes dont elle se compose , n'étaient pas enrore créés au temps de la charte, clic doit être déclarée fausse.
Féliciter
La formule féliciter est très-ancienne, on la trouve chez les Romains. Placée à la ûn des acli s, comme pour exprimer la satisfaction de l'écrivain et de l'auteur de la pièce, elle était souvent accompagnée du mol amen surtout depuis le vnr siècle.
Explicit féliciter.
Le mol explicit seul ou accompagné de liciter se rencontre fréquemment dans s plus anciens manuscrits pour exprimer la même idée que féliciter à la fin des chartes. Explcit, mol barbare, est mis pour explicitas ou absotutus, sous-entendu liber ou sermo. Du temps de saint Jérôme, on l'employait, ou quelque autre semblable, pourmarquerla iiu d'un ouvrage et pour le distinguer du suivant.
Exorare delectet.
Les chartes de donations contiennent presque toujours des rccommanduions par les donateurs à ceux dont ils étaient les bien- • faileurs, de prier pour eux. Ils se servaient |.our cela de la formule singulière exorare delectet. On faisait quelquefois entrer dans tes recommandations sa femme cl. ses enfants, bien qu'on n'eût ni l'un ni l'autre. Celait peut-être une précaution pour l'avenir ou simplement une pratique de style. Les Bénédictins rapportent à cet égard un privilège accordé a l'abbaye de Sainl-Maurdes Fossés par Clovis II, âgé de quatre ans, où on lui fail dire : Pro nobis ac génitrice nostra, vel conjuge, siveprolis, etc.
Mundi lermino appropinquonte.
Plusieurs causes firent croire, aux ix* el x* kiècbs, que la fin du inonde clail proche; « cite opinion, prise d'une interprétation trop littérale d'une parole de Jésus Christ, a produit la secte des millénaires. Il faut dire aussi que les effroyables désordres de ces temps étaient bien faits pour porter les peuples à croire à la vérité de ce bruit, qui était déjà très-répandu do temps de saint Grégoire, le Grand. Quoi qu'il eu soit, tes formules mundi lermino appropinquantecrebrescentibus
(l)n.ilu<e, Capiiut. des rois de France. Voyez aussi, pvuf l'*i>| rûcfoUou de c«« ouvrag e, te Non». Trcùii de
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ruinis, instante mundi termino, et d'autres semblables se trouvent dans un grand nombre de chartes des ix% x'el xr siècles.
Ob amorem Dei; pro remedio animœ.
Les formules où sont exprimés les motif* des donateurs ont rapport à Dieu, aux saints et au salut de l'âme. La formule pro remedio animœ se trouve dans un acte de donation faite à l'église de Rnvenncs, au v siècle. Elle passa dans les chartes de France du temps de Dagoberll*r,au plus tard. Pro anima employé dans les chartes ne signifie pas toujours qu il s'agit d'une personne morte. H était d'usage de faire des donations pour l'âme des vivants comme pour celle des morts. Ebles II, comte de Poitou, dit lui-même, dans une charte de l'an 891, qu'il fait une donation à Saint-Martin de Tours pour son âme, pro retributione animœ meœ (2).
Felicit recordationis, tanclœ memoriœ.
Ces formules sont très-anciennes, et concernaient, comme on le pense bien, des personnes mortes. Cependant on connaît (1rs chartes où les litres de sanctœ benlœ, bonœ, piœ recordationis, ont été donnés a des personnes vivantes : Mathias, comte de Nantes , prend lui-même le titre de bonœ memoriœ dans une charte du xrsiècle,el bien d'autres firent de même. S'il s'agissait (!e rois ou d'empereurs, on emp'oyail souvent divœ memoriœ, divœ recordationis, etc. Cependant ces lermes ne furent pas d'usage e-i France avant le ix* siècle, époque où l'on prit avec l'empire toutes les formes impériales.
Tune temporis.
On employait souvent, au xr siècle, l'expression tune temporis pour désigner unn personne présente el qui signait la pièce. Ou voit, en 1093, un évéque chancelier signer : Ego Uugo episcopus lune temporis et cancellarius teripsi et subseripsi. Cette formule, u'elail donc pas seulement particulièrement relative aux morts.
In perpetuum, ad perpetuam rei memoriam.
La formula in perpetuum se rencontre au vur siècle dans les privilèges des papes. Ello en devient tout a fait caractéristique au x'. Urbain 11 employa le premier, dans les grandes bulles, au lieu de in perpetuum, la formule ad perpetuam rei memoriam, qui se répandit davantage dans la chancellerie papale, vers le milieu du xtir siècle. Clément vi cl peut-être le premier qui ail introduit la fo inule ad futur am rei memoriam, au lieu dc<;</ perpetuam. Au xive siècl' la formule in pei petuum devient rare, el au siècle suivant > u ue la rencontre presque plus. Tou'.cs ces formules, ainsi que celle de tim prœsenlibvs quam futur is, qu'on trouve dans toutes sortes d'actes, avaient pour but de leur dont er tous les caractères d'immuabilile possible»
Ad majorem cautelam.
C'est dans une lettre du pape Céleslin 111
Diplom , t IV, p. ROI.
lî) Yuyoi Houo. Traité de Diplom. , i IV, p. ïji.
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qu'on voit, peut élre pour h première foi*, la formula Ad majorem cautetam. C'est une sorte d'absolution nommée par les canoniales absolution à cautcletou pour pins grande sûreté.
Par la plénitude de la puissance royale.
Philippe le Bel a employé quelquefois cette formule, dont il ne p.tratt pas qo'on se soit ser?i avant lui. Ses successeurs Pont imité.
De notre autorité, etc.
Les formules De notre autorité, de notre certaine science et grâce spéciale, se rencontrent fréquemment dans les actes royaux de France au xiv siècle.
Car tel est notre plaisir.
Celte formule finale se montre dans les édils et ordonnances du xiv* siècle. Depuis lors on l'employa presque toujours à la fin de ces pièces comme signe de la puissance souveraioe. En latin, on disait, Quoniam sic nobis ptacel. Du Cange donno pour origine à cette clause les placita donnés dans les assemblées ou mtilia de la seconde race , dans lesquels le roi déclarait que tel avait été l'avis de ceux qui l'assistaient : Quia taie fuit nostrum placitum.