DANS LES DIPLÔMES
L'indi&linction dans les diplômes est, de même que dans les manuscrits, une preuvp d'antiquité. « Les intervalles en blanc sont très-rares dans le telle, des chartes de Ilavennes du vi* siècle, disent les Bénédictins, et ceux qu'on y rencontre sont peu sensibles. Nos diplômes mérovingiens laissent ordinairement un espace blanc entre les mots ou les syllabes de la première ligne, des dates et de la souscription du roi. Il y a plus : ces espaces paraissent quelquefois dans les endroits où la phrase finit el après les abréviations. L'usage de laisser des vides pour tenir lieu de points durait encore en 81* , comme nous l'avons observé dans la date d'un diplôme de Louis le Débonnaire. Hors ces cas le texte des diplômes mérovingiens est écrit tout de suite el presque sans nulle distinction de mois. Mais dans les chartes de Pépin le Bref le plus souvent ils sont séparés par des vides considérables. C'est doue par pure inadvertance que D. Mabillon a dit qu'il n'y a presque aucune distinctiondc mots dans l'écriture des notaires jusqu'à Charlem.igne. H ne faut pas pourtant croire que depuis cite époque tous les mots aient été distingués. Dans les diplômes de Pépin, roi d'Aquîlaiue, de Charles le Simple , el du roi Eudes , ils ne le sont
Sas encore tous, mais plusieurs sont coupé* conlre-trmps. En 931 on ue voit encore qu'une demi-distinction de mots dans l'écriture allongée des chartes, mais alors la distinction parfaite se montre dans la minuscule. Elle devient constante partout en 9*0. Ces observation* sont appuyées sur un grand nombre de pièces originales que nous avons examinées.
Toutefois j'ajouterai, d'accord en cela avec M.dcWailly, qu'il ne faut pas prendre la dernière assertion des Bénédictins au pied de la lelire: les écrivains voulaient en effet séparer tous les mots, mais ils se «rompaient quelquefois, ou par oubli ou par ignorance. On peut voir par exemple les fac-similé de nos écritures du viir et du iv siècle. ( Voyez Ponctuation )
MOTUS PROPRII. Sous le pontifical d'Innocent VIII on vil paraître pour la première lois des actes connus sous le nom de motut proprii qui devinrent très-fréquents dans le xri* siècle. On les appelle ainsi parce que le pape les donne de sa pleine autorité el de son propre mouvement.' Leur su-cription commence comme celle des brefs, N. Papa... au lieu de IV. episcopus serras servorum ûei, formule des bulles; mais la date en diffère tu ce qu'elle marque le jour d'après le calendrier romain, sans faire mention de l'année de Jésus-Christ. Une autre distinction cutre ers pièces se lire de ce que les motus
proprii ne sont scellés ni en plomb ni en cire rouge, mais seulement revêtus de la signature du pape. C'est même le principal moyen de le» distinguer, car on rencontre souvent la el.iuse motu proprio, soit dans les bulles, soit dans les brefs, même avant lunocenl
La place de la formule motu proprio est tantôt à la fin de l'ode seulement, tantôt au commencement et à la fin : ainsi, dans le premier cas, Innocent VIII commençait de la sorte ses con*titnlions : innocenliut papi octarus ad perpétuant rei memuriam. Cum sicut, etc. La signature du pape esl à la fin, avec celle formule : Placet et i ta motu proprio mandamus. Kl dans le second cas par ceux-ci : Innocenlius episcopus, motu proprio et ex certa scientia, etc. Datum Roma apud S. Petrum idtbus Julii anno V . Placet el motu proprio mandamus.
Les parlements ont souvent manifesté leur opposition à la cour de Home, à propos des motus proprii, qu'ils regardaient comme purtant atteinte aux libertés gallicanes. Les Bénédictins rapportenl entre autres choses que lors de l'érection du siège de Parii en métropole, les officiers de la cour de Rome jugèrent l'occasion favorable pour faire recevoir en France la clause motu proprio. Ils l'insérèrent dan» la bulle de Grégoire XV. Mais le parlement n'enregistra celte bulle qu'avec la condamnation expresse des termes motu proprio. Pour comprendre celte opposition, il fiul se rappeler qu'en France les bulles n'étaient reçues qu'après avoir été enregistrées au parlement. Or le caractère drs motus proprii étant de dispenser de tout acte contraire, el même des lois qui y sont opposées, parce que le pape y agit en vertu de sa pleine puissance, les jurisconsultes voyaient dans celle admission un empiétement sur les droits consacrés par le concordat et sur ceux qu'ils avaient créés pour leur plus grande autorité.
MUNDEBURGE. {Voy. Charte.)
MUSIQUE. Les manuscrils qui contiennent des fragments de notation musicale et même des traités entiers sur la musique sont généralement négligés par les personnes qui s'occupent de paléographie, parce qu ils sont écrits avec des signes bien peu connus aujourd'hui et fort différents de la notation actuelle. Je n'ai pas cru pouvoir laisser passer, sans en dire quelques mots, cet objel intéressant, bien qu'il se rattache plus aux arts qu'à la paléographie. Il n'est pas inutile de connaître les caractères matériels de la musique et les progrès généraux de celte science au moyen âge, car cela peut aider à déterminer la date d'un manuscrit.
J'emprunterai aux Instructions rédigées par le Comité des arts et monuments les notions générales qui seront résumées ciaprès et qui émanent d'un homme dont le nom fait autorité dans la matière (i).
Traité de UiplotnotiqM, i. III, p. 405-460. ( I ) Instruit, sur la musique, par M. Bottée d« Ti