‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 229 sur 455 · MOT · texte numérisé non relu

MOT

que l'orateur en ajouta de iiourcam e( recueillit tous les signes connus qui s'élevaient alors à cinq mille. Au m* siècle saint Cyprien, évêque de Carthagc, étendit encore cette collection en y ajoutant les notes qui convenaient à l'usage particulier des chrétiens.

11 est bien constaté, disent les Bénédictins, qu'à l'époque de la conjuration de Catiliua la réponse de Caton à Jules César fut recueillie en notes lironiennes, par l'ordre de Cicéron, alors consul, et qui avait posté pour cela, en divers endroits du sénat, des écrivains habiles à écrire en notes. On sait aussi, qu'avant les premiers essais d'Ennius, Xénopbon, disciple deSbcrate, est le premier des Grecs qui se soit servi de celle écriture , ainsi que l'atteste Diogène Laërce.

On doit doue présumer avec raison que l'origine des notes lironiennes vient de là : d'autant plus que si l'un examine arec soiu les anciens caractères dont elles sont composées , on y reconnaîtra plusieurs sigues entièrement grecs.

Les Grecs Grcnt grand usage de cette écriture même dans le Bas-Empire, comme le rapportent les Bénédictins.

«Les notes lironiennes, disent-ils. furent d'un usage lrè»-élendu en Occident. Les empereurs comme les derniers de leurs sujets s'en servaient. On les enseignait dans les écoles publiques , comme nous l'apprend le poète Prudence dans les vers faits à la louauge de saint Cassien, célèbre martyr du iv* siècle :

Prsfuerat studiis ixierilibu», et grege rouko Satins, magUler liiteraruiu sérierai, Vcrla uotis brevïbus comprend ère tnulta peritus, Ita|>timque punctis dicta prepetibus sequi •

On écrivait en notes les discours, les lestaïucuts et les autres actes publics, avant do les mettre au net. Saint Augustin nous fait connaître lui-même que ses auditeurs recueillaient en notes ce qu'il disait en chaire. Les évéques avaient à leur service des écrivains instruits eu celte lachygraphic. Ou en a une preuve certaine dans la lettre qu'Evode écrivit en 415 à saint Augustin , et qui est la deux cent cinquante-huitième parmi celles de ce saint docteur de l'Eglise.' J'avais auprès de moi, dit Evode, un jeune homme fils d'Artnénus, prêtre de Mélone ; il avait été auprès de l'homme de lettres du proconsul, et

il écrivait sous lui Assidu au travail, il

écrivait très-vite en notes. Saint Genès d'Arles et saint Epipbane de Pavie exercèrent cet art avec distinction dans leur jeunesse. Le premier parait avoir été un de ces excepteurs ou greffiers publics , dont la fonction était d'écrire en notes les interrogatoires des criminels et les sentences des juges (1).

• Quoique celte sorte d'écriture abrégée fût à la mode, elle n'était ni assez commune ni assexsûre pour qu'on pût se passer de récriture ordinaire. Lorsque les notaires avaient écrit à mesure qu'on parlait, il fallait ensuite

(I) Les Bénédictins remarquent que c'est par ce moyen qwe nous a été conserré ce qui nous reste des actes ongi* uiux des martyrs, recueillis par D. Ruinarl.

(3) D. ttabillun fait remarquer avec raison que | lu- «surs de canotes eut passé daus l'Ecriture comme si^ue*

NOT s:o

transcrire tout ce qu'ils avaient écrit ou noie, aOn que l'on pût s'en servir dans les affaires publiques. C'est ce qu'on vuit dans 1rs aclrt de la grande conférence tenue à Carthage 1<> vendredi, deuxième de juin de l'an '*lt , où les donatistes demandèrent qu'on transcrivit les actes de la conférence précédente écrits en notes.

«Cependant les notes vulgairement appelées lironiennes furent employées à transcrire des livres entiers, tels que les psautiers de Strasbourg, dont parle Trilhème; celui de la bibliothèque du roi, estimé du x* siècle; celui de l'abbaye de Sainl-Germain-dcs-Prés. beaucoup plus ancien, et celui de Sainl-Hemi de Reims. Au ix* siècle saint Anschaire, moine de Corbie. au diocèse d'Amiens, apôtre de Danemark, premier archevêque de Hambourg et ensuite évéque de Brème, écrivit de sa propre main plusieurs gros volumes en notes. Eckart le jeune, chapelain de l'empereur Otton 1", donna des preuves de son habileté dans l'art de la tachygraphie en écrivant les conférences des Oltons touchant

l'élection de l'abbé Notker Ou voit des

manuscrits dont les feuilles de parchemin, qui tiennent à la couverture et celles qu'on a coutume de laisser en blanc, sont pleines do notes de Tiron. On rcucontre des lettres écrites en partie en ces notes et eu partie en écriture ordinaire. Ce qui est en notes est visiblement une espèce de chiffres qui renferment des choses qu'on a voulu cacher au public dans le temps même. Elles sont par là plus propres à piquer notre curiosité. Il est très-commun que les manuscrits renferment eu notes marginales ou interlinéaires plusieurs observations , que les savants mêmes regardent comme non avenue*, par l'impossibilité où ils sont de les expliquer.*

On a également employé les notes de Tiron dans les diplômes royaux. Il existe à la bibliothèque du roi des recueils de diplômes ou plutôt de protocoles en notes de Tiron. C'est daus un de ces ouvrages qu'a puisé D. Carpenlier pour composer son Alphabet (iranien où il a essayé d'expliquer plusieurs chartes de Louis le Débonnaire, dans lesquelles se trouvent des lignes entières du ces signes.

Les notes servaient en outre dans les chartes comme dans les manuscrits à faire des observations, soit à la marge, soit dans les endroits non remplis.

L'usage de cette écriture cessa en France vers la un du ix* siècle, et en Allemagne un siècle après. On remarque comme un fait certain que celle sténographie disparut de la pratique au moment où les abréviations proprement dites se sont multipliées dans l'écriture ordinaire (2). La découverte, au x* siècle, de quelques notes lironiennes daus Ici signatures de nos chartes privées, ou en Allemagne dans celles des diplômes impériaux n'affaiblirait pas cette assertion : car, de l'a-

abréviatits des mois a item, ehts, st, De»s, eUnim, omnibus et plusieurs autres, et que les év&ques s'en sont servis pour écrire, dans leur» signatures, les mots wirf ignu» sua» urii»i. et les noms de leurs siégr».

vis des auleurs diplomalistes, il est probable qu'alors que l'art d'écrire en notes commença A être restreinl à un petit nombre d'adeptes, ceux qui en avaient conservé ta connaissance s'en servirent connue d'une espèce de secret contre les faussaires. Les signes tironiens qu'on remarque dan* les ruches ou paraphes îles diplô i es figurés au-dessus de la place du sceau durent être mis là comme une précaution contre l< s tentatives de contrefaçon. C'était sans doute une formule secrète qu'il itail impossible à d'autres qu'aux initiés d'imiter.

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