III. ORTHOGRAPHE DB< N US DE LIEU
Les noms de lieu n'ont pas éprouvé moins de vicissitudes dans leur orthographe que les noms propres. Sur les médailles, sur les inscriptions, dans les chartes et dans les manuscrits, le même nom présente des différences tranchées qui ont souvent embarrassé les savants. Nous en donnerons un seul exemple : Auxerre a été indifféremment appelé Au trie us , Autissiodorum , Altissiodorum , Alciodrum , etc. Ces variations ont été quelquefois si loin, que l'auteur de laBibliothèque germanique rapporte que le nom de la ville et de l'abbaye de Quedlinbourga été écrilde trente-trois manières différentes.
Les nou s de lieu étant en grande partie d'origine celtique ont conservé leur physionomie primitive jusqu'à ce jour. Dès le xir siècle on les écrivait déjà souvent comme on les prononçait dans le langage vulgaire, sans les latiniser, et surtout sans y à la fin de ceux qui sont terminés par le son t. Ce n'est que depuis la fin du xnr siècle qu'on voit se répandre l'y ; elle envahit peu à peu, nonseulement les mots ordinaires, mais aussi les noms de lieu auxquels elle est surtout restée, contre toute règle étymologique et contre l'usage primitif.
Une autre remarque à faire sur les noms de lieu, c'est la différence bien tranchée qui règne dans une certaine classe d'eutre eux , selou qu'ils sont au nord ou au midi de la Loire. Tous les mots latinà en iacum comme Cadillacum , Pressiacum, Ligniacum, etc., traduits en français font, dans le premier cas, Cadilly, Prcssy, Ligny ;el dans le second Cadillac, Pressiac, Ligniac. Les habitants da Nord ont retranché toute la désinence acum, tandis que ceux du sud n'ont ôté que la particule um.