I. PAPIER D'ÉQYPTB
Le papief d'Egypte, dont l'usage était très* répandu dans l'antiquité, s'appelait simple» -ment eharta. Ce nom générique de toute espèce de matière sur laquelle on écrivait était devenu spécial â ce papier, parce qu'il était regardé comme la substance la plus propre à récriture.
Les actes sur papyrus byblue on pnpier d'Egypte sont encore en assez grand nombre dans les principales bibliothèques et archives de l'Europe pour qu'il soit nécessaire d'en parler avec quelques détails. Nous puiserons ce que nous allons en dire dans I s ouvrages des Bénédictins et de M. de Wailly.
Le papyrus est une espèce do roseau dont la lige est recouverte par une enveloppe membraneuse. Il rst recueilli dans les marais et sur les bords du Ni!. Son élévation nu-dessus de l'eau est d'au moins deux coudées, et un témoin oculaire la porte même à six ou sept. Il en résulte que les actes sur papyrus peuvent avoir une grande dimension.
Comme la substance des enveloppes membraneuses du roseau n'est pas très-serrée, on était obligé de superposer deux de ces membranes transversalement : par ce moyen les fibres, en se coupant à angle droit, imitaient l'aspect d'on tissu, et formaient en même temps une matière plus compacte et ptos propre à recevoir l'écriture après qu'on .irait eu soin d'unir les couches avec la colle. En conlîpuant d'en unir plusieurs en- ^mble, on formait one pièce de papier d'une certaine longueur; on la mettait en presse, on la faisait sécher; enfin l'on battait le papier avec le marteau, et on le polissait au moyen d'une dent de cheval ou arec une écaille. Telles étaient les préparations ordinaires; mais quand on voulait conserver un papyrus d'une manière durable, on le frott-iit d'huile de cèdre pour le mettre à l'abri de la destruction.
On donnait au papier d'Egypte des noms différents, suivant sa forme et sa qualité. Ainsi on appelait papier royal ou augusie celui qui était composé des deux enreloppes les plus intérieures du papyrus, et par conséquent les plus minces. Il réunissait la finesse et la blancheur au plus haut degré. Il avait trois pouces de l..rge. Ce papier avait porté le nom d'hiératique ou sacré, parce qu'il était réservé pour les livres qui traitaient de la religion; mais la flatterie le relégua au troisième rang.
Le livien lirait son nom de Livie, femme d'Auguste : il était formé des deux membranes qui suivaient celles du papier auguste, cl portail douze pouces de largeur.
{.hiératique ou sacerdotal, suivait le livien, cl avait onze peurcs de largeur.
PAP m
Le fann m ou fnnniaque , qui venait ensuite, portait dix ponces.
Vamphitéatrique n'avait que neuf pouces.
Venaient ensuite, par ordre d'infériorité, le $r\tiquet le tétiintique, et enfin Vemporé tique, qui n'avait que six doigts de large, et servait a envelopper les marchandises, comme son nom l'indique.
Le papier auguste, quelque beau qu'il fû», n était pas parfait : sa finesse laissait pénétrer l'encre, de sorte qu'il ne servait quo pour les lettres, parce que l'on n'écrivait jamais sur le dos de la feuille; d'où il fut nommé épistolaire. Sous l'empereur Claude, on y remédia par l'invention du papier claudien, formé d'une membrane de papier livien et d'une autre de papier auguste, et par ce moyen , on lui donna le degré de consistance nécessaire.
On possède encore aujourd'hui , comme nous l'avons dit plus haut, un certain nombre d'actes écrits sur papyrus. Parmi ceux qui ont été tracés sur celte substance. In plus ancien que l'on connaisse a deux aunes de long. M.ifiei signale celle pièce comme la plus précieuse de toutes celles qu'il a eues entre les mains; les Bénédictins la font remonter à l'an 445 au plus tard, et Mahitlon, qui avait visité les plus célèbres archives de l'Europe, a déclaré qu'elle étail d'une antiquité supérieure à celle de tous les actes authentiques qu'il eût jamais vus. Parmi les papyrus qui existent aux archives du royanmn on peut citer deux testaments: l'un du ne damo nommée Ermentrudc, l'autre d'un mignal français dont la femme es t nommée Chamnetrude. Le premier de ces diplômes a quatre pieds et demi, et le second quatre pieds neuf pouces de hauteur. Comme ils sont tous deux mutilés, ils devaient avoir plus do'cinq pieds. La bibliothèque du roi possède des papyrus d'une dimension au moins égale ; aussi ne doit-ôn pas douler que cette substance n'ait été d'un usage très -fréquent pour tous les actes d'une grande étendue. Il est même prouvé que pour les chartes elle a été employée de préférence au parchemin jusque vers la fin du vu* siècle. En effet la plupart des diplômes antérieurs au vut* siècle qui se sont conservés jusqu'à nous sont écrits sur papyrus, et cependant celle substance fragile est beaucoup plus exposée à se détruire qu6 le parchemin. On s'en est servi dans la chancellerie romaine jusqu'au milieu du xi* siècle ; mais en France on eu avait à peu près abandonné l'usage à la fin du vin* sièrle.
Les diplômes en papyrus sont en général d'une mauvaise conservation, parce qu'on avait autrefois la mauvaise habitude de les rouler; or, comme il arrive souvent que des parcelles de papyrus se soulèvent, on risquait en les développant do détacher quelques fibres dans toute leur longueur. Le seul moyen de conserver ces précieux monuments' est de les encadrer, comme ou a f;iit aux archives du royaume, ou tout nu moins de les étendre en les fixant sur uu carton. Quoiqu'il soit prouvé que l'on pou-
vait obtenir du papyrus d'une grande cheur, celle substance, telle qu'on In contre dans les archives el 1rs bibliothèques, est en général d'un jaune clair; et comme l'encre en vieillissant Icnd à se rapprocher d.- celle couleur, surtout quand elle est exposée à la lumière, il est préférable de préserver les actes sur papyrus non-seulement de l'action directe dos rayons solaires, mais encore de la lumière diffuse.
Il ne parait pris que l'on ait employé aussi fréquemment le papyrus pour les manuscrits que pour les diplômes. On peut citer cependant quelques fragments de saint Avit déposés à la bibliothèque du roi. Le même établissement possède un manuscrit de s tint Augustin également sur papyrus; quoiqu'il soit incomplet, il est d'une admirable conservation. Cela lient sans doulc. à ce que chaque cahier de papyrus a été dès l'origine placé entre une double feuille de parchemin , qui fait elle-même partie du manuscrit, et sur laquelle sont écrites les deux premières cl les deux dernières pages de chaque cahier. Mabillon cile dans sa Diplomatique un antre manuscrit pour lequel oo avail pris les mêmes précautions.