Usage des signatures. Variations. Témoins
Si le cadre d'un dictionnaire le permettait, il y aurait de curieuses recherches à faire sur l'usage des signatures et sur les variations qu'elles ont éprouvées. Nous nous bornerons à reproduire le résumé clair et substantiel fait par M. de Wailly sur cet objet (3) :
■ En thèse générale, la signature des parties contractantes est la condition indispensable de la validité d'un acte. Mais dans les temps de barbarie et d'ignorance, lorsqu'une foule de personnes sont incapables de souscrire, il est impossible qu'elles ne s'affranchissent pas d un usage qui les frapperait d'incapacité. Il est donc évident que l'invasion des barbares dut modifier peu à peu les coutumes suivies daus le mu.idc romain.
Aussi une dame illustre nommée Marie déclare, dans une donation de l'an 491, que
(5) EliauMt de paléograpfiu, 1. 1, |». 240.
son ignorance l'oblige à marquer une crois pour Icnir lieu de la souscription; elle prie un ami de souscrire à sa place, et sollicite en outre la signature tic quelques personnes distinguées. Dans les deux siècles suivants, on rencontre déjà de nombreux exemples de signatures remplacées par des croix cl annoncées par la formule signum N., etc. Au vnr siècle, au plus tard, on voit paraître, parmi les signatures originales qui sont écrites en toutes lettres ou ligurécs par des croix, des signatures apparentes dont les croix et les noms mis après le mot signum ne peuvent être attribués qu'à l'écrivain do la pièce. Au u* siècle cet usage est devenu tout à fait ordinaire, et, lors même que les formules de signature sont à la première personne, il ne faut pas en conclure qu'elles indiquent une souscription originale. Après s'être accrue progressivement pendant le cours des deux siècles suivants, celle coutume devient au xir siècle une loi pour ainsi dire universelle. Sansdoutcon y rencontreencore de loin en loin des signatures originales, mais elles sould'aulant plus rares que l'usage des sceaux, devenu ordinaire, permettait do donner aux titres , indépendamment de la .souscription, un caractère suffisant d'authmliriié. Un passage du Nouveau Traité de Diplomatique établit ce fait d'une manière positive : L'usage te plus ordinaire, disent les bénédictins, est de n'annoncer que l'apposition du sceau, sans faire mention ni de témoins, ni de signatures. En effet le sceau tient lieu des uns et de,s autres dans une multitude d'actes dont la validité a toujours été reconnue. La plupart do ceux du xnr siècle, surtout dans la France méridionale, furent passés par le ministère des notaires publics, qui ne les signaient pas ordinairement. Les parties se contentaient, pour l'authenticité, d'y apposer leurs sceaux, et d'en faire mention à la Gn de l'acte, sans nommer ou après avoir nommé les témoins qui y avaient élé présents.
a On a suivi à l'égard des témoins les mêmes usages que pour les parties contractantes. D'abord ils signèrent leur nom en entier, ils se conlcntôrent ensuite de tracer une croix, puis ils se déchargèrent de ce soin sur les notaires. Ceux-ci se bornèrent bientôt A énumérer les témoins en faisant précéder chaque nom du mol signum, usagequi durait encore dans la seconde moitié du xiv s ècle. Ils en vinrent même à retrancher ce mot et à ne donner qnc la liste des témoins. Au xi* siècle, ces différentes coutumes concoururent en même temps (1). Les listes de témoin*:, sans aucune trace do signature, soit réelle, soit fictive, se rencontrent encore au commencement du xv* siècle.
« Ces divers résultats ont élé contestés par plusieurs critiques; mais de nombreux monuments attestent de la réalité d'un fait
(I) « Nous ne faisons ici, dit M. de Wailly, qu'indiquer d. s faits généraux. En effet l'on |iourrait prouver quo les simi les listes de témoins reinontcul jusqu'au temps da Jn.-tisiien, puisque, d'après les lois, la présence dos témoins sans leurs surnatures suffit pour ta validité de*
ATIQUE CliftETIENNE. PO"
qui n'était que la conséquence nécessaire de l'ignorance des temps. Les inconvénients que devaient entraîner ces formes irrégtilièr:s ne tardèrent pas à se faire sentir. Si au xiv siècle les sceaux tenaient encore lit u de signatures et de témoins dans une multitude d'actes de France et d'Angleterre, dès le milieu du xur siècle on trouve une charte dont les formules finales distinguent avec soin les souscriptions des témoins lettrés et celles que le notaire a faites à la
{trière et en présence des témoins non I< tirés, .es signatures de la propre main des souscrivants, disent les Bénédictins, avaient commencé à revenir en usage sur le déclin du xnr siècle; mais elles furent plus fréquentes dans le xiv sans que l'usage en fût commun, si ce n'est dans les actes notariés cl les pièces ecclésiastiques. Ht quoique dans le xve siècle l'apposition des sceaux ail su'li pour autoriser les actes, on en trouve qui sont signés et scellés. »
k. Pratiques diverses dans le tracé des signatures.
En parcourant la série des actes qui sont parvenus jusqu'à nous . on rencontre des pratiques qui sortent des habitudes communes. Lorsqu'un prince ne savailpns écrire, ou même pendant certains siècles, on formait son monogramme avec une lame d'or ou d'ivoire percée scion la forme des lettres. On a signé en cinabre et en d'autres encres de couleur; on a même tracé des signatures avec des plumes qu'on disait avoir clé trempées dans le sang de Jésus-Christ. Des actes ont été signés par des enfants, cl des souscriptions sont écrites en caractères grecs ou des mots grecs écrits en caractères lalins.