‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 39 sur 455 · I!» BUL · texte numérisé non relu

I!» BUL

des et les petites bulles sont précises pendant

les quatorze premiers siècles. »

Cependant récemment M. do Wailly a cru pouvoir modifier ces principes par de nourelles observations, el je me raoge tout à fait de son avis. Il Tait observer avec raison que les deux espèces de formules des petites cl des grandes bulles ont été trop souvent confondues pour qu'on puisse y trouver un moyen de distinguer entre elles les deux sortes de pièces. « Eu présentant celte observation , dil-ii, les Bénédictins ont voulu seulement avertir que l'on rencontrait plus ordinairement In formule In perpeluum dans les grandes bulles. Mais, pour distinguer ces actes, il faut s'attacher surtout à leur conclusion. Prenons pour exemple les deux actes de Pascal II. Ses petites bulles se terminent ordinairement par la date du lieu, du jour, du mois cl de 1 indiction. Data Laterani, v non. Martii, indict. ix. Voici maintenant la conclusion d'uue de ces grandes bulles :

Scriptum per manum Johannis scriniarii regionarii ac notarii tacri palatii.

I cercle et i Km Paschalis, coth<lieœEccleslte) mono- | ) devise i episcopus, subtcrtpti. } gramme 1

Datum Romœ, in porticu beati Pétri, per manum Johannis sancta* Romance Ecclcsiœ diaconi cardinalis ac bibliolhecarii, v kalcndas Maii, indict. m, Incarn. Dominicœ an. mcx. pontificat, autem domini Paschalis secundipupa anno xi.

Donnons quelques explications sur les divers éléments dont se compose cette citation. La formule Scriptum, etc., vient immédiatement après le texte de l'acte , ou du moins 'Ile n'en est séparée que par le mot amen , répelé dans quelques actes jusqu'à trois fois. Cette formule est consacrée, comme on le voit, à faire connaître le nom et les qualités '!e l'écrivain dans la pièce. Avant Pascal II, «•Ile se termine quelquefois par une date préliminaire, mais qui est moins développée que celle de la formule datum, fie. Après la formule scriptum , on voit sur une autre ligne la souscription ego Paschalis, etc., précédée d'un cercle el suivie d'un monogramme.

Os deux; figures font partie de la souscription du pape. La première se compose de deux cercles concentriques, destinés à recevoir une sentence empruntée au texte des saintes Ecritures, et qui servait de devise au pape. Celte devise était écrite en rond , dans in bande circulaire comprise entre la circonférence du cercle intérieur et celle du cercle extérieur. Avant le premier mol, on voit une croix, qui souvent élait la seule partie de la souscription qui fût tracée de la main du pipe. Dans la bulle de Pascal II , le plus grand de» deux cercles a deux pouces de diamètre, el le plus petit n'a que dix lignes. L'aire, ou la surface du petit cercle, est traversée par deux diamètres perpendiculaires entre eux, qui forment ainsi quatre quartiers où sont écrits les noms des apôtres saint Pierre cl saint 1 aul cl le nom du pape. Dans le quartier supérieur, qui est à gauche , on

Pl'L IM lit sur la première ligne, ses (sanctus) u sur la seconde, Petrvs. Le même arrangement est observé pour l'inscription renfermée d mis le quartier supérieur de droite, et qui est ainsi conçue : ses Paului. Le quartier inférieur de gauche renferme sur la première ligne les deux premières syllabes du mot Paschalis, et sur la seconde, les lettres pp (papa). Le quartie r inférieur de droite renferme, sur la première ligne, la dernière syllabe du mot Paschalis, et sur la seconde le chifîre romain il. Passons à la seconde figure, c'est-àdire au monogramme qui complète la souscription, et qui est placé à la suite de la formule ego Paschalis, etc.... Le monogramme qui se trouve en général sur les grandes bulles des papes n'est pas destiné a reproduire leur nom , mais le mot Bene valet e, qui Tut d'abord écrit en toutes lettres, et réduit ensuite en monogramme, au moius à partir du pontificat de Léon IX.

La dernière formule, commençant par (forum, n'occupe qu'une seule ligne sur la bulle de Pascal IL II ne faut pas s'en étonner, parce que plusieurs mots sont abrégés dans l'original, et qnc d'ailleurs le parchemin de cet acte a un pied et demi de largeur. On voit que celte formule, après avoir énoncé la date du lieu, le nom et les tilres de celui qui a délivré la pièce, et qu'on est convenu d'appeler le dalaire, présente en outre la date du jour, du mois.de t'indiction, de l'Incarnation cl du pontificat.

U est facile do comprendre maintenant qu'on ne devrait pas balancer à ranger parmi les grandes belles un acte qui réunirait les trois fo-mules finales qui viennent d'être cir tées, quand môme le début de cet acte renfermerait salutem et apostolicam btmedictionem. ou toute autre formule , nu lieu de t'n perpeluum, ad perpeluum rei memoriam, etc.* La réunion de ces trois caractères n'est même pas nécessaire pour qu'un acte npparti» nne à la classe des grandes bulles. Il peut se faire, par exemple, qu'un acte ne renferme ni U (urmn'c scriptum, ni la souscription du pape, et que cependant il se distingue évidemment des petites bulles par une date finale où l'on retrouverait le nom du dalaire, l'année de l'Incarnation et celle du pontificat, ou, suivant les époques, l'année des empereurs d'Orient ou d'Occident, de leur consulal ou posiconsulat , et de l'association de leur collègue ou de leurs fils à la dignité impé riale :d'un autre coté, il y n une époqu* à parlir de laquelle la dale du pontificat e sse de devenir un caractère distinctif des grandes bulles. En effet, sans parler des successeurs do Pascal H , qui supprimèrent quelquefois dans les petites bulles la date du l'indicfion , cl qui , dans certain* cas , y substituèrent celle du pontificat , Clément III suivit constamment cet usage, dont les actes de ses pré. décesseurs ne fournissent que de rares exemples. La date du pontifical devient donc, à parlir de celle époque, un caractère commun aux grandes et aux petites bulles; el, co nmo le nom du dalaire ne fut pas toujours exprimé dans la formule datum, les grandes bul-

les qui ne renferment pas la souscription do pape ne peuvent plus se reconnaître souvent qu'à la date de I Incarnation : or. depuis la fin du xiii' siècle jusqu'au pontificat d'Eugène IV exclusivement, cette date devient do plus en plus rare dans les actes des papes ; «mi d'autres termes, le nombre des grandes bulles, dans cet intervalle , est extrêmement limité.

Les observations qui précèdent , justes , jusqu'au pontificat d Eugène IV (1431), ne peuvent être appliquées qu« rarement après ci' pape, qui apporta de grands changements dans les formules des bulles, changements qui foui de son règne le commencement d'une nouvelle période dans la distinction des caractères des actes pontificaux. Sans compter les mentions relatives à l'enregistrement des bulles ou à l'expédition, ce pape décida que la date de l'Incarnation , qui n'était guère employée par ses prédécesseurs que dans les bulles solennelle», serait marquée dans toutes les bulles, petites ou grandes; et s'il ne suivit pas cette règle dans les lettres ou brefs qu'il scellait du sceau secret, les papes suivants rélendirenl à ces mêmes actes qui furent scellés de l'anneau du pécheur. Voici un exemple de la formule de ses actes : Daium Jtomœ npud tanctum Petruin, anno Incarnationit Dominirœ milte$imo quadringentesimo quadragesimo quinto, decimo icptimo kal.

Jutii,pontificatus noslri anno quinto decimo. Celle formule , bien différente de cello des

{>apcs antérieurs , lut dès lors employée par es souverains pontifes dans leurs bulles, comme le déclarent les BénéJiclius.

« Depuis le rétablissement de l'année de l'Incarnation dans les bulles ordinaires, on en trouve de signées solennellement par Eugène IV , mais elles n'ont point d'autres notes chronologiques qui les distinguent des autres bulles. Voici l'ordre suivant lequel leurs dates sont disposées : le nom du lieu et souvent du palais où la bulle fut donnée , l'année de l'Incarnation, le jour des calendes, des nones ou des ides , l'année du pontifical (1). ■ M. de Waifly ajoute que celte règle souffre quelques exceptions, lîu cflVl l'on rencontre quelques bulles qui omettent l'année du pontifical, cl qui marquent l'année de l'ère chrétienne dans la mémo forme que les brefs ; il y en a même où celle date n'esl pas marquée. La date de l'indiciion ne parait pas même dans les bulles les plus solennelles d'Eugène IV; et l'auteur que nous venons île ciler émet , quoique avec réserve , l'opinion qu'elle n'a pas été non plus employée par ses successeurs dans le xv* el le xvi* siècle, el qu'elle était exclusivement céservce à la chambre apostolique, qui la marquait dans les certificats de publication. Mais toujours csl-ilccrtain qu'ordinairement ladale de l'iudiclion ue figurera plus dans les bulles.

Bulles pancartes. Les bulles pancartes sont celles qui , en confirmant quelques donations faites à une église, énuméraient

(t) Nouveau Traité de Dif)'.oiH.tUqw, t IV.

lout ce qui s'y trouvait compris, cl quelquefois même ratifiaient d'autres donations et confirmaient généralement l'église dans la possession de ses biens. La plus ancienne que l'on connaisse fut donnée par Grégoire IV, au ixa siècle, quoiqu'elles fussent en usnge longtemps auparavant. Elles se répandent au xi" siècle, deviennent plus communes au xir, à cause des nombreuses donations faites alors aux églises, mais après le milieu du siècle suivant, il est difficile de rencontrer des pancartes revêtues de leurs formalités distinclives ; elles sont extrêmement rares dans le siècle suivant et depuis ou n'en découvre plus.

Bulles privilèges. Celte classe de bulles est ainsi nommée parce que les papes y accordent certains droits, certaines faveurs, à on monastère, à une églUe, elc. Les bulles pancartes contiennent quelquefois des privilèges, et alors elles rcnlreut dans la classe dont nous parlons. L'usage dos bulles privilèges se répandit aux mêmes siècles que b s ancarles, el cessa également au xiv' siècle, e n'est guère que depuis Innocent II, au xii* siècle, que les signatures des cardinaux dans cette espèce de bulles devinrent d'un usage fréquent. On en trouve cependant du ix* qui sont signées par des évôques, des prêtres, des diacres et des sousdiacres. Les caractères généraux des grandes bulles sont tous applicables aux privilèges, cl on scrail fondé à regarder comme fausse, quelque originale qu'elle parût d'ailleurs, une bulle privilège, depuis le milieu du xi' siècle jusqu'au xir, qui en serait dépourvue.

Bulles consistoriales. Les bulles consistnriales sont ainsi nommées parce qu'elles étaient données en plein consistoire : elles traitaient des intérêts de la religion cl «lu saint-siège. Elles ont cela de particulier qu'elles ne sont munies d'aucune signature, et qu'elles ne portent presque toutes d'autres dates que celles du lieu el du jour du mois. Ces caractères se voient jusqu'à Eugène IV, sous lequel les dates de toutes les bulles devinrent uniformes, comme nous l'avons dit plus haut. Le défaut des signatures des cardinaux , des dates de l'Incarnation el de l'indiciion, l'absence des cercles et des monogrammes ne suffisent donc pas pour rendre suspecte nue bulle consistariale qui n'est pas en forme de privilège, principalement depuis le milieu du xur jusqu'au xv siècle. Mais au xvr siècle on multiplie à l'infini les formalités pour les publications des bulles cl autres constitutions : on y ajoute l'enregistrement, les signatures sur le pli, les souscriptions des courriers apostoliques el du cardinal prodalaire, les certificats d'affiche el de publication, elc.

Bulles cruciatœ, de canonisation. On appela du nom de bulles cruciatœ une espèce de bulles de la clause des grandes bulles, donl l'origine vient de celle que !c pape Ur-

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bain II publia pour la première croisade. — Les ballot de canonisation étaient données ponr la béatification d'un jaint. La plus ancienne est celle de Jean XVI en faveur de saint Udalric , évéque d'Augsbourg, en 993.

Bulles petites. Les petites bulles, dont l'origine, comme celle des grandes bulles, remonte au vu* siècle, en diffèrent, comme nous l'avons vu, par les dates el les conclu» sious finales plutôt que par la formule Sa/uttm et aposloticam benedictionem , qui est bien un des caractères des petites bulles, mais qui se trouve quelquefois dans les autres. Les dates du lieu, du jour, du mois el de l'iodiction doivent se joindre, bien que celte dernière ne soit pas toujours présente, à la salutation, pour déterminer le caractère des petites bulles ; tandis que les grandes y joignent l'année des empereurs, de leur consulat et quelquefois celle do pontifical du pape, et qu'elles étaient signées par un notaire et an chancelier. Dans les xr el xiir siècles les petites bulles n'eurent bien souvent pour dates que celles du lieu et du jour du mois. CependantTindiclion s'y montre encore. Clément 111(1187), après s'être servi de l'indlction pendant un mois dans ses petites bulles arec les dates du jour et du mois, y substitua celle de son pontifical. Son exemple fut suivi par tous ses successeurs ; et depuis lors jusqu'à Eugène IV ces dates n'éprouvèrent aucune variation ; mais ce pape y apporta de grands changements el inséra dans toutes ses bulles la date de l'Incarnation.

J'ajouterai, pour la distinction des bulles ordinaires d'avec les simples lettres, donl la inscription et les dates présentent presque toujours les mêmes caractères, une remarque importante des Bénédictins. C'est qu'une lettre ne peut renfermer les menaces d'excommunication et les promesses de bénédiction, qui ne conviennent qu'à des pièces juridiques, qu'à de véritables balles. Ces formules fournissent par conséquent le moyen de ne pas confondre avec des lettres les bulles ordinaires on petites bulles, qui sous Hoooriusll et ses successeurs ne sont guère datées, jusqu'au pontificat d'Eugène IV, que du lieu et du jour du mois (1).

Caractères extrinsèques. — Les grandes bulles ont toujours été écrites en latin ; on n'en connaît point d'écrites en d'autres langues. Les autres pièces émanées de la chancellerie romaine sont ordinairement dans le même idiome t cependant on en a vu quelques brefs en italien et eu français. Le caractère lombardique fut employé Huns les balles jusqu'au xur siècle avec l'écriture française, et depuis, les bulles furent écrites en gothique, qui persista jusqu'à nous. Les brefs et les bulles eonsisloiresiurent dressés m lettres italiques à partir de la renaissance. (Voy. les mois Formules, Fils, Aoasssa, ScicairnoN, Pars.)

Règles de critique des bulles en général. — La science de la critique des bulles est une partie essentielle des connaissances dipioma-

(!) Mouvcau Trairt de Diplomatique, l. V, p. *>5

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