PREFACE DE L'AUTEUR
Plus on connaît l'excellence delà substance spirituelle, plus on fait cas des tableaux qu'elle a formée d'elle-même dans ses différentes productions. Ces tableaux, autant audessus de c»-ux qui ornent les galeries des princes, que l'âme est au-dessus du corps, ont éié de tout temps l'objet des recherches les plus empressées de la part de ceux qui en connaissaient le prix. L'illustre martyr saint Pamphile en faisait, dit saint Jérôme, chercher dans tout l'unirers : Imagines in-
(I) L'abbé Morel éUil curé de Williers Vineux, arronawmoiit de Touncrre. Il est mort m 1772. Jcan-BaptUle Morel, quoique curé du dio«è*e de Lanes, se qualifie pritre tmjerrm, en léle de ses ouvrages, a composé les suivants :
1» Répouse de M Morel, grand vicaire de Langres, sur la vie et U monde M. le curé de Perse (Edme Roj), près
Laugres, 1678, in-li Une seconde édition, publié.- anonymemest, par l'abbé Dufays, a paru k Troyes, en 1703, tn-12.
t» Dissertation sur le véritable auteur des Cot&meriUirt'S sur les Epllres de saint Paul, faussement attribués a saint Ambroise. Anxerre, Fournier, 1762, in-lî. Le frontispice porte tes Initiales de l'auteur J.-P. M . prêtre du diocèse d*Auxcrre. L'om-rage est dédié a M. . On le désigne quelquefois sous le litre de Dissertation sur CAmbro- MMr.
3* Eléments de critique ou recherches des différente* DlCTIOtMAIRB DE DlPLOM ATlQUBt
gentorum, quœ vera sunt et aterna tnonumenta, toto orbe perquirebat Pamphilus martyr {Epist. ad Marcellnm) ; et le goût à cet égard est toujours allé de pair avec la délicatesse du génie et l'étendue des connaissances. C'est ce goût qui autrefois fit former par les rois °"Bgypte la célèbre bibliothèque qui leur a tant fait d'honneur. C'est à ce goût que notre nation est redevable d'un des fruits les plus précieux de la magnificence de ses souverains : je veux dire, de celte immense et
causes de raltération des textes latins, etc., par l'abbé Morel, prêtre du diocèse d'Auxerre, auteur de la Dutertalion sur ï Amb, \o>iasler (c'est Pou» rage ci dessus designé). Paris, Hérissant fils, 1766, iu-12, 380 p.
i» Discours de saint Viclrire, évêque de Rouen, a la louange des saints, etc., et suivi du texte laua. Auxerre, L. Fournier, 1763 in-12, 96 pages. '
Nota. Le P. Uhmg , Bibl. Eia. de France, dit à tort que. cet ouvrage est de Jean-André Migwt, grand chantre d'Auxorre^il n'eu est que l'éditeur, et a composé seule-
Observctions.
L'auteur de la Vie d'Edrne Roy, cité n* 1" de l'autre part, est-il le même que celai des trois derniers ouvrages? On a de la peine à le croire : 1* Parce que l'un est du diocèse de Laugres, et le second de celui d'Auxerre 2» L'auteur d'un ouvrage publié en 1678 ne peut pas ôlro mort eu 1772, ni même publier des ouvrages en 1761.
inestimable collection rassemblée dans la Bibliothèque Royale.
Ce goût pour les tableaux des esprits ne pouvait manquer d'amener, comme naturelle* ment après soi, celui de faire disparaître les lâches qu'ils ont contractées dans une longue suite de siècles, et qui souvent les rendent méconnaissables, soit en les dépouillant des plus beaux traits, soit en leur en prêtant de difformes. C'est aussi ce qui est arrivé; et les savants de tous les âges n'ont rien oublié pour se procurer les livres les plus corrects : Mihi, meisque permit tant disait saint Jérôme, paupere$ habere schedulas, et non tam puïchrot codicet, quam emendatoi, tom. 1 de la dernière édition, pag. 797 (1). Le mémo saint dans la seconde partie du tom. IV, pag. 595 (Patrol. t XXII), en prescrivant à la veuve Lœta la manière d'élever sa fille, veut qu'elle lui inspire du goût pour les livres dont la netteté et l'exemption de f.iules fassent le plus -grand ornement : Codiccê omet , in quibus pTaceat emendata et erudita dislinctio. Saint Augustin, de Doclrin. Christ, lib. II, cap. 1k (Patrol. XXXIV), dit que le premier soin d'un homme d'étude doit se porter vers la correction de ses livres : Codicibus rmendundis primitui débet invigilare tolerlia. C'est une occupation que Cassiodore recommande beaucoup à ses religieux; et il leur dit dans un endroit pour les y encourager: Istwl qenm emendationii. ut arbitrort valde pulchcrrimum est, et doctitsimorum hominum negotium gloriosum (Patrol. LX).
L'heureuse époque du renouvellement des sciences a aussi été celle de la renaissance du goûl pour la correction des anciens livres. On a vu des savants du premier ordre s'appliquer à ce travail; et le Père Jacques Sirmond en nomme un bon nombre dans la lellre à Nicolas Fabcr, mise à la téte de son édition desOKuvrcs d'Ennode.M.le président Bouhier dit dans une lellre â M. l'abbé d'Olivet, qu'il avait vu le temps où les sens de lettres faisaient encore leurs délices de cette occupation, el lui-même a travaillé à purger de plus en plus Cicéron des fautes de copistes, pour rendre à l'orateur romain, dit-il agréablement, le plaisir qu'il a toujours godié dans la lecture de ses ouvrages. Il est vrai en effet, que si quelque chose était capable d'affocter agréablement ces anciens écrivains, ce serait de voir les soins qu'on apporte à corriger leurs écrits. Mais ces soins uni des fruits beaucoup plus solides et plus étendus.
1 En méritant bien des auteurs, on mérite encore mieux de la postérité, à laquelle on rend leurs ouvrages intelligibles.
2' On empêche les lecteurs de s'accoutumer à passer sans les comprendre, plusieurs endroiis souvent très-importants.
3* On remédie au chagrin qui accompagne nécessairement une lecture, au milieu de laquelle on est forcé de s'arrêter, pour lâcher
(1) Toi), noire Pstrologie, lome XXVI II*, neuvième de* «•livre* de S. Jérôme, col 1081. Lorsque, dans la .mile de Puovrajie, nous aurons à renvoyer le lecteur a notre grauJc culkclion «les l'ère» uousnuus conlttnlcmus il iii-
de découvrir ce que l'auteur a roulu dire. Il est en effet Irès-dé^agréable de ne pouvoir saisir le sens d'un écrivain, qu'on voil d'ailleurs n'avoir rien écrit que d'intéressant; et de se trouver dans le cas d'un homme qui, assistant à un discours de quelque habile orateur, ne pourrait, soft par le défaut de ses oreilles, soit par quelque autre cause, en entendre que quelques parties. Ce sentiment affecte à proportion du plaisir qu'on goûle à retrouver le sens d'un auteur par la découverte d'une leçon primitive; el il est puisé dans la nature. Car il n'est personne qui ne voie combien il est beau de pénétrer en quelque sorte dans l'âme des autres homme», par la connaissance des expressions qui manifestent ce qui s'y passe, et de découvrir pour cela, soit fa signification inconnue d'un terme, soit le terme même qui avait été changé ou défiguré. Omnibus fere animii rationaïibut in promptu ttt ad videndum huius peritiœ pulchritudo, qua hominum intra (2) se eogitata signifieantium vocum enuntiatione notcuntur; propter hoc notum decu$,et ob hoc amatum quia notum, ttudiose quœriturverbum ignotum Aog.de Trio, lib.x, cap. 1, tom.VHI, Rag.890,C. [Patrol. XL1I).
4* On prévient un dégoûl qui souvent peut beaucoup nuire au progrès des sciences, soit profanes, soit ecclésiastiques. On voit, par exemple, déjeunes théologiens, qui s'étaient d'abord livrés arec ardeur à l'étude de l'antiquité, se ralentir peurà peu dans celte élude par les difficultés qu'ils y rencontrent, et v renoncer enfin totalement par le désespoir de jamais bien entendre les anciens docteurs de l'Eglise. Bt ce desespoir, dans ceux qui ayant fait d'ailleurs de bonnes études sont bien au fait de la langue et de ses idiomes, est principalement occasionné par la corruption de différents textes.
5* On parvient quelquefois, en corrigeant un texte corrompu , à découvrir ou à éclaircir des traits d'histoire souvent précieui. On ne trouve, par exemple, aucun monument qui nous apprenne que l'illustre vierge Euphémie, avant que de rendre un dernier témoignage à Jésus-Christ par l'effusion de son sang, en avait déjà rendu autrefois un autre, dans lequel elle eut l'épaule marquée d'un fer chaud. Ce glorieux Irail de sa vie so découvre par le rétablissement tout à fait naturel d'un mot visiblement altéré dans l'ouvrage de saint Victrice, de Laude sanclorum (Patrol. XX). On y \H:Quœ quondam ustulato animo rt'r /o non pnltuit. Il est évident qu'il faut lire armo, dont animo a pris la place.
G II peut arriver que parle seul changement de deux ou trois lettres on remédie à bien des difficultés. Quelqu'un soutiendra, par exemple, que saint Pierre, en renonçant Jésus-Christ, le fit de cœur ainsi que de bom be, et le détestait intérieurement. Il s'autorisera pour cela, d'un sermon de saint
aérer, duns lu leste, entre parenthèses, le mot Patrol , «•» le faiso<«t suivre, du chiffre du tonte auquel aura Irail > renvoi. I. KwTttn.
[il Je lis iiUra :iu lieu tinter que porte le leiie.
DlCTIONSAtnE DE DIPLOMATIQUE CHRETIENNE.
Augustin, on Ton Ht : Adspicitwr (Pelrus) a Domino, flet amare; teryit lacrymis pietalis cordie negationes (Serm. 29u, Patrol. XXXVIII). Un autre soutiendra que ce sermon ne saurait être de saint Augustin, et citera pour le prouver ce que dit le même saint dans son livre de Mendacio, cap. 13 (Patrol. XL) : Quis ila evanescat, ut existimet apoetotum Petrum hoc habuis$e in corde quod in ore, quando Christum negavitî Le premier répliquera que le livre de Mendacio est supposé ; le second rejettera sur le sermon la supposition prétendue (1). On dissipe toute difficulté, et on lève toute espèce d'embarras là-dessus, en faisant attention que, comme Il arrivait fréquemment aux copistes d'écrire i pour c, et e pour t, ils ont substitué cordis negationes, à tordes negationit qui est visiblement la leçon primitive.
Je ne fais qu'effleurer ici les Avantages que procure une saine critique. Us sont innombrables; et ceux qui ont lu les écrivains de l'antiquité en sont assez convaincus. Il suffit de dire en deux mots que cette science sert, pour ainsi dire, à aplanir des chemins raboteux et pénibles, et qu'elle rend à des tableaux iuOniment précieux, le lustre, le coloris et les traits qu'une longue vétusté leur avait fait perdre.
Mais cette science, comme toutes les autres, a ses principes et ses règles; et si l'on ne marche à leur lumière, pour parvenir au rétablissement des leçons primitives, on est exposé à faire presque autant de chutes que de pas. C'est pour n'avoir pas fait attention à ces principes, ou faute de les connaître, que tant d'écrivains, soit anciens, soit modernes, nous présentent un si grand nombre de prétendues corrections, dont le moindre défaut est d'être hasardées et purement arbitraires. Car il faut convenir que, si l'on trouve des exemples fréquents des plus heureuses découvertes en ce genre, on rencontre d'un autre côté un plus grand nombre encore de tentatives infructueuses.
On se propose de donner dans cet ouvrage
(1) V. rlîo fournil un ciemple d'une pareille prélentiou, S l'occasion d'une taule ne copiste. Il voulait qu'on Pîjardli comme au||>osé le preuner sermon de 8. Augus-
un recueil des règles* qu'il faut suivre dan» la recherche des leçons originales, mais sans prétendre les présenter toutes; ce qui serait peut-être impossible, à cause des exceptions dont différents cas peuvent les rendre susceptibles, et pour lesquelles il faudrait souvent établir autant de règles particulières
3u'il y a eu de procédés différents de la part es. copistes, dans les endroits qui les embarrassaient.
L'ouvrage sera divisé en deux parties. La première contiendra des observations qui serviront de principes généraux. Dans la seconde on trouvera les différentes causes qui ont fait altérer le texte des anciens écrivains. Et comme dans cette matière, connaître la source du mal, c'est en avoir, pour ainsi dire, le remède spécifique, l'exposition de chacune de ces causes présentera autant de règles particulières. Car si je sais, par exemple, que les copistes écrivaient quelquefois s pour f, c'est un principe, que, si le mot semen ne convient pà*s à un endroit, et que femen y convienne, je puis et dois substituer ce dernier mot à l'autre.
Chaque ciuse d'altération formera un chapitre particulier dans lequel, après avoir montré que telle lettre, (elle syllabe ou tel mot, se confondaient par les copistes avec tels autres (ce qui se voit par les variantes), on fera l'application de la règle qui en résulte, à des endroits viciés de différents auteurs, qu'on rétablira par le moyen de celle règle ; ce qui la portera jusqu'à la démonstration.
Et comme on se propose, avec l'aide do Dieu, de donner sur quelques Pères de l'Eglise, des remarques dans lesquelles on fera usage des différentes règles contenues dans cet ouvrage, on mettra en tête de ebaquo règle ou cause d'altération, Un chiffre arabe, afin de pouvoir y renvoyer dans l'occasion, sans être obligé de répéter souvent la mémo chose, en marquant,à chaque rétablissement qu'on présentera d'endroit corrompu, sur quoi est fondé ce rétablissement.
tin sur S. Ktiennc.ioni V. pag. 1260. D (Patrol XXXIX). parce que bona cerlamina , qu'on lisait autrefois au lieu de bona certàavm, énonçait une bosselé.