‹ Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienneChapitre 434 sur 455 · I. que défigurés en bien des endroits par des · texte numérisé non relu

I. que défigurés en bien des endroits par des

On sait que les ouvrages littéraires qui fautes de copistes, qui en allèrent ou Ih pu-

ont échappé aux ravages de l'ignorance cl de reté du sens, ou l'intégrité de la diction. Ces

la barbarie ne sont parvenus jusqu'à nous monuments précieux de l'esprit hum., * ont

éprouvé dans quelques-unes de leurs parties manuscrits et toutes les éditions antérieures

le mémo sort à peu prés que ceux qui nous présentassent des leçons différentes,

restent de sculpture et d'architecture : les Dans saint Hilaire, tn i psalmum, num. 7,

un» et les autres, fruit pour la plupart d'un pag. 20, A (Patrol. IX , on lit : Meditatio

goût épuré et propre à former celui de la itaque legis non tolum in verbis i.egewdis ert,

postérité, se sentent ou des injures du temps, sed et in operis religione. Tous les manu-

ou plus souvent encore des atteintes d'une scrils portent, les uns legeniis, les autres

main grossière et barbare. legendi.

Par~rapporl aux ouvrages de sculpture, il Ibid. num. 10, 22, C : Fructus dabuntur ne reste aux artistes et aux amateurs que potius, quam décident, non maturilate ded'inutiles regrets : il est impossible de réla- pulsi... sed rationalis officii dispensatlone blir ce qui y manque. Mais on a heureuse- dembssi. au lieu de demensi. menl plus de ressource pour les ouvrages de Dans le même saint Hilaire, ta psal. et, littérature. On ne peut plus trouver le mor- num. k, pag. 593, C : Nam potrslatem in ceau détaché d'une statue antique; mais il gladio sigmficari, tum pluribis locis, tum est possible de rencontrer le mot précis ou eonsequentibus admonemur, au lieu de signile tour de phrase qu'avail employés un an- ficantium pluribus locis. cien auteur, et qui ont été changés par les Dans saint Ambroise de Abraham, lib. h, copistes. Et l'on est souvent aussi assuré cap. 7, num. 43, pag. 331, A, du premier tome d'avoir rétabli une leçon originale, qu'on le (PatroL XIV) : Est specialis forma libidinis, serait, rn fouillant dans des décombres, quœ vocem mulet homxnis... suisque se ruoDAT d'avoir trouvé les différents morceaux qui sermonibus, au lieu de probat. faisaient partie d'une statue fracassée par la Dans saint Augustin, contra litteras Pelichulc d'un bâtiment, lorsque, présentés aux liant, lit», m, nom. k8, pag. 321, B, du tom. endroits mutilés, ces morceaux s'ajusteraient i\ (Patrol. XIAM) : Dt nomine Simonis et pour ainsi dire d'eux-mêmes chacun à sa Barjesu magorum ingessit nobis quas eum place. Je ne pense pas que quelqu'un s'avise Ubuit contume!iast au lieu de variœ suœ. jamais de douter que les PP. Pétau et Qucs- Dans le même saint , operis imperfecti nel aient trouvé la vraie leçon , l'un de l'en- contra Julian. lib. m, num. 199, tom X, pag. droit de Pline, où il a mis part cerœ à la 1130, A (Patrol. XLV) : Audiamus ergo quid place do pascere (tjj et l'autre de celui de pariât Aristoteles panorum, pour panarum. saint Augustin, où il a substitué salubri Le savant dom Constant, dans son ouvr ige terrieulo à salubriter régula (2). intitulé Yeterum codicum vindicia confirma- Des corrections de cette espèce portent pag. 717, rétablit d'une manière inconavec elles une évidence qui persuade sur-le- tcslable cum facienda ris sit, ut régna cœlochamp qu'on a trouvé non-seulement le sens rum rapiantur, dans une lettre du pape Horde l'auteur, mais encore ses propres exprès- misdas, qui porte cum facienda jussit. sions : et cette évidence est fondée, soit par Le même auteur, ibid., pag. 718, n'a pns le rétablissement d'un sens naturel et suivi, ctc moins heureux dans le rétablissement de soit encore plus sur le rapport qu'ont entre zelum quemdam,quali finbbs se Deo commeneux les termes défectueux et ceux qu'on y davit , ostendit , dans une autre lettre du substitue. El c'est là proprement la pierre même pape, dont le texte porte zelum quemde louche par le moyen de laquelle on doit dam, quati fine esse Deo commendarit. juger du prix d'une correction. Ces exmples suffisent pour montrer qu'on Tous les livres, soit manuscrits, soit im- peut avoir une assurance entière d'être parprimés, étaient altérés dans les endroits cités venu à la décourerte d'une leçon originale, de Pline et de saint Augustin. On peut donc, quoiqu'elle ne se trouve dans aucun nianusans autre secours que celui d'une saine 6Cril et qu'il est certains rétablissements critique, rendre à un texte corrompu son d'endroits corrompus qui méritent une exintégrité primitive et avoir là-de>sus une ceplion à la loi que se font ordinairement les certitude entière'. éditeurs de ne rien admettre dans le texte Mais comme celte matière est importante, qui ne se tronve dans quelque manuscrit, et qu'il se trouve des personnes qui ne veu- Cette loi est en effet pleine de sagesse; mais lont guère admettre de corrections que celles 0n ne peut disconvenir que l'exception ne qui ont pour objet des fautes grossières puisse et ne doive avoir lieu toutes les fois contre la grammaire, aimant mieux supposer qu'on parvient à des restitutions aussi fonque les anciens avaient des tournures et des dées sur la liaison des pensées et sur la rcsexpressions qui nous sont inconnues, il est semblance des mots que celles dont on vient bon de proposer quelques autres exemples de voir les exemples, de .restitutions indubitables, dont quelques-

unes môme ont été admises dans le texte ll*

par les éditeurs modernes, quoique tous les II esl donc très-possible de réussir dans la

(l)-La leçou de l'Iloe parlant du vermisseau d'où se forme l'abeille, est : Id quod exclutum e»l jrrimum verrni- .-uJus ùdetur cmdidus, iœens tr couver tus, adhinmsque ita ul macère videatttr. Pllo. Hisl. Nal. lib. n, cap. 10. Cet

liiimii de Pline est cité par M. Rollindaiis son Traité tics tttodi-s, tom. I, p.g. 239.

(3) Le u-Ue de S. Augustin partout de rulilité des lois

contre les donotistes, porte : Home talubrUer régula lemporolium molesliarum excutiendi eraiit , ut lanquam t« homno leltutrqico émergerait? Voyez la It-ltre 211 de M. Arnaud, où il dit su P. Qnesnel : Votre coneaim de, salitbii terrieulo, est admirable. II n'v a point a douter qu d ne faille ainsi.

E1.RMF.N1S DE CRITIQUE.

cure d'un texte corrompu. Mais avant que d'entreprendre ancun traitement en celle matière, il faut commencer par bien s'assurer du vice d'une leçon; et l'on doil user à cet égard de la plus grande réserve, pour ne pas s'exposer à faire soi-même dos fautes en ^retendant corriger celles des autres. C'est un défaut que saint Jérôme reproche aux c opistes : Scribunt librarii, non quod inveniunt.sed quod inlelligunt; et dam alienot errores emendare nilunlur, ostendunt suos. Kpisi. ad Lucinium, i, lom. Il, p. 578, de la dernière édition {Palrol. XXII). Quintilicn avait dit avant lui à peu près la même chose : Multa in veteribus libris reperta, mutare imperiti soient ; et dum librariorum in~ sciiiam insectari volunt , suam confitenlur. Quintit. lib. ix , cap. ullimo. Cassiodore, longtemps après, recommandait à ses religieux de se tenir en garde contre ce défaut, eu leurdi-ant : Sic scriptorum deliela corrigite , ni juste arguamini , si preecipitanter alios emendare tentatis. Lib. de lnstîl. divinarum liiler. loin. VI. Bibl. PP., pag. 61, B, cdil. Paris, an. 157G (Patrol. LX).

On voil en effet que la témérité des demisavants leur a souvent fait gâter des endroits donl la beauté des pensées et du style élail au-dessus de leur portée : c'est une remarque du P. de Sainte-Marthe, dans sa Vie de Cassiodore, page 247. Les vrais savants euxmêmes n'ont pas toujours été à l'abri de toute méprise à cet égard : pour n'avoir pas fait attention que le verbe prœstare a quelquefuis une signification neutre, opposée à celle de noceret le docteur qui a donné l'édition de la Bibliothèque des PP. imprimée à Paris en 1576 ajoute à la marge d un texte de Cassiodore un mot qui le défigurerait. Contigit ut nolens prœstaret nobis hœresis, dit Cassiodore, pag. 47, A. L'éditeur voudrait qu'on lût terga avant prœstaret : ce qui donnerait un sens lool à fait étranger à cA endroit.

Il faut donc, quand on se trouve embarrassé pour l'intelligence d'un texte sur lequel tous les manuscrits sont d'accord, n 'essayer d'y changer quelque cht/sc que quand la nécessité de la correction est évidente. Mais elle peut le paraître sans i'élre en effet; et il est aisé de sentir combien de choses sont nécessaires pour en éire pleinement assuré. Outre la connaissance parfaite de la langue dans laquelle l'auteur a écrit, et des locutions usitées dans son siècle , on doit avoir lu plus d'uue fois ses ouvrages, parce qu'il. arrive assez souvent à un écrivain de se copier, surtout si ses productions sont un peu considérables, et que le meilleur inler-

(\) Il no sera pas hors de propos |our un phi» éttoirriv^iiu-nl, de (ixer austi b slgmlic l <>n <)u'a ici le n»ot Cvnt'mere. Il v«tul dire, tenir dans un état / rme, touwmr; el S. Augustin IVm, toie souvent d.»us celle acc.-|.iinu. Vnyet la |jn>niiùr«: partir du toui. III, jwg 98. D (In Cen. lib. i, l'aboi. XXXIV) : Non ita tupetj'erebatur (Sj iriii.s D> i super .1.(113111) «i< ut oleutn aqur, r» / oqua Urne, id est tnum coimaucTLm. Ibid , 16St B (Ibid. Itb. m) : Nam ti'Se eorpori» dolor... magna el mirubiilu, unvnœ vis e*l, qtue illnm compayem ineffabui permutions vit aider cortinbt... Cuiu eam non indt/ferenter, sed ulUti dicam, indiunanter

prête d'un auteur c'est l'auteur lni-méme. En comparant différents endroits, on parvient souvent à éclaircir celui qui cause de l'embarras : et c'est en bien des occasions le seul moyen d'y réussir. Combien n'at-ou pas écrit, dans les journaux de Leipsick de 1109, sur l'endroit de saint Augustin, de Civitale Dei, lib. vu, cap. 30 (Patrol. XLI), où il dit : Jmplens cotlum et terram pressente potentia, non indigente natura? Voyex le président Bouhicr dans ses Remarques sur Cicéron, pag. 22. L'illustre académicien, peu satisfait de lout ce qui a paru là-dessus, propose la substitution de non cingente à non indigente; mais outre eue le mol t'ndtgente ne saurait être ce qu\>n appelle vice de clerc, y ayant trop peu de rapport entre la première syllabe de cingente et les deux premières de indigente, il parait très difDcile de trouver plus de clarté en lisant le premier de ces deux mots qu'en conservant le second,qui se trouve dans tous les manuscrits. Mais en consultant saint Augustin lui-même, ou est délivré de tout doute sur la leçon des manuscrits. Il l'emploie ailleurs et en fait conn titre le sens de la manière la plus évidente : c'est à la fin de son premier sermon sur le psaume cxm, lom. IV, p. 1939, C (Patrol. XXXVII ). Voici comme il parle : Nec sic est in caelo Deus noster, quasi subtracto cœlo ruinant sine sede formidot... Nec ikdiobt operibus suis , tanquam in eis eollocetur ut maneat... Ergo in quibus est ipte, tanquam inmgbntu continet, non ab eis (amqnam inoigens coniinetur (1). Saint Augustin lui-même prescrit celte méthode de lever les difficultés que fait naître un texte obscur : Ad obseuriores locutiones tZ/tufrandas, dit-il, de manifestioribus snmantur exempla; el quœdam certarum sententiarum testimonia dubitationem incertis aufernnt. De Docl. Chris iana, lib. u, cap. 9 (Palrol. XXXIV)

Aulant faut-il être réservé pour entreprendre la correction d'un texte donl le vice n'est pas évidemment connu, aulant doit-on l'entreprendre avec assurance dès qne ce vice est une fois bien avéré. C'est Cassiodore qui propose cetle règle, en l'appliquant aux fautes contre la grammaire : Ubicumque, ditil, paragrammala in disertis hominibus re— perl i fuerint , intrepidus vitiosa recorrigat (emcndalor) ; quoniam supra dicti viri sic aida sua composuisse credendi suntt ut regu las nrlis grammaticœ quas didicerant, cuUodisse judicentur. De Institut. Divin, litter. cap. 15. On ne doit pas êlre arrêté par l'antiquité des manuscrits : In anliquo codice

ptditnr corrumpi caque dissolvl. lom. IV, f 1 41. F (In Ps. flxxxvn, Patrol. XXXV) : Fortune eu quuvdum firmi'as occulta, quai cohtihkt Urratn : et hoc dixil, nmvtviT , lom V.731, t. (Serin. 1SÎ, Palrol. XXXVIII) : JV,irM ti po»uerii spem'in tuso spiritu quo homo es, iteiwnsuiiitus luus in carnem reLtbttur. Non se conthiet, fi non c*<i*tim»- TUR.iom. VIII, 17J.C (Cont. Faust lib. xu. Patrol. XLII»; Cum Ma (anima) regeret, hoc (corpus) obtempérant , illa conTureRn, hoc non d/jlneret. Vxn. IV, 1010 , B (la Ps. lxxyii, Palrol. XXXVI) : Sinistra coim.xsoo vtfirmy latent voiront, et deitera coronabo perfectionem vtstrjfq.

n <<n negandum est menda esse antiqua, dit ( habile éditeur de saint Hilaire, dans sa prérace, nom. 15. On ne doit pas l'élre non plus par la multitude cl l'accord de ces mêmes manuscrits : fit enim sœpenumero ut unius archetypi mendum, modo vtri fucum aliquem prœ te ferai , in universam deinde veluti posteritatem librorum propagetur. Erasm. Gnil. i, Cent. 6, Adag. 36.

Mais ce ne sont pas seulement tes fautes contre la grammaire dont on ne doit pas, sans hésiter, (enfer la correction : il en est qui , sans blesser les règles de cet art , allèrent le sens d'un auteur; et ce sont ces dernières qui doivent principalement adirer l'altenlioo. 11 est vrai que ce sont ordinairement cellçs que le commun des lecteurs remarque le moins; mais quand on y regarde de près et qu'on lit à léte reposée, le vice en saule, comme on dit, aux yeux; et l'on ne saurait apporter (rop de soins pour les Taire disparaître, parce que les conséquences en >onl tout autrement dangereuses. Eu effet, dans les endroits où la grammaire seule est intéressée , on aperçoit ordinairement la pensée de l'auteur ; ou <iu moins le plus grand inconvénient qui puisse en arriver, c'est qu'on ignore ce qu'il a voulu dire; od enfin, si les Fautes d'éloculion en occasionnent dans le sens, on est averti par les unes de se tenir en garde contre les autres. Mais, lorsque le sens se trouve altéré sans que les règles de la grammaite souffrent aucune atteinte, on est exposé à des méprises souvent très-considérables. Dans le premier cas, vous lises sans danger un écrivain dont le langage est irrégulier ou inintelligible. Dans le second, vous coures risque de vous égarer en croyant suivre un bon guide; ou, si vous ne le faites pas, vous êtes forcé de devenir son censeur cl tic l'accuser il.- f.iu es qui doivent être uniquement sur le compte de ses copistes.

Ces fautes contre le sens sont plus communes qu'on ne pense; et Ton n'a, pour s'en convaincre, qu'à se mettre, en lisant, à la place d'un traducteur. On rencontrera quantité d'endroits qui, sans offrir aucune difficulté à une vue superficielle, parce que les règles du langage y sont observées, ne peuvenl soutenir un examen un peu approfondi sans être convaincus d'altération. Le grand nombre des lecteurs passe sur ces endroits sans y rien entendre; car ce n'est pas une chose fort commune de trouver des personnes qui sachent s'arrêter et former des doutes. Erasme, bon connaisseur en celte matière, et dont les travaux sur cet objet de critique lui font dire qu'il lui en avait plus coûté pour corriger les ouvrages de saint Jérôme qu'à saint Jérôme lui-même pour les composer, Erasme, dis-je, trouve qu'il faut l>eaucoup d'habileté et de réflexion pour ne l .ire seulement que suspecter un texte : Ut ». commémorent intérim, dil-il, quod illud ipmii. animadvertere oc velut olfacere , si auid parwn resipiat germanam ac vercm Uctionem, itemmis esse, mea sententiu, nec incruditi, nec st\,pidi. nec oscitantis. El Ton

peut faire à ce sujet la plus juste application de ce que dit saint Augustin sur une matière différente : Nonnulla part invenlionit est, nosse quid quavras [Quœtt. in Gen. Patrol. XXXIV).

Quelques lecteurs plus habiles s'arrêtent quelque temps dans ces endroits pour tâcher d'en découvrir le sens; mais comme on ne saurait en venir à bout sans le rétablissement du texte, ils se découragent bientôt, çar la difficulté d'y réussir, et passent outre. C'est une chose en effet assez difficile, en ces occasions, de parvenir à la leçon primitive, parce que les différents manuscrits ne fournissent le secours d'aucune variante , les copistes se contentant ordinairement de ce que leur présentait le cahier qu'ils avaient en main, lorsqu'ils n'y rencontraient aucune faute grossière contre la grammaire-. Car, pour le dire ici en passant, ces copistes ne voyaient guère que l'ensemble de Quelques mots; et ils avaient souvent bien de la peine à saisir le sens d'une période on peu longue, bien loin de pouvoir suivre le fil des pensées et des raisonnements d'un auteur. El quand on les examine de près, on ne penl s'empêcher de reconnaître qu'ils étaient, par raporl à la langue laline, ce que sont certains uisses à l'égard de la française : leurs opérations ressemblant en bien des rencontres à celle d'un Suisse qui, en copiant le verset 18 du cinquième chapitre de la lettre aux Ephésiens, écrivait : Ne vous laissez pas aller aux excès du vin doux ni à la dissolution, au lieu de : Ne vous laissez pas aller aux excès du vint d'où natt la dissolution

Plus les leçons qui gâtent le sens d'un auteur paraissent saines du côté du langage, plus il importe d'en découvrir le vice et de le corriger; et c'est encore plus à cet égard

3 n'en ce qui a rapport à la grammaire que •il avoir lieu la règle de Cassiodore : Inlrepidus viliosa recorrigat. On va mettre ici sous les yeux du lecteur quelques exemples de cette dernière espèce de fautes, pour en* faire sentir les conséquences plus ou moins dangereuses et la nécessité d'y être plus allenlif qu'on ne l'est ordinairement.

1* Dans les Commentaires de saint Jérôme sur le prophète Aggée, chap. 1, on lit : 5ùnt- Hier qui penitus non bibit, siti peribit : sicut est in Judith, si quis tamen vull librum recip re mulieris; et parvuli siti pevierunt. Quand iiiéme on supposerait que saint Jérôme aurait attribué à Judith le livre qui porte son nom dans le titre, il est impossible qu'il eût parlé avec un tel mépris d'une sainte veuve,

2u'il donne ailleurs ainsi qu'Esther pour gure de l'Eglise, cl Dom Martianai aurait du suspecter le texte, au lieu de l'accompagner, comme il a fait, d'une note marginale, qui attire l'attention du lecteur sur la manière indécente dont le saint docteur se serait cxnrimécnparlanldii l'illustreel sainte héroïne; ileslcvident, pourpeuqu'ony fasse attention, qu'il faut lire et ponctuer : Sicut et in Judith [si quis tamen vult librum recipere), mit-

f.lkmkTts de critique.

litres et parvuli siti perierunt; et ci'.cr à la inargc de ce texte rétabli, Judith vu, 12. 13, ik. Que l'éditeur, aranlde mettre à la marge : Liber Judith mulieris est, se lût avisé de soupçonner que ret endroit pouvait élrc corrompu, il n'aurait eu, pour substituer mulic» re» à mulieris, qu'à se rappeler la remarque qu'il a faite lui-même dans ce même volume : In manuscriplis exemplnt ibus e et i promi- $cue scribuntur : après quoi la ponctuation se serait, pour ainsi dire, présentée d'ellemême, '«'le qu'on la trouve dans deux autres endroits de saint Jérôme tonl semblables à i clui-ci. Dans l'un il est dit, in Z h li.tr. caput. xii : In Sapientia quœ Salomonis inscri'nlur (si cui lamen placel librum reci-

Îicre), scriptum legimus. Dans l'autre, ep st. 7, ad Furiam : Legimus in Judith (si cui lamen placrt volunien recipere), viduam con- [cctitm jejuniis.

2" Dans le troisième livre de saint Augustin, contra epist. Parroen. cap. 6 on lit: A'on enim erunt in die illa qui caput ungant oleo adulât ionis, dicentes euge, euge ; et jurantes per canos eorum qui caput sanum non habuerunt, et per coupages eorum qui viam paris non agnoverunt. Comme il y a an rapport particulier entre la signification du mot canos el celle de caput , il devrait y en avoir aussi entre celle de compages et de viam paru (entre des jointures et des pieds p.ir lesquels on marche dans le chemin de la paix). Mais on n'y en aperçoit aucun de distinct, et l'on peut jurer par les jointures d'un homme, sans que cela regarde plutôt ses pieds qu'aucun autre de ses membres. On ne trouve donc pas ici la justesse qu'on admire partout d m saint Augustin; el le mot compages me parait suspect. J'en cherche un qui ait une signification relative aux pieds, el je le trouve par le seul changement d'een o. Je lis compagos, au l'eu de compages; et ce mot me présente la chauxsure épiscopaledu vieux Douât. Le scolia^te de Gralicii, can. Nonnulli diacones.% disl. 9J, explique la signification de compagi, par ces paroles : compagi dicuntur sandalia tel caligœ episcopales. Il est en effet question ici de ce patriarche des donatisles. comme on peut s'en convaincre, en comparant cet endroit avec deux autres du lom. IV dans lesquels on lit pag. 61, D (In ps. x, n, 5. Patrol. XXXVI). Per cuius canos jurant; el dans l'autre, pag. 715, II [In ps, lxix, n. 5, ibid.) : Apertissimis vocibus Dunoto dicuntur ista can ta ta, euge, euge, etc. El d'aillcur» il n'est pas possible de voir d.ms cet eedroil les faux mar.vrs d<s donatisles, comme on l'indique à la marge du texte qui porte compages; parce que le grand nombre de ces martyrs prétendus étaient des circoncellions , dont les opérations violentes demandaient toute la force de l'âge el ne convenaient guère à des cheveux blancs.

3" Eu lisant la lettre 29 de saint Augustin, on est surpris de lui voir raconter, qu'au milieu d'un discours très-animé, il eu avait interrompu le Gl, en ordonnant à ses auditeurs de faire une prière. Voici ce que porte le teste : Quibus peractis codicem reddidi, et

imperata oratione, quantum valut, et quantum me ipsum péri cul um urgebat, et vires administra™ Dominus dignabatur, constitui eis ante oculos commune periculum, etc. Il semble en effet que cela n'étail capable que d'aff.iihMr dans les esprits l'impression d'un discours dont le pathétique et la véhémence répondaient à l'importance de l'objet qui y eli.il traite ; el une pareille pratique paraît aussi déplacée qu'elle est d'ailleurs sans exemple. La leçon, et imperata oratione, est donc fort suspecte d'altération. Mais elle en devient totalement convaincue, si on lui confronte un mol dont l'identité du son jointe au sens de. cet endroit démontre qu'elle a pris la place; et l'on ne peut s'empêcher de voir que tout revendique ici, comme texte primitif, et temperata oratione; et que saint Augustin au lieu de parler de prière (comme a traduit M. Dubois, el après lui M. Uollin), avait dit dans cet endroit de sa lettre, qu'il s'était servi du genre de style appelé tempéré. Pour s'en convaincre pleinement, on peut consulter les règles que prescrit le saint docteur, sur l'emploi du style tempéré, et les exemptes qu'il en cite de sainl Cyprien et de saiul Ambroise, lib. iv de Doctrina Chris li nn. 38, 47, 48, 54, 55. Quelques copistes ont écrit de même, sed imperandus pour sed temperandus, lom. 11 de saiul Ambroise, pag. 1117, C, de la dernière édition [Patrol. XVI).

4' L'empereur Théodose venant à Mil m après le massacre de Thessalonique, saint Ambroise en sortit, sous prétexte d'une maladie qui était en effet considérable, mais qui ne l'aurait pas empêché d'attendre l'armée du prince, s'il n'avait eu des raisons particulières qu'il lui expose dansune lettre écrite â cette occasion . On litenlre autres choses dans cette lettre (Epist. 51 , num. 5) les paroles suivantes : Prœtendi œgritudinem corporis rêvera gravem et nisi a viris milioribus rix levandam. Ce serait perdre le temps que de s'arrêter à faire sentir le vice de la leçon, a tiris; el il suffit d'observer que ce n'étail pas de la douceur des hommes, mais de celle de l'air, qu'avait besoin une maladie, pour la guérison de laquelle sainl Ambroise dit qu'il s'élail retiré' de la ville â la campagne. La leçon originale était donc : Prœtendi œgritudinem corporis rêvera gravem et nisi AGais mitioribus vix levandam.

Les exemples de leçons vicieuses qu'on vient de citer font voir que tous les manuscrits peuvent être corrompus en bien des endroits, sans qu'aucune faute du grammaire en avertisse; et qu'on peut établir par rapport au sens d'un texte, une régie parallèle à celle de Cassiodorc par rapport à la grammaire. C'esl-a-dire, que toutes les fois qu'une leçon présente un sens faux, ridicule ou ah'Urde, il faut sans hésiter en entreprendre la correction; parce que si l'on doit élre persuadé que des écrivains qui ont i-M dié la grammaire n'en ont pas violé les telles, on doit aussi rendre à des auteurs M-iisés la justice do croire qu'ils n'ont pas érrit des absurdités.

Mais il arrive assez souvent à des personnes

peu versées dam la lecture des anciens, qu'an respect aveugle pour une langue morte, ou je ne sais quelle autre raison, leur fasse regarder comme téméraire et dangereuse l'entreprise de toucber à des textes qui leur paraîtraient ridicules s'ils étaient écrits en français. Et je ne sais s'il ne se trouvera pas quelqu'un qui aura de la peine à admettre mulieres è la place de mulicris, auris à celle de a viris , dans les exemples rapporté-* ci-dessus; tandis que s'il est question d'un ouvrage français, personne, par exemple, ne fera difficulté de substituer les mots, services, supputations, sienne, circonstance, économie, à ceux de «erreur*, superstitions, science, connaissance , cérémonie, dans les textes suivants de M. l'abbé Duguel sur les psaumes de Job ; Tous mes serviteurs n'ont été payés que d ingratitude, et je n'ai rien diminué de mon xèle (tom. 1, nr partie, pag. 392). Un tel calcul nous passe : c'est un travail inutile et une curiosité condamnable que de nous jeter dans des superstitions dont vous nous cachez tes principes {tom. IV, 1" partie, pag. 179 ). De quelles paroles se sert VApfltrepour exprimer l'objet de sa foif Des mêmes dont s'est serri David pour exprimer l'objet de la science (tom. IV, p. i, pag. 36V). f.e psaume ne marque aucune connaissance distincte (tom. IV, p. n, pag. Jrôfc). Dans son explication du livre de Job, chap. xxxvm, M, tom III, pag. 296, on fait dire à l'illustre interprète parlant des corbeaux : Apprenexsnoi ce que vous ferez pour leur réserver ce qui leur suffirait ... et pour le leur conserver avec cérémonie.

Je sais bien que quand il est question de changer quelque chose dans des leçons que tons les manuscrits autorisent, il faut être extrêmement réservé; et qu'une trop grande liberté à cet égard peut dégénérer en une licence toujours punie par les plus malheureux succès, et souvent dangereuse : car on sert en quelque sorte de piège à des lecteurs peu habiles, qui croient entendre parler un ancien écrivain, tandis qu'ils n'ont que les expressions et les pensées du prétendu correcteur; et c'est un abus eonlre lequel on ne peut trop se récrier. Mais je crois pouvoir dire aussi que, lorsqu'une leçon altère manifestement le sens d'un texte, et qu'on retrouve un sens juste et *uivi par le moyen de changements semblables à ceux qu'on a vus ci-devant, c'est-à-dire, fondés uniquement sur la ressemblance du son ou des lettres, on peut être assuré d'avoir recouvré la leçon primitive.

Cette assurance est fondée, comme on voit, sur un rapport manifeste entre la leçon défectueuse et celle qu'on lui substitue. C'est celle ressemblance des mots jointe avec le sens, qui, dans la recherche du texte original , peut seule opérer une conviction qui fait sentir qu'on l'a trouvé, et qu'on chercherait inutilement autre chose : ce rapport est d'une nécessité absolue et forme en cette potière une règle fondamentale. J e comprends

sous le nom de rapport, non-seulement tout ce qui a pu faire confondre un mot avec un autre, mais encore les différentes vues qui ont pu diriger les copistes dans les changements qu'ils ont entrepris de faire, à l'occasion soit de leur peu de lumière, soit de leçons réellement très-vicieuses.

Os deux causes générales renferment toutes celles qui ont pu influer dans l'altération d'un texte; et si l'on ne peut s'en autoriser dans le rétablissement qu'on propose d'une leçon originale, ce rétablissement doit par.illre non -seulement suspect, mais généralement parlant, inadmissible.

En effet, on ne peut parvenir à la découverte d'un texte primitif, qu'en comparant ce qu'on prétend l'être, avec l'altération qui en a été faite ; et il est évident que sans cela on agit à l'aveugle. Celle altération est un effet qui a nécessairement quelque cause occasionnelle. Cette espèce de cause ne peut se trouver que dans quelque rapport entre la leçon originale et celle qui en a pris la place. Lors donc qu'on présente un texte comme primitif, sans pouvoir montrer aucune affinité entre ce texte et la faute qu'on prétend corriger, c'est vouloir faire admettre une cause qui n'aurait aucune connexion avec son effet : c'est, pour me servir d'une comparaison qui parait assez juste, c'est comme si ayant en main un signalement, quoique défectueux en quelques parties, on voulait faire prendre pour la personne qu'on cherche , un homme dans lequel il ne serait pas possible de faire voir aucun des traits qui se sont conservés dans ce signalement.

Il faut donc que la reslilution proposée d'un texte primitif conserve un rapport bien marqué avec la leçon défectueuse qui l'avait défiguré. C'est un principe qu'on ne doit

jamais perdre de vue ; et si l'on ne dirige à-dessus ses recherches, on ne peut que s'égarer, sans atteindre jamais le but qu'on se propose. Il est vrai que, à force de bouleverser un texte, d'y ajouter, d'en retrancher, on peut trouver quelque chose qui donne un sens lié et suivi : on peut même parvenir quelquefois à présenter la pensée de l'auteur, mais jamais à rendre ses expressions.

Erasme dans ses Adages ( Chil. k, cent. 6, adag. 12) cite un endroit corrompu de Probus Rmilius, qui dit de Thrasyhule : Neque vero hic non contrmptus est prxmo a-tyrannis, neque ejus sollicituao : quœ quidem res et illis contemntnlibus perniciei et huic despecto saluti fuit. Erasme prétend le rétablir de celte sorte : Neque vero hic modo contemptus est primo a tyrannis, ssd ejus etiam solit tdo. Cela présente en effet la pensée de l'historien ; mais so'litudo est dans le rétablissement d'Erasme, la seule de ses expressions qu'on puisse être assuré d'y rencontrer , à cause du rapport qu'ace mol avec sollicitudo. El comme on ne trouve aucune apparence de rapport dans les autres changements faits par Erasme, on ne saurait les admettre sans ouvrir la porte à une liberté aussi dangereuse en celle matière, qu'elle est d'ailleurs éloignée de la marche qu'il faut suivre pour

AN ELEMENTS DE CRITIQUE

parvenir aux leçons originales. Il n'y avait au reste d'autre changement à faire dans ce

telle, que celui de sollicitudo ensolitttdo. Il faut soos-enle ndre non contempla est après tolitudo. La double négation étant équivalente à uoe affirmation, le texte d'Emilius donne le même sens que si on lisait : Et hic contemplas est primo a tyrannis, et ejus tudo, supplées contempla est.

Ce rapport si nécessaire pour être assuré qu'on a trouvé une leçon primitive, on le cherrherait ordinairement en vain dans les copistes du moyen el du bas âge. il est visible que la variété de leurs leçons a été occasionnée par les fautes qu'ils trouvaient dans des manuscrits antérieurs et qu'ils ont entrepris de corriger. Mais leurs tentatives à cet égard ont été presque toujours malheureuses. Ils n'avaient ni la critique, ni l'esprit de comparaison, ni les connaissances nécessaires pour y réussir ; et faute de connaître les différentes sources des leçons défectueuses qu'ils rencontraient dans les auciens manuscrits, ils ont quelquefois bouleversé el pàié sans ressource des endroits où un simple changement dans la ponctuation, une lettre supprimée, ajustée ou substituée à une autre, auraient ramené l'intégrité primitive.

Les copistes postérieurs , peu satisfaits avec raison du travail de leurs devanciers, ont voulu à leur lour exercer leur critique ; mais leurs opérations n'ont abouti qu'à augmenter le mal. Sans faire attention qu'il n y avait que les anciennes leçons, dont la barbarie les révoltait, qui conservassent avec le texte original une affinité seule capable de le faire trouver, m y conduisant comme par la main, ils les ont mises à l'écart ; et tout occupés de corriger les nouvelles, qui, quoique moins défectueuses en apparence, s'éloignent beaucoup plus des véritables , ils n'ont donné la plupart du temps qu'un pur galimatias ou, ce qui revient a peu près au même, que des pensées absolument étrangères el désavouées par celles qui précèdent et qui suivent. On en trouve mille exemples en consultant les variantes; el l'on sent, pour peu qu'on y réfléchisse, que cela ne pouvait manquer d'arriver de la sorte. Les traits de ressemblance avec la leçon originale s'affaiblissaient net essairement à proportion que les mots iubstilués par les copistes postérieurs conservaient moins de rapport avec ceux qui ivaient en premier lieu altéré le texte ; et à a fin il n'en restait plus aucune trace : Dum fe inemendatis scribuntur inemendatiora, dit ai ni Jérôme, de verbis lïebraicis facla sunt armatica, imo nullius gentis. Lin. xu in ;zcch. cap. il. C'est l'image de ce qui est rriré en bien des endroits par rapport au ens des auteurs.

Une première leçon défectueuse est comme n tableau dans lequel se trouve une difforlilé causée souvent par l'omission ou par altération d'un seul trait. Qu'un peintre en alreprenoe une copie, et qu'au lieu de sai-

sir ce trait manqué ou altéré, il en supprime quelques autres , et en ajoute ensuite de sa téte ; sa copie, quoique peut-être moins difforme en apparence, sera moins conforme à l'original. El si d'autres peintres, choqués des défauts de celle copie, essayent de les corriger sans consulter le tableau sur lequel elle a été faite, leurs tentatives n'aboutiront a la fin qu'à faire totalement disparaître les traits distiuclifs de l'original.

J'insiste sur cet article parce qu'il est de la dernière importance en cette matière, et qu'en général on ne peut faire aucun fond sur toute correction d'endroit corrompu , dans laquelle on n'aperçoit aucun rapport avec la faute qui se trouve dans les manuscrits les plus anciens, el qui est ou parait toujours la plus intolérable. C'est unique* ment ce texte corrompu des manuscrits antérieurs qu'il faut prendre pour pièce de comparaison : c'est par l'inspection et par l'examen de celte pièce, qu'il faut apprécier les corrections hasardées par les copistes suivants, et décider de leur valeur : c'est làdessus qu'il faut s'appuyer pour réformer ces corrections prétendues, lorsqu'on les trouve défectueuses on même , lorsque présentant un sens clair, elles ne conservent aucun rap-

Sorl avec la leçon visiblement corrompue 'un manuscrit plus ancien.

En effet, pour admettre une correction faite dans les siècles postérieurs, il faut supposer qu'elle donne le texte primitif que les anciens copistes avaient sous les yeux cl qu'ils ont défiguré. Mais dans le cas dont il s'agit, celte supposition est impossible. Il n'y a pas en cela plus de vraisemblance qu'il y en aurait à supposer qu'un peintre voulant représenter le visage d'un Anglais qu'il aurait devant les yeux, pût lui donner les traits et les couleurs d'un nègre. Jugeons-en par deux exemples entre des milliers qu'on pourrait citer.

1* On lit dans saint Ambroise, de Fide Resurreclionis lib n, num. 107 : Hequiramvê igilur in scripturis veteribus, quid de tubarum génère legerimus, consentientes eas $o- Itmnilates, quœ Judœit lege prœscriptœ sunt , superiorum esse umbram celebritatum cœlestiumque festorum. Hic enim umbra, illic veritas. Per umbram ad veritatem pervenire nitnmur.

Il y a des manuscrits qui, au lieu de consentienles, portent conjicientes , et d'autres concientes. On sent qu'il est impossible que celte dernière leçon ait été substituée aux autres, qui do moins présentent des expressions latines. Elle leur est donc antérieure , et c'est pour en corriger la barbarie que les autres ont élé formées. Mais il est évident que les mots consentientes et confidentes laissent subsister la plaie de cet endroit. 11 faut donc recourir à la source du mal et s'attacher pour le guérir à examiner de près concientes. Cette leçon est en effet la seule qui puisse conduire à l'originale, cl elle met, pour ainsi dire, sur les voies par la ressem • blnnce des lettres et du son, qu'elle a conservée avec quo scientes : deux mots qui ré

OS? D'CTIONNUKE DE DtPL

lablissenl visiblement le leite primitif, défiguré d'ailleurs par la ponctuation qu'il faut changer de la manière suivante : Requirarmut igitur in teripturit veteribu», quid de tubarum génère legerimu» ; ouo sciairres eus sotemnitate» , quœ Judœis lege prœscriptœ sunt, tuperiorum esse umbram celebritatum ccde*tiumque festorum, hic enim umbra, illic veritas per umbram ad veritatem pervenire nitamur.

2* Dans l'appendice du tom. III de saint Augustin, on lit, pag. 12fc, D (Ex utroque 'Quœst. 115, Patrol. XXXV ) : Et quia nativitati imputalur prœmium, desipiunt ipsi qui cum quodam judicio naturali bonos et malos non fieri, sea asserunt nasci, peccantibus rétribuant, nec patiuntur inulta este peccata. Un seul manuscrit porte : Et quia veritas computatur prœmii resurgit, ipsi qui, etc.

Si les quatre mots nativitati imputatur prœmium, desipiunt, eussent formé la leçon primitive, il est impossible qn'un copiste y eût substitué, veritas computatur prœmii resurgit. Une leçon aussi vide de sens que l'est cette dernière n'aurait pu prendre la place de l'autre qui parait claire, à moins que la ressemblance des mots n'en eût été 1 occasion ; mais l'inspection seule de ces mots suffit pour se convaincre que cela n'a pu arriver. Il faut donc conclure que le manuscrit qui porte, veritas computatur prœmii resurgit, a conservé une leçon plus ancienne dont un copiste postérieur a voulu dans la suite corriger les défauts. Examinons s'il y a réus»i, c'< st-à-dire, s'il est parvenu à la leçon originale. La manière dont il s'y prend me parait d'abord fort suspecte, pour ne pas dire totalement irrégul:ère. Sur quoi pcut-il 6e fonder pour substituer nntivitali a veritas, desipiunt à resurgit'? Quel rapport entre ces mots ? J'augure fort mal de sa tentative; et supposé qu'il ail rencontré le sens de l'auteur, je n'hésite point â dire qu'il en a manqué les expressions. Mais il n'en a sûrement saisi ni l'un ni l'autre; cl sa prétendue correction présente un sens aussi contraire à la pensée de l'auteur, qu'il est faux en luimême.

En effet, l'objet unique de celte question est de prouver, contre les rêveries de l'astrologie judiciaire, que la récompense et la punition sont une suite, non de la naissance, mais des actions bonnes ou mauvaises. Le copiste, au lieu de rétablir cet endroit, n'a donc fait que le défigurer encore davantage, en substituant des mots qui énoncent faux à d'autres qui ne disaient rien. Il aurait même mis dans l'impossibilité de parvenir jamais à la leçon primitive, eu détruisant comme il a fait toutes les traces qui pouvaient y conduire,.si la sienne seule s'était conservée. Mais ces traces heureusement se retrouvent ailleurs; et le manuscrit qui a fait passer jusqu'à nous la première leçon défectueuse,

(I) Je ne parle pas des leçons dtfl&reiitrs qui peuvent venir de la même main ; car <>u sali qu'anciennement comme h ceUe beure, il pouvait ae laire qu'un auteur revit fia owrage déjà publié, et v ftl quelques changements. Ou eu a des exemples d\mj S. Léon, dans le pape Gélase,

M\TIQl!E CHRETIENNE. 983

nous présente de qoof en former une qui est évidemment l'originale. Au lieu de veritas computatur prœmii resurgit, lisez, veritas, cum putatur premi, resurgit ; et vous avei indubitablement le sens de cet endroit, avec les propres expressions de l'auteur. La leçon primitive n'arait éprouvée d'autre changement que celui d'u en o, d'e en œ et d't en tï. Ce sont des fautes qu'on rencontre fréquemment ; et Cassiodore reproche en particulier aux copistes celle d'écrire souvent o pour u. Il suffisait, pour rétablir cet endroit, d'examiner si ce n'étaient point des fautes de celte espèce qui l'avaient corrompu. Soupçonnes seulement qu'un copiste a pu mettre computatur au lieu de cum putatur ; prend se présente aussitôt à la place de prœmii , et vient se placer comme de lui-même à la suite de cum putatur. Un moyen si simple et si naturel, en rendant au teste toute son intégrité, y fait retrouver la pensée la plus belle* rêvé* tue d'une image (empruntée de l'arène), et exprimée avec un laconisme qui pouvait à juste litre lui faire trouver place au rang des apophlhegmes : Veritas, cum putatur premi, resurgit.

Il ne sera peut-être pas inutile pour un plein éclaircissement de placer ici le texte rétabli, accompagné de sa traduction : Et quia veritas, cum putatur premi, resurgit, tpsi qui cum quodam judicio naturali bonos et malos non fieri, sed asserunt nasci, peccantibu» retribuunt, nec patiuntur inulta este peccata. « Et parce que la vérité reprend toujours le dessus et ae montre victorieuse, lorsqu'on croit être venu à bout de l'étouffer, nous voyons que les astrologues eux-mêmes, par un effet du bon sens naturel qui leur reste, font usage du châtiment contre les coupables, et ne laissent pas le crime impuni ; quoiqu'ils soutiennent que ce ne sont pas nos actions, mats notre naissance qui nous rend bons ou mauvais. > Saint Augustin emploie le même raisonnement contre l'astrologie judiciaire, dans sa lettre à Lampadius, tom. 11 pag. 873 ( Epist. 2WL Patrol. XXXIII).

Pour se convaincre que les mots veritas , cum putatur premi, returgit, forment la leçon originale, on peut les confronter avec ceux qu'emploie le même auteur dans ses Commentaires sur saint Paul, pag. 205 de l'appendice du tom. II de saint Ambroise : Surgit cum premitur, dit-il, en expliquant le 10* verset du xu* chap. de la seconde Eptlrc aux Corinthiens (Patrol. XVII, 331).

Les deux leçons que nous venons de comparer donnent lieu à quelques observations qui servent de fondement à une septième règle générale.

1" La leçon primitive étant nécessairement unique (1), ne peut d'abord être altérée que par une seule variante.

2* Cette première variante en occasionna

dans Florin, etc., comme le remarque Dont Constant dim le livre, telerum. codiam rimticiœ confirmai*, pag. 711. Il est unique menlqueslioo ici d'endroits on quelques mots seulement forment la variété, et dont U différence annonce manifestement des o|»éraUous seules de copiste*.

d'autres dans la suite, les copistes cherchant a eu corriger le défaut, les nos d'une façon, les antres d'une autre, et tâchant de donner quelque chose de clair.

3* La première leçon qui prit la place de l'originale est celle de toutes qui parait la plus corrompue.

km Elle est en même temps celle dont les mots conservent le plus de rapport arec ceux du texte primitif.

5 Plus les autres variantes s'en éloignent, plus elles doivent paraître suspectes. L'on ne doit même y avoir aucun égard, lorsqu'elles n'en présentent plus aueun trait.

«>• Une leçon manifestement corrompue, soit pour le sens, soit pour le» expressions, suit pour la syntaxe, n est sûrement pas originale ; mais elle atteste que celle qui ne lui ressemble en rien est encore plus éloignée à*- l'être, quelque claire qu'elle paraisse d'ailleurs.

Il peut donc arriver, dans le concours de plusieurs variantes , qu'une leçon donne on sens clair et juste, sans être originale. Rien de plus clair, par exemple, que ces paroles adressées à la mort dans le premier tome de saint Ambroise, pag. 1128 de la dernière édition ( In ptalm. cxvm, 95, Patrol. XIV ) ; Non tua jam , sed noslra ccepit esse victona. On trouve dans on manuscrit, sed nostra quia capisti erse Victoria : huit autres portent : sed nostra quoi cœpitti esse Victoria» Plu* ces deux leçons sont évidemment corrompues , plus elles me fout suspecter celle qui est claire. Je ne puis croire que celte dernière soit la plus ancienne, et que ce soit sur elle que les autres ont été formées. Il est visible qu'elle ne pouvait embarrasser les copistes, ni par l'obscurité du sens, ni par le défaut de latinité, ni par la ressemblance des mots ou des lettres. C'est donc cette leçon si claire qui a été substituée aux autres , pour en corriger les défauts manifestes. Mais elle \<t convaincue de n'être pas originale, par es mots qui se trouvent Je plus dans les aurcs, et qui n'auraient jamais été ajoutés outre le sens et la syntaxe, si une leçon ?'us ancienne n'avait présenté quclquo zho<e qui y eût rapport. 11 est impossible l'assigner une cause ni à l'addition du mot si, ni à celle de quod ou quia, ni au changement de capit en capisti, dans le cas où quelque manuscrit plus ancien aurait présenté aux copistes la leçon, $ed noslra capit use Victoria. Il faut donc, pour ne pas adneltre un effet sans cause, supposer que ces nots ou d'autres qui en approchent, se trou* aient d.ins la leçon primitive.

En examinant les causes les plus simples t les plus ordinaires qui faisaient écrire un not pour un autre, je vibx dire la ressemilance des lettres et celle du son , j'observe ue esse a pu être substitué àecce, comme e!a est en effet arrivé en beaucoup d'enroils. Je commence donc par supposer ecce

la place d'esse ; et ce mot me conservant clui d'est , qui m'embarrassait le plus, j'ai

S CRITIQUE. m

le sens le plus clair et la meilleure latinité dans nostra... eece est Victoria. Après le rétablissement deecs, je ne puis m 'empêcher de voir que quod capisti a pris la place de quos ceptsti ; et je retrouve en entier la leçon originale : Non tua jam, sed nostra quos cepisti, ecceest Victoria. Ladiphtbongue a se trouve en mille endroits pour l'e simple : voyez la même faute dans le tom. I de S. Aug.. pag. 969 E (Cont. Acad. lib. u, Patr. XXXII) : Oportet enim al ère incipias quem cocpisTi ; où le sens exige évidemment quem cepisti (votre captif). La substitution de quod à quos fut occasionnée, ou par la suppression de la finale s, dont le son confondu avec celui du e qui suit, fit écrire quo, changé dans la suite en quod , ou plutôt encore par l'ignorance d'un copiste à qui nostra quos parut fautif, parce que ne connaissant pas l'usage de la figure appelée sy llcpse, il ne voyait pas que quos se rapportait à nos, contenu virtuellement dans nostra • Ckaritas vestra qui adfuistisf dit S. August. tom. IV, 652, D (tnps. lxvi, Patrol, XXXVI), Lex nostra quos stultos voeant% dans l'appendice du tom. III de S. Aug., pag. 117, E {Patrol. XXXV).

Il s'ensuit de là que des éditeurs d'ouvrages anciens ne sauraient être trop attentif* À recueillir toutes les variantes sans exception. Celles dont le vice est le plus marqué sont ordinairement les plus précieuses ; et les ténèbres qui s'y trouvent , quoique plus épaisses en apparence, fournissent pins de lumière que toutes les corrections postérieures. Très -sou vent, et presque toujours un changement des plus légers dans ces leçons, vous rend la pensée et les expressions d'un auteur; tandis que vous ne trouves rien que d'arbitraire, et souvent de louche ou d'absurde , daos les leçons des copistes qui sont Tenus dans la suite.

Je fais cette remarque à l'occasion de quelques endroits des nouvelles éditions, dans lesquels, après avoir rapporté les variantes qui paraissent les moins défectueuses, on supprime les autres en disant : Jn reliquis nihil sani. C'est une perte qu'on ne peut s'empêcher de regretter beaucoup quand on fait attention que les leçons les moins saines, en présentant comme elles font la première altération oui a été faite à on texte, sont les seules sur lesquelles on puisse faire avec quelque succès l'application dcS règles de critique, que fournit la connaissance des diverses causes d'altération , et que sans celte ressource il est impossible de découvrir la leçon originale , ou du moins d'avoir la certitude qu on l'a découverte. •

On verra par plusieurs exemples que présentera la suite de cet ouvrage, de quelle importance est la remarque qu'on vient de Taire. Il est vrai que c'est un travail quelque* fois un peu long, et par lui-même assex désagréable, que celui de ramasser toutes le* variantes sans exception, que fournissent les différents manuscrits ; mais un éditeur doit s'en croire bien dédommagé par lo service qu'il rend en cela au public. Doux

variantes, toutes deux plus ou moins vicieuses, peuvent se prêter l'une à l'autre une syllabe, ou même une seule lettre, qui rétablît un texte.

Macrobe, Saturnal. lib. vu, rap. 3, marquant les règles que prescrit la philosophie à ceux qui en font leur étude, sur la manière de se conduire dans un repas où se trouvent dilTéreules sortes de personnes, dit que si le plus grand nombre des convives est composé de gens de lettres, la philosophie alors leur permet de faire d'elle la matière de leur entrelien : Si tero, ajoute le texte, plures ob institution* discipline* hujus alieni sint, prudentioribus, qui pauciores intererunt, sanciet dissimulait onem sui; et patirtur loquaeitatem mainri parti amiciorem SOCIARK, ne rara nobilitas a plèbe tumultuosiore turbetw. On voit aisément que sociare ne saurait convenir ici. Jean de S.irisberi , rapportant cet endroit de Macrobe, Polycrat. lib. vin, cap. 10, met sanart au lieu de soeiare ; il est visible que ces deux variâmes sont également défectueuses ; mais la première n'a bosoin, pour donner le mot primitif, que de la lettre o de la dernière. Lisez sonare, et vous avez la leçon de Macrobe.

Mais l'utilité des variantes ne se* borne pas à fournir le moyen de rétablir un texte, en empruntant de l'une une lettre ou une syllabe qui manque à l'autre. Il arrive quelquefois, quand on peut en trouver un certain nombre, qu'en les mettant , pour ainsi dire, à contribution, chacune fournil sa quote-part du texte, et qu'on trouve dans toute leur intégrité tous les mots qu'avait employés l'autour, sans qu'il y ail une seule lettre à changer. En voici un exemple intéressant dans la restitution d'un passage de saint Augustin. On lit dans le premier livre de M or Unis Ectlesiœ Calhol. cap. 28, ntim. î>7 : Yerumtamen ut brève aliquid dicam, sed taie eui rétif ter e sit merœ dementiœ, nonne animadvrrtunl hœc ipsa duo, quœ laudare eogunlur, quam importunissime a Domino in Evangelio de veiere Testament o esse prolata negent, uhi scriptum est, Dilige* Dominum

DliUM TCLII EX TOTO CORDB TCO, HT EX TOT A 4 NI MA TUA. ET EX TUT A MENTE TUA ; Vel Ullld

vlterum : Diuges pr»ximum tuum tanquam te ipsum ? Aut si hœc n égare non audent (premuntur enim lucc veritatis \, illud negare audeant, salubria esse ista prœcepta, elc*

Les manuscrits offrent cinq variantes, en comptant ceilcd'tmporlunisftm/'qu'ona admise «lans le texte. Entre ces variantes j'en choisis trois qui rétablissent incontestablement cet endroit : 1* Qiianqunm. 2° importunissime, à* ibi esse scriptum. Je lis donc : Verumtatnen ut brève aliquid dicam , sed taie cui resistere sit merœ dementiœ, nonne animadtertunt hœc ipsa duo, quœ laudare eogunlur (quanti m imporlunùsime) (I), a Domino in Evangelio de vetere Testamenlo esse prolata f Kegenl ibi esse scriptum : Diligrs Dominum Dbum tuum ex toto corde tuo, et ex tota

ANIMA TUA , ET EX TOTA MENTE TUA : tel Ulud

alterum : Dilicbi proximum tuum tanquam te ipsum. Aut si hœc negare non audent, etc. J'ai changé la ponctuation en trois endroits , mais l'usage de ponctuer n'a commence , comme on sait, qu'environ trois siècles et demi après la mort de saint Augustin ; et l'on esl assuré de ne toucher en quoi que ce soit au texle d'un auteur antérieur à Alcuin dès qu'on n'y fait d'autre changement qu'en ce qui concerne la ponctuation.

On trouve la même ressource dans les variantes de l'endroit suivant de saint Arabroise, de Officiis Ministrorum , lib. i , rap. 18, num. 68 : Est enim verecundia pudicitiœ cornes, cujus secietate castitas ipsa tutior est. Bonus enim regendœ castitatispudor est cornes. Qui si se prjstbndat ad sa Quai prima péri-

CULA SUNT , PUDIC1T1AM TBMBRARI NON SINAT.

Les variantes, outre celle qu'on a admise dans le texte sont : 1* Qui si prœlendal, et quœ prima... tentari non sinat ; 2* Qui sibi prœtendat, et quœ prima, elc. ; 3* Quasi pour qui si. Toutes ces leçons, prises chacune à part, sont défectueuses, mais elles concourent à donner tous les mots qui, sans le plus léger changement , nous rendent avec le style de saint Ambroise une pensée admirable et tout à fait digne de ce grand homme. Lisez : Qui quasi prœtendat ; et quat prima pericula sunt, pudicitiam tentari non sinat. « Qui en se tenant en avant et montant, pour ainsi dire, la grande garde éloigne de la chasteté le premier péril auquel elle est exposée, qui esl celui d'élre tentée. » Le root prœtendere se trou ve cent fois en ce sens dans Ammien Marcellin ; et saint Ambroise luimême l'emploie en d'autres endroits. Saint Augustin parle à peu près de même, en disant de la prudeoce : Hujus autan sunt excubiœ atque diligentissima vigilantia , ne subrepente pauiatim mala suasione fallamur. J)e Moribus Kcclesia Cath. lib. i, cap. 24, num. 45.

La certitude .d'avoir recouvré une leçon primitive esl, comme on l'a vu, fondée sur le rétablissement de l'endroit corrompu, par le moyen de termes qui ont un tel rapport avec ceux qui allèrent le texle, qu'on a pu aisément confondre les uns avec les autres. Lors donc qu'on propose pour rétablir quelque texle, des mots qui n'ont aucun rapport avec ceux auxquels ou les substitue, on esl en général assuré de ne donner que ses propres idées; niais on lest encore beaucoup plus lorsqu'on ajoute ou supprime quelques termes.

Le< anciens éditeurs des ouvrages de saint Augustin trouvant dans lous les iiianusci ils de l'explication du psaume 120, num. 10 : Noli facere (bonum) nisi propter vilain œtrrnam. Jdeo fac, et securu* faciès : ad hoc enim tentavit Deus eum, ont substiiué aux s x derniers mois : Hoc enim monduvil Deus ; ce qui a élé admis dans la dernière édition. Cela donnerait une pensée froide, que le défaut de

DICTIONNAIRE DE DIPLOMATIE !E CIIUKTIFNNF

il) Allusion a non cl tpeeiota tout in ore peecatotis. Ectli. xv, 9

m ELEMENTS

apport entre tentavil et mandatit, joint à la suppression des mots ad et eun\, démontre n'éiro pas de saint Augustin ; et il serait plus a propos en pareilles occasions de donnor le texte corrompu, tel qu'on le trouve «l ins tous les manuscrits, que d'y faire des ilMiigoments si peu vraisemblables. Je croirai» presque que la leçon primitive était : Adhocenim iota et desudandum. Les abré- \i,ition« firent mettre tentavit Deus, au lieu do iota vi desu; après quoi le copiste ne sachant que faire de dandum, le changea à l'aventure en eum. On trouve bien des exemples de pareils procédés de la part des copistes, cl celui que je viens d'indiquer donnerait lieu de trouver on sens fort juste, avec des expressions employées en d'autres endroits par saint Augustin; mais je n'oserais proposer ce rétablissement comme tout à (ait indubitable, quelque légitime qu'il me paraisse.

Je serais moins timide à présenter quisquis à la place de quis, avec et au lieu û'ut, pour rétablir un autre endroit de saint Augustin, où M. Dubois veut qu'on emploie la voie presque toujours trompeuse, de supprimer quelque chose au texte. Dans une lettre à saint Paulin {Ep. 27} , au milieu de l'éloquente expression des sentiments de l'amitié la plus tendre et la plus chrétienne, on Ht : Quis iyitur potest non gaudere te vi$o, ut possit quandiu le non videt non dolere ? Ego neulrum possum. Le traducteur avertit qu'il faut lire , gaudere le viso, au lieu de, non gaudere ; mais la fin de la phrase, ego nrutrum possum* réclame hautement contre la suppression de la particule négative. Saint Augustin parle de deux sentiments , dont il dit qu'il lui est également impossible d'être affecté à l'égard de saint Paulin ( ego oeutrum possum ), et non pas comme traduit M. Dubois. qu*il ne peut accorder l'un avec l'autre. En supprimant le monosyllabe non, le premier des sentiments dont saint Augustin se dil incapable , serait exprimé par, gaudere te viso. On lui ferait donc dire : Ego non possum gaudere te viso, ce qui est absurde. Mais qu on fasse aiteulion que rien n'est plus commun que de voir les copistes confondre, quis avec quisquis, et ut avec et: un verra sur-le-champ que la leçon primitive était : Quisquis igtlur potest non gaudere te viso, et possit quandiu te non videt, non dolere : ego neutrum possum. U n'est pas possible en effet de n être pas convaincu qu'on a avec une pensée fort belle, toutes les expressions' dont saint Augustin s'était iervi pour l'énoncer.

Ce doit donc être un principe de ne rerancher aucun mot d'un texte, et de n'y en ijouter aucun; mais de se restreindre à la îeule liberté de changer un terme en un tutre qui y ait du rapport.

Cette règle n'est pourtant pas sans excepion. Comme il a pu arriver a un copiste de onfondre le son d'un mol avec celui d'un utre, il a pu se faire aussi qu'un mol lui

de citnuiUE. m

échappai en entier : Mulla aurem prœtereunt, multa quibusdam aliter sonant. dil saint Ambroisr, Kpist. ad Libanium. Mais outre que le cas de l'exception est assez rare, on ne

fteul guère ôtro assuré qu'elle doit avoir ieu, à moins qu'il ne s'agisse uniquement que de quelque petite particule, comme non, si, et, ne, el autres semblables, sur l'addition ou la suppression desquelles, le sens d'un endroit peut en certaines occasions décider d'une manière incontestable.

Il est, par exemple, impossible de douter qu'il ne faille ajouter non, vers la fin de la description que fait saint Jérôme, du spectacle effrayant qu'offrirent à Sébasle aux yeux de sainte Paulc les prodiges donl on y était témoin : Cernebat variis dœmones rugire cruciatibus, et ante sepulcra sanctorum ululare homines more luporum, vocibus latrare canum, mugire taurorum : alios roture caput, et post tergum terram vertice tangere, suspensisque pede feminis vestes defluere in faciem (Epitaphium Paulœ). Il est visible qu i! faut ajouter non avant defluere. Mais on ne doit se permettre de pareilles additions que dans des cas très-rares, où l'on y e«t forcé par une évidence semblable à celle que fournit l'histoire sur le fait rapporté par saint Jérôme, touchant ce qui se passait aux sépul- . cres des saints.

L'exemple que je viens de citer regarde l'adjonction du mol, laquelle, comme on voit, peut avoir lieu beaucoup plus souvent que la suppression ; parce que les copistes omettaient bien plus aisément qu'ils n'ajoutaient quelque chose. Aussi trouve-t-on assez rarement des endroits où la suppression doive être employée. En voici deux ou trois exemples.

1° Dans l'explication de Berengaudus. in Apocal. x vnt, 7, on lil : Impii.qunmvxi sciant se prô sceleribus suis esse puniendos, fingunt se non vider e quod non vident, memoriamque mortis a sua mente rejiciunt. Non doit être supprimé avant vident.

2° Un texte de Cassiodore, in psalm.Lvn,5, porte -.Ohumanum genus, nisi illumine tur misericordiadivina evecissimum est : creatum ud imaginem Dei, similitudinem vult habere serpentis. On ne peut s'empêcher de voir que le monosyllabe est (ajouté par un copiste qui ne sentait ni la beauté de la pensée, ni celle de l'expression) doit être supprimé; et qu'il faut ponctuer cet endroit de celle sorte ; O humanum genus, nisi Uluminetur miser icordia divina, cœcissimum ! Creatum ad imaginem Dei, similitudinem vult habere serptnlis.

3" Dans le même auteur, in psalm. cvir, 13, on lit au sujet des Apoliinaristes : Cum Verbum caro faclum Christi nomen acceperit, aliudque sit Verbum, aliud caro; in una nalura posituê {sieut ipsi volunt ) dici Chris tu» non potest inveniri nequior perfidia (nisi fatlor ) cunclis hœresibus. Nam cum, elc. Le sens el le contexte entier exigent manifestement la suppression du mol tnveniri : mot ajouté par un copiste qui, peu au fait du style de Cassiodore, ne vil pas que les par-

tics de ce texte doircnt élre distinguées entre elles de ta manière suivante.... dici Christus non potest: nequior perfidia (nisi fallor ) cunctis hœresibus : nam eu m, etc. Voyez la môme tournure, in psalm. cix, k. Mira brevilas, et sufficiens pro nottra injirmilate mensura : quia, etc. Item in psalm. ex» m, 20 : Violenta res, et in utraque parte fortissimo : non enim, etc.

A ces textes latins, où le retranchement de quelque mol doit avoir lieu, je crois devoir en joindre un, pris d'un ouvrage français, pour faire -voir que dans toutes les langues , les fautes qu'on trouve dans les litres, ayant les mè nes sources, doivent se c >i riger sur les mêmes principes. Dans le premier volume du livre de M. Duguet, inlilu!é, Jésus crucifié, pag. 359, on lit: Celle différente conduite est une preuve que le cosur n'est pas toujours aussi mortifié que le corps : qu'il peut conserver de secrets attachements avec un renoncement à tout ce qui paraissait universel et sincère, parce qu'il était public. Nous ne sommes pas embarrassés aujourd'hui pour voir que le monosyllabe ce est de trop, et qu'il -faut lire : Avec un renoncement à tout, qui paraissait universel et sincère, etc. Mais si notre français éprouvait jamais le sort des langues que nous appelons mortes, je suis persuadé que ecl endroit deviendrait pour les critiques la m:ilière peut-être de plusieurs volumes.

J'en juge, et par ce qui est arrivé depuis plus de deux siècles à l'égard des auteurs latins, et par le cas que fera sûrement la postérité d'un écrivain aussi distingué en toute espèce de littérature.

Je fais celle remarque, pour engager ceux qui présideront aux éditions futures des ouvrages de ce grand homme, à y apporter

Kl us d'aTtenlion et de soin qu'on n'a fait dans îs précédentes. Car on y rencontre de temps en temps des fautes assez considérables» quelquefois même embarrassantes ; et l'on ne peut voir qu'avec peine de pareilles taches dans un auteur qui méritait â tant de titres d'être présenté au public dans tout son lustre.

S'il est difficile de pouvoir se flatter qu'on a trouvé le rétablissement d'an texte, par l'addition ou par la suppression d'un seul monosyllabe, on peut dire en général qu'il est moralement impossible de parvenir a ce rétablissement, en se donnant la liberté d'ajouter ou de retrancher plusieurs mots:

parce qu'enOn les hommes ne sont pas devins, cl qu'il faudrait l'être pour cela. Car il n'y a rien sur quoi on puisse s'appuyer pour une pareille opération ; et chacun peut , avec un droit égal, proposer une voie toute différente, de sorte que l'un sera aussi fondé à supprimer quelques mots, que l'autre croit l'être a en ajouter : ce qui prouve qu'ils n'ont de fondement solide ni l'un ni l'autre.

On lit dans saint Augustin, in Epistolam Joan. cap. u, tract. 8, num. 5 : Nam vultis nous , charissimi quam certissime dicatur

hoc, ut qui forte exierunt^et redeunt non sint Antichristi, non sint conlrarii Chrislo. Qui non sunt Antichristi, non potest fieri ul remaneant foris. La plupart des manuscrits (et ce sont sûrement les plus anciens ) p trient : Ut qui forte exierunt, non sint Antichristi. Redeant, et non sunt conlrarii Christo : hoc sunt enim Antichristi. Non potest fi<ri ut remaneant, etc. Au lieu de tout ce qu'on a, soit ajouté, soit supprimé, pour former la leçon admise dans le texte, et qu: , pour ne rien dire de plus fort, y figure assurément fort mal, il ne fallait que changer l i ponctuation, et ut en et, dans la leçon du grand nombre de manuscrits ; et Ton sait que ce changement est autorisé par une infinité d'exemples, où l'on voit que les deux monosyllabes sont perpétuellement confondus l'un avec l'autre par les copistes. A l'égard de la ponctuation, on a toute liberté làdessus pour le rétablissement d'un texte , parce qu'elle ne vient pas du l'auteur.

Comme cet endroit est important, soit en lui-même, soit pour montrer la certitude de la règle que je viens d'établir, je vais le copier eu entier dans l'étal où il était sûrement dans son origine, et l'accompagner de sa traduction : JVa.n vullis nosse, charissimi, quam certissime dicatur hoc, et qui forte «xjtrunt non sint Antichristi T Redeant, et non sunt contrarii Chrislo: hoc sunt enim Antichristi. Non potest fierit etc. < Car vou- « lea-vous savoir, mes très-chers frères, avec « combien de vérité saint Jean parle de la « sorte, et combien il esl vrai en même temps «que des personnes qui sont sorties de l'É- « glise> peuvent n'être pas des anlechrists ? «Qu'ils reviennent, et dès lors ils ne sont «plus contraires à Jésus-Christ: car c'est « ce que signifie le mot d'antechrists. »

Voyex la même loculiou employée par le saint docteur, in psalm. li, num. 10: Nam vis nosse quam viaeat malus utrumque, et illud potius eligat, hinc se avertatf Ce dernier passage répand le plus grand jour sur le précédent, et en rend la restitution incontestable.

U résulte des observations précédentes, que pour travailler avec succès dans la recherche des leçons originales, U ne faut pa> commencer par se forger un sens dans la téte, auquel on adapte des mots quf soient propres à l'exprimer. Car avec un pareil procédé» ces mots ne sauraient presque jamaisavoiraucun rapport avec ceux auxquels onles substitue, elne peuvent par conséquent avoir servi à composer le texte primitif. Bu agir de la sorte, c'est , au lieu de chercher quelques anneaux perdus d'une chaîne rompue qu'il s'agit de rétablir dans son premier étal, prétendre en venir à bout par le moyen d'autres anneaux, qu'il est impossible d'adapter aux anciens. C'est vouloir ajuster aux fragments conservés d'un vase précieux, des morceaux entièrement dissemblables, soit dans la forme, soit dans la matière. C'est enfin espérer d'atteindre un fugitif, en le pour-

ELEMENTS DE CRITIQUE

Miiv.inl par un chemin qu'il n'a pu tenir: telle syllabe ou tel mol.poor tel autre, il est

Aun^uom polest plenissime investigari quod évident que si l'un de ces mots gâle le sens

non per viam suam guœritur, a dit un ancien d'un texte, ce n'est pas celui-là que l'auteur

cité par Cassiodore (1). L'altération du sens avait employé, et qu'il faut sans hésiter y

est une suite de celle des expressions. Il faut substituer l'autre.

donc s'attacher d'abord à examiner attenti- On sait, par exemple, que les lettres a et

vcmenl chaque mot d'un texte corrompu, u ont la même forme dans les manuscrits

pour découvrir celui dont il a nu prendre la de certains siècles. On doit donc mettre une

place à l'occasion de la ressemblance du son de ces lettres pour l'autre partout où le sens

ou des lettres. C'esLun examen qui demande l'exige; et je ne ferai aucune difficulté de

quelquefois bien du temps et des peines; substituer lupitlos a lapillos, dans le texte

mais s'il se trouve accompagné d'une con- suivant de saint Augustin, lib. m de Doclri-

naissance suffisante des diverses causes d'al- na Christ, cap. 7 : Hœc siliqua intra dulce

tératioo et de celle du style de l'auteur, on a tectorium sonantes lapiUoi quatit : non est

;ouvenl la satisfaction de voir le sens le plus autem hominum , sed porcorum cibus. Des

juste éclore d'un changement également cailloux n'ont jamais été renfcrirîés dans des

simple et naturel, de sorte qu'on ne peut cosses , ni servi de nourriture à aucun

louter que la pensée et les expressions de animal. Le sens exige donc lupillos; et il est

l'auteur ne soient rétablies. d'ailleurs manifeste que saint Augustin fait

Mais il ne saurait en être de même, lors- allusion à l'endroit des Géorgiques, où Vir-

qu'en cherchant le sens d'un endroit altéré, gile dit : Tristisque lupini sustuieris fragiles

;ans diriger ses recherches par l'inspection confiance le rétablissement d'un texte de les traces plus ou moins profondes qu'en saint Paulin, qui m'avait paru jusqu'à cette iffrent encore les débris du texte. On pourra heure désespérément corrompu; et à l'érouver, il est vrai, un sens qui ait dit la gard duquel je croyais devoir faire usage de ustesso; mais outre que cela n'arrivera que l'avis que donne M. Valois, pag. C37. not. a, rarement, ce ne sera sûrement pas celui de de son édition d'Ammien Marcellin : Ut deauteur, speratis œgris, dit-il, adhiberi remédia vetat Dans le iv* livre de l'Ouvrage Imparfait, Hippocrntes, itaetiam a desperatis auctorum tium. b2, Julien dit à saint Augustin : Ac per loeit abstinendum tue existtmo. Je ne m'éhoc tu aut impietatem deseres aut pudôrem, tais déterminé qu'à regret éprendre ce pnr- Sed quid nos î Hœc autem. Si mutabit ti, soit à cause de l'attention que méritent Ëthiops ptllem suam, autpardus varie ta tem : tontes les productions d'une si illustre et si ta et tu a Manichœorum maculis elueris 7 savante plume, soit à cause des idées que four corriger sed quid nos? Hoc autem, cet endroit a occasionnées à quelques inlerm propose à la place de ces mots, ceux prêtes. Voici ce que porte la lettre 23 (afio* 7), ]iii suivent : Sed quemadmodum Hiere- ad Severum, num. 27, pag. 139 de la dernière nias ait, si mutabit, etc. Mais quand le sens édition : Sed hoc, ut tu magie inteliiyis, ]ue cela présente serait tout à fait juste, il emendetur, quo prima nascentium mutetra l'est pas possible d'y prendre confiance; coalescit. Le saint, en expliquant le passage, jarce que formé indépendamment de la le- bona ubera ejus super vinum, Gant, i, selon ;on des manuscrits, ce sens se trouve pour les Septante, propose deux opinions là-deslinsi dire bâti en l'air, et ne peut passer sus : 1° la sienne: In quo opinor significari, pic pour être purement arbitraire. dit-il, quod dulcior sit libertas gratiœ in lacté Il ne fallait, pour rétablir cet endroit, que misericordiœ, quam in vino justuiœ legis itipprimcr le point d'interrogation mis entre austeritas ; 2° celle de' Sévère Sulpice, où ws et hœc, par un copiste qui, ne connais- se trouve tout l'embarras du texte. Le raaanl pas la locution sed quia nos hœc autem? nuscrit du roi porte : Sed hoc, ut tu ma vis f introduisit une ponctuation ridicule. Celte intelligi, semen detur. Celui du Vatican et ocuiion fait le commencement d'un vers celui de Flandre portaient de même aulrelans je ne sais plus quel poëte, qui dit : Sed fois ; mais une main moins anciennea misa la tuid ego hœc autem ? place, sedhoc, ul tumagis intelligis emendetur.

XU La leçon emendetur a fait penser au P.

Rosveid que saint Paulin n'approuvait

Lorsque, par l'examen des mots d'un texte peut-être pas l'usage où étaient les Eglises

orrompu, on parvient à en trouver d'au- d'Occident , de donner, comme nous l'ap-

res, par le moyen desquels le sens se trouve prend saint Jérôme, du lait mêlé de vin aux

établi, sans employer d'autres changements nouveaux baptisés. Son confrère, le P. Fron-

]uo ceux qui sont fondés sur la connais- ton, s'en tenant à l'ancienne ltçon, semen

ance des causes ordinaires d'altération, on detur, avait imaginé que saint Paulin parlait

i une assurance entière d'avoir recouvré la peut-être de semme humano. Yojei la note

eçon primitive. Car dès qu'on sait que les de Rosveid, rapportée en entier par le der-

:opistcs écrivaient quelquefois telle lettre, nier éditeur de saint Paulin , pag. i9 des re-

(I ï L'auteur a envoyé après coup la note suivante : « Cet liofaciioo de ne pm trouver dans Lactance. Nunauam eulm

ocico est Lactance, que Cassiodore n'a sans douta clic poieu inveniguri, quod non per viam tuam ntutrltur du eel

pmk de mémoire : car il joint a mvettigari u» mot {ptenh- auteur, dirùwum Imtil lié. is, cap. «, lui. «il. • me) qui m'a toujours paru de trop, et que j'ai eu la sa-

DICTIONNAIRE DE DIPLOMATIQUE CliftETIENiNE.

îûûù

marques de différents interprèles sur les ouvrages du saint.

Je ne sais trop si Fronton entendait loimôme son interprétation, ni sur quoi Rosveid Tondait la sienne. Mais ce qui me parait certain après de longues recherches là-dessus, c'est que leurs idées, plus embarrassées encore que le texte qu'ils veulent éclaircir, se Irouvrnt pleinement détruites , cl le texte parfaitement rétabli par le changement seul des deux lettres s et e, que les copistes confondaient très-souvent avec c et o. Je suppose d'ailleurs qu'on connaisse l'usage où étaient les anciens copistes, de n'écrire qu'une fois une lettre, ou même une syllabe, qui se trouvaient suivies immédiatement par la môme lettre ou par la même syllabe ; et je ne pense pas que qui que ce soit puisse avoir le moindre doute sur le changement que je

Propose , de semen detur, en commtndetur. e contexte entier exige visiblement la substitution des deux lettres c, o; et il suffit, pour s'en convaincre, de lire de suite tout cet endroit, tel que je vais le transcrire, sans faire d'autre changement à l'ancien manuscrit que celui de, semen delur : Et ideo ipsa mater omnium viventium , Chritti corpus , Ecclesia , succo piettttis exuberat : Et bona

LBEIU BJUS SUPER VINUM , M f UO OpiHOr M-

ontficari, quod dulcior sil Liberia» gratta in lacté miser icordict, quant in vino juslitiœ tegit austeritas.... Sed hoc (ut tu maris intelligi) commendetur quo prima nascentium mulctra c oui ceci t. Boiia igitur ubbra , quœ pastor bonus... illit immulsit infantibus, de quorum oreperfecit taudem tibi, ele (1). On voii par les dernières lignes, où saint Paulin propose et etplique l'interprétation préférée par , Sévère, que le saint évêque était bien éloigné do désapprouver, comme le soupçonne Rosveid , I usage des Eglises des Gaules, et d'en désirer l'abolition.

On regardera peut-être comme une témérité de ma part , de tenter le rétablissement du célèbre endroit de Cicéron , qui a tant exercé un si grand nombre de savants, et qu'on a appelé la croix des critique». Mais je crois pouvoir le faire , en employant le moyen qui fait la matière du présent article. M. le président Bouhier est le dernier, je pense, qui ail écrit là-dessus; et il l'a fait assez au long; mais M. l'abbé d'Olivel n'a pas ciu pouvoir dans sa traduction faire usage du travail de son illustre confrère. Il est en effet bien difficile , malgré tout ce ue dit M. Bouhier, de pouvoir se contenter e la leçon qu'on trouve au commencement rlu premier livre de Natura Dtorum : l'erdifficitis et perobscura quœttio cet de natura

(!) Comme quelqu'un pourrait élre embarrassé sur la si^uiticaiiundu moi Commendetur, eluue je vois qu'on l'a été en effet dans le premier livre de Conjugiit itdtdterinis de S. Augustin, cap 9, oû l'on a substitué (mal à propos) commemorare à commendare que portent tous les manuscrits, et qui veut dire, appuyer sur une chose, Cinculquer, ta mettre e» iAdence en l'expliquant , je crois devoir citer quelques |*s«nges de S. Augustin, » ù cette siguilicaiion de commendare est uiant'esie. Dans l'ouvrage de Conjugiis adulteiinit, lib. n, cap. il : Jam veto Apotlolus quânadmodunt ista amnundtt, epa verba letlantur. Daus le livre

deorum... de qua tam varice »unt doctittimo* rum hominum, tamque discrepantes sent entier, ut magno argumento este debeat, causant , td est principium philotophiœ esse scientiam ; pruaenterque Academicos a rébus inceitit assensionem cohibuisse.

Le mol scientiam forme, comme il est aisé de voir, tout l'embarras de ce passage. J'en cherche, sur lequel les copistes aient pu s'équivoquer, soit par la ressemblance du son , soit par celle des lettres. La ressemblance du son ne m'offre rien qui convienne au sens de cet endroit. Je me tourne donc d un autre coté : je considère de près les lettres du mot , teientiam : je m'arrête sur celles dont la forme a pu les faire confondre dvec d'autres ; et j'examine si ces dernières ont pu entrer dans la composition du mot qui conviendrait ici. Je trouve dans scientiam trois lettres c, i, n, dont la première pouvait aisément, comme on voit, élre confondue avec o, et les deux autres , comme on sait , avec / et r (2). Scientiam pouvait donc être

firis pour solertiam; et le contexte entier de a phrase parait décider incontestablement que c'est ce dernier mot qu'avait employé l'orateur romain. Les sentiments des philosophes, dil-il, sont si différents les uns des autres sur la nature des dieux, que, pour parvenir au vrai dans les connaissances philosophiques, il est préalablement nécessaire d'apporter à cette étude beaucoup de sagacité et une grande finesse de discernement.

Minucius Félix dit dans le même sens à peu près : Quœ singula sentiri , perspici , intelligi sine summa solertia et ratione non possunt, pag. 16 de l'édition donnée à Leyde en 1652 [Octav. cap. 17, Patrot. III). Codicibus emendundis primitus débet invigilan solertia, dit saint Augustin, de Doctr. Christ, lib. ii, cap. U.

On voit par ce rétablissement , et en général par tous ceux qui enlèvent, pour ainsi dire, l'approbation des connaisseurs, qu'il y a presque toujours très-peu de changements à faire dans un texte corrompu , pour le rendre à la pureté de son origine ; et quc plus on en fait, moins on peut compter avoir réussi. Aussi M. l'abbé Dubos remarquc-l-il dans son Histoire critique de la monarchie française, qu'on adjuge ordinairement les corrections au rabats, c'esf-d* dire , à celui qui rétablit le sens d'un auteur, en changeant le moins de lettres dans son texte.

Je vais faire l'application de ce principe

Contra tnendacium, cap. 13. oum. » : VI ejut modi peth narraiionibut, sed veracibus tignificattonibus, quod relient commendatius inlimaretd. De Civiiate D<-i, lib. n, cap. 9 Ad hoc emm veJivucntius commendandum... Bonum en, inquit, etc. \a psalm. ixxi nunu'10 -.Atlendite, fratresmà, quak gémis tuperbiœ Commendel Deus. lu psjIou ivh. n. 17 : Netcio quam panant prœsetdit rito? vult Commendare Spii ilus Dei.

(i) Voyez la deuxième partie, pag.... sortes leilro

ICOI

à un endroit «le Séuèquc c'.'c par Isaac P»»ntaiiUI dans son recueil sur le songe do S.ipion, pag. 613 de l'édition de M icrobe donnée à Leyde : I laque, dil Séncque, metlico oui nihil amplius quain manum tangat, et me xnter eos . quos pcrambulat , ponit, nHiil ampli as debeo; quia me non tamqunm aminrn riait, sed t îmquam imperat :REM. Pontantis, après avoir observé que ce texte a donné b en de l'exercice aux plus savants hommes de son sièc'e et du précédent , sans qu'ils aient pu trouver rien de satisfaisant , substitue precatorem à iwperatorem ; et il trouva si juste le contraste entre amicum et precatorem, qu'il faudrait, dit-il, être tout à fait siupide, pour ne pas en sentir la beauté. Je n examine pas si celte décision est elle-même bien juste; mais je croirais pouvoir en douter. Je me borne a observer, qu'on peut avoir le vrai sens de cet endroit , eu faisant au mol imperat ot e n inoins de changement que n'en a fait Pontanus, et je pense que confiiraiémenl à ce que je viens de ciler de SI l'abbé Dubos , ce savant académicien déciderait en faveur d'une correction , où I on substituerait impialorem à imperatorem. Scoèque dit que ce médecin est venu le voir Comme un objel funeste dout la présence

uni

serait capable dt* le souiller, pluot que comme un ami. Le copiste confondant / avec f, comme il yen a. bien des exemple! (î), lis*iit impratorem , où il supposa une abréviation, et mil imperatorem; ne conn lissant peut-être pas d'ailleurs la siguiticalion du mot impialor (2).

Les observations ou règles générales sur l'objet de critique dont on est occupé d >ns cet ouvrage , tendent , comme on l'a vu , j diriger les opérations de ceux qui s'appliquent à purger les anciens écrivains des fautes qui se sont glissées dans leurs ouvrages, të'lcs sont accompagnées de différents exemples, soit de succès, soit d'écart* ( en ce g-nre de littérature. Mais pour prévenir clficaccment les méprises , et pour assurer les succès , il est , généralement parlant , d'uno nécessité indispensable de connaître les causes ordinaires de l'allé» ralion des lextes. Sans cela on ne petit guère ni- avoir soi-même uni* certitude entière sur le rétablissement d'une leçon, fautive, ni encore moins la démontrer aux autres. C'est cctle connaissance qui va f ;irq la matière de la seconde partie de ç.g Eléments.

ELEMENTS DE CRITIQUE

Page 1