‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 10 sur 453 · ACT · texte numérisé non relu

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jet de l'action d'un autre, ^e suis enseigné, etc.

On dit que les verbes ont une voix active et une voix passive; c'est-à-dire, qu'ils ont une suite de terminaisons qui expriiiieiil un sens actif et une autre suite de désinences qui marquent un sens passif. En français, les verl)es n'ont que la voix active; et ce n'est (|ue p;ir une csi)èce de périphrase, et non par une terminaison propre, que nous exprimons le sens passif, je suis aimé, je suis aimée.

Au lieu de dire voix active ou voix passive, on dit à l'actif, au passif; et alors actif Qi passif ^C prennent substaniiveiiiont, ou bien onsousenlend sens. Tout verbe passif a nécessairement un verbe actif; il faut excepter cieïr. On dit : Je veuj; être déi, quoique l'on ne dise pas, j'obéi: quelqu'un. La nature a fait les enfants pour être aimés et secourus ; mais les a-t-elle faits pour être obéis et craints? (J.-J. Rouss., Emile, liv. II, tom. VI, p. 403.) Tout verbe actif a son verbe passif. Avoir fait exception. On ne dit pas en parlant de quelqu'un ou de quelque chose : Il est eu, ou elle est eue. {Grammaire des Grammaires, p. 450.)

Tous les vcrl>es qui expriment une action ne sont pas appelés pour cela actifs. Il faut, pour qu'on leur donne ce nom, que l'effet de l'action ait lieu hors du sujet. Par exemple, battre est un verbe actif, parce que l'effet de l'action a lieu hors du sujet; mais oZicr, venir, dormir, quoiqu'ils expriment des actions, ne sont point des verbes actifs, mais des verbes neutres. Quelques grammairiens appellent les premiers, verbesactifs transitifs, parce que l'effet de l'action passe du sujet à un objet ; et les seconds, verbes actifs intransitifs, parce que ce passage n'a pas lieu. Voyez Uerbe.

Le mot actif ne se dit pas que des verbes. Il y a aussi le sens actif cl le sens passif , le tour actif cl le ttur passif

Un mot est employé dans un sens ac/j/ quand le sujet au(]uel il se rapporte est envisagé comme le principe de l'action énoncée par ce mot ; il est employé dans le sens passif, quand le sujet auquel il a rapport est considéré comme le terme de l'impression produit* par l'action que ce mol énonce. Les mots aide et secours sont pris dans un sens actif, quand on dit mon aide ou mon secours vous est inutile; car c'est comme si l'on disait, l'aide ou le secours qu£Jc vcus d nnerais vents est inutile. Mais ces méiiics mots sont pris dans un sons passif si l'on dit, accoures d mon aide, venez à mon secours; car alors ces mots marquent l'aide ou le secours qu'on me donnera, dont je suis le terme, et non jxis le principe. Cet enfant se gâte, pour dire qu'il tache ses hardes, est une phrase où les deux mots se gâte ont le sens actif, parce que l'enfant auquel ils se rapportent est envisage comme principe de l'action de gâter. Cette rbe se gâte est une autre phrase où les deux mêmes mots ont le sens passif, parce que la robe à latiuclie ils ont rapport est considérée comme le terme de l'impression produite par l'action de gâter. (Dumarsais et Bcauzée.)

Activement. Adv. 11 se dit, en grammaire, d'un verbe neutre qui est pris dans une signification active, ou de quelque autre mot qui est pris dans un sens actif. Voyez Actif.

* Activer. V. a. de la i"conj. Mot nouveau que l'usage a adopté, malgré les efforts de ceux qui repoussent aveuglémenl tout ce qui est nouveau, raisonnable ou non.

Actuel, Actuelle. Adj. En prose, il se mel

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toujours après son subst. Etat actuel, paiement actuel.

Actuellement. Adv. 11 ne se met qu'après le verbe. On juge actuellement son prvccs ; il demeure actuellement en tel endroit.

Addition. Subst. f. On fait sentir les deux d.

Additionnel, Additionnelle. Ad j. On fait sentir les deux d. Cet adj. ne se met qu'apics son subst. Centimes additionnels.

Additionner. V. a. de la 1'" conj. On fait sentir les deux d.

Adhérent , .adhérente. Adj. qui ne se met qu'après son subst. ïl régit la prcj^sition à. Une pierre adhérente à la vessie.

Adjacent, Adjacente. Adj. 11 suit toujours son subst. Pays adjacent, lieux adjacents.

Adjectif. Adj. m. qui se prend aussi substantivement. Terme de grammaire. Les noms ou substantifs expriment des êtres réels ou des êtres abstraits, et les représentent comme soutiens de certaines qualités réunies. Ainsi, quand je prononce un nom, je désigne tout à la fois à ceux qui mécoulent, et la réunion de ces qualités, et l'être quelconque qui lui sert de soutien. Quand je prononce le mot 7ja77i7«e, j'indique par ce nom une substance, un soutien de certaines qualités dont la réunion a donné occasion à la création de ce nom. Mais si je veux développer cette idée, exprimer une ou plusieurs des qualités de l'être désigné par ce nom et indiquer que je le conçois possédant cette qualité ou ces qualités, j'ai besoin de mots qui expriment ces qualités, et qui les fassent connaître comme jointes à cet être. Par exemple, si je veux parler d'un homme, et indiquer en même temps que je le conçois arec la qualité que l'on nomme vertu, il faudra que j'emploie un mot qui indique cette qualité comme réunie au substantif homme ; ce sera le mot vertueux, qui seul ne désigne qu'une idée vague et indéterminée, et qui, joint à ce substantif, ajoutera à l'idée qu'il présente celle de toutes les qualités comprises dans le mot vertu : Homme vertueux. On dira de même, figure ronde, rose blanche, etc.

Si nous considérons les noms communs comme pouvant exprimer des genres, des espèces ou des individus, nous remarquerons qu'ils peuvent être déterminés ou indéterminés. Vn nom est indéterminé lorsque, ne voulant ni le faire considérer comme genre, ni le restreindre à une espèce ou à un individu, on ne détermine rien sur l'étendue de sa signification. Un mot est déterminé lorsqu'il est employé pour désigner un genre, une espèce ou un individu. Quand je dis une action d'homme, je prends le nom homme indéterminément; car alors je ne veux parler ni de tous les hommes en général, ni de telle classe d'hommes, ni de tel homme en particulier. Mais si je prends ce nom commun dans toute son étendue, ou que je le restreigne à une classe subordonnée, ou que je n'y attache qu'une idée individuelle, j'ai besoin, pour exprimer ces différentes vues de mon esprit, de nouveaux mots que j'ajouterai au substantif Âoffime, pour déterminer l'étendue dans laquelle je le considère. Par exemple, quand je dis, l'homme est un animal raisonnahle , le mot le indique que je vais prendre ce nom dans une étendue déterminée. Quand je dis, tout homme, le mot tout indique que je considère distributivement les individus compris dans la classe indiquée par le mot homme. Enfin, quand je dis, tous les hommes, j'indique par les mots tous les, que

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je considère collectivement ces mêmes individu?. De même si je dis, mon père, le mut mon restreint l'idée générale de père, aj point de la rendre individuelle, c'esi-à-dirc, de ne l'applitiuor qu'au seul individu qui m'a donné la vie. Chaque, plusieurs, un, deux, tr ii, premier, second, servent de même à déterminer l'rtcnJue de la signification des substantifs auxquels on ks joint.

Un mot ([ue l'on ajouta ainsi aux noms pour les modifier, soit en expliquant queliju'uno des qualiiésde l'objet (|u'ils désignent, soit en déterminant le degré d'étendue souslcquid on les conçoit, se nomme adjectif, d'un mot la'.in qui veut dire ajuter; et en effet, ces mots sont ajoutés aux substantifs pour les modifier d'une ou d'autre manière. Je disM?i inot, car ce n'est pas seulement par les adjectifs que l'on modifie les noms; on se sert aussi pour cela, ou d'une proposition incidente, comme dans un homme que l'ambition dévore; OU d'un autre nom qui est le terme de linéique rapport, comme quand on dit, le livre de Pierre, la loi de Moïse, etc. Quelques grammairiens mettent les adjectifs au nombre des noms, et les appellent novis adjectifs, pour les distinguer des subslanlifs, qu'ils appellent noms subitantifs. 11 paraît plus exact d'appeler simplement noms, ou substantifs, ce qu'ils appellent noms substantifs , et simplement adjectifs ce qu'ils appellent noms adjectifs. Mais ces dénominations sont indifférentes, pourvu que l'on comprenne bien les choses.

Si les idées des qualités (jue nous remarquons dans les objets nous sont venues immédiatement par les sens, nous appelons adjectifs physiques les mots qui servent à les indiquer connue jointes à ces objets ; et nous donnons le nom d'adjectifs métaphysii/ucs aux mots qui modifient les noms par 1 addition de quelque considération particulière de notre esprit à leur égard. Ainsi, coloré, blanc, noir, rouge, bleu, etc., qui exprnnent des qualités dont nous ac(iuérons la connaissance par la vue ; doux, amer, ai^re, fade, etc., qui en exi)riment que nous connaissons par le goût ;ru(/c, p li, dur, mou, q\x\ en indi(]uent que nous connaissons par le tact, sont des adjectifs physiques. Au contraire, le, la les, mon, ma, t> n, ta, votre, VIS, deux, trois , premier, second, grand, petit, différent, pareil, el un très-grand nombre d'autres qui n'expriment que des considérations de noire esprit, sont des adjectifs métaphysiques.

Parmi les adjectifs métaphysiques, il y en a qui ne se mettent jamais que devant les noms; tels sont le, la, les, que les grammairiens appellent aussi articles, et adjectifs délerminalifs ; ce, cet, celle, ces, que l'on :q>iielle adjectifs domonslratifs,ci que les anciens grammairiens appellent pronoms démonstratifs : mon, ma, ?iios, ton, ta, tes, son, sa, ses, notre, nos, votre, vos, leur, leurs, auxquels on a donné le nom d'adjectifs possessifs, au lieu de celui de projioms p sses^^ifs, que leur avaient donné les anciens grammairiens. Voyez article. Pronom. Tousi-es adjectifs prennent en cénéral le nom d'adjectifs prépositifs, ou seulement de prépositifs, parce (|u'ilsnc?e mènent jamais que devant les noms 11 y en a d'autres qui ne se mettent qu'après les noms. Nous allons parler des uns et des autres.

Des adjectifs prépositifs le, la, \es,nommés autrement articles. — Les adjectifs prépositifs le, la, les, ne signifient rien de physique ; ils sont idenlifiés avec les noms devant lesquels on les place, et annoncent que le mol qu'ils précédent sera pris sous un point de vue particulier.

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Nous nous scn-ons de le devant les noms masculins au singulier : le roi, le j'vr; <lc la, devant les noms fcminins au singulier : la reine, la femme ; et la lettre s, qui, scîun l'anaioeie de la langue, marque le pluriel quand elle est ajoutée au sinçidier, a formé les du sin;.'ulier le. Les sert égaleuïent pour les deux genres : les hummcs, les femmes.

Le, la, les, sont des prépositifs ou articles simples; mais ils entrent aussi en comjwsilion avec la préposition à et avec la préposition de ; et alors ils forment les quatre prépusilifs ou articles composés, ati, aux, dti, des. Au est composé de la proposition à, et de l'article /e;en sorte que au est aillant qtio à le. C'est le son obscur de Ye muet de l'iiriicle simple le, et le changement assez commun en notre langue de Z en u, comme mal, maux, citerai, chevaux, qui ont fait dire au, au lieu de « le, ou de al, que l'on disait aulrefuis. Ce n'est que quand les noms masculins commencent par une consonne ou un h as|)iré que l'on se sert de au au lieu de à le ; car si le nom masculin commence par une voyelle, alors on ne fait point de contraction ; la préposition à el l'article le demeurent chacun en leur entier. Ainsi, quoiqu'on dise, le cœur, au cœur; le père, au père; le plomb, au plomb, on dit l'esprit, à l'esprit; l'eu faut, fi l'enfant ; l'or, à l'or; l'argent, à l'argent. Quand le substantif commence jiar une voyelle, l'e muet de le solide avec celle voyelle ; ainsi la raison qui a donne lieu 6 la contraction au ne subsiste plus. D'ailleurs il se ferait un bâillement désagréable si Ton disait, au esprit, au argent, au enfant, elc. Si le nom est féminm, comme il n'y a point à'c muet dans le prépositif Za, on ne peut plus en faire au; ainsi l'on conserve alors la proposition et le prépositif, la raison, à la raison ; la vertu, à la vertu. Aux sert au phiriel pour les deux genres ; c'est une contraction pour à les : Aux hommes, aux femmes, aux rois, aux reines, pour à les hommes, à les femmes, etc. Du est encore une contraction pour de le. C'est le son obscur des deu>: e muets de suite qui a amené la conlraction du. On a commencé par dire dcl, et cnGn on a dit du. On dit donc du bien, du mal, pour de le bien, de le mal; et il en est de même de tous les noms (jui commencent par une consonne; car si le nom commence par une voyelle, ou qu'il soit du genre féminin, alors on revient à la simplicité de la préposition ; ainsi l'on dit de l'esprit, de la vertu, de la peine, elc.

iSarticlc, dit le Dictii.nnaire de l'Acudcmie, est celle des parties du diseurs qui précède ordinairement les noms substantifs . D'ajjrès celte définition, ce, cet, tout, quelque, nul, aucun, deux, trois, mon, ton, son, sa, ses, leur, etc., seraient des articles ; el cependant l'Académie nous dit ensuite que Ze est l'arlicle du nom masculin; la, l'article du nom féminin, et les l'article pluriel du masculin et du féminin. Mais quelle est la nature de l'article? qu'ajoutc-l-il aux noms auxquels il est ordinairement joint? C'est ce que l'Académie ne dit point.

L'article peut précéder tous les mois de la langue française qui sont substantifs ou pris subslantivcmcnt. On dit le boire, la manger, les si, les mais. Le (\\iG qui corn mence celte phrase fait un mauvais effet; les deux qui rendent la phrase louche. L'article s'ajoute même(|uelqueluisà une phrase entière, comme quand on dit, le qu'en dira-t-on ne m'effraie pas; être au-dessus du qu'en dira-t-on.

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Ces exemples font voir que les grammairiens qui ont dit que l'article est une particule ajoutée à un mot piur marquer de quel genre il est [Dictionnaires de Féraud, Jiegnicr, ftestaud), n'ont pas mieux réussi; car si, niai.-,, que, qui, etc., n'ayant point de genre, l'article i;e peutélre ajuulé à ces mots pour marquer de quel genre ils sont; il faut donc que cette addition soit" faite pour indiquer quelque autre chose.

Si je consulte les nouveaux grammairiens sur la nature de l'article, je n'obtiens guère plus de lumières. Id on me dit que les articles sont des adjectifs qui modifient leurs substantifs, et les fnt prendre dans une acception partieulière, indiciduelle et personnelle [Dumarsais] ; la on m'en- J seigne que l'article est un adjectif qui détermine l un nom à cire pris dans trute s^n étendue, ou qui \ concourt à la restreiiulre (C/jndillac). Sur la prej mière définition j'observe qu'elle ne convient pas plus à l'article qu'aux adjectifs ce, cette, ces, no- 1 tre, votre, vos, un, etc. Quand je dis un homme, le mut un modifie lesubstanlil h^mme, et le fait prendre dans une acception particulière, individuelle et |>ersonnelle. Sur la seconde délinition je dis, d", qu'elle supjiose que l'article ne se met que devant les noms communs; et l'on vient de voir qu'il se joint à toutes sortes de mots, et même à des phrases entières. Quand on dit, le qu'en dirat-on ne l'inquiète guère, l'article ([ui est en tête de cette phrase ne sert assurément ni à faire prendre un nom daiistoule son étendue, ni à concourir à la restreindre.

En second lieu, il n'est pas exact de dire que l'article mis devant un nom commun détermine ce nom à cire pris dans toute son étendue ou concourt à Lt reslreiiulre. Si je dis l'htrmme, et que je n'achève pas la phrase, il est impossible de deviner si le mot homme sera pris dans to«le son étendue, ou dans une étendue restreinte. Donc l'article/e n'indi(iueni l'une nirautre. Apn'savoir dit l'homme, je puis ajouter est un animal raisonnable, ou, vertueux, jouit de la paix du cœjir, ou, dont vous m'avez parlé; dans la première phrase, le mot homme sera pris dans toute son étendue; dans la seconde, dans une étendue restreinte à une certaine classe d'hommes; el dans la troisième, restreinte à un individu. Mais cette différence d'étendue n'est inditiuce dans la preiiiière que parce que je n'ai ajouté au mot hoimue aucun autre moi ipii restreigne l'étendue de sa signilication, ei. d?iA<: Ws d»vix aM^»"v<; par<?e qwe j'ai ajouté des mots qui n-streignent celte signilication. L'arlicle le ne détermine donc par luimême aucune des trois espèces d'étendues du mot hoînme, puisque seul il ne sert point à les faire connaître, et qu'il se joint également au nom, quelle que soil l'étendue de sa signification. Dans ces trois cas, l'article se prête aux trois sens, annonce que le nom sera pris dans l'un ou dans l'autre, mais n'en détermine aucun.

L'article est un mot qui, mis devant un autre mot, annoncequece dernier, susceptible de diverses acceptions grammaticales, est considéré dans la phrase comule un substantif dont la signification peut avoir divers degrés d'étendue, et que cette étendue y est déterininée, soil par des c'irconstanccs connues, soit par le mol même sans naodification, soit par des modifications qui la restreignent.

Le nïot 7î<epeut être pris matériellement comme dans, que est composé de trois lettres, que est une conjonction. Dans ces deux propositions, que, considéré comme substantif puisqu'il est le sujet.

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indique un signe individuel, et rentre en qiicliiue sorte dans la classe des noms propres; ce qui iail qu'il n'('>l pas nécessaire de le faire précéder de l'article. On dit, que est inie conjonction, comme on dit Pierre est un homme.

Mais si, considérant toujours qvc comme l- nom propre d'un signe grammatical, je regarde ce signe comme pouvant être répété, et par conséquent prononcé, employé, placé difrércmment, selon des circonstances dilïcrenles, el que je veuille inditiucr un ou plusieurs de ces que relativcnent à l'une ou à l'autre de ces circonstances, il faudra que je le fasse précéder de l'article, 1° \v ur marquer (jue je regarde ce mot conune poui jnt avoir divers degrés d'étendue; 2" pour annc iccr que celle étendue sera déterminée dans la ph MSC. Ainsi je dirai, les deux que., le que rend la p\ rase louche, etc. ; comme je dirais les deux Piet'cs, dans une famille où il y aurait deux boni: nés de ce nom ; ou le Pierre qvc vous m'avez envojé n'est pas celui dont j'avais besoin.

Lt mol vrai peut être pris adjectivement : une noutelle vraie, un homme vrai; ou adverbialement : parler vrai; ou substantivement : le vrai. Quand je le prends dans ce dernier sens, je le fais précéder de l'article, pour annoncer qu'il est considéré dans la phrase comme un substantif dont la signiflcation peut avoir divers degrés d'étendue, cl que cette étendue y est déterminée, soit par des circonstances connues : voilà le vrai; soit par le mol mc-mo sans modification : le vrai est aimable; soit par des modilications (jui en restreignent l'étendue : le vrai, daris la bouche d'un mÊnteur, n'obtient pas toujours croyance.

Alexandre est un nom propre bien déterminé, quand on parle du roi de Macédoine qui portail ce uoin, ou, dans une l'aniille ou une société, d'un homme que ceux à qui l'on parle appellent ordinairement ainsi. Je dirai donc sans article , Alexandre est un grand conquérant ; Alexandre m'a dit que vous vouliez me parler. Mais si, tirant ce mot de cette signification individuelle, je veux le rendre commun à plusieurs individus, el ne parler que d'un ou de quel(}ues-uus d'entre eux, il est nécessaire alors que je mette l'article devant ce mot, pour indiquer cette double vue de mon esprit. Je dirai donc, l' Alexandre dont vous me parlez n'est pas celui que je connais. On appelait Charles XIII' Alexandre du Nord.

la dctlnilion (jue nous avons donnée de l'article peut s'expliquer aussi par l'emploi de ce prépositif devant les noms que les grammairiens appellent co/rt7«M?is ou appellatifs. Le mot homme, par exemple , peut cire pris matériellement : hoinme finit par unGmuet, ou comme signe individuel grammatical : homme est u?i substantif; ou adjectivement : vous n'êtes pas }io7n»ie ; ou adverbialement : ar/ir en homme; ou enfln substantivement : un hovniic. Mais le mot homme pris substantivement peut être pris ou dans un sens déierminé, comme dans un lumime, tout homme, cet himiinc, quelque homme, mon homme, leur homme ; ou présenté seulement comme susceptible de divers degrés d'étendue, et comme devant être déterminé dans la phrase. C'est dans ce dernier cas seulement, et pour indiquer celle double vue de l'esprit, que le mot homme doit être précédé de l'article. Quand je dis l'homme, l'article annonce un substantif de cette nature, et je suspends mon jugement sur l'étendue de la signlGcation de ce niot, jusqu'à ce que la suite m'ait appris si elle est ou non restreinte par quelque modificatif. Si le mot homme n'a point de

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miKlificalif, je comprends (ju'il est pris dans toute sou étendue : l'homme est un animal. S'il a un modilicatif, comme dans {'homme vortueuj:, je vois que l'étendue de sa siirnilicalion est restrcinle à une certaine classe d'hommes, c'est-ndire, à ceux qui sont vertueux. Si cnBn on dit, l'homme qui vous parle, je juçe qui' la siirnilication de ce mot est restreinte a'un s-'ul individu. Quelquefois l'étendue de la signification du nom est reslrcinte par les circonstances, cl alors le nom sans modilicatif est entendu avec la restriction qu'indiquent ces circonstances, .\insi quand on dit, étant à table, donncz-^noi le pain, avancez-vici la salière, ou dans un état monarchique, le roi a dit, les circonstances font assez comiH'cndre (pi'il est (piestion du pain, ou delà salière qui est sur la table, du roi qui régne dans ce pays.

Cette propriété de l'article de désigner l'acception grammaticale d'un mol, cl d'annoncer l'étendue de sa signification, tient au caractère de la langue française, (]ui, exigeant partout la plus grande clarté, veut ipie les princii)ales parties du discours soient rapprochées el liées autant qu'il est possible, et que les mots qui en sont les signes soient déterminés par eux-mêmes, ou précédés d'autres mots qui les déterminent, ou qui annoncent du moins sous quel point de vue ils vont être déterminés.

Puisque l'article sert à indiquer qu'un mol est considéré comme un substantif dont la signification est susceptible de divers degrés d'étendue, et que cette étendue sera déterminée dans la phrase, il est inutile d'ajouter l'article à un nom précédé d'un mol qui détermine déjà cette étendue. Ainsi je ne mettrai point d'article à homme, lorsipi'il sera précédé des mots un , deux , trois, etc., parce que ces mots déterminent l'étendue de sa signification ; el par la même raison, je n'en mettrai point aux noms qui seront précède^ des prépositifs ce, cet, cette, ces ; mon, ton, son; votre, notre, quelque, nul, aucun, tnit dans le sens de chaque, etc. ijuand je dis toute la ville en parle, toute la honte rcto?nbcra sur vous, je dois mettre l'article, parce qu'il ne s'agit point de toute ville, ni de toute honte, ce qii'indi(iuerail le mot /oM/f" sans article, mais d'une ville particulière, d'une honte particulière, déterminées par lescirconstanccs. De même on dit tous les hommes avec l'article, parce que le nom pluriel hommes indique une classe (findividus qui peut être prise dans toute son étendue, ou seulement dans une partie de son étendue, ce qui n'est pas déterminé par le mol tous, et doit par conséquent être annoncé j)ar l'arliclc les.

L'article et les autres prépositifs ne sont pas le> seuls mots qui déterminent un nom commun à être pris substantivement; le verbe actif et [ilusieurs prépositions font le même effet à l'égard de leur compiément immédiat, lorsque ce complément est pris dans un sens général et indéterminé, et que par conséquent il n'exige point l'article, qui annonce toujours un sens déicnniné. Par exemple, dans avoir peur, le verbe otva'r indique assez quele molpei/r est pris substantivement; mais ce mot étant pris dans un sons général et indéterminé, ne doit point être précédé de l'article, qui annoncerait une sicnification susceptible de divers degrés d'étendue, el une détermination de cette étendue. Si au contraire cette étendue devait être df'ierminée, l'article serait nécessaire pour annoncer cette détermination ; ainsi l'on di-

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rail, par exemple, il avait la peur qu'inxp ire une mauvaise conscience.

Il arrive souvcnl en français (|ne les substantifs sont pris ainsi, après certains verbes, dans un sens général et indéterminé. C'est ainsi que l'on dit :

Avoir /ai7/j, soif, dessein, liante, coutume, pitié, compassion, froid, chaud, patience, envie, besoin, etc.

Donner envie, occasion, prise, place, rang, séance, leçon, avis, caution, quittance, atteinte, cours, permission, congé, assurance, croyance, parole, ordre, conseil, avis, exemple, audience, etc.

Entendre raison, raillerie, malice, vêpres, etc.

Yaire profession, métier, tort, préjudice, don, offre, défense, grâce, vendange, chemin, accueil, honneur, peur, plaisir, choix, provision, sémillant, route, banqueroute, faillite, front, face, difficulté, etc.

Gagner pays, chemin.

Mettre fin, ordre.

Parler français, allemand, raison, bon sens, etc.

Porter bateau, chape, envie, témoignage, bonheur, malheur, clc,

Prendre parti, femme, possession, médecine, congé, pied, part, haleine, feu, plaisir, patience, pitié, langue, garde, prétexte, occasion, date, acte, avantage, faveur, fin,juur, leçon, etc.

Rendre service, amour paiir amour, visite, gorge, etc.

Savoir lire, chanter, vivre, etc.

Ttmt parole , etc.

Remarquons en passant que, quoi qu'en disent plusieurs grammairiens, l'article n'est pas toujours nécessaire pour changer en substantif un mot qui ne l'est pas par lui-même, et que le verbe actif fait le même effet à l'égard d'un adjectif ou d'un verbe qui est son complément immédiat. Daps avoir chaud, avoir froid, le verbe avoir indique, sans le secours de l'article, que les adjectifs chaud et /roirfsont pris substantivement; et dans savoir lire, savoir chanter, savoir vivre, le verbe savoir indique la même chose à l'égard des infinitifs lire, chanter, vivre.

Ce que nous venons de dire des verbes actifs peut se dire des prépositions qui exigent un régime direct. Si ce régime est pris dans un sens général et sans détermination d'étendue de signification, la préposition indique assez que le mot est pris substantivement, et l'absence de détermination de l'étendue de la signification rend l'article inutile. On dira donc avec prudence, sans pitié, parler avec esprit, avec grâce, avec facilité. -Mais si l'étendue de la signification du mot qui sert de complément est déterminée, l'article est nécessaire pour annoncer cette détermination ; et on dira, il parle avec la prudence d'un vieillard; sans la pitié, l'homme serait mm animal féroce; il se co?iduitparle sentiment le plus pur, etc

C'est surtout après la préposition de que l'emploi de l'article offre le plus de difficultés. Examinons les principaux emplois de cette préposition, et a|)pliquons-y les principes que nous venons d'établir.

La préposition de marque le lieu d'où l'on vient, il vient de Home, de Paris. Ici il ne faut point d'article, parce que les noms propres Âome, Paris, offrent des idées individuelles qui ne sont pas présentées comme susceptibles de divers degrés d'étendue. Il faudrait l'article si le complément de la préposition, présenté comme suscep-

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tible de divers degrés d'étendue, devait être déterminé dans la phrase, comme dans, après avoir pai'lé de l'ancienne Rome; il vient des provinces méridionales.

De marque par analogie tout terme d'où une chose commence. Travailler du matin au soir, du commencement à la fin, d'un bout à l'autre. Ces phrases offrant deux termes précis, les mots qui les expriment doivent être déterminés ; et c'est l'article qui indique cette détermination. Mais on diiait sans article, parcourir la ville de bout en bout, parce que le substantif bout qui suit le de n'est pas déterminé, et qu'il ne signifie pas plus un bout que l'autre.

JDe marque un rapport d'appartenance ; Le palais du roi, les mouvements du corps, les facultés de l'âme, le livre de Pierre. l)ans les trois premiers exemples l'article est nécessaire, parce que ces mots roi, corps, âme, sont des substantifs dont la signification est susceptible de divers degrés d'étendue, degrés qui sont déterminés dans la phrase; dans le troisième, il ne faut point d'article, parce que le substantif est un nom propre.

De marque des rapports de dépendance : les tableaux de Raphaël, sans article, à cause du nom propre; les tableaux des peintres d'Italie, avec l'article, parce que l'étendue de la signification du mot pewj^reest déterminée. Saluer de la main, vase d'or, un vase de l'or le plus pur, un homme d'esprit, de sens, de cœur, vu homme de l'esprit le plus fin, être accablé de douleur, être accablé de la douleur la plus vive. On voit dans tous ces exemples que le substantif est mis sans article lorsqu'il est indéterminé; qu'il est précédé de l'article, lorsqu'il est déterminé.

De s'emploie pour indiquer une partie venant d'un tout. Avoir de l'esprit, c't^t avoir une partic de ce qu'on nomme esprit. Donnez-moi du pain, c'est donnez-moi une partie du pain ; et dans ces phrases il faut mettre l'article, parce que esprit et pain sont pris dans un sens déterminé. C'est ainsi que l'on dit aussi, de l'eau, du pain et des légumes me suffiront ; des philosophes ont cru que le monde est éternel; cet arbre porte des fruits excellcTits ; j'ai commis des fautes légères.

Il en est autrement lorsque le substantif est précédé d'un adj^'ctif; alors on ne met point l'article, comme dans d'excellents fruits, de légères fautes. La raison en est sensible. Quand je dis, par exemple, cet arbre porte, l'esprit attend pour complément du verbe un mot qui indique un ob^ jet déterminé; et dans le génie de la langue française, cette détermination doit être annoncée avant que le mot paraisse. Or, elle ne peut l'être que par un ])répositif ou un adjectif. Dans cet arbre porte des fruits excellents, la détermination du mot fruits csl annoncée par l'article; mais si le mot fruit est précédé d'un adjectif qui le détermine, l'article employé pour annoncer cette déteriTiinalion devient inutile. La nature du verbe indique que le complément doit être un substantif, l'adjectif détermine le substantif; la double fonction de l'article est remplie. Il faut donc dire, cet arbre porte d'excellents fruits, et non porte des excellents fruits. Dans ces deux exemples, le mot fruit est annoncé comme déterminé dans son étendue; dans le premier, par l'article les syncopés avec la préposition de; dans le second, par l'adjectif excellents.

On dit les ouvrages de Cicéron sont pleins d'idées saines; nos conjiaissances doivent être tirées de principes évidents ; et il a des idées saines.

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il avance des principes évidents. Pourquoi ne met-On pas l'arlicle dans les deux premiers exemples, el le met-on dans les derniers? Dans les premiers, les mots idées et principes sont (l<'tprminés par les adjectifs; celte détermination devait donc être annoncée par l'article.

L'article annonce que le mot sera déterminé dans la phrase; mais il n'a pas par lui-même la force de rendre la détermination nécessaire. Cette nécessité de la détermination se tire de l'idée même que l'on veut ex[)iinior, et particulièrement du sens du verbe. Quand je dis, cet homme a des idées saines, la détermination du mot idées est nécessitée par le verbe a ; car un homme ne peut avoir que des idées déterminées, cl je veux indiquer les idées qu'il a réellement; de sorte ijuc le mot idées ne peut, après ce verbe, être pris dans un sens général et indéterminé. I.a nature du verbe exige donc ici la détermination, et la détermination "exige l'article, ou tout autre mot qui détermine en effet ; cet homme a des idées saines, ou cet homme a de saines idées. ."Mais quand on dit les ouvrages de Cicéron snnt pleins d'idées, l'adjectifjjZetn n'exige pas la détermination du mot idées; car les ouvrages d'un auteur peuvent être pleins d'idées de plusieurs espèces et de plusieurs sortes, et l'adjectif ^Zein ne suppose pas que j'ai dans l'esprit d'indiquer les unes plutôt que les autres; rien n'exige donc la détermination. Quand même on ajouterait l'adjectif «aùie* au mot idées, l'indétermination ne resterait pas moins ; elle ne ferait que changer d'étendue. Dans le premier cas, il s'agirait de toute la classe des idées prises indéterminément ; dans le second, de toute la classe des idées saines prises aussi indéterminément; car il y a diverses sortes d'idées saines. L'indétermination disparaîtrait si l'on disait les saines idées, ou les idées saines qui sont dans les ouvrages de Cicéron, ou bien il y a des idées saines dans les ouvrages de Cicércn, parce qu'il s'agira't alors des idées déterminées qui existent individuellement dans les ouvraacs de cet orateur.

On peut appliquer les mêmes principes aux exemples suivants : Nos conriaissances doivent être tirées de principes évidents; il avance des principes évidents. Dans le premier, rien n'exige la détermination des mots principes évidents; il y a diverses sortes de principes évidents, et je n'ai pas dessein d'indiquer l'une plutôt que l'autre. Dans lesecond, au contraire, le verbe avance exige la détennination de son complément ; car on n'avance que des choses réelles, positives, individuelles. Ainsi l'article est nécessaire dans cet exemple, et il serait superflu dans le premier.

Les grammairiens donnent comme une règle générale qu'après de pris dans un sens partitif, il faut supprimer l'article toutes les fois que le nom est précédé d'un adjectif. Cette règle induit quelquefois en erreur ceux qui ne savent pas distinguer si le d£ est réellement partitif, ou s'il n'exprime qu'un simple rapport d'appartenance ou de dépendance. On dit Lien dans le sens partitif, il

y a d'anciens philusiphes qui prétendent que

ce qui veut dire, parmi les anciens philosophes

il y en a qui prétendent que ; mais on dit

avec l'article, les ouvrages, les opinions des anciens philiisophes, parce que, dans ces phrases, de n'est pas pris dans un sens partitif, puisque le substantif modifié par l'adjectif n'indique pas une partie des individus de la classe qu'il exprime, mais tous les individus de cette classe. Les ouvrages des anciens philosriphes ne sont pas les

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ouvrages de (juclques anciens philosophes, mais les ouvrages de tous les anciens philosojjhes.

Cette règle n'admet point d'exception ptiur le pluriel, parce que le pluriel indiquant plusieurs individus, quelle que soit la construction, le sens partitif se fait toujours remarquer. Que je dise j'ai mangé des fruits excellents, ou j'ai mangé d'excellents fruits, le sens est toujours, j'ui mangé quelques-uns des fruits excellents, ou quelques-uns des excellents fruits.

Il n'en est pas de même au singulier. Quand je dis, il a d'excellent vin, je veux dire qu'il a du vin tiré de la classe des vins excellents, qu'il a du vin de l'excellente sorte, (.'est un sens général de sorte, et l'adjectif excellent déterminant assez cette classe, l'article est inutile. Mais si je veux faire tomber l'idée d'excellence, non sur la classe, mais sur le vin même qui existe dans la cave de celui dont je jjarle, l'article est nécessaire pour indiquer cette vue de l'esprit. Je dirai donc il a de l'excellent vin, pour signifier, il a une partie excellente de ce qu'on Udnune vin. Dans le premier exemple, le partitif tombe sur la sorte, une partie de la sorte de vins que l'on nomme excellents ; dans le second, il tombe sur vin, une partie excellente de ce qu'on api)elle vin. L'article mis devant l'adjectif annonce (jue cet adjectif est identifié avec le substantif qui le suit; il annonce que cet adjectif ne dort point être pris dans un sens général de sorte, mais a[)pliqué individuellement au vin déterminé dont il s'agit. Je dirai à un restaurateur, donnez-nous de bon vin, si mon esprit n'a pas précisément en vue le vin qu'il a réellement dans sa cave, mais en général la classe des bons vins. Mais si j'ai intention de parler des différentes sortes de vins qu'il a réellemeiit dans sa cave, je lui dirai, donnez-ncus du h m vin; ci, lorsfjuc le vin sera sur la table, et que je l'aurai goûté, je dirai voilà du him vin, el mm voilà de bon vin. C'est parla même raison qu'on dit voilà de la b nnc philisrphic, viHù de la vraie poésie.

Cotte doctrine est si vraie que, dans le sens négatif, c'est-à-dire qui exclut la chose signifiée par le substantif, on ne met jamais l'arlicle. Ce canton ne produit pas de bon vin, il n'y a pas de de bonne eau dans cette ville, il n'y avait pas aujiurd'hui de bm blé au marché Mais on dirait au contraire dans le sens positif, il y avait aujourd'hui du bon blé au marché, j'ai acheté du bm blé, il y a actuellement de la bonne eau dans cette ville.

On dit du bon papier, lorsque, ayant en vue du papier réellement existant, on veut faire tomber le sens partitif sur ce papier, et non sur la sorte exprimée par ion. Si je n'ai pas de bon papier, je dirai, j'rti besoin de bon papier; mais si'j'ai chez moi différentes sortes de papiers, et que je veuille einpiover de celui qui est bon, je dirai, donnezmoi dit bon papier. Je dirai à un marchand chez qui je veux acheter du papier, donnes-moi de bon papier, ou donnez -moi du bon papier, selon que je prendrai le mo{ papier dans un sens général de sorte, ou dans un sens déterminé.

Des adjectifs démonstratifs. — Condillac appelle avec raison adjectifs démonstratifs les mots auxquels les anciens crammairiens ont donne le nom de pronoms démonstratifs. Ces mots sont, ce, cet cette, ces; celui-ci, celui-là, cen.cela 11 les appelle adjectifs, parce «luils modifient le nom devant le(iuel ils sont placés, en dclermin;int 1 éleiiduedesa signification; démonstratifs, parce qu'ils déterminent cette étendue en montrant, pour ainsi dire, les objets Dans cet homme, 1 ad-

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jeclif cet (Iclcrmine retendue de la signilicalion du mot homme, en la restreignant à un seul individu de rcsiH'L'c humaine, qu'il indi(]ue comme présent aux yeux ou â l'esprit, pane (ju'on vient d'en p.irler. uii tiuc l'on va en parler. 11 en est de m<?me lorsqu'on dit ce héros, ce livre, cette maison, ces enfants.

Ces sortes d'adjci-tifs rendent l'ariirle inutile; car l'article sert a annoncer «lUC l'élendiie de la signilication du nom sera déterminée dans la phrase, et l'adjectif démonstratif la détermine en effet avant ipie le nom soit énoncé.

Quelquefois (in ajoute à ces adjectifs les particules ri et /«, pour servir à une distinction plus précise. Ti avertit que les objets sont préseuls ou plus prochains; là, qu'ils sont absents ou plus éloignés. Cet homme-ci, cet homme-là; dans ce temps-ci, dans ce temps-là.

Ci ne s'emploie qu'à la suite d'un nom ; là s'emploie aussi seul, et alors c'est une expression ellipticiue. // est là, suppléez dans ce lieu ; il vient de là; suppléez de ce lieu ; là est toujours un adjectif démonstratif qui détermine le mot lieu, car c'est comme s'il y avait : // est dans ce lieu-là, il vient de ce lieu-là.

On a ajouté ci cl là à ce, et on a fait ceci, cela, qui sont encore deux expressions elliptiques, oii l'esprit sous-enlend une idée vague, un nom tel qn'ihjet, être, ou tout autre. Donnez-moi ceci, Honnez-moi cela, c'est donne z-moi cette chose-ci, donnez-vioi cet objet-là; cl les mots cette et là conservent toujours leur caractère d'adjectifs démonstratifs.

L'eili[)se a lieu encore lorsque nous joignons ce au verbe est. J'aime Molière, c'est le vieilleur comique; c'est-à-dire, ce Molière est le meilleur comique ; où Von voit que ce n'est pas substitué au nom de Molière, mais qu'il sert à déterminer d'une manière démonstrative ce nom sous-entendu. Cest une chose merveilleuse que de l'entendre. Ici il n'y a point (rdlipsc : car de l'entendre est le nom que modifie l'adjectif ce; et le sens est ce de l'entendre est une chose merveilleuse. Mais il y a ellipse ilans la phrase suivante, ■prenez garde à ce que vous dites; car l'esprit ajoute à ce l'idée de discours ou de propos, et c'est comme si l'on disait prenez garde à ces choses qiie vous dites, à ces pnpos que vous tenez.

Cejoinlau vcrhc être lixo i)lus parliculièrement l'attention sur le substantif qui suit; dans c'e*^ toi qui as commis ce crime, ce fixe plus particulièrement l'attention sur le criminel, que si l'on disait, tti as commis ce crime. Dans la i)remiôre phrase, le mot ce au commencement, éveille d'abord l'attention, et chaque mot qui suit la satisfait successivcmont; dans la seconde, tu as indique quelque chose de vague (pii peut avoir rapport à mille ciio'-es diverses ou indifférentes, uu de peu d'importance. Ce fut Sijlla qui montra le vremier que la rrpuhli'jue pouvait perdre sa liberté, indi(|ue, d'une manière plus sensible, Sy lia comme le [ircmier auteur de la tyrannie, que si

l'on disait, Si/lla fut le premier Ce fut fixe

l'attention sur Sylla et le montre au doigl, pour ainsi dire; au lieu (ju'en disant Sylla fit, on ne fait que le nommer.

On dit indifféremment, c'est eux, ce sont eux, c'esicUcs, et sont tllcs. .Maisavec les pronoms de 'a première personne et de la seconde, on ne peut employer que le singulier : c'est vous, c'est nous, c'est moi.

Dans ces phrases, le sujet du verbe est une idée vague que montre l'adjectif ce, et que la

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suite du discours détermine. Si l'esprit se porte sur cette idée, nous disons au singulier, c'est eux, c'est nous; et nous disons au pluriel, ce sont eux, si l'esprit se porte sur le nom qui suit le verbe.

l'usage a donné ici le choix des tours, et il I)Cut,àson gré, rejeter quelquefois l'un des deux. i:"cst ce qu'il fait lorsipie le nom est à la première uu à la seconde personne ; car il ne permet j.imais de dire ce sont nous, ce sont vous. Il nie semble que cette exception est fondée sur ce que les mots nous et vous se disent tantôt pour exprimer un singulier, et tantôt pour exprimer un pluriel. La règle générale n'affectant ce sont qu'au seul nombre pluriel, ces mots se seraient trouvés déplacés devant nous et vous signifiant un singulier; et l'on ne pouvait pas plus dire en parlant à une seule personne, ce so/ii vous quiavez dit cela, qu'on ne pouvait dire ce so?it lui que j'ai vu. Il a donc paru jilus simple d'employer devant les noms nous et vous pris soit au singulier soit au pluriel, le mot c'est, (]ui,dans la régie générale, précède également bien le singulier et le pluriel.

L'usage veut aussi que, lorsqu'on parle au passé, on mette le verbe au pluriel devant un nom plurifil, et qu'on dise, ce furent {t:t non ce fut) les Phéniciens qui inventèrent l'art décrire ; quoiqu'on puisse dire au présent, c'est les Phéniciens qui oit inventé l'art d'écrire. 11 est évident que, dans la première phrase, le pluriel est plus convenable, parce que l'attention se porte plus'parliculièrement sur le nom qui est au pluriel; et Condillac, qui dit que le singulier ne serait pas une faute dans la seconde, convient cependant (ju'il pourrait être mieux de dire, ce sont les Phéniciens, etc.

Celui, celle, ceux, celles, sont aussi des adjectifs démonstratifs, mais qui s'emploient sans nom, quand le nom est déjà connu auparavant, et toujours en concordance avec ce nom sous-entendu. Ainsi, après avoir parlé de livres, on dit, celui que j'ai publié, ceux que j'ai consultés ; et après avoir parlé de conditions, celle que j'ai subie, celles que j'ai pr( posées. 11 est clair, dans tous ces exemples, que celui et ceux se rapportent mentalement à l'idée de livre, et que celle et celles se rapportent à l'idée de condition; qu'ils ont une concordance réelle avec ces noms, quoique sous-entendus; et que les mômes mots celui, ceux, celle, celles, d;\ns d'autres phnises, pourraient se rapporter à d'autres noms, ce qui caractérise bien la nature de l'adjectif. Si l'on se sert de celui avant que d'avoir présenté aucun nom. comme celui qui ment offense Dieu, ou ceux qui mentent offensent Dieu, la proposition incidente qui suit c.^t déterminativc et relative à la nature de l'homme, et le nom homme est ici sous-entendu.

A ces adjectifs on a ajouté ci et U; et on a Hiii celui-ci, cehdlà, etc. C'est le même adjectif allongé des particules ci et là, pour servir à une distinction plus précise. Ci avertit (]uo les objets sont jiréscnts ou plus prochains; là, qu'ils sont absents ou plus éloignés, frayez ces adjectifs à leurs places.

Des adjectifs possessifs. — On appelle adjectifs possessifs ceux (]\i\ déterminent un nom avec un ra|)portde propriété; c'est ce que le commun des grammairiens appellent j3rono?«spo55essifs. On va voir qu'ils ne sont pas des [ïronoms, puisqu'ils ne se mettent point à la place des noms; mais ipje ce sont de vrais adjectifs, parce qu'ils déterminent un substantif exprimé ou sous-on-

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tendu auquel ils ont rapport. Pans mon chapeau, mon est adjectif, puisqu'il détermine chapcav ; et il esl possessif , puisqu'il marque un rappurl de propriété du cliapeau u moi.

Les adjectifs possessifs sont tirés des pronoms personnels; ils marquent que le substantif qu'ils modilient a un rapport de propriété avec la jiremière, la seconde ou la troisième personne.

Les adjectifs possessifs qui se rapportent à la première personne du singulier, sont mon, ma, mes; mien, mienne, miens, miennes. Ceux qui se rapportent a la prciaiére personne du pluriel, sont nvtre, nos ; notre, nôtres.

Les adjectifs possessifs qui se rapportent à la seconde jiersinne du singulier sont, ton, tu, tes; tien, tienne; ceux iiui se rapportent à la seconde personne du pluriel sont, votre, vos ; vôtre, vôtres.

Les adjectifs possessifs qui se rapportent à la troisième personne du singulier sont, son, sa, ses; sien, sienne, siens, siennes ; ceux qui se rapportent à la troisième personne du pluriel sont, leur, leurs.

Mon, ton, son, leur féminin cl leur pluriel, s'emploient toujours avec des substantifs, et ne peuvent jamais être précédés de l'article, parce qu'ils sont eux-mêmes adjectifs prépositifs, et qu'ils déterminent leurs substantifs.

Au contraire, avec mien, tien, sien, leur féminin et leur pluriel, on met toujours l'article, parce que ces mots ne sont point des prépositifs, mais des ad)eclifs pt>ssessifs qui se rapportent ii un substantif sous -entendu, f^oilà votre plume, donnez-moi la mienne; la mienne signifie la plwne mienne ; c'est une ellipse. L'article s'emploie en pareil cas, non pour déterminer mienne, mais pour concourir, avec cet adjectif, à déterminer le mot plume, qui est sous-entendu.

Enfin notre, v<tre, leur, se mettent avec le substantif sans article, ou avec l'article sans substantif exprimé, t^t.tre maisi II, la nôtre; leur fille, la leur.

La différence qu'il y a entre les adjectifs possessifs qui prennent l'article, et ceux qui ne le prennent point, c'est que les premiers renferment dans leur signification celle des seconds et celle de l'article; en sorte que ?Hci7t signifie fe mien; ton, le tien; son, le sien; ncs, les nôtres, etc. Mon livre, selon cette explication, veut donc dire, le mien livre ou le livre mien ; nos livres, c'est les livres nôtres, etc.

Mon, ton, son, ont cela de particulier, qu'ils s'emploient non-seulement avec les noms masculins, mais encore avec les féminins qui commencent par une voyelle ou par un h non aspiré. M.n âme, ton amitié, cl non pas, ma âme, ta amitié. • C'est use règle générale, (lue l'on supprime les adjectifs pussessifs avant un nom, toutes les fois que les circonstances y suppléent suffisamment. On dit, j'ai mal à la tête, ce cheval a pris le mors aux dents, et non pas,y«t mal à ma tête, ce cheval a pris son mors à ses dents. Les circonstances indiquent assez qu'il s'agit de ma tcte, et non de la tête d'un autre; du mors et des dents du cheval dont je parle, et non du mors et des dents d'un autre cheval.

L'usage des adjectifs possessifs de la troisième personne offre quelques difficultés. En parlant d'un homme ou d'une femme on dira, sa tète est belle, et on ne dira pas, la tcte en est belle, quoique sa et en aient ici la même signification. S'il s'agissait d'une statue, il faudrait dire, auconiralre, la tète en est belle, et non pas, sa tête est

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belle. C'est une règle générale, qu'il faut employer les adjectifs .s. m, sa, ses, lorsque l'on p;irle"dc personnes ou do choses que l'on pcrsoiuiilie, c'està-dire, auxquelles on attribue des vues cl une volonté. Hors ce cas, l'usage varie beaucoup.

On ne dira pas, en j.arlant d'une rivière, son lit est profond, maisie lit en est pn^f nd; on dw cependant, elle est sortie de son lit.

On ne dira pas d'un parlement, d'une année, d'une maison, ses magistrats sont intèprcs, .ses soldats sont bien discipliués, sa situatimi est agréable ; il faut dire, les Magistrats en smit intègres, les Soldats en 50/1^ lien disciplinés, la «•tuation en est agréable. CJpendatit on dit, lepurlement est mécontent d'une partie de ses magistrats ; l'armée a beaucoup perdu de ses soldats ; cette maison est mal située, il faudrait pouvoir la tirer de sa place.

D'après ces exemples, il est aisé de se faire une règle : ia voici. (Juand il s'agit de choses qui ne sont pas personnifiées, on lioit se servir du pronom en, toutes les fois qu'on en peut faire usage; et on ne doit employer l'adjectif possessif que lorsiju'il est impossible de se servir de ce pronom. On dira donc, V Eglise avait se?, privilews ; le parlement avait ses droits; la république avait conservé ses conquêtes; si la ville a ses agréments, la campagne a \es siens. 11 n'est pas possible de substituer ici le pronom en aux adjec- ^ lifs possessifs, et l'on doit par conséquent les'' employer. Mais si l'on lient se servir de ce pronom, on dira, en parlant de la ville, les agréments en sont préférables à ceux de la caiiipagnc ; d'une république, /es cit'ijcns en sont vertueux; d'un parlement, les magistrats en so7it intégres ; de l'Eglise, les privilèges en smt grands.

On peut faire l'aiiplication de cette règle aux exemples que l'on a donnés plus haut, et à beaucoup d'autres. On parlera donc également bien, soit que l'on dise d'un tableau, il a ses beautés, ou les beautés en sont supérieures ; et d'une maison, elle a ses ccmmodites, ou les commodités en sont grandes.

Quoique les adjectifs possessifs paraissent plus particulièrement destinés à marquer le rapport de propriété aux personnes, il est naturel de s'en servir pour marquer le même rapport aux choses, quand on n'a pas d'autres moyens. On dira donc de l'esprit, ses avantages; de" l'amour, ses mouvements; d'un triangle, ses côtés; d'un carré, sa diagonale, etc.

Je remarquerai par occasion , que ce tableau a ses beautés, et ce tableau a des beautés, nesisnificnl pas exactement la même chose. On dira, "ce tableau a ses beautés, en parlant a m"c1qu'un qui y trouve des défauts, dont on est obligé de convenir makré soi ; et ce tour exprime un consentement tacite aux critiques (lui ont etc faites. On dira, au contraire, ce tableau a des beautés, si l'on y trouve des défauts qu'on ne relève pas, qu'on veut même passer sous silence, et qu'on serait fâché de voir échapper aux antrcs -

On demande s'il faut dire, tous les juges ont opinéchacun selon ses lumière s, ox\ t.uslesjuges ont opiné chacun selon leurs lumières, ''o"': ''l'pundrc à celte question, il faut connaître la dillerente sisnilication des adjectifs ses et leurs or, le premier sisnific que la chusc appartient distributivemenl aux uns et au.v autres; et le second, qu'elle leur appartient à tous collectiveinenl.

De celte explication, il suit qu'on doit dire, tous les juges ont opiné chacun selon ses lumie-

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res ; car ce que vous dilcs de tous collectivement, c'est qu ils ont opine, et ce que vous dites distribulivemoiit, c'est que chacun a opine selon ses lumières. 11 y a ellipse, et le sens est, tous les jiifjes ont opiné, et chacun a opiné selon ses Ittrnières. On dira, au contraire, tous les jupes ont donné chacun leur avis suivant leurs lumières. Pour sentir la différence de ces deux tours, il faut remarquer que dans ces mois, les juges ont opiné, le sens collectif est fini, et qu'il ne l'est pas dans ceux-ci, les juges ont donné. Or, dès que chacun ne vient qu'après un sens collectivement fini, c'est à ce mot que tout ce qui suit doit se rapporter, et on doit dire distributivement, les juges ont opiné chacun selon ses lumières Mais si chacun vient avant que le sens collectif soit fini, ce qui suit ne peut plus se dire distribulivcment. On dira donc, les juges ont donné chacun leur avis suivant leurs lumières ; car le sens coUeciif ne finit qu'après avis, que chacun précède. Par la mcme raison, il faut dire, il leur a dit à chacun leur fait, et non pas son fait. On dira cependant, il a dit à chacun son fait., parce que, n'y ayant point de nom auquel l'adjectif possessif puisse se rapporter collectivement, chacun détermine le sens distribulif.

Des adjectifs conjonctifs. — Nous appelons, avec Condillac, adjectifs conjonctifs les mots que le commun des grammairiens appellent pronoms relatifs, tels que, qui, que, dont, lequel, laquelle. Assurément ces mots ne sont point des pronoms, car ils ne sont point de nature à pouvoir être substitués à un substantif.

Un substantif peut être modifié par une proposition incidente. Les vers de l'écrivain que vous aimez, dont vous recherchez les ouvrages, et auquel vous donnez la préférence. Voilà trois propositions incidentes; il s'agit de savoir quelle est l'énergie des mots que, dont, auquel.

Observons d'abord lequel, cl duquel, et disons :

L'écrivain lequel vous aimez et duquel Je

sais bien que lusage préfère l'écrivain que

et dont. Alais toutes ces expressions ont le même sens, et nous pourrons appliquera qui, que, dont, ce que nous aurons démontré de lequel et duquel.

Or, quand je dis l'écrivain, j'offre une idée dans toute sa généralité; et si j'ajoute lequel, ce mot restreint mon idée. J'annonce que je vais parler d'un individu, et je fais pressentir que je vais le désigner par quelque modification particulière.

Cette modification est exprimée dans la proposition incidente, et celte proposition est annoncée par le mot lequel, qui la lie au substantif, (le mot commence donc à déterminer celui d'écrivain, et par conséquent doit cire mis dans la classe des adjectifs.

Mais tout adjectif est censé accompagné de son substantif; et lorsque celui-ci n'est pas exprimé, il est sous-entendu. L'écrivain lequel vous aimez et auquel vous donnez la préférence, est donc pour l'écrivain, lequel écrivain vous aimez et auquel écrivait.. . . Or qui, que, dont, sont synonymes de lequel et duquel. Ce sont donc aussi des adjectifs, et toutes les propositions où nous les employons sunt des tours elliptiques. L'écrivain qui est donc pour l'écrivain, qui écrivain. Ainsi , bien loin que ces mots, qui, que, dont, lequel, tiennent la place d'un nom, ils le sous-enlendcnt au contraire toujours a[)rès eux. Nous les appelons adjectifs, parce qu'ils commencent à déterminer le nom ;

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conjonctifs, parce qu'ils le lient à la proposition incidente qui achève de le modifier.

11 faut remarquer que le nom que les adjectifs conjonctifs déterminent n'est pas toujoure exprimé; mais ils le suppléent. Qui vous a dit ceZa? c'est quel est l'homme, qui homme. Qui ne sait pas garder un sccrct,nemérite pas d'avoir des amis ; c'est l'homine, qui l'homme ne sait pas... Quelquefois aussi le conjonctif n'est précédé que d'un autre adjectif vague, celui qui; et alors il faut suppléer le substantif pour l'un et pour l'autre adjectif, celui homme, qui hoinme.

Quic\. lequel ne se rapportent d'ordinaire qu'à un substantif qui les précède; mais nous avons d'autres adjectifs conjonctifs qui ne se rapportent jamais qu'à des noms sous-entendus; ce sont quoi et où. Quand on dit, à quoi vous occupez vous? quoi est entièrement l'équivalent de lequel ou laquelle. C'est un adjectif qui est le même pour les deux genres; et il faut suppléer chose ou tout autre nom. Quelle est la chose, à quoi chose, pour à laquelle chose vous vous occupez ?

Quand on dit oiiallcz-rous? d'où venez-rousf le sens est : Quel at le lieu auquel lieu vous allez? quel est le lieu duquel lieu vous venez? Ces exemples font voir (jue l'adjectif où est équivalent à un conjonctif suiri de son substantif, et à une pro[)osition qui le pourrait précéder, mais qu'on supprime.

Lequel et laquelle sont formés des articles le, la, et des adjectifs quel et quelle, qui ne sont pas conjonctifs et qui s'emploient sou vent avec ellipse. Quel est-il? quelle est-elle? se disent par exemple, pour cet homme, quel homme est-il? celte femme, quelle femme est-elle? Nous disons aussi qni est-elle? Ces adjectifs ne souffrent point de difficulté. Il n'en est pas de même des adjectifs conjonctifs

Un adjectif conjonctif ne doit se rapporter qu'à un nom pris dans un sens déterminé. On ne dira pas l'homme est animal qui raisonne, vous avez été reçu avec politesse qui, parce que les mots animal et politesse, auxquels se rapporte l'adjectif qui, sont pris dans un sens indéterminé. Mais on dira bien l'homme est un animal qui raisonne, vous avez été reçu avec la politesse qui vous était due, parce que le mot un donne un sens déterminé au substantif animal, et que l'article la annonce que le substantifpoitiesse est pris dans un sens détermine.

.Mais pour qu'un substantif soit déterminé, il n'est pas toujours nécessaire qu'il soit précédé d'un prépositif tel que la, un, tout, quelque, etc. Il y a des phrases où, sans ces adjectifs, la détermination est indiquée par le sens. Ainsi l'on dira fort bien : Il n'a point de livre qu'il n'ait Z«; cette proposition est équivalente à celle-ci : // n'a pas un livre qu'il n'ait ht ; ou chaque livre qu'il a, il l'a lu. Il n'y a point d'injustice qu'il ne commette ; c'cst-a-dire, chaque sorte d'injustice particulière , il la commet. Est-il ville dans le royaume qui soit plus obéissante? c'est-à-dire, est-il quelque autre ville, est-il une ville qui soit plus obéissante que, etc. // n'y a homme qui sache cela; aucun homme ne sait cela.

Si l'on dit de tiuclqu'un qu'il agit en roi, en père, en ami, et qu'on prenne roi, père, ami, dans le sens spécifique et selon toute la valeur que ces mots peuvent avoir, on ne doit point y ajouter d'adjectif conjonctif; mais si les circonstances font connaître qu'en disant roi, peu»,

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mère, on a dans l'esprit l'idée particulière de tel roi, de tel père, de tel awi', et que l'expression ne soit pas consacrée par l'usage au seul sens spécifique ou adverbial, alors on peut ajouter l'adjectif conjoiictif et dire il se conduit en père tendre qui. . . car c'est autant que si l'on disait comme un père tendre ; c'est le sens |)arliculier <|ui peut recevoir ensuite une détermination singulière.

On dit absolument dans un sens indéfini, se donner en spectacle , avoir peur, avoir pilic. On ne doit donc point ajouter ensuite à ces substantifs, pris dans un sens général, des adjectifs qui les supposeraient dans un sens fini, et en feraient des individus uiclapliysiques. Onncdoit donc pas dire, se donner en spectacle qui déshonore, avoir peur qui trouble les sens, Clc.

Parmi ces adjectifs conjonctifs, les uns ne se disent que des personnes, et les autres se disent des personnes et des choses. 11 s'agit d'observer ce (jue l'usage prescrit à ce sujet. 11 faut d'abord distinguer si l'adjectif conjonctif est le sujet de la proposilion incidente, l'oijjet du verbe, ou le terme d'un rapport. Il est le sujet dans la science qui plaît le plus, l'objet dans la science que j'aime, et le terme d'un .-apport toutes les fois qu'il peut être précédé d'une préposition.

Lorsque le conjonctif est le sujet de la proposition incidente, ^widoit être préféré à lequel cl laquelle, soit qu'on parle de choses, soil qu'on parle de personnes : Les écrivains qui savent penser savent écrire ; les talents qui font le philosophe et ceux qui font Vlwinme social ne sont pas toujours les mêmes. On ne pourrait pas substituer ici lequel ou lesquels. Lorsque le conjonctif est l'objet du verbe, c'est encore une règle générale de préférer que à lequel et laquelle : Les arts que vous cultivez, les ennemis qu'il a vaincus. Lorsque le conjonctif est le terme d'un rapport qu'on pourrait exprimer par la préposition de, dont s'cmplcie en parlant des choses comme en parlant des personnes; il est même préférable n tous les autres : César dont la valeur, les biens dont vous jouissez, la maladie dont vous êtes menacé.

Si l'on voulait faire usage des autres conjonctifs, il faudrait distinguer s'ils se rapportent à une chose ou à une personne. Dans le premier cas, le plus sûr serait d'employer duquel ou de laquelle, et jamais de qui: Un arbre duquel le fruit, une chose de laquelle. Sur quoi il faut remarquer que do?it serait préférable.

Si le conjonctif se rapporte à des personnes, il faut préférer de qui à duquel et à de laquelle. César de qui la valeur.

Mais il y a une exception à faire à ces deux dernières règles. Pour cela, il faut observer que c?e ijui peut être le terme auquel se rapporte le substantif de la proposilioii incidente, ou le terme auquel se rapporte le verbe Dans César de qui la valeur, de qui est le terme auquel se rapporte le substantif la valeur, et il le détermine connue de César le déterminerait. Mais dans l'homme de qui TOUS m'avez parlé, de qui est le tcrine auquel on rapporte le verbe. Or, toutes les fois que le conjonctif est le terme aucjuel on rapporte le verbe, on peut se servir de qui ou de dont, qui est encore mieux.

Mais s'ilesl le terme auquel se rapporte le substantif de la proposition incidente, il faut distinguer: ou il est suivi de ce substantif, ou il en est précédé. S'il en est suivi, dont pourra se dire des jiersonncs et des choses, et de qui ne se dira que

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des personnes : La Seine dont le lit, et non p;vs Js qui. Le prince dont ou de qui la protection. S'il en est précédé, il faudrait toujours préférer duquel ou de laquelle: La Seine dtuis le lit de laquelle, le prince à la protection dnijucl. De qui ne serait pas si bien, même en iiarlani des iicrsonnes.

Avec la préposition à onemploie les conjonctifs lequel c[ laquelle, eu parlant des choses: La firtune ù laquelle je ne m'attendais pas. l'n itarlanl des personnes, on a le choix entre qui et lequel : Les amis à qui ou auxquels je me suis confié.

A quoi ne se dit que des choses absolument inanimées, et encore peut-on toujours y substituer auquel ou ù laquelle: C'est une objection à quoi ou à laquelle je ne m'attendais pas. On ne dini pas c'est vn cheval ù quoi je me suis fié, mais auquel. A quoi et de quoi ne s'emploient proprenient que lorscpi'on les rapporte a desciioscs i»lulôt qu'à des noms : C'est de quoi je me plains, c'est à quoi je ne m'attendais pas.

Il y a des occasions où que se met jwur « qui : C'est d vous que je parle ; cl d'autres où il s'emploie pour dont : C'est de lui que je parle; on ne doit pas même s'exprimer autrement.

Oit et d'où ne sediscnt jamais que des choses : f^oilù le point où, je m'arrête ; voilà le principe d'où je conclus.

Avec toute autre i)réposit:on qu'« et de, le conjonctif ieçi/eZ, laquelle, peut se dire des personnes et des choses; mais qui ne s'emploie qu'en parlant des personnes : Les revenus sur lesquels vous comptes ; les accidents contre lesquels vous êtes en garde ; l'homme chez qui OU chez lequel vous allez ; la personne avec qui ou avec laquelle vous m'avez compromis.

S'il s'agit de choses inanimées, on emploie quoi ou lequel: Le principe sur quoi OU sur lequel je me fonde, la chose en quoi ou dans laquelle il a manqué.

De la terminaison de l'adjectif. — L'adjeciif et le substantif mis ensemble en construction ne présentent à l'esprit qu'un seul et même individu, ou physique ou métaphysique. Ainsi l'adjectif n'êlanl réellement que le substantif inéme considéré avec la (|ualité que l'adjectif énonce, ils doivent avoir l'un et l'autre les mêmes signes des vues particulières sous Icstpielles l'cspril considère la chose qualifiée. Parle-l-on d'un objet singulier, l'adjectif doit avoir la termmai^on des;inéc à marquer le singulier. \'oyez Nombre. Le substantif est-i! de la classe des noms ([u'on appelle masculins, l'adjectif doit avoir le signe destiné à marquer les noms de cette classe. "Voyez Genre. Il en est de même à l'égard du pluriel et du féminin; c'est ce que les grammairiens appellent concordance ou accord de l'adjectif avec le substantif. Voyez Accord.

Si un adjectif est terminé par un e muet , comme sage, fidèle, utile, facile, habile, timide, riche, aimable, volage, troisième, quatrième, clc, alors l'adjectif sert égalomenl pour le masculin et pour le iendnin : Un amant fidèle, une femme fidèle. — Cependant, wat/rc, traître, diable, font au féminin maîtresse, trallro^ise, diablesse ; mais peut-être est-ce pane qu'on emploie souvent ces adjectifs substaniivcmont. [Graininaire des Grammaires, p. 2)0.) Si un adjectif est terminé dans s;i première dénomination par queliiuc autre lettre que par un e muet, alors celte première terminaison sert |)our le genre masculm, pur, dur, brun, savant, fort, bon. A l'ésard du féminin, il faut distinguer: ou l'adjectif finit au masculin par une voyelle, ou il

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est terminé par une consonne. S'il finit par toute autre voyelle que par un emucl, il faut ajouter seulement Ve nuiet après celte voyelle, et on aura la terminaison féminine de l'adjectif: Sensé, sensée; joli, j'dlie ; bourru, bourrue. Si l'adjectif masculin finit par une consonne, délachez cette consonne de la lettre qui la précède, cl ajoutez un e muet à celle consonne délacliée, vous aurez la terminaison fcmininede l'adjectif: Pur,pu-re ; saint, sain-te; sain , sai-ne ; grand, gran-de ; sot, so-te; bon, bo-ne. A la vérité, les maîtres à écrire, pour multiplier les jambages, dont la suite rend l'écrilurc i)lus unilurme et plus agréable à la vue, ont introduit un second n dans bo-ne, comme ils ont introduit un m dans ho-me, un t dans so-te. Ainsi on écrit communément bonne, homme, honneur, sotte, etc.

Quelques adjectifs s'écartent de celte règle. On disait autrefois au masculin, bel, nouvel, fol, mol; et au féminin, selon la règle, belle, nouvelle, folle, mclle. Les féminins se sont conservés, mais les masculins ne sont en usage (juc devant une voyelle : Un bel homme, un nouvel amant, un fol amour. Ainsi, beau, nouveau, fou, mou, ne forment poiRt de féminin ; mais espagnol est en jsage, et ,.i '•^'^inin est espagnole

Blanc, fait Uancne ; franc, franche; long, fait jnguc ;ce qui fait voir que le g de lo7ig est le^ fort que les modernes appellent gue. Bénin fait henigne; malin, maligne; caduc fait caduque; doux, douce; favori, favorite; frais, fraîche; gentil, gentille ; jaloux, jalouse ; public, publique; sec, sache; tiers, tierce.

Les adjectifs en teitr font teuse au féminin lorsqu'ils viennent directement d'un verbe français: Quêteur, quêteuse; menteur, mentcttse. Il y a quelques exceiilions; voyez bailleur, défendeur, demandeur, pécheur. — A l'égard des adjectifs eu teur qui ne viennent point dircclemenl d'un verbe français, ils changent teur en irice pour le féminin : Dispensateur, dispensatrice, etc.

Ceux des adjectifs en eur qvti éveillent une idée d'opposition ou de comparaison, prennent un e muet au féminin : ^intérieur, antérieure; meilleur, meilleure ; stipéricur, supérieure, etc.

Ambassadeur fait ambassadrice.

Gouverneur, serviteur, n'ont point de féminin; on emploie les mois gouvernante et servante, ioTmés sur les participes (70?/t7e)V(a7t<, servant. Chasseur fait chasseuse et chasseresse. Voyez Chasseur.

Tous les adjectifs en eux font euse au féminin : Heureux, hciiretise ; vertueux, vertueuse.

Le /'et ier sont au fond la même lettre divisée en forte et en faible. Le f est la forte, et le v est la faible. De là, naïf naïve; abusif, abusive; chétif chétive ; défcnsif, défensive ; passif , passive; né'/alif négative ; purgatif, purgative, elc.

On dit mon, mu ; ton, ta; sr.n, «a;mais, devant une voyelle, on dil également au féminin, mon, ton, son ; mon âme, ton ardeur, son épée ; ce que le mécanisme de l'organe a introduit pour éviter le bâillement qui se ferait à la rencontre des deux voyelles, ma âme, ta épée, sa épouse. En ces oc- .^asions, mon, ton, son, sont féminins, de la même manière que mes, tes, ses, les, le sont au pluriel, quand on dil mes filles, les femmes, etc.

On écrivait autrefois, au masculin comme au féminin, éthérée, ignée, instantanée, momentanée, simultanée, et spontanée ; oïi a rejeté avec laison ces exceptions adoptées sur un léger fon- «j3ment; et ces uimIs s livent aujourd'hui la règle

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générale. On dit éthéré au masculin, eVAere» au féminin, etc.

Lemot (7e«s offre une exception singulière à la règle qui veut que l'adjectif prenne la terminaison qui convient a>i genre que l'usage a donné au substantif. On donne la lenninnisdn féminine à l'adjectif (jui le précède, et la masculine à celui <iui le suit, fût-ce dans la même i)hrase. Voyez Gens.

A l'égard de la formation du pluriel, c'est une règle générale que tous les adjectifs, de quelque termin;iison qu'ils soient, forment leur pluriel par radditit)n d'un s, soit au masculin, soit au féminin -.grand, graiids ; grande, grandes ; petit, petits ; petite, petites.

Celle règle a plusieurs exceptions. 1" Les adjectifs terminés au singulier par un s ou un x, ne changent point au pluriel. Tels sont, gras, gros , heureux, jaloux, etc. On dil il est jaloux, et ils sont jaloux; il estdoux, et ils sont doux, cic. 2" Les adjectifs terminés en eau forment leur pluriel au masculin en ajoutant x; ainsi, hcuu, jumeau, nouveau, font beaux, jumeau. t, nouveaux. 3° Les adjectifs terminés en al forment leur pluriel au inasculin, en changeant celte terminaison Gi\ aux : Egal, égaux ; verbal, verbaux ; féodal, féodaux; nuptial, nuptiaux, etc.

Cependant il y a plusieurs adjectifs terminés en al qui ne prennent poir.-; rn/.rau pluriel; tels sont amical, automnal, colossal, frugal, glacial, ?iaval, etc. L'Académie dit que ces mots n'ont point de pluriel au masculin. Cependant Bailly i'aslronome a dit des vents glacials, et je pense que, puisqu'on dil un combat naval, on pourrait bien dire aussi des combats navals. Quant au mol fatal, l'Académie, dans son édition de 1835, lui donne pour pluriel : fatals, mais elle ajoute qu'il est peu usité.

Saint-Lambert a dil ;

Fuyez, volez, inslanls f.itals à mes désirs.

A l'égard des mots bénéficiai, e.rpérimental, labial, virginal, on dit (pi'ils n'ont point de pluriel au masculin, prol)ablement parce qu'ils ne s'emploient ([u'avec des noms féminins, savoir: bénéficiai avec matière, cause cl pratique ; expérimental avec physique et philosiphic ; labial avec lettre et offres; virginal avec pudeur, OU avec lait, qui n'a point de pluriel. — Mais ne diion pas un teint, un air virginal; et alors des teints , des aiis virginulsf {Grammaire des Grammaires, [). 'i^H.)

A l'égard des adjectifsqui finissent cnent ou ant au singulier, dil Duinarsais, on forme leur pluriel en ajoutant s, selon la règle générale ; et alors on peut laisser uu rejeter le <",- cependant lorsque le t serl au féminin, l'analogie demande qu'on le garde: Excellent, excellente; excellents, excellentes. L'Académie reje/le le t dans les deux cas, et la plus grande partie des écrivains la suivent er. cela. La principale raison (jue l'on apporte contre celte suppression, c'est que si l'on dil au masculin pluriel paysans et bienfaisans sans t final, les étrangers pourront ce conclure que le pluriel féminin est le môme pour ces deux mois; et, par conséquent, ou (ju'on doit dire au féminin paysantes, parce qu'on dit bienfaisantes, OU qu'on doit dire bienfaisannes, pavcc qu'on dit paysatmes. Je réponds à cela que ce n'est pas pour les étrangers, mais pour les nationaux, ([ue l'on forme et que l'on perfectionne une langue, et qu'une considération de celle nature ne doit pas nous

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emp'chor {\o simplilicr notre orthographe. Si la cominoililé ilos élrangers nous eût servi de guide dans les changements que nous avons faits à noire langue, nous écririons encore sçavoïr au lieu de savoir ; aucthc.riti', au lieu i\'(tvtorllê; asne,u\\ lieu A' âne ; nous dirions ire, nu lieu de cvlère ;nicture, au lieu de perte ; itérer, au lieu de reitérer, etc.; et cette manière d'écrire et de parler, |>lus rapprochée de la source étymologi(iue, leur i'aciliterait beaucoup rintelligcnce de ces mots. Dans la dernière édition de son DJLlionnairc, l'Académie conserve partout le /, et c'est aujourd'hui la lègle générale. Nous avons cru devoir la suivre dans celte édition, tout en laissant subsister les observations de l'auleur.

Autrefois on disait lettres royava , ordonnances royaux; ct ce mot s'est conservé en chancellerie et en jurisprudence. Cependant je crois qu'on ne l'empl lic plus guère qu'en parlant des antiennes lettres cl ordonnances. 11 est cerlain du moins qu'on dit :\\xio\:.Tà'\i\x\ ordonnances rmjalcs, en parlant des ordonnances du roi. Raynouard explique ainsi cette forme bizarre dans ses observations sur y Examen critique des Dictionnaires de la langue française, par Ch. JNodier : « Royal, comme tous les adjectifs venant des a<ljectifs latins en alis, était invarial)!e, c'est-a-dirc des deux genres, dans les idiomes des troubadours et des trouvères, ainsi qu'il l'était dans la langue latine. «

La règle qui dit qu'un adjectif doit être au même genre et au même nombre que le substantif qu'il modilic, donne quoliiuefois lieu à des doutes et à des diflicullés. IV.ur les lever, il ne faut point perdre de vue celle régie fomiamentale.

Il y a des occasions où l'adjectif se met au pluriel, quoique le substantif (pi'il paraîtrait devoir modilier soit au singulier. 0\\ Ah la plupart des hommes sont ignorants; et l'on parlerait mal si l'on disait la plupart des Iwvimes est ignorante. La raison de cette façon de parler vient de ce que la plupart des hommes étant la même f'hose i.\\ic les hommes potir la plupart, nous rapportons l'adjectif ignorant au pluriel hommes, dont nous sommes préoccupés, et nous oublions que le sujet delà proposition est un substantif singulier cl féminin.

Lorsqu'un adjectif modi^e des substantifs de différents genres, il ne change ordinairement sa terminaisoïi (jue pour prendre le pluriel. Cet Jiomme et cette femme sont prudents. Si on dit prudents, et non pas prudentes, dit Condillac, d'où je tire cet anicle, ce n'est pas, comme le pensent les grammairiens, parce que le masculin est plusnobfe; mais, puisqu'il n'y a pas plus de raison pour faire l'adjectif masculin que pour le faire féminin, il est naturel qu'un lui laisse sa première forme, qui se trouve celle (ju'il a plu d'appeler ^enre masculin.

Une prenve que la noblesse du genre n'est point une raison, c'est que l'adjectif se met toujours au féminin, lorsque, de plusieurs substantifs, celui qui le précède immédiatement est de ce genre. On dit il a les pieds et la tête nue, ct non pas nus; il parle avec un goût et une noblesse char- 7nante, et non pas charmants. L'adjectif dégénère-l-il ici de sa noblesse en prenant le genre "féminin?

La raison de cet usage, c'est que l'adjectif qui précède ou suit immédiatement son sul»stantif ne forme avec ce substantif qu'une seule et même idée, et que nous sommes tellement accoutumés à les identifier dans notre esprit, que toute termi-

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naison de l'ailjectif qui parait le sépan-r de ce substantif est vraiment cliu(iuanle. .Nous serions choqués de lire tète nus, jv blesse charmants. C'est pourquiii nousdiM)ns nue et charmante mi singulier et au féminin, (juoiipio ces adjectifs se nipporlent à deux substantifs de tronre différente Si nous n'avions pas cette raibuu '|),ui- leur di.n-^ ner la terminaison féminine, nous les laisserions ; dans leur première forme, lui effet, on dit mes j'eds et ma tète sont nus, ct non pas nue, parci' • ;ue tête et m/* étant séparés l'un de l'auln-, l'ad- ; 'clif ne s'offre pas à l'esprit comme ne faisant lu'une seule et même idée avec ce substantif. Nn offre ici l'attribut d'une propositii'n «jui, i ayant un sujet composé de deux substantifs, doit se rapportera l'un et à l'autre, et prendre la ter- ! minaison qui indique ce rapport commun. j Domergue s'est élevé contre cet usacrc, et a j prétendu que l'on doit dire les yeux et la' bouche I ouverts. Une jihrase, dit-il, qui ne ren(l qu'incom- I idélement la pensée peut-elle être avouée par la 1 saine gi-ammairc? — Oiii, pourvu qu'elle se comj pléte aisément dans lesprit par des mots sous-cnicndus (lue le sens inditpie suffisamment. Or, dans il avait les yeux et la bouche ouverte, l'adjcrtif ouverte, aiiplicpié à un substantif féiniidn, el devant l'être pareillement à un substantif masculin, indique suffisamment que cet a<lje(tif masculin doit être suus-entendu. Le sens de la phrase est donc il avait les yetix ouverts et la bniche ouverte. Ne voil-on pas, dans la langue, millt exemples où un adjectif d'un genre "fait naître l'idée du même adjectif de l'autre genre, sous-entendu pour cause d'élégance ou de précision ? Ne lit-on pas dans Voltaire", Nan. ,acl. I, sc.tii, J8:

L'bumrae estjaîoujc dés qu'il peut s'enflammer; La femme l'est (jalouse) même avant que d'aimer.

Et dans La Bruyère : La faiblesse est plus opposée à la vertu que le vice; c'est-à-dire, que le vice n'v est opposé? Pourquoi donc ne ferait-on pas usage de l'ellipse dans les cas où l'expression complète offre (pielquc chose de choquant , un substantif et un adjeetifijui, devant ne faire qu'un \nv la force de leur rai»prochement, se trouvent disjoints par la différence de leurs terminaisons?

J'ai deux choses ouvertes, continue Domergue, lesyeu.T et la bouche, et je à\^,j'ai les yeu.T et lu bouche ouverte; ouverte attache ù la bouche l'idée d'ouverture, mais rien n'attache cette idée a yetix. 11 n'est pas vrai que, dans la phrase en (|uestiou , rien n'attache l'idi'C d'ouverture a >/eux. Quand j'ai lu j'ai les yeux et la bouche, je sens que les yeux et la bouche vont être mo difiés p:ir un adjectif commun, el dès que je lis cet adjectif, je le rapiiorle à l'un el à l'autre sub stantif, soilparsuite d'une terminaison commune, soit par le moyen de l'ellipse. — La Grammaire des Grammaires remarque qu'il est mieux d'énoncer le substantif masculin le dernier, ce qui fait cesser tout embarras (p. 2'W)-

Des degrés de comparaison. — Outre le genre et le nombre dont nous venons de parler, les adjectifs sont encore sujets à un autre accident qu'on appelle les degrés de comparaison, cl qu'on devrait plutôt appeler degrés de qualification ; car la qualification est susceptible de plus ou de moins: Bon, meilleur; excellent ; .savant, plus savant, très-savant. Le premier de ces degrés est :i\>pc\c positif ; le second, comparatif; cl le troisième, superlatif Le /jo^/t/" consiste dans la simple qualification, faite sans aucun rapport au plus ou au moins: savant. Le comparatif esl une

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qualification faite en augmentation ou en diminution, lelalivement à un autre degré de la même qualité, plus sarant, moins savant. l.C stipcrlatifqu-dWWo. dans le plus haut degré, c'e>t-à -dire, dans celui (jui est au-dessus de tous ; au lieu (jue le comparatif n'est supérieur qu'à un des degrés de la qualité : celui-ci n'exprime qu'une comparaison particulière, et l'autre en exprime une universelle, f^oyez ces mots.

Du régime des adjectifs. — IX )' a des adjectifs qui,n'ofl'raiit par eux-mêmes qu'une signilicalion vacue et indéterminée, exigent après eux quelques modilicatifs qui déterminent cette signilicalion. Ainsi, aprè" avoir dit qu'un homme est digne, est capable, il faut ajouter à ces adjectifs quelque modilicatif qui exprime de quoi cet homme est digne ou capable : Digne de louanges, napalle de tromper. Ces modilicatifs, que Ton ajoute aux adjectifs pour déterminer leur signification, sont ce qu'on appelle les régimes des adjectifs.

Quelques adjectifs se mettent tantôt avec un régime, tantôt sans régime, selon qu'on les prend dans un sens déterminé ou indéterminé. Dans/e vis content, content est pris dans un sens déterminé par l'idée générale de contentement; dans je vis content dcnia fortune, content est présenté dans une signilication vague que l'on détermine par les mots, de ma fortune.

Le régime de quelques adjectifs se forme avec la préposition de. Digne de louange, capable de tout, content de son sort, accusé d'un crime, etc.; d'autres se forment avec la préposition à, comnie bo7i à manger, agréable à la vue, opposé à la règle, adonné aux plaisirs, sujet à mentir, etc.

Une règle essentielle à l'égard de ces régimes, c'est de ne pas réunir sous une même préposition deux adjectifs qui exigent des prépositions différentes. On parlerait irial en disant : L'esprit de conquête, passion funeste et ruineuse aux nations commerçantes. On dit bien funeste à, mais on ne dit pas ruineux à : celte préposition ne peut donc pas convenir à ce dernier adjectif; et elle est d'autant plus déplacée ici, qu'elle vient immédiatement après l'adjectif qui la repousse.

De la place des adjectifs.— Yaui-W placer l'adjectif avant ou après le substantif qu'il modifie? Voilà une question ([ui n'a point encore été éclaircie par des règles certaines; et les meilleurs grammairiens se" sont contentés de nous dire que nous n'avons sur ce point d'autre règle que l'oreille exercée. (Dumarsais.)

Pour parvenir à découvrir quelque lumière dans une matière si obscure, il ne sera pas inutile de faire connaître ici comment les logiciens divisent les adjectifs.

Les adjectifs, dit Dumarsais, étant destinés par leur nature à qualifier les dénominations, on en peut distinguer principalement de quatre sortes, savoir : les nominaux, les verbaux, les numéraux et les pronominaux.

Les adjectifs nominaux sont ceux qui (jualifient par un attribut d'espèce, c'est-à-dire, par une qualification inhérente et [iermanenlc, soit qu'elle naisse de la nature de la chose, de sa forme, de sa situation ou de son état, tels que, bon, noir, simple, beau, rond, externe, autre, pareil, semblable.

Les adjectifs verbaux (jualificnt par un attribut d'évenoincnl, c'est-a-dirc, par une (lualilê accidentelle et survenue, c{ui parait être Icffet d'une action qui se passe ou qui s'est passée dans la chose; tels sont, rampant, dominant, liant, cu-

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ressaut; bonifié, simplifié, noirci, embelli. Us tirent leur origine des verbes: les uns du participe présent, comme, rampant, dominant. Caressant, etc.; les autres du participe passé, comme bonifié, simplifié, noirci, embelli.

Les adjectifs numéraux sont, comme leur nom l'indique, ceux qui (lualificnt par les nombres cardinaux, comme un, deux, trois, etc., ou par les nombres oïdinaux, comme premier, second, etc.

Les adjectifs pronominaux qualifient par un attribut de désignation individuelle, c'c^t-à-di^e par une qualité qui, ne tenant ni de l'espèce, ni de l'action, ni de larrangement, n'est qu'une pure indication de certains Individus. Ces adjectifs • sont, ou une qualification de rapport personnel, comme mon, ma, ton; notre, votre, son; leur, mien, tien, sien; ou une qualification de quotité vague et indéterminée, tels que, quelque, plusieurs, tout, nul, aucun, etc., ou enfin une qualification de simple représentation, comme ce, cet, chaque, tel, quel, certain.

Au commencement de cet article, nous avons distingué les adjectifs en adjectifs qui modifient les noms en expliquant queliiu'unc des qualités de l'objet qu'ils désignent, et en adjectifs qui déterminent le decré d'étendue sous leijuel on conçoit les noms auxquels on les ajoute. De celte division résulte une rcsfle cénérale pour la position des adjectifs; c'est qu'ils doivent être rapprochés le plus qu'il est possible de leurs substantifs. En effet, le nom ne pouvant être bien connu que par la fixation de l'étendue de sa'signification cl par le développement des qualités que l'on attribue à l'objet qu'il signifie, l'esprit resterait dans le vasuc et l'incertitude, ou prendrait une fausse direction pour l'intelligence de la pensée, si ces deux espèces de modifications ne l'cclairaient pas en même temps.

Il n'y a point de difficulté pour les adjectifs métaphysiques que nous avons appelés prépositifs; leur nom indique leur position. Ainsi, les adjectifs déterminatifs le, la les; les adjectifs démonstratifs ce, cet, cette, ces, à lexccplion de ci et là; les adjectifs possessifs, mon, ma, mes; ton, ta, tes; son, sa, ses; notre, 7ios; votre, vos leur, leurs, doivent toujours précéder le substantif. On pculy^iouicrplusieurs, quelque, tout, nul,aucvv, quel, tel, certain, qui sont aussi des prépositifs. Parmi ces adjectifs sont compris les adjectifs pronominaux. Ainsi, l'on peut dire que les adjectifs pronominaux se mettent devant leurs -yibstantifs. Il faut en excepter quelconque, qui se place toujours après. Une raison quelconque, un obstacle quelconque.

Les adjectifs numéraux qui qualifient par les nombres cardinaux précèdent aussi les substantifs, qui sont des noms aiipcllatifs : Un homme, une femme, deux enfants; mais ils se mctlenl après les noms propres: Charles deux, Henri quatre, Charles six, Charles neuf; el alors ils sont mis par abréviation pour des noms de nombre ordinaux. C'est comme si l'on disait Henri quatrième du nom, Charles sixième du nom, etc. Cependant on ne dit pas Charles un. François un, etc., mais Charles premier, François premier. Les adjectifs numéraux qui modifient \>nr des nombres ordinaux précèdent aussi ordinairement Icuvssubslani'ik: le premier livre, le second livre. Cependant, dans les citations, on dit livre premier, livre second. Quand on les emploie après les noms propres, ils les suivent immédiatemcnl : Charles premier, François premier.

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Nous avons vu que les adjcctil's conjonctifs suivent toujours les substantifs auxquels ils ont rapport : La personne qui vous a parlt', les auteurs que j'ai lus, les sciences auxquelles il s'est adonné, etc.

Les adjectifs verbaux, formés du participe présent ou du participe passe des verbes, se mettent toujours après leurs substantifs : Une personne séduisante, un livre attachant, des fruits pendants, unesprit rampant, l'onde mugissante ; un objet aimé, un prince redouté, un secours assuré.

Cette règle est sans exception pour les adjeclii's formés des participes passés. QueUiues grammairiens ont cru qu'elle ne l'était pas pour ceux qui sont formes des participes présents; et ils ont excepté charmant, riant, etc., pnrce (ju'ondil un charmant ouvrage, une riante campagne, etc. Mais ces deux adjectifs, charmant et riant, ne sont pas réellement formés des participes présents des verbes charmer et rire. Un ouvrage charmant n'est pas proprement un ouvrage qui charme dans les deux sens attribués à ce verbe, mais un ouvrage qui plaît extrêmement par ses détails. Je dirais à une personne qui se conduit envers moi d'une manière agréal>le et llatteuse, à laquelle je n'avais pas lieu de m'altcndre : Fous me charmez par votre conduite, par vos procédés, par vos discours; mais je ne lui dirai pas pour cela, dans le même sens : Fous êtes charnante, vous êtes une charmante persoîtne. 11 en est de même de riant dans une riante campagne. Cet adjectif n'est pas formé du participe présent du verbe rire ; car alors il signilierait une campagne qui rit, ou qui a l'hahitude de rire. 11 signifie proprement, qui plait par des détails agréables, gracieux. Ces deux adjectifs sont donc plutôt composés à l'imitation des verbes charmer et rire, que des adjectifs formés des participes jirésents de ces deux verbes : car ils ont une signification toute diférenle de celle de ces deux participes. On peut donc dire que la régie est piesque sans exception, surtout en prose. On dit en prose une lumière brillante ; il n'y a guère qu'en poésie, ou dans le discours soutenu, qu'on dise une brillante lumière.

Il ne reste donc plus qu'à marquer la place des adjectifs nominaux. Nous avons ditijuc ces adjectifs sont ceux qui qualifient par un attribut d'espèce, c'est-à-dire, par une (lualité inliérenle et permanente, soit qu'elle naisse de la nature de la chose, de sa forme, de sa situation ou de son état.

11 y a donc des adjectifs nominaux qui expriment une qualité inhérente ol permanente qui nait de la nature du sujet; d'autres qui indiquent une qualité inhérente et permanente qui nait de sa forme; d'autres, enfin, qui indiiiuent des qualités inhérentes et permanentes qui naissent de la situation ou de l'état du sujet; et tous ces adjectifs qualifient par un attribut d'espèce.

Le propre de tous ces adjectifs est donc de distinguer, par une qu;Mification d'espèce, les noms auxquels ils sont joints, de manière qu'ils ne puissent pas être confondus avec les autres substantifs de la même dénomination, qui sont d'une autre espèce. Une mauvaise habitude est une habitude mise par l'adjectif mauvaise dans l'espèce des habitudes qui sont mauvaises j)ar leur nature; U7ie table ronde est mise par l'adjectif ronde dans l'espèce des tables qui ont cette forme; un lieu inaccessible est un lieu qui, par l'adjectif inaccessible, est mis dans l'espèce des lieux dont on ne peut approcher ; une île déserte est une ilc qui, par l'adjectif déserte, est mise

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dans l'espèce des îles qui sont dans celte situation. Toutes ces qualifications servent donc à distinguer l'objet indique par le substantif, de tous les autres objets de même nom, ipii u'uiii pas la qualité indiquée par l'adjectif.

Mais, outre celle idée de distinction, ceux de ces adjectifs qui exprimenl une (piaillé ipii natl de la nature du sujet présentent encore n- sujet comme possédant individuellement en lui-iiiémo les(iualilés naturelles qu'ils expriment. l'ar exemple, quand je dis une mauvaise habitude, l'adjectif mauvaise met bien le substanlif dans l'espèce des qualités qui sont mauvaises; mais il indiiiue aussi la qualité mauvaise cdinme existant individuellement dans le sujet «lu'il modilie II a donc fallu deux manières, l'une pour exprimer la simple distinction spécifiipie, et l'autre pour marquer en même temps et cette distinction «l la (lualilication individuelle du sujet Pour cela, on a placé ces sortes d'adjectifs avant ou après le substantif. Après, ils maniuont la simple distinction spécifique; avant, ils expriment et celle distinction et la qualification individuelle Ainsi une habitude mauvaise est simplenient une habitude distinguée des autres habiuidcs ; mais une mauvaise habitude, est une habitude (]iii est mauvaise, et qui, par ses mauvaises (jualités, est distinguée des autres habitudes. Dans la |)reinièrc phrase, la distinction est l'idée principale; dans la seconde, c'est la qualification. Dans le fond, il y a bien qualification dans l'une et dans l'autre; mais la première distingue en (pialifianl, et la seconde qualifie en distinguant. Un homme savant est un homme distingué des autres classes d'hommes par sa science; u?i savant homme est un homine qui possède des connaissances scientifi- ([uesqui le distinguent des autres classes d'hommes. Un homme juste esl un homme distingué des autres classes d'hommes par l'habitude qu'il a d'exercer la justice; une juste récompense an une récompense qui, par sa nature, est conforme aux règles de la justice.

C'est par celte raison que les adjectifs (pii expriment des qualités générales (jui dérivent de la nature des choses, se inettent ordinairement avant les substantifs, surtoiit lorsqu'on a particulièrement en vue d'identifier ces (|ualités avec ces objets; tels sont bun, méchant, mauvais, beau, laid, rond, petit, etc. : Un bon homm(- , un méchaîit homme, une belle femme, une laide figure, une grande maison, une grosse femme, une petite flic. Voilà pour(|uoi on aiJjielle honnête homme un homme (pii possède toutes les (jualités solides qui coiistilucnl l'homme estimable, ei homme honnête, celui (jui cherche à plaire par des démonsirations de |)olitessc. l'n galant homme est un homme qui possède toutes les qualités propres à rendre un homme estimable; vn homme galant csl un homine qui, par des manières frivoles, cherche à jilaire aux dames. Un homme plaisant esl un iiomme qui se distingue des autres par des manières extérieures enjouées, folâtres, cl qui font rire; un plaisant ho/nme est un lidinme plein de mauvaises qualités qui le rendent ridicule, lii/arre, singulier. Une grosse femme est une femme qui, de sa nature, a beaucouj» d'embonpoint ; une femme grosse est une femme qui est dans l'étal accidentel de *^rossesse.

Dans l'ordre naturel , tous les adjectifs nominaux devraient, ainsi que les adjectifs verbaux, être placés après leurs substantifs; car il faut connaître un objet avant de le qualifier.

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Mais l'usage d'en placer plusieurs avant , dans certaines circonstances, est venu de l'impalicncc de caractériser d'abord un ol>jct par les qualilos dont on est préoccupe ; de l'emprcsscinent de préparer lu vrai jour dans lequel on veut le faire voir; du désir de prévenir toulc équivoque sur hdée qu'on s'en est faite, et qu'on veut communiquer aux autres; du iiesoin de fixer l'esprit plutôt ?ur les qualités de l'objet que sur sa simple distinction spécifique. Aussi est-ce parliculiércmenl dans les cas où parlent les passions que les adjectifs se montrent avant les substantifs ; aussi est-ce particulièrement dans la poésie, qui sans cesse a besoin d'images, que ces sortes d'inversions se multiplient d'une manière qui est interdite à la prose. Ainsi l'amour ne voit pas seulement un objet aimable, charmant, adorable, il voit un aimable objet, vn charmant objet, un adorable objet. L'ami ne dit pas seulement que son ami lui est cher; il dit i]uc c'est son cher ami; il l'appelle son cher ami. L'homme en colère ne voit pas seulement dans celui qui l'a irrité un homme méchant, mais un méchant homme; et Orgon, sortant de dessous la table où il a connu toute la scélératesse de Tartufe, ne dit pas, voila un homme abominable; mais ,

Voilà, je TOUS l'avoue, un abominable homme.

(Ad. lY, se. VI, 1.)

Un amant dira de sa maîtresse (]u'clle lui lançait de tendres regards, parce (jue l'idée de tendresse est ce qui l'intéresse le plus. L'n homme indifférent dira qu'une femme lançait à un autre homme des regards tendres, parce qu'il ne s'intéresse point à ces regards, et qu'il veut seulement les faire connaître, en les distinguant, par un adjectif, de la classe des regards indifférents.

En descendant à des sentiments moins vifs, nous verrons que nous sommes portés à énoncer les qualités bonnes ou mauvaises des objets, avant ou après ces objets, suivant que ces qualités nous affectent plus ou moins, ou que nous voulons plus ou moins y intéresser les autres. f^oilà un jardin qui est beau, voilà tin jardin superbe, un jardin magnifique, dira un homme qui, après avoir vu un jardin, juge simplement qu'il est beau, superbe, magnifique; voilà un beau jardin, un superbe jardin, un magnifique jardin, dira celui qui aura été vivement frappé de la beauté, de la grandeur, de la magnificence du jardin; et, en parlant ainsi, il joint à l'expression d'un jugement celle du sentiment d'admiration qu'ils éprouvé. Si je parle d'un homme qui est dans la misère, sans relation aux moyens de l'en tirer, ou à l'intérêt qu'il peut inspirer, je dirai il est dans une misère extrême; mais si je veux marquer l'intérêt que je lui porte, ou attendrir quelqu'un sur son sort, je |)résenterai l'excès de sa misère comme l'idée principale, et je dirai, il est dans une extrême misère, dans la dernière misère.

Il ne faut pas perdre de vue que les adjectifs qui peuvent être placés avant leurs substantiis doivent exprimer des qualités tirées de la nature de l'objet exprimé par le substantif. Pour cela il est nécessaire qu'il y ait une analogie prochaine entre les idées exprimées par le substantif et par l'adjectif. Je m'explique. L'adjectif sage exprime une idée qui peut être, et qui est en effet commune à un grand nombre d'individus de l'espèce humaine, mais qui n'a pas un rapport direct, une analogie prochaine avec la nature de tel ou tel

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homme en particulier considéré comme homme Je ne puis donc pas dire un sage homme, parce qu'il n'y a qu'une analogie éloignée entre les doux idées. Mais si je considère un liomme comme revêtu d'une magistrature dont le caractère principal doit être la sagesse, ce caractère le rappruchera de l'idée de la sagesse; il y aura entre le.^ deux idées une analogie prochaine, et je pourrai dire un sage magistrat.

Les adjectifs qui désignent des qualités tirées delà nature du sujet ont cela de particulier, que, dés qu'on entend le substantif (ju'ils caractérisent, ils s'identifient avec lui pour ne faire qu'une seule et même idée. Quand j'ai prononcé bon, et que je dis ensuite Tsain, ces deux mots, &on et /)ai«, s'identifient tellement dans m^ncsprit qu'ils n'y forment plus qii'une seule et même idée. Mais si je dis frais pain, rassis pain, les adjectifs frais et rassis ne tenant point à la nature du pain, cl n'exprimant qu'un étal accidentel de la chose, il n'y a i>as une analogie suffisante pour que les deux idées n'en fassent qu'une de la même nature, et i)ar conséquent pour que l'on puisse placer l'adjoclif avant le substantif.

C'est donc une règle générale que tous les adjectifs qui exprimenl des (jualilés tirées de la nature de l'objet exprime par le substantif peuvent être placés avant ce substantif; et que tous les adjectifs qui expriment dcsqualilés accidentelles, et qui ne font point partie de la nature «le l'idée exprimée par le substantif ne peuvent être mis qu'après.

On dira, d'après cette règle, bon pain, bon vin, mauvais pain, mauvais vin , grand arbre, petit ai'bre, e.rcellent fruit; q{ pain bis, pain blajic, viande dure, figure ronde, matière combustible.

Ainsi, pour savoir si un adjectif peut être mis avant son substantif, il faut examiner s'il désigne une idée tirée de la nature même de l'objet exprimé par le substantif, et s'il y a entre les deux idées exprimées par l'adjectif et par le substantif une analogie assez prochaine pour qu'au moaieul où ils sont énoncés ils ne fassent nailre dans l'esprit qu'une seule et même idée.

Pourquoi, par exemple, ne puis-jc pas dire une basse actiofi, et que je dis bien uîie basse intrigue? C'est que, dans le premier exemple, quoiqu'il puisse être de la nature d'une action d'être basse, il n'y a qu'une analogie très-éloignée entre les idées exprimées par action et ba.'ise: celle d'action pouvant être modifiée par une grande quantité de qualifications étrangères à celle de basse, et présentant une nature commune à toutes ces modifications. Dans le second exemple, au contraire, le mot intrigue a une analogie étroite avec le mot basse, parce qu'il est particulièrement de la nature de l'intrigue d'être basse, et que si elle est susceptible d'autres modifications, elles ont toutes quelque analogie avec celle qui est exprimée par le mot basse.

Voilà pourquoi on ne dit pas «7! fidèle homme, mais un fidèle ami; un modeste homme, mais une modeste parure ; un juste homvie, mais une juste récompense.

Cependant on dit un habile hovime. un savant homme, un saint homme. Mais les adjectifs //«bile, savant, saint, désignent des qualités individuelles qui existent dans le seul sujet exprimé, et qui lui sont particulières; ce qui les incl dans une analogie prochaine avec un individu de l'espèce humaine. Un homme sage est un homme qui suit les préceptes ce la sagesse; un homme prudent, celui qui observe les règles de

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îa prudence. Ces qualités peuvcMit être et soiU en effet commiuics à un grand nombre iriiommes, cl par conséquent elles n'ont pas une analogie olioitc avec tel ou tel individu de l'espèce huniaino. Mais vn habile homme est un homme qui possède individuellement certaines qualités de l'esprit qui le rendent habile; un savant homme, certaines l'Onnaissances qui le rendent savant; un saint liomme, certaines vertus qui le rendent saint. L'habileté d'un homme n'est pas l'habileté d'un autre honnne; la science d'un homme, celle d'un autre; la sainteté d'un homme, celle d'un autre. Ces (jualités se rapprochent ilunc, par ce caractère d'individualité, de la nature de l'individu auquel on les attribue; il y a donc une analogie l)rochainc entre elles et cet individu : les adjectifs qui lescx|)riinent peuvent donc être présentés comme ne faisant qu'une seule et même idée avec l'idée de cet individu, cl ils sont présentés ainsi en les plaçant avant le substantif.

On croira peut-être pouvoir m'objecler ici que si l'on dit nn habile homme, par les raisons que je viens d'ex{)oser, on peut dire aussi, par les mêmes raisons, un adroit homme; car adroit e.\prime une qualité individuelle qui peut être propre à chaque individu, et qui est différente dans les uns et dans les autres. La réponse n'est pas difficile. Les adjectifs habile, savant, saint, expriment des qualités intrinsèques; l'adjectif acf/'oiV exprime laniùt unetiualité intrinsèque, tantôt une qualité extrinsèque. L'adresse jjeul exister dans le corps ou dans l'esprit. Ce caractère d'indétermination rend donc cet adjectif peu propre à être mis devant un substantif qui exprime un objet susceptibledeluneou de l'autre espèce d'adresse. 11 y formerait une équivoque, et l'idée de tout adjectif i)lacc devant un substantif doit être précise et déterminée. On ne peut donc pas dire U7i adroit homme, parce (|ue l'analogie entre l'adjectif et le substantif n'est pas bien marquée. Mais on dit ^ln adroit opérateur, un adroit fripon, parce que les substantifs opérateur et fripon lèvent l'équivoque , et établissent l'analogie , en montrant qu'il est question , dans le premier exemple, d'une adresse de main ou de corps, et dans le second d'une adresse d'esprit.

On voit par là quo l'analogie se forme entre l'adjectif et le substantif, taiiiût parla nature de l'adjectif, comme dans habile homme, tantôt par la nature du substantif, comnie dans adroit opérateur, adroit fripon. C'est donc tantôt dans la signiDcation de l'adjectif, tantôt dans celle du substantif, qu'il faut chercher le défaut d'analogie qui les empoche de se confondre l'un et l'autre en une seule et même idée, et qui, par conséquent, repousse l'adjectif de la [)remièrc place.

Cependant l'analogie se forme aussi quelquefois par les circonstances du discours, lorsqu'on a dit, avant de faire paraître le substantif et l'adjectif, des choses qui restreignent la signification du premier, de manière à le faire prendre dans unsensassez analogueù l'adjectif, pour ne former avec lui qu'une seule cl même idée. Par exemple, on ne dit pas faire une f/énérevse action, parce que l'analogie des deux idées est trop éloignée. Mais après avoir parlé d'une action à laquelle on peut donner l'épithèle de généreuse, on dira fori bien cette généreuse action lui mérita une récompense ; parce que l'action ayant clé caraclcrisée dans le discours d'une manière analogue à la signification de ladjectil', l'esprit saisit ce caractère et le joint naturellement au mol action qui vient ensuite; ce qui forme entre î'adjectif cl le

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substantif une analogie prochaine et sensible

iNous avons parlé des adjci;lifs nominaux qui peuvent être placés avant leui-s substantifs, cl indiqué les iirincipales causes qui leur font donner ordinairement celle place. Mais, ainsi quu nous l'avons remarqué, ces adjeclifs iwuvcnl aussi être mis à leur place nairrclle. 11 n'y en a qu'un très-petit nombre qui piv.':-^**!'!!! (..ujours leurs substantifs, soit parce (pi'ils ne lornieni qu'un seul mol avec ces substantifs, cuimnc sagefemme, petil-ma'itre, soit |)arce (pie, lorsqu'ils sont mis après, ils ont une signification différente. On dit toujours grand philosophe, grand général, grand capitaine, grand peintre, |tour désigner des (jualités Irès-supérieurcs dans les individus auxipicls on appliipie cet adjectif; parce que grand, mis après un substantif, signilic seulement étendu en longueur, en largeur ou en profondeur. On dit toujours un honnête homme pour signifier un homme qui a de la droiture et de la probité, parce (\uliomme honnête signifie un homme poli et cpii a envie de plaire, etc. ; excepté ces mots cl quelques autres semblables, que l'on trouvera iiidi(iués à leurs jibiccs, tous les adjectifs nominaux qui peuvent être mis avant leurs substantifs peuvent aussi être mis après, selon le besoin de renonciation ou la manière de concevoir de celui (pii parle ou qui écrit.

On dit ordinairement du Ion pain, de la bonne viande; maison dit aussi du pain bar. et bien cuit, de la viande bonne et tendre. On dit un brave soldat, mais aussi un soldat brave et intrépide; une belle ville, mais aussi une ville grande et belle; une belle situation, mais aussi hhc «ttuntion belle et pittoresque. Quelquefois on est obligé d'employer cette seconde construction , parce <|u'on ne peut pas mettre avant le substantif deux adjectifs dont l'un jjciit et l'autre ne peut pas avoir cette place; comme dans 6o/j/ie eMe«dre viande, du bon et bien cuit pain. Qu-clqucfois aussi, lorsqu'on peut employer l'une cl l'autre, on préfère la dernière, par des raisons de clarté ou de goût.

En effet, on dit également bien «;» soldat brave et intrépide, cl un bravo et intrépide soldat; parce que les deux adjectifs se mettent également bien avant ou après le substantif.

On peut mettre avant un substantif deux adjectifs liés par la conjonction et, vn illustre ai grave auteur; mais il faut que chacun de ces deux adjectifs soil de nature à être mis avant ce substantif. On ne peut donc pas dire i//j illustre et classique auteur, parce qu'on ne dit pas uttclatsicjueauteur,nrji\sunaulcurctussifjuc.ïèrd\l(i,dL\l mot ^(//cc^iy, approuve cependant cette construction, en s'appuyant sur un exemple lire d'un auteur obscur et sur deux phrases très-familières de madame de Sévigné. Mais, à l'article Gratuit, il désap[)rouvc une phrase de celle espèce tirée de Bossuct, et appelle ces sortes de constructions, dures et sauvages. Quelquefois elles no sont pas dures, mais elles sont toujours irrégulières.

L'adjectifdesliné par sa nature à modifier le substantif doit en être rapproché le plus qu'il est |)Ossible. Ce rapprochement ne pourrait avoir lieu si l'on menait avant le substantif un adjectif qui a un régime, ou qui est modifié par un adverbe; car il faudrait faire suivre cet adjectif du régime ou de l'adverbe qui le modifie, et alors le substantif ne suivrait i)as immédialemenl l'adjectif, mais ce régime ou ccl adverbe. On doit donc dire c'est un homine capable de vous 7iiunqucr de respect. Si, au contraire, c'est le substantif qui

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a un régime, il faut, autant gue l'usage peut iC pcnncllre, faire précéder l'adjectif, nfiii ipi'il soit rapproché de son subslanlif, et que ce substantif soit suivi de son régime: L'incomparable auteur de l'Enéide. Quchpicfois aussi, quand le régime n'est pas exprimé par plusieurs mots, on met l'adjectif après le régime, si cette construction ne lorme pas une équivoi]uc: Une natte de jonc grossière.

Mais dans le style soutenu, et surtout en poésie, ces régies ne sont pas toujours observées. Un poète dirait fort bien do la vertu CinestimaUe prix; un poète ou un orateur [ilacent quelquefois élégamment l'adjectif après le verbe et loin du substantif, surtout lorsque le sens de cet adjectif ajoute au verbe quelque accessoire qui lui donne plus de force ou d'ugr-mont; c'est ce qu'on voit dans cette phrase de 1 cnelon : Les bergers, loin de secourir le troupeau, fuyaient tremblants pour se dérober à sa fureur. [Télêm)

Il y a un autre cas où l'adjectif est toujours séparé du substantif par le verbe, c'est lorsqu'il est l'attribut d'une proposition: Ce vin cstbcj:, cet homme est innocent, etc. Mais, dans ces phrases, l'adjectif est considéré isolément comme adjectif. Il ne modifie pas réellement le substantif; on déclare seulement qu'il peut le modifier. Ce vin est bon, signifie, l'adjectif iore peut être dit de ce vin

D'après ce que nous avons dit sur la place des adjectifs nominaux, on peut distinguer aisément ceux qui doivent être mis après le substantif, sans pouvoir jamais être mis avant.

Nous mettons dans cette classe les adjectifs qui expriment les qualités qui ne sont pas tirées de la nature de l'objet exprimé par le substantif; tels sont :

1° Les adjectifs qui désignent les impressions que les objets font sur nos sens : Du pain blanc, du drap rouge, du drap bleu ; une surface unie, raboteuse, dure, molle, etc. ; un son aigre, aigu, perçant, éclatant, etc. ; une odeur forte, douce, suave, etc. Ces qualités n'existent point dans les objets qui les occasionnent ; elles ne sont doiîc point tirées de leur nature, mais de la nature de nos sens, quiles éprouvent à leur occasion.

On dit bien, au figuré, une noire trahison, un noir attentat, une noire calomnie; mais alors l'adjectif noirna signifie point une couleur dont l'âme reçoit l'impression à l'occasion des objets, mais une atrocité inhérente à la nature des choses qu'il qualifie. Delillea dit de noirs orages; mais ou c'est une licence poéti(iue, ou il a voulu dire des orages qui, par leur nature, inspirent la tristesse, la mélancolie, la terreur.

2" Les adjectifs qui expriment le-; formes dos objets, comme rond, carré, octogone, triangulaire; verre convexe, verre concave, etc.

3" Les adjectifs qui expriment des rapports du substantif . T. ec un autre substantif, se mettent toujours après le substantif qu'ils modifient. Un palais royal exprime un rapport entre un palais et un roi, et l'on ne peut pas dire un royalpalais. On dit de même, pourpre royale, dignité royale; tendresse paternelle, maternelle, conjugale; principe grammatical; opération algébrique ; oraison dom,inicale , bonté divine, etc.; mais on dit aussi divine bonté, parce que la bonté est une qualification tirée de la nature de la Divinité, que la Divinité est la source de toute bonté, et qu'il n'y a pas réellement ici de rapport entre deux objets différents.

4° Les adjectifs qui n'expriment que les points

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oc Tu„ particuliers, sous lesquels nous considérons lesobjcls: Une chose nécessaire, possible impossible ; une beauté parfaite, une idée abusive, une idée absurde ; une place incommode , un établissement utile, un homme dangereux, une maladie dangereuse, mortelle; 7in genre supérieur.

5° Les adjectifs qui expriment l'état, la situalion des personnes ou des choses, ou les habitudes des personnes. Dans le nombre de ces adjectifs sont compris les adjectifs verbaux dont nous avons parlé : Un homme tranquille, calme; un homme oisif, contemplatif ; un homme ivie, une vie tranquille, un esprit tranquille, un esprit content ; un homme vif, indolent, colère, entêté, insolent, avare, grondeur, menteur, laborieux, paresseux ; une chambre froide, un fer chaud, de la morue fraîche; du drap mince^ épais ; un hois clair, un charbon ardent.

6° Les adjectifs qui expriment quelque modification extérieure et accidentelle, soit des personnes, soit des choses. Un homme aveugle., borgne, bossu, etc.; du bois tortu, uîic bouteille étoilée, un bâton noueux, un bâton pointu.

1° Les adjectifs qui ne font que distinguer simplement les objets, par des différences de genre, d'espèce ou de sorte : Un animal raisonnable; un homme blanc, wn homme noir, un homme olivâtre; un arbre fruitier, un arbre sauvage; mie perdrix rouge, une perdrix grise ; inode française, allemande , anglaise; méthode latine ; accent gascon, norma7id, picard; musique italienne ; poé'me épique; nom substantif, nom adjectif ; pronom, personnel ; verbe actif.

Sans doute que, malgré les régies que nous venons de donner, il se rencontrera encore des dilficultés; mais comme dans cet ouvrage, nous examinons les adjectifs relativement à leur construction, elles sont toutes éclaircies à l'article de l'adjectif qui leur aura donne lieu.

Quant à l'emploi des adjectifs, il doit être réglé par la nature de la pensée qu'on veut rendre, ou de l'image qu'on veut peindre; tout ce qui s'en écarte est froid ou ridicule. Si la profusion des épithèles, dit La Harpe, est un défaut en poésie, c'en est un bien plus grand encore dans la prose, dont le ton doit ého plus simple. Ce n'est pas apparemment l'avis de beaucoup de prosateurs de nos jours, qui s'imaginent avoir de la force et du coloris en accumulant des mots. Cela donnait parfois un peu d'iiuineurà Voltaire, qui écrivait à ce sujet : i> Ne pourra-t-on pas leur faire comprendre, combien souvent l'adjectif est ennemi du substantif, quoiqu'ils s'accordent en genre, en nombre et en cas? n {Cours de Littérature, tom. IV, p. 86.)

Il est diiïicile aux étrangers de distinguer les adjectifs (jui neconvicnneiû qu'aux personnes, et ceux qui ne conviennent qu'aux choses. Pour faire cette distinction, disent les grammairiens, il faut examiner si le verbe dont l'adjectif dérive peut avoir les personnes pour régime direct. Par exemple, on dira bien cette personne est admirable, est excusable, parce qu'on peut dire, admirer quel qu'un, excuser quelqu'un /maiscomme on ne dit pas pardonner quelqu'un, contester quelqu'un, les adjectifs /ja?'tfo«/iai/e, contestable , incontestable, ne peuvent s'appliquer aux personnes, et par conséquent on ne peut pas dire I cet homme est pardonnable, contestable, inconj testabL'.

Adjectivement. Adv. Terme de grammaire. Era- I ployer un substantif adjectivement, c'est l'em-

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ployer comme adjectif. Dans cette phrase, le remords accusateur, le suhsianlif accusateur est pris adjectivement. Cet adverbe ne se met qu'après le verbe.

* Adjoiivt. Subsl. m. Terme de grammaire qui ne se trouve point dans !es dictionnaires de la langue. On appelle adjoints les m.ots ajoutés à une proposition, et <|ui n'en font point partie; telles sont les interjections hélas! ha! etc. Dans ce vers de madame Deslioulières ,

Hélas ! petits moutons, qne vous «les licureui !

(Les 3/ou(ons, itlvllc, v. t.)

que vous êtes heureux, sont les mots qui forment la proposition. Que y entre comme Rdverbe de quantité, de manière et d'admiration; i^ous est le sujet, êtes heureux est l'attribut dont être est le verbe. Voilà la proposition coinph'ae : Hélas! et petits moutons sont des adjoints. Quelques grammairiens donnent à Vadjoint le nom d'adjonciif.

* Adjonctif. Voyez Adjoint.

.\djdger. V. a. de la 1" conj. Dans ce verbe, \Gg doit toujours se prononcer comme un j ; et, pour lui conserver cette prononciation, lorsqu'il est suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet ayant cet a ou cet o: Je Jugeais, nousJugeons,ei non p^nsjejur/aisynousjur/ons.

Admettre. V. a. et irrcgulier de la 4^ conj. Il se conjugue comme mettre. Voyez ce mot.

Admettre quelqu'un à l'audience, Admettre quelqu'un dans vne société. Admettre quelqu'un parmi ses amis. Il a été admis à se Justifier, à faire preuve. — Admettre des excuses, des raisons ; admettre un compte.

Administrateur. Subst. m. On dit au féminin, administratrice.

* Administrativement. Adv. On ne le trouve point dans le Dictionnaire de V Académie . 11 signifie, suivant les formes, les règlements administratifs, par autorité administrative. Décider ii7ie affaire administrativement .

Ad.mirabli:. Adj. des deux genres. Il se met ordinairement après son subsl. , et peut se mettre avant, si l'analogie le permet. On dit un homme admirable , et non l)as un admirable homme. Mais on dit bien cette admirable conduite lui attira les applaudissements do tout le inonde. Voyez Adjectif.

Admirablement. Adv. Il ne se met guère qu'après le verbe ; Il chante admirablement.

Admiratedr. Subst. m. En parlant d'une femme, on dit admiratrice .

âdviiratif, Admirative. Adj. On dit un ton admiratif, unaeste admiraiif, poiu" dire un ton, un geste qui marque de la surprise, de l'admiration, ou une exclamation; et, en termes de grammaire , on appelle particule admirative une particule qui exprime les mêmes choses, comme ah! eh! On dit aussi un point admiratif, ou un point d'admiration, pour signilier un point qui se marque ainsi (!),ct qui se met après les mots ou les phrases qui marquent la surprise, l'admiration ou l'étonncmcnt, ou qui expriment une exclamation. Les imprimeurs l'appellent simplement admiratif, et alors ce mot est substantif masculin, ou adjectif en sous-entendnnt/)oz«^

On met le point admiratif après le dernier mot de la phrase qui exprime l'admiration: Que je suis à plaindre! Mais on demande quelle doit être la ponctuation, si la phrase commence par une interjection comme eh, lui, hélas. Commu-

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nément on met le point admiraiif d'abord apn-s \'\n[u-icc{\ou: Hélas! petits moutons, que vous êtes heureux; hci! mon Di,'u,,/ueje sou/f,r Mais, comme le sensadiuiraiil w linil qu'avec l;i phrase, il parait mieux de ne meitic le |)oinl admiraiif (ju'après tous les molst)ui énoncent l'admiration. Hélas, petits moutons, que vous êtes heureux! Ha, que je souffre!

Admiration. Subst. f. Ce mot n'a point do pluriel.— L'Académie, en 1835, dit que ce mol se dii quelquefois de l'objet même (pi'on admire, et elle donne cet exemple où il est employé au pluriel dans ce sens : On tient à ses vieilles admirations.

Adoptif, Adoptive. Adj. H se dit des persoi;nes qui ont été adoptées, et suit toujours son subst. : Fils adoptif, fille adoptive, enfants adoptif s.

Adorable. Adj. des deux genres. Il se met avant ou après le subsl., selon <pie celui qui parle" est plus ou moins affecté. On ne dira pas un adorable homme, mais un amant dit à sa maîtresse. mon adorable amie. En vers et dans la prose soutenue, il précède souvent son subslautif : Adorable mystère! Adorables desseins de la Providence ! Voyez Adjectif.

Adorateur. Subst. m. L'Académie ne met point le féminin adoratrice , cependant on le dit. Ce mot s'cmi)loic élégamment comme adjectif,

Je n'ai percé qu'à pcînc

Les flots toujours nouveaux d'un peuple adorateur. (ItiC, Bérén., act. I, se. III, 3.) {Grammaire de» Grammaire, p. 1056.)

Adoré, Adorée. Adj. qui ne se met qu'a|irès son subst. Il régit la préposition de, ou se met absolument. Une femme adorée de son mari, une épouse adorée.

Adresse. Subst. f. Leur adresse à tirer de l'arc. (Marmontcl.) Métophis avait eu l'adresse àc sortir de prison. (Fénel., Télém., liv. II, t. 1, p. 413.).

Adroit, Adroite. Adj. On prononçait autrefois adrèt, adrè/e. Corneille a dit dans Agésilas (act. II, se. I, 412) :

Ma sœur, vous i!les plus adroite:

Soufflez que je ménage un inomcul de retraite.

Grosset, dans le Méchant (act. III, se. vi, 48) :

Et si l'on vous montrait

Que vous le lia'ircz.

VALtIlE.

On serait bleu adroit.

Voltaire fait aussi rimer adroite avec grisetle, discrète.

Féraud pense que, dans la conversation, on peut prononcer adrèt, adrèle. Il se trompe, on ne prononce jamais ainsi.

Cel adjectif se met avanl son substantif, dans les circonstances (juc nous avons indi<iuées au mot adjectif. On ne dit pas un adroit homme, parce que l'analogie avec le substantif n'est pas assez rapprochée ;"mais on dit une adroite politique, parce qu'il esl de la nature de la politique d'être adroite. On dit aussi, dans un mouveineni d'indignation, c'est un adroit coquin. Il régit la préposition à.

Adroitement. Adv. On peut le mettre enlre l'auxiliaire et le participe. // s'est tiré adroitement, ou il s'est adroitement tiré d'affaire.

Adulateur. Subst. m. Au féminin on dit adu-

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latrice. Advlaleur vient du latin adulare, flatter de la voix et du gcsie, à la manière des chiens. L'adulateur est celui qui flatte d'une manière basse, vile, lâche, servile, impudente, et même grossière. L'adulateur veut munlier une soumission entière, une admiration sans homes. 11 loue sans distinction le hicn et le mal, les perfections et les défauts , les vertus et les vices ; il prodigne des applaudissements même au ridicule : le flatteur est moins has; dire des choses agréahlcs à celui qu'il flatte, est son but direct ; plaireen flattant, son liut détourné. L'adulateur loue avec impudence une chose évidemment mauvaise; le flatteur cherche à donner à une chose mauvaise des couleurs qui la fassent paraître louable. L'adulateur donne des louanges à tort et à travers, et veut seulement montrer'qu'il loue ; le flatteur loue par des motifs vrais ou a|>parents, il veut montrer du désintéressement. On l'emploie dans le style noble.

Addlation. Subst. f. Il s'emploie dans le style noble.

Adcler. V. a. de la 1" conj. Diderot a dit : Quoi! vous adulez bassement le souverain pendant sa rie, et vous l'insultes cruellement après sa mort! Quoique adulateur soit du style noble, aduler n'est que du style simple.

Adultère. Adj. des deux genres. Il se met avant ou après le subst., suivant l'analogie plus ou moins étroite qui existe entre les deux. On ne dit pas une adultère fernme , une adultère /îamme; mais on pourrait dire un adultère mélange, dans le sens que Rousseau donne à ce mot dans les vers suivants (1" Allégorie, d3) :

D'où peut venir ce molange aJiillère

D'adversHés, dont l'iitilironce allère

Les plus beaux dons de la terre et des cieui ?

Le mot milange ayant ici une analogie étroUe avec l'adjectif adultère, pourrait permettre l'inversion. YoyczJdj'ectif.

Addi.tép.er. V. a. de la 1" conj. L'Académie ne le donne que pour un terme de pharmacie. Adultérer les médicaments. — On dit aussi en jurisprudence, adultéiVr les monnaies, adultérer des marchandises. Dqns le langage ordinaire, on à\\. altérer.

Adultérin, Addltérike. Adj. Il suit toujours son subst. Un enfant adultérin.

Adve.mick, ou Adventif, AnviijSTivE. Adj. L'un et l'autre se dit en jurisprudence : le premier se dit seulen physique et enmétaphysi(iue. — Ce mot signifie, qui n'est pas naturellement dans une chose, qui y survient de dehors. En physique , on apjjclle matière adventice la matière qui n'appartient pas proprement a un corps, mais qui y est jointe accidentellement. En botanique, on appelle joZanles adventices les plantes qui croissent sansavoir été semées; racines adventices, celles qui reviennent à la place de colles qui ont été coupées. — Les philosophes qui admettaient des idées innées, appelaient idées adventices celles qui viennent des sens, d« façon que, sans les impressions faites sur nos organes, nous ne saurions les avoir, dans l'état présent des choses. Ils les appelaient ainsi, parce (]u'elles sont produites ou occasionnées en nous par les objets extérieurs. — Adventice ou adventif se dii, en jurisprudence, de ce qui arrive ou accroît du dehors à quelqu'un ou à (juclque chose. Les biens adventices ou advcntifs sont ceux qui viennent à quelqu'un comme un

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présent de la fortune, ou par la libéralité d'un étranger, ou par succession collatérale, et non par succession directe. En ce i^on^, adventif esi opposé à profrctif, (]ui se dit des biens qui vienncnten ligne droite du père ou de la mère. —L'Académie, en J835, donne le premier comme terme didactique, non applicable à la jurisprudence, cl le second comme un mot employé seulement dans le droit romain.

Adverbe. Subst. m. Ce mot est formé de la préposition ad, vers, auprès, et du mot verbe, iiarccque l'adverbe se met ordinaireiuent auprès du verbe, auquel il ajoute quelque modification ou circonstance. // aime conslaminent, il parle bien, il écrit mal. l.a dénomination de l'adverbe est prise de son usage le plus ordinaire, qui est de modilier l'action que le verbe exprime. Mais il y a des adverbes qui se rapportent aussi aux adjectifs, aux participes, et à des noms qualificatifs, tels que père, roi, etc. Il m'a paru fort changé, c'est une femme extrêmement sage et fort aimable, il est véritablement roi.

L'adverbe équivaut à une préposition suivie de son comjilément; sagement vaut autant que avec sagesse ; ai'msï tout mot qui peut cire rendu par une préposition et un nom, est un adverbe.

L'adverbe n'a pas besoin de complément; c'est un mot qui sert a modilier d'autres mots, et qui ne laisse pas l'esprit danl l'attente nécessaire d'un autre mol, comme font le verbe actif et la i)réposition. Si je dis du roi, z7 a donné, on me demandera quoi et à qui^ SI je dis de quelqu'un qu'il s'est conduit avec, ou pur ou sans, ces prépositions font attendre leur complément. Au lieu que si je dis, il s'est conduit prudemment, l'esprit n'a plus de cpicstion nécessaire à faire par rapport k prudemment. Je puis bien, à la vérité, demander en quoi a consisté cette prudence, mais ce n'est plus là le sens nécessaire cl grammatical.

Il y a autant d'adverbes qu'il y a d'espèces oe manières d'être qui peuvent être énoncées par une iiréposition et son complément. On peut les réduire à certaines classes. Il y a des adverbes de temps, auparavant, autrefois, dernièrement; de lieu, ailleurs, devant, derrière, dessus, dessous, etc.; de qualité, savamment, précieusement, ardemment, etc. ; de i|uantité, beaucoup, peu, davantage, etc.; de manicvc, promptement, lentement, etc.; d'interrogation, pourquoi^ etc. ; d'affiimation, certainement, vraiment, oui, eic; de négation, nullement, point du tout, etc.; de diminution, presque, peu s'en faut, etc.; de Ao\ï\e, peut-être, etc. ; d'exception, seulement.

Il y a des adverbes qui servent à marquer la ressemblance , ainsi que , comme , de même que, etc. ; d'autres marquent diversité , d^ail- Icurs, autrement, etc. ; d'autres la quantité de foï^, quelquefois, souvent, rarement, clc; d'autres les nombres ordia&ViX, première??ie?it, secondement, etc.; quelques-uns servent dans le raisonnement, parce que, ainsi, or, par conséquent; quelques autres marquent assemblage, ensemble, parciUcinent, etc.; d'autres marquent division, séparément, à part, etc.

Il y a plusieurs adjectifs que l'on peut prendre adverbialement, comme dans sentir bon, sentir mauvais, voir clair, etc.

11 y a des adverbes qui font exception à la règle générale, (jui veut que les adverbes n'aient point de régime; tels sont dépendamment, l'âme agit dépcndamment des organes ; indépendamment , Dieu agit indépendamment de toutes choses;

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vréférahlement, il faut, aimer Dieu préfcrabïenient à loul; relativement, cela se doit entendre relalircvient à une autre chose; convenallernent, parler convenablement à son sujet; conformément, vivre conf^irmcmen* à l' Évangile ; anicriciirement, cette dette a cté contractée antcrienrement à la vôtre; consêquemment, je me suis conduit conscqvemment à ce gui avait été réglé ; postérieiiremr7it, cet acte a été fait postérieurement à celui dont vous parlez; différemment, les princes agissent différemment des }.urticu- Kers ; inférici're'rtC7it , supérienreniont , dnux auteurs ont écrit sur cette inaliore, mais l'un a écrit bien inférieurement, bien supérieurement à Vautre ; proportlonuémciit, il n'a pas été récompensé proportionnémeiit à son 7nérile.

Les adverbes se iilai-ent urdinaiicinoiil avant lesadjeclifs qu'ils modiliciU. Il est f. ri heureux, il est très-paurre, je suis fortement persuadé.

A i'c'gard des verbes, dans les lemps simples, l'adverbe se place ordinairciiieiit ai)rcs le verbe tiu'il modifie. Je danse bien, il joue adroitement, elc.

Loreque le verbe est à l'iiilînitif, l'adverbe peut se mettre avant ou apirs, suivant le goût ou l'harmonie. Ôa dit bien faire son devoir, et faire bien son devoir. Loisituc le verbe est à un temps composé, l'adverbe se met ou après le verbe ou entre rau\iliairc et le participe : R a mal fuit, vous rot/.î êtes bien conduit, il a soigneusement travaillé, il a merveilleusement bien travaillé, il s'est jjarfaitement bien conduit; mais lorsqu'au lieu d'un verbe il y a une phrase adverbiale, cette plirase se met toujours après le participe: Il s'est conduit arec sagesse, avec beaucoup de sagesse, elle a agi avec prudence.

L'adverbe de quantité, dit d'Olivcl, a cela de remarquable, qu'étant uni à un substantif par la particule de, il n'est, à l'égard de ce substantif, que comme un sini[ile adjectif, puisque l'un et l'autre ensemble ne présentent qu'une idée totale et indivisible. Aussi est-ce une règle sansexcc])tion, que dans toutes les phrases où l'adverbe île quantité fait partie du sujet, la syntaxe est fondée sur le nombre et lo genre du substantif. Bien des gens discni; combien de <jciis pensent; vous ne savez pas combien cette maison a coûté. Voyez Complément, Construction.

Les adverbes comparatifs si, aussi, plus et autant se répèlent avant chaque adjectif et chaque verbe qu'ils modifient. // est si sage, si bon, si doux, qu'il se fait aimer de tout le monde. Plus un prince est aimé de ses peuples, plus leur bonheur lui devient cher. (Marmontcl , Bélisaire, chap viii, p. 63.) Autant le toucher concentre ses opérations autour de lui, autant la vue étend les siennes au delà de lui. (J.-J. Rousseau, Emile, liv. IL)

Beauzée et Roubaud ont établi une différence entre l'adverbe et la phrase adverbiale ; par exeml)!e, entre sagement et avec sagesse ; prudemment et avec prudence. L'adverbe spécifie la façon particulière d'agir du verbe, ou une ([ualité propre de cette action. L'adverbe est au verbe j ce que l'adjectif est au substantif : le premier est une modification du verbe, comme l'autre est une modification du nom; et de même que ce dernier indique l'aspect particulier sous lequell'objet doit être considéré dans le discours, le premier dislingue l'espèce particulière d'action que le verbe laissait en partie indéterminée. Ainsi l'adverbe exprime une modification, une qualification constante qui, en donnant au verbe un sens particu-

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lier, se confond en quelque sorte avec lui, et s'6tcnd avec lui sur toute la durcc de l'action; au lieu que la phrase adverbiale n'exprime qu'une circonstance particulière de l'action, cl n en embra.sse pas toute l'itcndue. L'adverbe s[)écifie caractérise la nature de l'ailiun; la phrase adverbiale n'en indique qu'une niodilu-ation partielle, uu accident i)articulier : Vu liomnic qui s'est conduit sagement a i;lé s;ige ilans toute su conduite; sa conduite a été sage": un hninmc qui s'est conduit avec sagesse a mis de la sawsi' dans sa conduite; il a de la sagesse. La phra.se adverbialen'emporle(|u'uii raiijiurt, uncinnucme quelcontiue; l'adverbe emporte une inlluence continue, un concours soutenu. Voilà poun|uoi, quand il s'agit de mettre un ai-lc en opposition avec l'habitude, l'adverbe est |)lus propre à marquer l'habitude, et la phrase adverbiale à indiquer l'acte, comme dans ces ijjirase.e : Un homme qui se conduit sagement ne peut pus se promettre que toutes ses actinns S'>ic7it fuiter avec sagesse. Un auteur qui n'écrit pas élégamment peut toute fois de temps en temps rendre des pensées avec élégance. liésislcz avec courage à cette ie?itation, et suivez toi/jours courageusement le chemin de la vertu. La finesse, lu méchaticoté même, peuvent quelquefois s'énoncer avec naïvett', mais il n'est donné qu'à la candeur et d la simplicité de parler toujours naivomoiit. Si ce n'est pas précisément l'habitude (prannonce l'advci'be, il est du moins fort pro[jre à la désigner, puisqu'il marque une influence forte et constante •lui suit le verbe dans tout le cours de l'action, el imprime à l'action un caractère distinclif. Voyez Formation.

AnvEr.BiAL, Adverbiale. Adj. Il se dit en grammaire, d'une expression qui équivaut à un adverbe. Adroitement CSKxxaaé^ycrhc; avec adresse est une expression adverbiale. Cet adj. se met toujours après son subsl. Voyez Adverbe.

AnvEiiBiALEMENT. Adv. A la manière dos adverbes. On dit (]uc des adjectifs sont pris adverbialement, lorscju'ils sont employés dans un sens adverbial. Par exemple, dans ces façons de parler, tenir bon, tenir ferme; bon el ferme, qui sont des adjectifs, sont pris adverbialement. On dit aussi sentir bon, sentir rnauvais; <l, dSDS ces phrases, les adjectifs bon et rnauvai." ."ont pris adverbialement. Cet adverbe ne se met (l't'après le verbe : Ce not est pris adverbialement.

AnvERSATiF, Ai-vEBSATivE. Adj. Tcrmc dc grammaire qui signifie, qui marque (iueli]ue différence, quelque restriction ou opposition entre ce (}ui Suit et ce qui précède. Il y a des conjonctions adversatives qui rasseinlilenl les idées, et font servir l'une à contre-balancer l'autre. Telles ponl mf'is, quoique, bien que, cependant, pintrtant, néanmoins, toutefois. Ces conjonctions désignent, entre des propositions opposées à quelques égards, une liaison d'unité fondée sur la compatibilité intrinsè(pie.

On appelle proposition adversative celle qui est composée de deux propositions dont la seconde marque une distinction, une séparation, une sorte de contrariété et d'opposition, jiar rapport à la première. Cette séparation est marqueipar une conjonction adversative. La fortune peut bien ôter les richesses, mais elle m- peut pas ùtcr la vertu; voilà une proi)Osilion composée qu'on appelle adversative, où la séparation est marquée parla conjonction adversjilive mais.

11 y a cette différence entre les conjonctions adversatives cl les (lisjonclives, que, ilans les au-

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versatives, \(, premier sens peut subsislcr sans le secours du second qui lui est opjKJsé; au lieu qu'avec les disJDnclivos, l'cspril considère d'abord les deux membres ensemble, el ensuite les divise en donnant rnlternalive, en les partageant, en les distinguant : C'est le snlcil ou la terre qui tourne; c'est vous ou rnni; soit que vous mandiez, soit que vous buviez. Fn un mot, l'adversative restreint ou contrarie, au lieu que la disjonclive sépare ou divise.

Adverse. Adj. des deux genres. 11 ne se met guère qu'avec les mots fortune et partie. Avec partie c'est un terme de jurisi)rudence qui signifle la i)arlie avec laquelle on est en procès. Dans le langage ordinaire, on dit tpielqucfois la fortune adverse, pour dire l'adversité. Rousseau a dit en vers, l'adverse fortune; et A'oltaire, en prose, l'adverse partie.

Jumaij Vadvcrsc fortune.

Ma surveillante importune, Ne parut plus loin de moi.

fJ.-B. Ronss., liT. IV, od. ix, 3S.)

Ne croyant pas que son adverse partie ait des armes, il se jette sur lui. (Voltaire.) — On dit aussi en jurisprudence, l'avocat adverse, pour dire l'avocat de la partie adverse.

Adversité. Subst. f. Lorsque ce mot signifie l'état d'infortune, de malheur, qu'éprouve l'homme par un ou nlusicurs accidents fâcheux, il n'a point de pluriel : J^tre au,,!! ''adversité. Il éprouva ce que la prospérité a de plua K^T^nd, et ce que l'adversité a de plus cruel. Lorsqu'il signifie accident fâcheux, il prend le pluriel. L'adversité est un état, les adversités sont des accidents. On peut éprouver jjlusieurs adversités, sans être dans l'adversité. L'adversité est le résultat des grandes adversités.

M. Celte figure n'est aujourd'hui qu'une diphthongue aux yeux , parce que, quoiqu'elle soit composée de a et de e, on ne lui donne dans la prononciation que le son de Ve simple ou commun, et nicme on ne l'a pas conservée dans l'orthograi)hc française. On écrit César, Enée , E7iéide, Eole, eic. Comme on ne fait. point entendre dans la prononciation le son de l'a et de Ve en une seule syllabe, on ne doit pas dire que cette figure est une diphthonguc. On prononce a-éré, exposé à l'air, et de même a-érien. Ainsi a e n'est point une diphthonguc en ces mots, puisque la et l'e y sont prononcés chacun séparément, comme des syllabes particulières.

Aérien, Aép.ie.nne. Adj. Il suit toujours son subst . : Des esprits aériens.

AÉRiFORME. Adj. des deux genres. On prononce a-éri forme. 11 ne se met qu'après son subst. : Substance aéri forme.

Aérostat. Subst. m. On prononce a-érostat.

AÉROSTATIQUE. Adj. dcs dcux genres. H suit toujours son subst. : Ballon aérostatique.

Af. La syllabe af indique ordinairement un redoublement de rac;lion du simple dont il est dérivé. Ainsi affamé, qui a une faim extraordinaire; affiîiité. plus grande relation; afficher, rendre plus public; affectation, soin plus particulier.

Affabilité. Subst. f. L'Académie le définit, qualité de celui qui reçoit el qui écoute avec bonté et douceur ceux qui ont affaire à lui. Cette définition n'est pas bien exacte. Affabilité vient du vieux mot fublcr, qui signifiait causer, parler, discourir, s'entretenir, converser; et de la particule af, qui marque redoublement; il se dit de

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la qualité morale qui fait qu'on reçoit ses inférieurs avec bonté, rju 'on les écoute avec complaisance, et qu'on leur parle avec bienveillance. 11 se dit quelquefois d'égal à égal, mais jamais d'inférieur à supérieur. — On ne peut pasdirede soimême qu'on est affable, (\\ion a de l'affabilité. Voici ce que dit M. Lcmaire au sujet de ce passage cité dans la Grammaire des Grammaires (p. 105) : « Nous ne voyons pas la raison de cette dernière assertion, à moins que ce ne soit un précepte de modestie. H nous semble qu'on pourrait très-bien dire : Je suis affable pour tout le monde, et cependant mes ennemis m'accusent de hauteur. » Ce substantif n'a point de pluriel.

Affable. Adj. des deux genres. 11 peut précéder son subst., lorsqu'il a avec lui une analogie étroite. On ne peut pas dire, un affable homme, une affable femme; mais dans quelque cas on peut dire, cette affable bonté, cette affable douceur. 11 régit les prépositions à ou envers : Affable à tout le monde, ou envers tout le monde. Affable à tous avec dignité, elle savait estimer les uns sans fâcher les autres. (Bossuet.) Voyez Adjectif.

Aff.ublissam, Affaiblissante. Adj. verbal du verbe affaildir. Il suit toujours son subst.

Affaire. Subst. f. Avoir affaire à quelqu'un suppose pouvoir, autorité, force, supériorité de la part de celui à qui on a affaire; et dépendance, infériorité, besoin de la part de celui qui a affaire. Celui qui veut obtenir une grâce, une faveur, a affaire au ministre ou à ses commis ; il n'a pas affaire avec le ministre ou avec ses commis. Un plaideur a affaire^ ses juges; il n'a pas affaire avec ses juges. Un inférieur a affaire a ses supérieurs, en ce qui resarde la subordination. Je vous plains d'avoir affaire à cet hommelà. — Avoir affaire avec quelqu'un suppose concours d'affaires, discussion, différend, contestation. Un commis « affaire «reclc ministre lorsqu'il lui rend compte de quelque affaire, et qu'il lui en dit son avis. Un associé a affaire avec son associé, lorsqu'ils traitent ensemble de leurs affaires communes. 11 faut éviter d'avoir affaire avec des fripons. — On dit qu'une femme a eu affaire avec un homme, ou un homme avec une femme, pour dire qu'ils ont eu ensemble un commerce de galanterie. — Aooir affaire de signifie avoir besoin de: J'ai affaire de vous, ne vous éloignes pas; j'ai besoin de vous parler, de vous employer à quelque chose, de vous charger de quelque commission. On dit par mécontentement ou par mi'\)Y'\?>,j'aibien affaire de cet homme-là, pour dire, il m'embarrasse, il m'ennuie, je n'ai pas besoin de lui. — 11 se dit aussi des choses : J'ai affaire d'argent, j'ai bestin d'argent. J'ai affaire de cette planche , j'en ai besoin pour l'employer, pour m'en servir. — J'avais bien affaire de cette visite, c'est-à-dire, cette visite vient bien mal à propos. — Observez que avoir affaire est la seule manière d'écrire cette expression; et si l'on trouve quelquefois avoir à faire, c'est une irrégularité qu'il ne faut pas imiter, et qui provient le plus souvent de la négligence de l'imprimeur. [Grammaire des Grammaires, p. 1058.)

s'Affaler. V. pronom. On dit d'un matelot qui, au lieu de peser sur une manœuvre seulement avec les mains pour l'affaler, la saisit et se laisse descendre avec clic, qu't'/ s'affale avec cette manoeuvre. On dit aussi qu'il s'affale le long d'une manœuvre, lorsqu'il se laisse glisser le longd'unf» manœuvre fixe. Le Dictionnaire de l'Acud. n'in-

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dique point celle acception. Voyez l'article suivant.

Affalek.Y. n. L'Âcadcmic, qui donne ce verbe comme actif, ne dit point qu'il s'emploie aussi dans le sens neutre. Il se dit d'un vaisseau qui est trop près d'une côte dont il ne peut s'éloigner. La force du vent, celle des courants, ou mcnic le calme, fonl affaler un vaisseau. On dit qu'un vaisseau est affalé, lorstjue la force du vent ou des courants le porte prés do terre, d'où il ne peut s'éloigner ou courir au large, soit par l'obstacle du vent, soit jiar celui iîes courants, ce qui le met en danger d'échouer sur la côte et de périr. — Il semble c[\i'être affale s'emploie plus particulièrcraer.t pour désigner que c'est le vent qui charge en côte ; l'on dit (pie le vaisseau y est porté par les courants ou par le calme. On dit plus ordinairement ê<re porté à terre, être jeté, être drossé. — On dit aussi en ce sens s'affaler: Le vaisseau s'affale, va s'affaler.

Affaissé, Affaissée, l'art, passé du v. affaisser, et adj. H se dit absolument : // est affaissé; ou avec la préposition sous : 11 est affaissé souj> te poids des années.

Affamé, Affamée. Part, passé du v. affamer, cl adj. On dit sans régime d'un homme qui a une grande faim, qu'il est affamé. Au figuré, affavié régil la préposition de: Affamé de gloire, d'honneurs, de nouvelles ; cl dans ces phrases il y a une analogie sensible avec le sens propre :

Cent cités marcheronl de carnage affamées. Et la terre à tni voix vomira des armées.

(Delillk, Enéide, VU, 757.)

Mais peut-on dire comme Voltaire :

C'était du grand Henri la redoutable armée, Qui, lasse de repos, et de sang affamén.

[Henr., YI. 151.)

Il me semble qu'on est altéré de sang, et non pas affamé tJ" sang. Le besoin de la rime aura sans doute occasionné celle faute.

Delille a employé plus heureusement celle expression dans les vers suivants •

Lears cœars enflammés Sont altérés de sang, et de meurtre affamés,

(Enrf.dc, VIII,7.,l

Affectation Subst. f. 'L'affectation dans une personne est pn^prement une manière d'être ou d'agir qui est ou qui parait recherchée, et (]ui forme un contraste chocjuanl avec la manière habituelle d'être ou d'agir de cette personne, ou avec la manière d'être ou d'agir des autres hommes. Affectation dans la démarche, dans les gestes, dans le langage; cette fatuité de quelqves femmes de la ville, qui cause en elles une mauvaise imitation de celles de la cour, est quelque chose de pire que la grossièreté des femynes du peuple, et que la rusticité des villageoises ; elle a sur toutes deux l'affectation de plus. (La Bruyère, de la faille, p. 289.) Molière... n'a pas assurément prétendu, en attaquant les femmes savantes, se moquer de la science et de l'esprit, il n'en a joué que l'abus et l'affectation. (Volt., Epître à madame du Châtetet, en tête d'Alzire.)

L'Académie donne des exemples du pluriel : On ne saurait la corriger de ses affectations. Une de ses affectations est de dire. . . Toutes ces affectations me déplaisent.

Affectation,ea\inéTMnve, se dit d'une manière

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trop recherchée, trop étudiée de s'exprimer. L'a/feciation est dans la pensée, dans rex|)ressiun, dans le choi.x des mots, des (ours ou des iniaws Quand on a, dit .Marmontcl, l'idée de l'affeclatioi; dans la contenance, dans la démartlie, dans la parure, on a l'idée de l'affetlaiion dans' le slylc.

L'affectation esl (piciipicfois JUmiuc dans le soin trop marqué d'être nalurel, dans la familiarité, dans la négligence. On tombe dans l'affectation en courant après l'esprit.

Affecter. \ . a. de lad" conj.Ce verbe, dans le sens de faire une chose avec une intention marquée, ou dans celui d'élre touché, réu'ii la préposition de: C'est une chose dont il affecte de parler beaucoup. Il est affecté de la perle de son ami. Dans le sens de destiner a un certain usage, il régil la préposition à ou la |)réposilion pour: Il a affecté les revenus de cette terre d l'entretien de sa maison. Affecter une rente pour le paiement d'une dette.

Affectif, Affective. Adj. L'Académie dit qu'il n'est guère usité qu'en parlant des choses de piélé. f.eppndant J -J Rousse;.: a di; ; Lus premières sensations des enfants sont purement alfcctives, ils n'aperçoivent que le plaisir et la douleur. (£'wa'ie, Impart., tom. VI, p. 58.)

Affection. Subsl. f. Ce mot vient du lalina/ficere, toucher, faire impression. Pris dans le sens le plus général, il signilie impression faite sur une chose, et qui y cause qucUjue changement. 11 se dit au physique et au moral. C'est dans la première accei)tion que les médecins disent, une affection hystérique, une affection nerveuse, etc. On appelle en général affection l'impression que les êtres <iui sont au dedans de nous ou hors de nous exercent sur notre âme : Les affections de nos âmes, ainsi que les modifications de nos corps, sont dans un flux continuel. (.J.-J. Rousseau.)^/'/'ec<io;! se prend plus communoment pour le sentiment vif de plaisir ou d'aversion que les objets occasionnent en nous : L'horreur et la pitié sont moins des passions de l'âme, que des affections naturelles qui dépendent de la sensibilité du corps et de la similitude de la conformation. (BulTon.) Affection, dans un sens i)lus restreint, se prend pour ce senliinenl de l'âme doux el profond <pii l'ail (lu'ellc s'altarhe avec complaisance a quelque objet. L'Académie n'a défini que celte acception et celle qui est usitée en médecine. Féraud avance hardiment que ce substantif ne se dit au pluriel que dans le langage ascétique, et il regarde comme un exemiile unique el une exception à la règle générale celle phrase (le l'Académie : Le cadet est l'objet des affections delà mère. Nous lui répondrons par les passages suivants, choisis entre mille: Tel est le peuple de France, sensible jusqu'à l'enthousiasme, et capable de tous les excès, dans ses affections comme dans ses murmures, (^'oll., Siècle de Louis XF, chap. xii.) Son cœur, qui n'était qu'à nous, se doit maintenant à d'autres affections auxquelles il faut que l'amitit' cède le premier rang. (J.-.J. r.ouss., Héloise,\V part., lettre 18, tom. m, p 342.) Corrige tes affections déréglées. (Idem, IIP' part., Icllre 22, tom. l'V^, p. 113.) Affection se dil aussi d'un senlunenlde bienveillance qui nous attache à nos semblables, qui esl plus que \' inclinât ion, moins (lue l'amitié, et encore moins que l'ainonr: Uaffectwn du prince pour tous ceux qui l'entourent. L'habitude de fréquenter des personnes douces et honnêtes fait naître l'affection. En ce sens, il n ï point de pluriel

AFF

ArFECTUKi'SF.MF.'.T. Adv. 11 sc mct toujours apiès le verbe : Il m'a parlé affectueusement, &^ non pas, il m'a affectueusement parlé.

Affectcecx, AFFEcnrErsE. Adj. <'n peut le melirc avant sonsul)st. lorsipie l'Iinriiioniecl i'analoçic le pcrmclleut ; Discours affectueux, manière affectueuse, cor.fiance affectueuse, cette affectueuse confiance- Voyez Adjectif.

Affétk, Affktée. Ailj. L'Académie le définit, lui est plein d'affeclalion dans son air, dans ses manières, dans son langage. Affctc n'est pas ce qui est plein d'affectation, mais ce qui est plein ^'afféterie. En parlant des personnes, il signilie, qui a dans SCS airs, dans ses manières, dans son langage, une recherche minutieuse cl peu naturelle, dans le dessein de paraître doux, alïable, complaisant, aimable. Un jeune homme affcti:, une fc.nme a/fitce. lin paiUmt des cho.'-cs, il signilie, qui marque de Vaffêtcrie. Air affétè, manières (ijf'ttes 11 suit toujours son subst.

Afféterie. Subst. f. \'affi<taric du stxjle n'est pas Vaffectation du style. L'alTcclation suppose l'envie de sc «lislingucr, de faire parade de quelque choïe, elle sc montre à découvert; Vaffétenc suppose le désir de plaire et une recherche minutieuse dans les moyens d'y parvenir. On tomlje dans Vaffectaiion en courant après l'esprit, el dans l'afféterie en recherchant les grâces.

Affidé, Affidki;. Adj. qui se met toujours après son sulist : Un hnmmc affidé, une personne affidée.

AFFirai.\TiF, APFiRM.iTivi: Adj. Il sc dit en logique el en grammaire de ce qui exprime l'affirinalion. Un raisonnement affirmutif esl un raisonnement par Icquelon prouve qu'une idée, qui est l'îiitribul, est renfermée dans une autre qui est le sujet. On dit aussi w\ jugement affirmatif. On appelle proposition affirmative une proposition qui exprime un jugement affirmatif ou une aninualion.

Le sens affirmatif est opposé au sens négaiif. Cet adj. suit toujours son suhsl.

Affirmativevent. Adv. 11 ne sc met guère qu'après le verbe II en aparté affirmativement.

Affirmer. Y. a. de la 1" conj. Il légit la conjonction que avec l'indicatif, quand le sens est affirmatif: J'affirme que je l'ai vu ;jc n'affirme pas que je l'aie vu.

Afflictif, Afflictive. Adj. 11 ne se met qu'après son subst.

Affligeant, Affligeante. Adj. verbal tiré du v. affliger. L'e est muet. 11 n'est là que |)our donner n\ig un son doirc qu'il n'a pas devant Va. Une situation afjU'jcante . On peut mettre cet adj. avant son subst. quand l'analogie et l'harmonie le permettent : Une nouvelle affligeante, cette affligeante nouvelle.

Affliger. V. a de la 1" conj. Dans ce verbe, le g doit toujours sc prononcer comme un j, et ;)our lui conserver cette prononciation lors(pi'il osl suivi d'un a ou d'un o, on met un e muet avant cet a ou cet o: J'affligeais, nous affligeons, et non pas,j'affîigais, nous affligons.

Voltaire a dit dans Mérope (act. II, sc. i, 21) :

Écartez ces terreurs dont le poids tous afflige.

La Harpe trouve ces expressions inélégantes. Un poids, dit-il, accable plus qu'il n'afflige. {Coui-s de Littérature.)

Pascal a employé ce mot dans un sens analogue : Quand la mort affligeait uncorps innocent.

AFF

{Pensées, p. 324.) M. Cousin remarque qu'il est ici pour frapper, abattre, tomber sur, du latin affligere.

Ce mot s'cm|)luie en parlant des choses. On dit très-bien q\ie la famine afflige un pays, que la disette afflige les provinces. Ilapprit que la maladie se faisait sentir de nouveau, et affli'ieail plus que jamais cette terre ingrate. (Montesquieu, Lettics persanes.)

Affoleh. \. a. de la l"conj. Féraud dit que ce verbe est hors d"usage, el il donne des exemples où il est emplové. L'Académie dit qu'il n'est guère d'usage que dans le style fauiiliercl au parfioipe, el cependant qu'on l'emploie avec le pronom personnel. L'Académie el Féraud le donnent pour un verbe actif, mais ils ne cilcul pas un exemple où il ait ce sens. Il est certain qu'on dit être affolé de quelqu'un ou de quelfjue chose, et s'affoler de quelqu'un ou de quelque chose. Voltaire a dit dans une épitre :

Voycz-Tous pas de tous ciHés De Ircs-décréplles beautés l'Ieuranl de n'être plus aimables; Dans leur besoin de passion, Ne pouvant rester raisonnables, S'affoler de dévotion, Kt recherctier l'ambition D'£tre bégueules respectables.

{Epttre, XXXI, 27.)

AFFr,.\?icni, Affranchie. Adj. qui ne se met qu'après son subst., et ([ui est souvent suivi de la préposition de : Etre afffranchi d'un impôt.

Affreusement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : On l'a tourmenté affreusement, ou on Va affreusement tourmenté.

Affreux, Affreuse. Adj. 11 se met avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Une tempête affreuse ou une affreuse tempête. Voyez Adjectif.

On dit, c'est un homme affreux, pour dire c'est un homme excessivement laid ; et c'est un homme affreux, pour dire c'est uti homme d'un caractère atroce : y'ûî vu des hommes affreux, dit J.-J. Rousseau, pleurer de douleur aux apparences J^une année fertile.

Affront. Subst. m. L'Académie dit : Il ne vous fera point d'affront ; sa mémoire lui fit un affront. Féraud prétend ([ue ces exjjressions indéfinies doivent toujours sc dire sans préposition ou article. Domcrgue relève avec raison cette erreur. Il y a, dit-il, cette différence cnlre faire affront et faire un affront, que le premier a plus d'étendue, el annonce une suite d'actes d'où naissent la honte. 1l' déshonneur; au lieu que le second indique un seul acte. L'enfant (jui /ai/ affront à sa famille, est celui dunl les habitudes vicieuses font rougir ses honnêtes parenls ; le prédicateur à (]ui la mémoire fait un affront est celui qui, une fois, manque de mémoire, f^ouspow vez compter sur mon fils, dira très-bien un père de famille, y'aî^ toujours veillé sur ses principes et sur sacnnduite,il nevous fera point d'à ff^ront ; c'est-n-diro, il ne vous fera ])ns une seule chose dont vous ayez a rougir, lin acteur dira : Jamais ma mémoire ne m'a fait d'affront, c'est-à-dire, elle ne m'a pas trahi une seule fois.

Racine a dit dans Iphigénie (act. Il, sc. IV, 5):

Aux alTronts d'un refus, craignant de tous commettre.

L'abhé d'Olivet pensait qu'il faudrait à l'affront d'un Tefus, plutôt qu'aux affronts d'un refus.

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