VIII
Furieuse, elle approche avec un coutela» De ce fils innocent qui lui tendait les bras.
Le monstre au même instant tire son coutelas. L'en frappe, et dans le flanc l'enfonce avec furie. ÇV, 316 '
Coûter. V. n. de la 1" conj. On demande s'il laul écrire : Les frais considérables que cette affaire m'a coiilcs, ou les frais considérables que cette affaire nia coûté. On ré|)ondra facilement à cette question, si l'on se rappelle «pie le participe ne peut entrer en concordance avec le régime qui le précède que quand le verbe a un régime direct, c'est-à-dire qu'il estactif.Or, coûter n'est pas un verbe actif ; les frais considérablesne peut donc étrelerégimedirectdu participe; l'accord ne saurait donc avoir lieu. Ainsi l'on doit écrire /«/"raw considérables que cette affaire m'a coûte. Le sens est cette affaire m'a coûté des frais considérables, et non pas m'a coûté les frais considérables. On ne peut donc approuveras phrases suivantes : f^ous n'avez pas oublié les soins que vous m'avez coûtés depuis votre enfance. (Féneloii, 7e7eTO., liv. VII, 1. 1, p. 2ol.) Il faUait coûté.
Que de soins m'eût coites cette tête charmante!
(Rac, Phèd., acl. Il, se. r, 77.)
Après tous les ennuis que ce jour m'a coité», Ai-je pu rassurer mes esprits agites ?
(Rac, Britan., acl. V, se. T, 5.)
Dans la dernière édition de son Dictionnaire, l'Académie s'e.xprime ainsi au sujet de ce mot:
COU
« Le vribc couler élaul neutre, n'a point de p.iriicipe ; cependant plusieui-s personnes écrivent les vinnt mille francs que cette maison m'a coûtés; les efforts que ce travail m'a coûtés, la peine qu'il m'a coûtée. L'cxactilude grammatieale exige 7n'a coûté. «
Coûteux, Coûteuse. Adj. Il se met après son subst.
CouTCME. Subst. f. On dit sans article avoir coutume. Le Dictionnaire de {'.académie dit quoroiV coutume s'emploie en parlant des corps inanimés. INous ne le pensons jws. \.e mol coutume vient du latin consuctvdo, (|iii signilic liabiti'.do conlraclée, et ne se dit point des choses inanimées. Dans le temps que l'on disait iwoir coutume des choses inanimées, on lui préférait avoir accoutumé, qui ne valait guère mieux. Avoir accoutumé a été rejeté, et avoir covttttuc est resté dans les dictionnaires , quoiqu'il soil aussi banni du langage. L'Académie dit : Ce pommier Cl coutume de donner beaucoup de fruits; cette cheminée a coutume de fumer; les pierres qui viennent d'être tirées de la carrière ont coittumc de se fendre à la gelée. On pourrait donc dire aussi une plume qui a coutume de bien écrire, un canif qui a coutume de bien couper, etc.; on ne trouve ces expressions dans aucun bon auieur moderne. En effet, pourquoi aller détourner un mot de sa véritable signification, pour exprimer des choses que l'on exprime naturellement d'une autre manière? Ne peut-on pas dire ce pommier lionne ordinairement beaucoup de fruits; les pierres nouvellement tirées de la carrière sont sujettes à se fendre, etc.
^'oltaire a dit : Les Anglais ont la coutume de finir presque tous leurs actes par irne comparaison {Lettre à M. Maffei en tête de Mérope), et Roubaud critique cette phrase. Avoir la coutume, dit-il, n'est pas correct ; l'article la est de trop. Cette critique me scmlde fausse. On dit avoir coutume lorsqu'on parle d'une chose commune, assez ordinaire cl qui se voit souvent : Avoir coutume de mentir, de se lever matin. Mais lorsfju'on parle d'une coutume extraordinaire, sintrulière, on dit avoir la coutume : Il y a des pays oii les femmes ont la coutume de se percer le nez pour y pendre des joyav.v. Or, comme la coutume de finir presque tous les actes des tragédies par une comparaison n'est point connue des autres nations, et surtout des Français, Voltaire a dû dire ont la coutume, et non pas ont coutume. — «Il nous semble queYoltïire, i>ar l'expression qu'il emploie, ne s'occupe pas de taire une restriction pour un usage connu sevilemcnl îles Anglais ; il se fut exprime de même quand il s'agirait de tous les peuples du monde. Mais seulement le sens n'est i)as le même dans les deux locutions. Avoir coutume est une phrase faite pour indiquer une habitude continuelle, une manière d'être passée dans les usages de la vie. Avoir la coutume désigne une mode adoptée, une sorte de convention générale, mais non un acte continu. Le premier tient à la nature, c'est l'effet d'un penchant qui nous enliainc; le second tient à l'opinion, et peut changer au gré de ses caprices. » (A. Lemaire, Grammaire des Grammaires, \t. 1107.)
CocTOMiER , CouTLMiiiRE. Adj. 11 régit de : Coutumier du fuit, coutumier de vientir. Il se met aussi absolument : Pays coutumier, droit coutumier
Et mes veux, éclairés de célestes lumières.
CRA
Xe trouvent plus aux siens leurs grlces eoulumiért». (CoBN., Pol., ad. IV, se. II, 55.)
C'est dommage, dit Voltaire, que ce dernier mot ne soit plus d'usage que dans le burlesque. {Bemarques sur Corneille.)
Couvre-chef. Subst. m. Coiffure qui sert à couvrir le chef. Au iiluricl, citefwc |)rend point de s. La pluralité tond)C sur coi/fc, qui est sousentendu. 11 faut donc écrire des courre-chef.
Couvr.E-FEc. Subst. m. L'stcnsilc (pii sert à couvrir le feu. Quand ce mot est U'.is au pluriel, la pluralité ne peut affecter (jue le mol ustensile, (]ui est sous-entendu, et non le mol feu ; car il s'agit de couvrir le feu, et non de couvrir les feux.
CouvRE-viicD. .'^ubst. m. Couverture qui sert à couvrir les pieds. On déviait éciire couvrepieds, car il s'agit de ce (jui couvre non le pied. m-A\s les pieds. Mais jtuisque l'usage veul qu'on écrive piei sans s au singulier, on doit l'écHrc de même au pluriel, car à l'un el à l'autre nombre, il a la même signilicalion. Ecrivez donc des couvre-pied.
CouvKiR. V. a. de 13 2"" conj. Voici quelques exemples où ce mot est pris dans des acceptions qui ne sont point indiquées dans le Dictionnaire de V Académie, ou qui le sonl mal :
Le ciel, qui dans mes mains a remis voire enfance, D'une profonde nuit couvre voire ll.^is^ance. . .
(Volt., OEd., act. V, se. li, 5S.)
Tout imila Paris; la mort, sans résistance, Couvrit en un moment la face de la France.
(Volt., Henr. II, 533.)
Couvrant leurs intéréls de l'inlérél des cieut.
[Idem, II, 27.)
Dispersez sur les mers ou novei leurs vaisseaux. Et de leurs corps épars couvrez au loin les eaux. (DïLiL., Ènéid., l, 112.}
Le héros, à ce discours Itatleur,
Sentit couvrir son front d'une noble rougeur.
(Volt., Henr., III, 161.)
Corucillea dit dans fl'eradius (act. IV, se. iv, 443):
Couvert ou de louange, ou d'opprobre éternel.
11 faut d'un opprobre éternel, dit Voltaire ; à'opprobrc est ici absolu, et ne souffre point d'cpithèle. [Remarq. sur Corneille.)
Crabe. Animal de mer du genre des crustacés. Trévoux et l'abbé Prévost [Dict. portatif) font ce mot féminin ; mais l' .académie, les autres lexicographes el les naturalistes ne lui donnent (lue le genre masculin.
Crac. Espèce d'interjection. On prononce le c final.
Crmndre. V. a. de la 4* conj. Il y a quelque difficulté dans l'emploi de la négative ne e.i ne pas avec le verbe craindre, lorsipi'il est suivi d'une phrase subordonnée. Quand on ne souhaite [)as la chose exprimée par le verbe de la phrase subordonnée, on emploie ne sans pas, si la forme de la phrase principale est affirmative ou intcrrogative. Quand je dis^'e crains que la maladie ne decienne mortelle, je ne souhaite i)as (lu'elle devienne mortelle, et par celte raison je mets 7t« sans pas.
Craignez, seigneur, erairjnoz que le ciel rigoureii.\ Ife vous haïsse assez pour exaucer vos vœux.
(RiC, Phéd., act. V, se. Ill, 22.)
CRA
Il en est de même lorsque la phrase est interrogative : Crai^nez-rous qu'il ne riejme9
Quoi! craignex-uout déjà qu'ils no soient écoutés? [Idem, act. lY, se. IV, 14.)
Cependant le même Racine a dit {Bérénice, act. V, se. V, 45) :
Quoi ! dans mon désespoir Irouvei-Tous tant de charmes? Cra<gne»-voui que mes joux versent trop peu de larmes ?
Mais ici trop peu tient lieu de la négation; car on rend le uiéme sens itarcraiffucz-vous que mes yeux ne versent pas assez de larmes?
Si la phrase principulc esl néi-'alivc, il ne faut mettre aucune uégaliDn à la {)hrase subordonnée : Je ne crains pas qu'il \ lenne.
Hélas ! on ne craint pas qu'il venge un jour son père ; On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
(lUc, Androm., acl. I, se. iv, 20.)
Si la piirase principale est négative et interrogalive en même temps, on met ne à la subordonnée : Ne craijncz-rovs pas qu'il ne vienne^
El vous ne craignci pa^
Que du fond de l'abîme enlr'ouvcrt sous ses pas Il ne sorte à l'instant des feux qui vous emïirasent. Ou qu'en tombant sur vous ces murs ne vous écrasent? (lUc, Ath., act. III, se. V, 3.)
Si l'on souhaite que la chose exprimée par le verbe de la phrase subordonnée arrive, ait lieu, il faut mellre ne pasix la subordonnée. Par exemple, quand je dis je crains que mon frère n'arrive pas ce soir, il est évident que je souhaite qu'il arrive, et voilà pourquoi je mets ne pas. Dans ce cas, il faut mettre 7ie pas, quelle que soit la forme de la proposition principale : Je crains qu'il n'arrive pas, je ne crains pas qu'il n'arrive pas, cra'^iicz-votfs qu'il n'arrive pas?
Craint, Craime. Participe du verbe craindre. L'abbé Régnier pense qu'il faut éviter d'employer ce participe au féminin, à cause de sa ressemblance avec le substantif crainte. Celui qui dirait c'est une maladie que j'ai crainte, obéirait à la grammaire, mais révolterait l'oreille. Alors, continue cet auteur, il faudrait s'exprimer différemment, cl dire, c'est une maladie que j'ai appréhendée.
Cependant d'Olivet (Essais de Grammaire, p. 192) , Vaugclas (5 ;U" Jiemarque), Thomas Corneille (sur cette Remarque), et Wailly (page 267), pensent qu'on dirait très-bien les choses que j'ai craintes, pourvu qu'on eût l'attention de placer ce imnicipe de manière qu'on ne pût pas le confondre avec le substantif crainte : Elle fui plus crainte qu'aimée, ajoutent-ils, n'a rien iiui choque, parce que leplus qui précède le participe ôte l'équivotiue.
Crainte. Subst. f. De crainte que, de crainte rf«,sont des expressions conjonctives. De crainte qve régit le subjonctif avec la négation 71e. De crainte de régit l'inlinitif sans négation. De crainte que l'heure ne fût passée, de crainte de vous déplaire, .\vant un substantif on su|)prinie quelquefois le premier de, et l'on dit crainte d'accident, crainte de pis ; mais celle suppression ne peut avoir lieu devant un verbe. On disait autrefois crainte de manquer, crainte qu'il ne vienne ; on ne le dit plus aujourd'hui.
Comme si notre Rome eût fait toutes vos craintet. (CoR5., Hor., act. I, se. I, 68.)
CRÈ
On ne fait pas une crainte, on la cause, on l'inspire, on l'excile, on la fait nailre. (Voluirc, Remarq. sur Corneille.)
CitAirsTiF, Craintive. Adj. On i)eut quelquefois le ineltre avant son subst. : Une craitUire espérance.
CRAPULtiR. V. n. de la 1"^' conj., selon l'Académie. Elre dans la crapule. Ce verbe n'csi iwinl usité.
Crapuleux, Crapuleuse. Adj. On peul quelquefois le mettre avant son subst. : Cette crapuleuse conduite le fait mépriser de tout le inonde.
Cr.ASSANE. ^ oyez Cresune.
Crasseux, Crasseuse. Adj. 11 ne se met qu'après son subst.
Craïonner. y. a. de la 1''' conj. Ce mol s'emploie ligurément en littérature :
... Ce roi, dont le nom fait trembler tant de roii. Voulut bien que ma main crayonnât ses exploita. (BuiL., Èpttre X, 107.)
Créance. Subst. f. H s'emploie dans le sens de croyance.
Soigneur, à vos soupçons donnez moins do cre'anc». (lUc, Britan., acl. 111, se. ?, 21.)
Créateur. Subst. m., qui s'einploic aussi adjectivement. L'Académie ne lui donne point de féminin. Cependant créatrice est très-usilc : Quand l'imagination créatrice eut élevé les premiers monuments, qu'est-il arrivée Le sentiment général fut d'abord sans doute celui de l'admiration. {La Harpe, Inlrod. au Cours de Littér., p. I.) LàfUne industrie créatrice de jouissances appelait les riches de tous les climats. (A'olney.)
Créature. Subst. f. :
Je ne veu.x que le nom de votre créature.
(CottK., Sert., acl. II, se. ii, 78.)
Créature. Ce mot , dans notre langue, n'est em|)loyé que pour les subalternes qui doivent leur forlune à leurs jiatrons. [Remarq. sur Corneille.) Voltaire n'a pensé ici «pi'à l'acception qu'il délinit ; car on sait que ce mot en a d'autres dans la langue française. Créature signilie aussi être créé : Les créatures corporelles, les créatures incorporelles.
CuEDO. Subsl. m. On prononce credo. Il ne prend point de 5 au pluriel.
Crédulk. Adj. des deux genres. On peut quelquefois le mettre avant son subst. : Un homme crédule, une femme crédule; — crédule espoir.
Mais ne llallez-ïous point un crédule traiispoil?
(Gbesset, Sidneij, acl. 11, se. viii, 18.)
Crémaillère, Crémaillon. Dans ces deux mois, on mouille les /.
Crêpe. Subst. m. Ce mot s'emploie figurémcnt. Dclillea dit en parlant de la nuit (£'/itftc/e,Il, 329)'
Déjà du haut des oieux jeianl ses erépet sombres ;
et ailleurs {Enéide, III, GSO) :
Le jour tombe, et la nuit de son Irùne d'théne Jette son crêpe obscur sur les monts, sur les Ilots. . .
Ckesane. Subst. f. On dit aussi plus exactement, mais plus rarement, crassane. (Acad. 1S35'.
Crète-coeur. Sul-sl. m. Ce subsianlif étant conq'osé d'un vcrl.c ol d'un substanllf, rc dernier devrait prendre seul un s au pluriel, si le
CKO
sens le permettait. Mais il s'agit ici de choses qui crèvent le cœur, et non de choses qui crèvent les cœurs. 11 faut donc écrire des crève-cœvr, et non pas des crève-cœurs, et encore moins des crères-cœurs. Voyez Composé.
Cpever. y . a. et n. de la 1" conj. Crever, pris neulralemcnt, prend l'auxiliaire avoir (|uand il indique une action, et l'auxiliaire être quand il exprime un état. Dans le premier cas on dit la bombe a crevé, et dans le second la bombe est erevée.
Creux, Creuse. Adj. Dans la prose ordinaire, il suit son subst.; mais dans la prose poétique et dans les vers il le précède souvent. Fénelon a dit dans Télémuque : Il représentait les sombres forêts qui cmirreiit les montagnes et les creux vallons — Partout la charrue avait laissé de creux sillons. Voyez Adjectif.
Cm. Subst. m. 11 serait difficile de connaître les noms que l'on a donnés aux différents cris des animaux, s'il fallait les chercher dans les dictionnaires à chaque article qui leur est consacré. Voici une liste de ces cris qui facilitera celte connaissance: l'alouette ^j-iso^e; l'àne 6rat<; le ^œuf beugle ; la brebis et le mouton bêlent; les ;purdons, les mouches, les abeilles et les hannetons bourdonnent; le cerf brame ; le chat miaule; achevai hennit ;\e chien jappe ou aboie; la cigogne craquette; le cochon grogne ; le corbeau croasse; le dindon glovglonte ou glouglote ; la grenouille coasse; l'hirondelle gazouille; le lion rugit; le lor»;) hurle; le merle, les oies et le serpent sifflent; le paon braille ou triaille; le pigeon et la colombe roucoulent ; la poule glousse; les petits YtouXaVs piaulent ; le renard et les petits chiens 9/a/)i55e/i<; le rossignol gringotte; le taureau mugit; la tourterelle ^rewif, roucoule.
Criant, Criante. Adj. verbal tiré du v. crier. 11 se met après son subst. : Une injustice criante, cela est criant.
Criard, Criarde. Adj. En prose, il se met après son subst. : Humeur criarde. — Oiseaux criards. Dettes criardes.
Cric. Subst. m. Machine dont on se sert pour enlever de terre des corps très-pesants. On ne prononce point le c final.
Cric-crac. Onomatopée. On fait sentir le c à la fin de chaque syllabe.
Crier. V. n. et a. Racine a dit dans Athalie (act. I, se. I, 89) :
Le sang de nos rois crie, et n'esl point écouté.
L'Académie n'indique point cette acception.
Criminel, Criminelle. Adj. 11 peut se mettre avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : De criminels désirs, ce criminel dessein. On ne dit pas un criminel prince, et encore moins un criminel homme. Voyez Adjectif.
Criminellement. Adv. 11 se met après le verbe : On l'a poursuivi criminellement, et non pas on l'a criminellement poursuivi.
Cristallin, Cristalline. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Des eaux cristallines.
Cristallisation, Cristalliser. Dans ces deux mots, on ne prononce qu'un l.
Critiquable. Adj. des deux genres qui se met après son subst. : Un ouvrage critiquable.
Croc. Subst. m. On ne prononce pas le c final.
Croc-en-jambe. Subst. composé m. Le c final