‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 109 sur 453 · CUL · texte numérisé non relu

CUL

Racine « dit aussi [IphigéTne, acl . 1 1 , se ii, 42) : Les die-:i depuis longtemps me sont cruels et sourds.

On dit aussi cruel envers quelqu'un. j

CHCELLKSIE^T. Ailv. 11 |)eul se motlrc entre rauxiliaiic et le pnrlicipe: On l'a battu cruellement, on t'a cruellement battu.

CRUME^T. Aiiv. 11 se mol toujours nprcs le verbe : // m'a dit cela crûment, et non pas */ m'a crûment dit cela.

CutiLLiu.N . a. iiié;-'. de l:i 2' conj. On prononce Keuillir.

Indicatif — /'/•f'^eni. Je cueille, tu cueilles, il cueille ; nous cueillons, vous cueillez, ils cueillent. — Imparfait. Je cueillais, lu cueillais, il cucillail; nous cueillions, vous cueilliez, ils cueiUaicnl. — Passé simple. Je cueillis, lu cueillis, il ciieiliil; nous cueilliines, vous cueilliles, ilscucillirenl. — Fntur. Je cueillerai, tu cueilleras, il cueillera; nous cueillerons, vous cueillerei;, ils cueilleronl.

Conditionnel. — Présent. Je cueillerais, lu cueillerais, il cueillerait; nous cueillerions, vous cueilleriez, ils cueilleraient.

Impératif. — Présent. Cueille, qu'il cueille; cueillons, cueillez, qu'ils cueillent.

Subjonctif. — Présent. Oue je cueille, que tu cueilles, qu'il cueille; (fue nous cueillions, que vous cueilliez, qu ils cucillciU. — Imparfait. Que je cueillisse, que tu cueillisses, qu'il cueillil; que nous cueillissions, que vous cueillissiez, (ju'ils cueillissent.

Participe. — Présent. Cueillant. — Passé. Cueilli, cueillie.

Ce verbe jircnd l'auxiliaire avoir.

Cuiller. Subst. m. On prononce fortemenl le r comme dans fer et iner.

Cuisant, Clisame. Adj. 11 i)cul précéder son subsl., même en prose : Une cuisante douleur, taie douleur cuisante.

Cul. Subsl. ui. On ne prononce point le l dans ce mol, el plusieurs ne l'écrivent pas. Vollairc esl de ce nombre, et il ne cesse de crier conlre l'usage trop fréquent qu'on fait de ce mol dans notre langue. 11 csl indigne, dit-il, d'une langue aussi polie et aussi universelle que la noire , d'employer si souvent un mol déshonnélc et ridicule, pour signilier des choses comiimnes qu'on pourrait expriiner aulrement. Pourquoi nommer cu-d'ùne Cl cu-de-cheval des orties de mer? Pourquoi donc donner le nom de cu-bhmc a 1'(enanle, el de ciL-rovge à l'épciche? Celle epeiche est une espèce de pivcrl, el l'œnanlc une espèce de moineau cendré. 11 y a un oiseau que l'un nomme fétu en-cu, ou puiUe-en-cu ; on avait cent niaiiicres do le désigner d'une expression beaucoup plus précise. IN'csl-il pas impcrlincnl d'appeler cu-de-vaisseau le fond, de la poiipe?

On se sert communément du mot cu-de-lampe pour exprimer un (leurun, un petit cartouche, un pendeulif, un encorbcllcmcnl, une base de pyramide, un placard, une vigncllc. Un graveur se sera imaginé ipie ccl orncuieut ressemble à la base d'une lampe : il l'aura nommé cu-de-lumpe pour avoir plus lot l'ail, el les achcieurs auront répété ce mot après lui. C'est ainsi que les langues se forment. Ce sonl les artisans (jui ont nommé leurs ouvrages et leurs inslrumcnls.

Ceriainemenl il n'y avait aucune néce.ssilé de donner le nom de 'cu-de-fuur aux voûtes sphériques , d'autant plus que ces voûtes n'oul

CUK

rien de celle d'un four, qui est toujours surbaissée.

Le fond d'un artichaut est formé et creusé en ligne courbe, elle nom de eu ne lui convient en aucune manière. Les c4ievaux onl quelquefois une lâche vcrdâlre dans les yeux, on l'appelle cu~deverre. Une aulre maladie des chevaux, qui es. une es[)cce d'crysipèle , csl appelée cu-depnvle. Le haut d'un chapeau est ajjpelé cu-dechapenu. Il y a des boulons a coinpariiinenls qu'on ai)pclle boutons à cudc-dé.

Comment a-l-on pu donner le nom de cii-desac à l'aiigipartiis des l'ioiiiains? Les Italiens onl [tris le WKJia lï a njiporto , pour signifier s/ra'i« scnza vscila. On lui donnait autrefois chez nous le nom à'impasse, (jui csl expressif cl sonore. C est une grossièreté énorme que le mot cu-de- 5«c ail prévalu. (Dictionnaire philosophique.')

CUL-DE-FOCR, CUL-DE-I.AMPE, CCL-DE-SAC, ClC.

Substantifs masculins. Ces mots étant composés de deux substantifs joints par une préposition, il n'y a que le premier ([ui doive être au pluriel; ainsi il faut écrire des culs-de four, des culs-delampe, des culs-de-sac. elc. Voyez Composé, Cul.

CcLTivACLE. Adj. des deux genres qui se met toujours après son subst. : Un terrain cultivable.

Cultivateur. Subst. m. Raynal a dit adjectivement : Une société cultivatrice. Ccsi unmoldc plus, et il esl utile. — L'Académie ne reconnail pas ce féminin, mais elle emploie le masculin adjectivement : Les peuples cultivateurs.

Cultiver. V. a. delà 1" conj.

Racine a dil dans Athalie (act. IV, se. ii, 6) :

Il est temps de montrer celle ardeur el ce zèle Qu'au fond de votre cœur mes soins ont cultivéï.

Delille a dit cultiver les mœurs :

El ceux qui, de nos arts utile: inventeurs. Ont défriché la vie et cultivé les mœurs

[Énéid., YI, 893.)

Culture. Subsl. f. Voltaire a dit dans la Henriade (111, 11), la culture des ans:

Des premiers ans durci, la funeste culture K'avait que trop en lui corrompu la nature.

* CxniCTATEUR. Subsl. m. forme du latin C7<«r iator. Ce mol nouveau csl inutile puisque nous avons tempnriscur, ijui signilie la même chose. \'ollaire <';crit à un de ses amis : Je reverrai Mariamne et Zuliine quand je retrouverai ma tète, j'entends ma tète poétique; à présent je suis tout en prose : vie voilà cunctalcur. Attendons. Celle expression csl employée ici en plaisanlanl; ce n'est pas une raison pour en faire un mot de la langue.

Cupide. Adj des deux genres. On peut le mcllrc avant son sub^l. lorsque l'analogie el l'harmonie le permellenl : Une cupide ardeur, un Iwmvie cupide.

Curateur. Subsl. m. Ln parlant d'une femme, on dit curatrice.

CuRATiF, Cuiutive. Adj. qui se met toujours après son subsl.

Cuhe-de>t. Subsl. m. On devrait encore écrire cure-dents, car il s'agil d'un insirumcnt propre à curer les dents. Mais puiscpi'on écrit curedent au singulier, on ne peut pas écrire curedenis au pliTriel, car la pluralité du mol composé

DAN

ne tombe pas sur dent, mais sur instniment, qui esl sous^•nlelnla. Voyez Composé. — L'Académie met au singulier cure-dent el au pluriel cure-dents : Acheter des cvre-dcnts.

Cure-oreille. Subst. m. On devrait écrire cure-oreilles, car il s'açit d'un instrument (jui sert à curer les oreilles. Mais comme l'usage veut que ce mot reste sans s au singulier, Il ne faut pas lui en donncrun au {)luriel, car un instrument destiné à curer Voreille au singulier ne peut pas être au pluriel un instrument destiné à curer les oreilles. La pluralité de la totalité du mot compose ne peut loml)er que sur instrument, qui est sous-entendu. Voyez Composé cl Cure-dent.

CoRiEDSEMUNT. Adv. 11 pcut se mettre entre l'auxiliaiie et le participe : Il a curieusement observé ce phénomène. Il avait observé curieusement ce phénomène.

CoRiEUX, Curieuse. Adj. On dit curieux de tahleava-, curieux de peinture. Devant un infinitif il régit la préposition de : Je suis curieux de voir la fin de cette affaire. Cet adj. suit ordinairement son sulist. : Un homme curieux, une femme curieuse, un livre curieux.

Curiosité. Sul)st. f. Il ne s'emploie au pluriel que lorsqu'il signifie choses rares, exlraoïdiuaires, parmi les productions de la nature ou des arts : Un cabinet de curiosités, il passe sa vie à rassembler des curiosités, un niarchand do curiosités.

Cynique. Adj. des deux genres. Il peut se mettre avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Discours cijn^ue, pkilosophic cynique; ces cyniques discours. Voyez Adjectif.

D. Subst. m. C'est la quatrième lettre de l'alphabet, et la troisième des consonnes.

Le son propre de cette lettre se fait sentir dans danois, désir, Diane, douleur, duché. Accidentellement, elle a le son du t. C'est ce qui arrive iors(iu'clle se trouve à la fin d'adjectifs immédiatement suivis de leurs subslantils, et que ceux-ci conunencent par une voyelle ou un h non aspiré : Second abrégé, grand homme, profond abîme; on prononce seco?t-tabrégé , grantliomvie, profon-tahime. D j)rend aussi le son du t dans le même cas, s'il est à la fin d'un verbe suivi de il, elle, on : Entend-il^ cond-elle bien 9 répond-on ainsi? Pi'Ononcez enten-tilf cou-telle lien? répnn-ton ainxi?

« Cette liaison n'a pas lieu seulement avec les pronoms, mais encore avec d'autres mots, surtout dans le style soutenu ; ainsi l'on fera sonner U apprend assez bien ; il répond à tout ; on vous rend enfin justice; il prend intérêt, etc., et ainsi avec toutes les troisièmes personnes du présent de l'indicatif dans les verbes. » (A.Lemaire, Grammaire des Grammaires, p. 40.)

Lorsque le d final se trouve à la fin d'un adjectif qui n'est |)as immédiatement suivi de son substantif, on ne le fait point sentir : Un abîme profond effraie.

Dans la conversation, on ne fait pas sentir le d final d'un substantif, m.ême lorsque ce substantif est immédiatement suivi d'un adjectif, comme dans un froid excessif, un bnrd escarpé. Prononcez un froi-exncs.nf, un bor-escarpé .

On prononce comme un tXn d final de fond et de pied, dans les exemples suivants : De fonden-comble, de pied-en-cap . H ans pied-à-pied le d ne se fait j)as sentir.

D. Expression abrégée du mot don ou dnm, en parlant d'un seigneur espagnol ou d'un moine de Saint-Benoit. — F.xpression abrégée du mol dame, dans l'abréviation N.-D. pour Notre-Dame. — Signe de douceur, en caractères de musique. — Signe du dessus, à côté ou sur l'enveloppe d'une partie de chant. — Sur les gravures, del. est l'abréviation de delineavit, et suit le nom de l'auteur du dessin; direx. est pour direxit, et désigne celui quia dirigé le travail. — Dans l'usage du commerce, d" se met pour ditooM dit, et dans les anciens comptes, d. signifie detiier. — D, sur les monnaies, est la marq'ue de la ville de Lyon.

Da. Particule postpositive que l'on met quelquefois après les mots oui cl nejini, pour donner j)lus de force à l'affirmation ou a la négation exprimée par ces mots, t^ette particule était autrefois [dus usitée comme affirmative : Il avait une épée da. C'est un habile homme da. Plus anciennement, on l'écrivait dea.

Daigner. V. n. de la i'" conj. On mouille le f/n.

Féraud observe avec raison que ce verlic est peu usité à la première personne, à moins (ju'on ne fasse parler Dieu ou un souverain, ou (ju'on ne parle en plaisantant, ou dans le dépit. En conséquence, il blâme cette phrase de Bossuel : Je ne daignerai ni les avorter 7ii les jiier. Cela paraît, dit-il, trop fier et trop hautain.

Daim. Subst. m. On prononce duin.

Daine. Subst. f. Femelle du daim. Les chasseurs prononcent dine.

Dam. Subst. m. On prononce dan.

Damas. Subst. m. On ne prononce pas le s.

Dame. Subst. f. Ce mot n'est usité qu'en parlant des Européennes et de nos pays policés. 11 n'y a point de c/awcs parmi les sauvages; et Buffon,en critiquant un passagedii i)ère Charlevoix, qui parlait des dames de Saint-Doiningue, demande s'il y avait des dames ù Saint-Domingue quand on en fit la découverte.

Dame-jeanne. Subst. composé féminin. Grosse bouteille. On sent que pour mettre ce nom au pluriel il ne faut pas faire tomber la pluralité sur dame ni sur Jeanne, mais sur le mot bouteille, (jui est sous-enlcndu. On dit donc, au pluriel des dame-jeanne , c'est-à-dirc des bouieilles de Li dame Jeanne. Voyez Composé.

Damnable. Adj. des deux genres. On ne prononce pas le m. On adj. peut se metlre avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent: Cette opinion dumnahle, cette damrnablc opinion. A'oyez Adjectif.

Damnablement. Adv. peu usité. On ne prononce pas le m. On pourrait le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il a damnablement abusé de ma confiance.

Damnation. Subst. f. On ne prononce point le m : Le dogme de la damnation.

Damner. V. a. de la 1" conj. On ne prononce point le m.

Danger. Subst. m. : Etre en danger ÔlQ mort.

DAN

en danger de mourir, il y a du danger à suivre citte entreprise.

Danokiieusemknt. Ailv. On le mol ordinairement cnlrc rauxiliiiirc cl le pailicipe ; Il est dangereusement blessé, il est dangereusement malade.

Dangerf.lx, Dangf.recse. Atlj. : // est dangereux de résister. Avant les noms il régiljDwj/r •• Cela est dangereux pour la patrie.

Cet adjectif peut se placer avant son substantif lorsiiue l'analogie et riiannonie le pei inettciil. On ne (lit |)as un dangereux homme, mais on dit vn dangereu.v coquin, une dangereuse blessure. Une personne sage méprise les froides et dangereuses fictions des ruvians. (Bossuet.)

Que c'est un dunjereui poison

Qu'une délicate louange !

(Cbiclibd, Deuxième Épttre à il. Dangeau, 18.)

Dans. Prépos. Le s ne se prononce point devant une consonne ou un h aspiré. Il se prononce comme un ;; devant une voyelle ou un h non aspiré.

Les règles qu'on donne sur l'emploi de celte préposilio'n et sur les nuances tiui lu distinguent de la préposition en sont vagues et incertaines. Girard, et après lui tous les autres grammairiens, ont dit que dans emporte avec soi une idée accessoire de singularité ou de détermination individuelle, et voilà pourquoi , ajoutent-ils, dans est toujours suivi de l'article devant les noms appellalifs; au lieu que en présente un sens qui n'est point resserré à une idée singulicre. C'est ainsi qu'on dit d'un domestique, î(! est en maison, c'est-à-dire dans une maison quelconque; au lieu que si l'on disait il est dans la maison , on indiquerait une maison individuelle déterminée par Icscirconstances.On dit il est en France, c'est-à-diru en quelipie lieu delà France; il est enville, cela veut dire qu'il est hors de la maison, mais qu'on ne sait pas en (juel endroit particulier de la ville il est allé. On dit il est en prison, ce qui ne désigne aucune prison quelconque; mais on dit il est dans la prison de la Force, ce qui donne une idée plus précise. Quand on dil il est dans les cachots, on ajoute une idée plus particulière à l'idée d'être en prison ; aussi met-on l'ti'ticle en ces occasions : Il est en liberté, il est en fureur, il est en apoplexie; toutes ces expressions marquent un étal, mais bien moins déterminé que lorsqu'on dit il est dans une entière liberté, il est dans une extrême fureur. On dit il est en Espagne, et on dil il est dans le royaume d'Espagne ; il est en Languedoc, et il est dans la province du Languedoc,

Une multitude d'exemples prouvent que celte règle, qui peut servir à expliquer quelques cas particuliers, n'est poinl tirée de la nature de ces deux prépositions, cl n'en marque pas clairement la différence.

En n'einporle pas toujours un sens qui n'est point resserré à une idée singulière, car on dit eti ce moment, en cette circonstance, en vion particulier, en ce lieu-ci, en cet endroit-là, en ce temps-là. Dans chacune de ces phrases, en a rapport à une idée précise cl déterminée; et comme on dil également dans ce movient, dans cette circonstance, dans mon particulier, dans ce licuci, dajis cet endroit-là, la règle n.'enscigne rien sur la différence des deux prépositions.

Quand on dit qu'un domestique est en maison, cela ne veut pas dire qu'il est dans une maison

DAN

quelconque, mais cela signifie qu'il n'est plus sans emploi, sans condition, ([u'il n'csl jjlussur le pavé. Cela est si vrai (jue, pour obtenir cette réponse, il est en maison, on ne demanderait pas est-^ dans une inaisnn quelconque? mais est-il toujours sans place? est-il toujours sur le pavé'f et c'est à ces dernières (luestions, et non à la" première, que l'on répondrait il est en maison. En maison, dans ce cas, indique un état lixe, distingué de l'étal où le domestique était auparavant; el, en ce sens, l'idée n'est ni vague, ni indéterminée. Il ne s'agit point de savoir s'il est dans telle ou telle maison; mais s'il est en service ou s'il n'y est pas; et quand on dit qu'il est en maison, on exprime d'une manière déterminée le premier de ces états.

Il est en France ne signifie pas il est en quelque lieu de la France ; mais il n'est pas en Italie, en Espagne, en Hollande, etc, etc., mais seulement en France. C'est une idée finie, un lieu déterminé, relativement aux autres pays où il pourrait être. C'est la réponse à dans quclpays est-il? et non pas à est-il dans quelque lieu de la France? Il es' en ville veut bien dire il est hors de sa maison; mais il ne signifie pas qu'on ne sait j)as dans (|uel endroit de la ville il est allé. On dit à quelqu'un que je dîne en ville, et cela veut dire que je ne dine pas chez moi. Mais en disant cela, on peut fort bien savoir en quel endroit je dine. Toutes ces explications sont donc fausses, el par conséquent la règle l'est aussi.

Le pcre Bouhours a fait sur ces deux prépositions des remarques qui ne sont pas plus satisfaisantes. Selon lui, on met toujours en devant les noms lorsqu'on ne leur donne point d'article. Mais que signifie colle règle, si on ne m'enseigne pas en inénie temps quand il faut ne pas donner l'article aux noms? D'ailleurs il n'esl pas vrai que en ne soit jamais suivi de l'article. On dit en l'absence de ?non père, en l'état où je suis, mettons-nous en la présence de Dieu.

Tâchons de trouver des règles plus claires et plus sijres.

En indique un rapport de lieu. Dans et à indiquent aussi un rapport de lieu. Quelles sont les nuances qui distinguent ces rapports, et qui exigent l'une ou l'autre de ces prépositions?

Un lieu peut être considéré comme un point où l'on tend, comme un point où l'on est fixé. C'est la préposition à qui doit marquer ccsra[>ports.je vais à Paris, je demeure à Paris, je demeure à Paris pendant six mois de l'année.

Un lieu peut être considéré comme un espace circonscrit par des bornes dans lesquelles il est contenu. C'est la préposition dans qui sert toujours à marquer le rapporta un lieu considéré sous ce point de vue : Je suis dans Paris, je vis dans Paris. Nous entrons dans Paris. Les troupes entraient dans Paris. L'ennemi est dans Paris. Les ennemis sont dans la France.

Enfin un lieu peut être considéré seulement comme une étendue distincte d'une autre étendue, et la préposition en indiciuc toujours ce rapport. Quand je dis i^ est en France, j'indique le lieu où il est par distinction des autres royaumes ou pays où il pourrait être, et où il n'est pas. En marque donc ici distinction, opposition, exclusion, et ne rappelle aucune idée de bornes ou de limites : En quel pays est-il? — En France. Est-il en Italie? — Non, il est en France.

On peut remarquer par ces exemples combien est fausse la règle des grammairiens cjui dit que en emporte un sens qui n'est point resserré à une

DAN

idée singulière; car ici on se sert de celte préposition, précisément quand l'idée est singulière, en Italie, en Espiigne; et l'on ne peut plus s'en servir quand elle est suivie d'un mot qui présente l'idée d'une nianiore générique; c'est alors^au contraire, qu'il laut employer dans. On ne dit pas U est an royaume de France, en royaume d'Espagne; il faut nécessaircnieiit dire il est dans le royaume de France, dans le royaume d'Espagne.

D'après la règle que nous combatlons, et t]ui met toujours en avec un sens indélini ou indéterminé, et dans avec un sens delini ou délcrniiné, un étranger doit dire il est dans l'Espagne, au lieu de il est en Espagne ; et il est en royauvie, au lieu dei7 est dans i/« royaume; car le mot Espagne présente une idée déterminée, et le mot royaume une idée indélerniinée.

Un lieu considéré sous les trois points de vue que nous venons d'indicpicr, offre toujours une idée déterminée. Sous le picmier, le lieu est déterminé, pui^qu'il est considéré comme un point, je vais à Paris. Sous le second il est délcrininé, puisqu'il est considéré comme contenu dans des bornes, dans des limites : Nous entrons dans l'Espagne ; nous serrons des hardes dans une armoire. Sous le troisième il est déterminé, puisqu'il est considéré comme distingué, séparé d'un autre lieu ou de plusieurs autres lieux : Il est en ville, il est en France, faille est déterminé par rapport a la maison de celui dont on parle; France l'est par rapport aux autres pays. On ne dit pas en Paris, en Lyon, en Bordeaux, pai'ce que les Uuuis propres Paris, Lyon, Bordeaux, indi(iueiit des lieux qui ne sont considérés que comme des enceintes circonscrites par des bornes . ou des limites.

On ne met pas non plus en devant les noms de provinces dans la composition desquels il entre un article, comme le Maine, le Perche ; pàixc que ces nom^ ont été dans l'origine des noms de lieux particuliers que l'on a étendus à des provinces, mais qui n'en ont pas moins conservé les rapports de leur origine. Ainsi on dit aller au Maine, au Perche, et être au Maine, au Perche. Ou ne dit pas en Pérou, en Mexique, etc.; parce qu'a cause de leur éloignement, ces empires, successivement découverts, n'ont été considérés »u commencement que comme des lieux particuliers, et que leurs noms ont conservé les rapports propres à ces premières idées. On dit donc il est allé au Mexique, au Pérou; être au Pérou; ce sont des exceptions; mais on dit aller en Amérique , être en Amérique , parce qu'on a inventé ce nom pour l'appliquer a un pays d'une grande étendue.

On peut voyager en carrosse, en diligence, en cabriolet, cacliarrelte,c\\ chaise de poste. Quand je dis que je \oyageen chaise de ;?oi/e, j'indique cette voilure par opposition à toute autre, à l'exclusion de touic auirc. Mais si je n'ai pas intention de marquer celte opposition, cette distinction, cette exclusion, et ([ue je ne veuille considérer la chaise de poste que comme un lieu circonscrit dans lequel je suis ou je puis être contenu, je ne me sers plus de la proposition en, mais j'emploie dans pour marquer ce rapport. Ainsi l'on dit j'étais dans ma chaise de poste quand je vous ape7'çus ; je voyageais dans ma chaise de poste. Je disje monte eu voiture (\ud.n([ je veux marquer que je quitte la terre puur passer en voilure; il y a opposition de lieu. Mais je dis je monte dans la voiture, je monte dans ma

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