‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 110 sur 453 · DAT · texte numérisé non relu

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voiture, quand je n'ai en vue que mon entrée dans la vuilurc qui va me contenir.

On peut exercer un commerce en chambre, en magasin, en boutique ; et chacune de ces expressions, au moyen de la préposition en, est opposée aux deux autres. Mais s'il n'est point (|ucstion de cette opposition, ei seulement du lieu circonscrit propre à contenir, c'est de la |)réposilion dans que je me servirai. Je dirai donc il travaille dans la boutique, dans le magasin, dans sa chambre

Un prédicateur est en chaire, lorsqu'il n'est plus à l'endroit où il était avant (jue d'y monter; il est dans la chaire lorsqu'il y est renfermé. Etre en prison, c'est n'élre pas libre de sortir d'un lieu où l'on est ; être dans une prison, c'est èlre renfermé entre les murs d'une prison. Etre en l'air, c'est ne plus toucher à terre; être dans l'air ou dans les airs, c'est èlre environné de l'air, être au milieu de l'air. Etre dans Veau, c'est élreenvirunné d'eau ; éti-e eu eau, c'est être dans un état de transpiration extraordinaire, distingué de tout autre état de transpiration.

On dit être en chemise, en veste, en habit, en pantalon, etc. ; et dans chacune de ces expressions en distingue chacun de ces états de tous les autres; mais on dit, sans marquer cette opposition, il était enveloppé dans sa redingote, je passe mes jambes dans mon pantalon, mes bras dans les manches de mon habit.

En, marquant un rapport de lieu, indique donc toujours opposition, distinction, l.e même caractère se remarque quand celle préposition marque un rapport de temps, cl elle diffère de même de la préposition dans. Nous sommes en hiver se dit à l'exclusion des trois autres saisons ; nous sommes dans l'hiver se dit par rapport aux deux époques entre lesiiucllos l'hiver est couq)ris. On dit 7ious entrons dans l'hiver, et non pas nous entrons en hiver. Je ferai cet ouvrage en deux jours se dit par opposition à un temps plus ou moins long qu'on pourrait y employer. Je ferai cet ouvrage dans deux jours se dit sans opposition, seulement par rapport à l'espace de temps après lequel on commencera l'ouvrage.

Dans tous les autres cas où l'on emploie la préposition <?7i,elle emporte toujours celle idéed'opposiiiou, de distinction, d'cxclusiun. Etre en vie est opposé à n'élre pas mort ; être en santé, c'est n'élre pas malade; être en liberté, c'est n'élre pas esclave ou détenu. On met un homme en liberté quand on le fait sortir de prison ; il était en prison, il est en liberté, (.es deux états sont opposés et s'excluent l'un l'autre.

On est en paix quand on n'est pas en guerre, en guerre quand on n'est pas en paix-jE";; marque l'opposiiion entre l'iui et l'autre éiat; mais on dit le commerce et les beaux-ai-ts fleurissent ilstn'ila paix ; des cruautés s'exercèrent dans la guerre. 11 n'y a point là d'opposition, il ne s'agit que de ce qui se passe dans la guerre ou dans la paix On (lit qu'««e armée est rangée en bataille, par opiiosilion aux autres manières dont elle peut être rangée ou disposée. Dans la bataille, et non pas en bataille, on distingua un soldat qui fit des prodiges de valeur; il n'y a (>oinl la d'opposition. Etre en prière manpie exclusion de toute autre occupation. Dans la prière on élève son cœur ù Dieu ; il n'y a point la d'opposition; dans marque l'action de la prière d'une manière absolue.

Datif. Subst. m. On prononce le/". Ce mot est

DE

un terme ilo çrainniaire pour les langues qui ont des cas. ^'oyez Cas.

Davvmace. Adv. Cet adverbe était autrefois suivi de que; aujourd'hui on ne reni|iioie plus avec celle conjonction. 11 ne faut |kis conroiidrc plus avec davantage. Voici, d'après Bcauzce, en quoi CCS deux mots différent.

Plus s'cjnploie pour clablir explicitement et dirccicincnt une comparaison. Daianlage en rappelle implicilemcnl l'idée et la i"enversc. Après plus, on met ordinairement un (/uc qui amène le second terme ou le terme conséquent du rapport énoncé dans la phrase comparative; après davantage, on ne doit jamais mcilre que, parce (juc le second terme est énoncé auparavant. Ainsi l'on dira, i)ar une comparaison directe cl cxj)!!cite, les Bomains ont plus de bonne foi que les Grecs; mais, dans la comparaison inverse et implicite, il faut dire les Grecs nont guère de bonne foi, les Romains en ont davantage. C'est une faute d'employer davantage pour le plus. On dit c'est celui que j'aime le idus; et non pas, c'est celui que j'aime davantage.

Davantage n'est guère bien placé qu'après les verbes : Je vous en aime davantage. Celui-là m'aurait plu davaiilage, et non pas m'aurait davantage p^;/. Cependant lorsiiue le verbe est à l'infinilil, davatuur/e peut le précéder : //. nest rien qu'oji doive davantage recommander axtœ jeunes gens que de; ou bien il n'est rien qu'on doive recomînander davantage auje jeunes gens que de.

De. Prép. Elle sert à marquer différents rapports. Nous en avons parlé au long à l'article .îdjectif. Voyez ce mot.

Je lui dispute tout, jusqu'à l'amour de Rome.

(Volt., Rome sauvée, act. FV, se. Il, 52.)

Le vers précédent indique que l'aviour de Borne ne veut dire que l'amour pour Borne. Mais remarquons, en passant, que tel est dans ces sortes de phrases l'inconvénient de la particule «fe, que souvent elle est susceptible, par elle-h;ême, du sens actif et du sens passif; et que, pour éviter l'amphibologie, il faut avoir soin de déterminer l'un ou l'autre. Ainsi, dans ces vers de Racine {Britaîinicus, act. III, se. m, jl) :

Et nourrir dans son âme Le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme,

il n'y a pas à se méprendre ; mais le second serait tout aussi bon dans le sens contraire, si l'on disait : // souffre sans se plaindre le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme. (La Harpe, Cours de littérat.)

D» deuil et de grandeur, tout oiïre ici l'image.

(Volt., Oreste, act. II, se. i, 56.)

Faute de langage, dit La Harpe : l'image exprime ici une idée d<'iiiiie, à cause de l'arûclej et la particulf! de, placée comme elle est, une idée indé(iiiie. La justesse grammaticale, conforme à celle des idées, evigel'une des deuxconsiructions. Une image de deuil et de grandeur, ou l'image du deuil et de lu grandeur. H était facile de faire ainsi le vers :

Du deuil et des grandeurs tout offre ici l'image.

[Cours de liltcratvre .)

Que je tâche de vaincre un indigrie courroux El vous donner pour lui l'amour cju'il a pour tous. (Con.v., Cin., act. III, se. IT, 62.)

DE

Voyez Pn'position.

Quand on lit dans le Dictionnaire ds l'.lcadémie: Couverture de mulet, Cl couverture de chevau-x ; gelée de pomine, de groseille, Ct golee de coings ; un pied d'œillet, ct un pied d'œillels, on se demamie |)Ourquui ces seconds substantifs sont tantôt au singulier, tanlôt au |)luriel; et l'on désirerait savoir s'il n'y a jjas une règle pour l'emploi de l'un ou de l'autre nombre.

Simplifions la question. Il ne s'agit ici que de choses tirées ou extraites d'un(; certaine espèce, d'une certaine classe d'elles, de l'huile d'olive; ou de choses laites, composées d'individus de certaines espèces, de certaines classes, comme .7clée de groseilles, pâle d'amandes.

Dans le premier cas, le second mot ne prend jamais le pluriel, parce qu'il a un sens indéterminé, et qu'il iiidi(|ue une espèce, une classe, une sorte. Dans le second cas. il prend le pluriel, parce iju'il a un sens déterminé, et qu'il signifie des individus d'une espèce, d'une classe, il'une sorte, qui cnlrent dans la compusilion de la chose. On dit de l'huile d'olive, et non pas de l'huile d'olives, parce que les olives n'cnlient pas individuellement dans la composition de l'huile, mais que l'huile en est tirée, extraite; mais on dit un baril d'olives, une assiette d'olives, parce que le baril, l'assiette, sont composés d'un nombre d'individus de l'espèce de fruit nommé olive. Du suc de pomme, &\. non pastZi/ suc de pommes, parce que le suc est extrait de 1 e.-^pèic de fruit nommé pomme; el?/«e marmelade (/c^wwmes, [jarcequc des pommes entrent individuellement dans la composition de la marmelade. Des queues de citerai, du crin de cheval, sont tirés de l'espèce d'animal nommé cheval; une troupe de chevaux est composée de plusieurs individus de cette espèce. Un troupeau de moutons est composé de plusieurs individus de l'espèce; des gigots de mouton sont tirés, séparés de quelque animal de l'espèce. Un bouquet de roses est composé de plusieurs individus que l'on nomme des roses; un bouquet de jasmin est tiré d'une espèce de plante que l'on nomme jasmin. De l'eau de poulet est tirée d'une espèce d'animal que l'on nomme poulet ; une fricassée de poulets est composée de plusieurs individus qui portent ce nom. On dit de ta gelée de groseilles, et non de la gelée de groseille, parce que les groseilles entrent individuellement dans la composition de cette espèce de confiture; et l'on dit du sirop de groseille, du sirop de citron, parce que le sirop est tiré de la groseille, du citron, et que ces fruits n'entrent pasindividuelleiucnt dans sa composition. On dit de la gelée de viande, de poisson, parce <]ue la viande, le poisson, n'entrent pas comme individus dans la composition de celte gelée. Conserve de 7iiauve, de romarin, de capillaire, de violette, il s'agit d'espèces; conserve de pistaches, de citro7is, de roses, il s'agit d'individus. Pâte d'amandes, de pommes, d'abrn^ots, de cerises, de raisins, composée avec des amandes, des pommes, etc. De la fécule de pomme de terre, tirée, extraite de la pomme de terre; un ragoût de pommes de terre, fait avec des pommes de terre. Des morceau.T de brique, tirés de [ilusicurs briques; une muraille de briques, composée de briques.

Quand il ne s'agit ni d'extraction, ni de composilion, il faut examiner si le second mot est pris dans un sens général et indéfini, ou dans un sens particulier ou individuel: dans le premier cas, ce second mot ne prend point de*; dans le second, il

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e» prend un. Des (jens de plume sont des gens qui se servenl de la |)lunie en général, qui vivent du travail de la pliinic en général. Des caprices de femme sont des caprices que l'on attribue au sexe en général ; une pension de femmes est composée d'individus. Ou ■,ï\)\)cl\c marchand de plume celui qui vend en masse de la plume pour l'aire des lits, des oreillers, de. ; xin marchand de plumes est un marcliaud qui vend des plumes a écrire; c'est le sens individuel. Un marchand d'arbres, un marchand d'estampes, une marchande d'abricots, toutes ces choses se vendent par individus. Un marchand de paille, un marchand de foin ne vend pas indivulucllcment une paille, deux pailles, etc., il vend en masse des parties tirées de rcspére. On dit une marchande de poisson, Y'M'cc ([uc le poisson ne se vend pas toujours individuellement, mais souvent par morceaux, jjar tranches, comme la morue, le saumon, la raie, etc.; maison dil«/(e marchande de carpes, d'écrevisses, parce (lue les carpes et les écrevisses se vendent ainsi. Un marchand de rin est un marchand (]ui vend en général l'espèce de liqueur que l'on appelle vin ; mais si l'on voulait indi(pier des espèces [)articulièrcs, il l'audrail dire, par exenq)le, un marchand de vins fins. On dit de même un marchand de drap, de toile; cl xin marchand de draps de Louviers et d'Elbeuf, un marchand de toiles blanches, de toiles r/rises, etc. Voyez Adjectif.

Dé. Particule prépositive qui se met au commencement de certains mots. (Quelquefois elle est ampliative, c'est-à-dire qu'elle sert a étendre la signilication du mot, comme ûansdiclurer, découper, détremper, dévorer. D'autres l'ois elle est négative, et sert à maniuer la suppression de l'idée énoncée par le mol simple, conune dans débarquer, décamper, dédire, défaire, dégénéré, déloyal, démasqué, dénaturé, dépourvu, dérèglement, désabuser, dévaliser.

DÉB,\G0CLEn , DÉB.\G00LEnR. Tcrmcs ti'és-Las qui ne méritaient pas d'élre recueillis par l'Académie.

DÉBAPTISER. V. a. de la d'* conj. On ne prononce paslcjo. L'Académie dit qu'il n'est guère d'usage que dans cette phrase, il se ferait' plutôt débaptiser que de faire telle chose. Voltaire a dit dans l'Ingénu chap. v), si l'on vie prive de la belle Saint-Yves, sous prétexte de jnon baptême, je vous avertis que je l'enlève et que je me débaptise.

*Débarbariser. V. a. de la 1"' conj. L'Académie ne l'a i)oinl mis dans son Dictionnaire. Voltaire a dit : Nos welchcs du parterre, qu'on a eu tant de peine À dcliarhariser, «e doutent très-rarement si une pièce est bien écrite.

DÉBARBODiLLER. V. a. de la 1"^' conj. On mouille les II.

Débarras, Débarrasser. Dans ces deux mots, on ne prononce qu'un r.

DÉB.iTTRE. \ . a. et irrégulier de la 4' conj. 11 se conjugue comme battre, ^■oyez ce mot.

Corneille a dit dans Nicomède (act. V, se. v, 44).

Amusei-le du moins à débattra avec vous.

Débattre, dit Voltaire, est un verbe réfléchi qui n'emporte point son action avec lui. Il en est n\nsi ûe plaindre, co7irenir. On dit se plaindre, se contenir, se débattre. Mais quand débattre est actif, il faut un sujet, un objet, un régime : Nous

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avons débattu ce point, cette opinion fut débattue, [liemarquvs svr Corueille )

DÉncT. Subsi. m. On lait sentir le t iinal.

Débiffer. V. a. de la 1" conj. Vieux mot qui n'est plus usité, et (pie r,\cadémiea recueilli dans son Dictionnaire. 11 signiliait gûter le tempérament, rendre dilTirme, déliijùrer. L'.\e;!démie prétend qu'on dit en ce sens être tout débi/fé, et visage debiffé, estomac débiffé. Ou ne sérail pas compris si l'on employait aujourd hui ces expressions.

Dkbile. Adj. des deux genres. L'Académie le drlinii,qui manque de forces. Mais /fu'4Z<? signifie aussi (pii mamiue de forces, et cependant ces adjectd's ne [leuvent être employésl'un pour l'autre. — Le sujet faible n'a pas assez de force relative; le sujet débile est d'une grande faiblesse. Le i)remier, fort juscju'a un certain point, ne rcuq)lit bien (pi'uuc certaine carrière; le second, avec un air toujours faible, ne la remplit <iue dil'lirilement. Une vue faible ne soutient pas le grand jour; le joiu- faliçue une vue débile. Un estomac faible digère bien une certaine dose d'aliments; un estomac dibile digère toujours mal. L'esprit faible n'a pas assez de force pour résister, pour [icnser et agir d'après lui contre le vœu d'un autre; il est subjugué par l'ascendant (|ue vous prenez sur lui; l'esprit débile n'a pas la force de se déterminer, de penser, d'agir d'après lui-même et avec suite; il obéit a l'impulsion (pic le premier objet lui donne. Faible est, tant au propre qu'au figuré, d'un usage inliiiiment plus étendu (pic débile. Un soutien, un appui, un moyen, un ressort, un roseau, un mur, une poutre, une monnaie, un ouvrage, un discours, un raisonnement, etc., sont faibles et non débiles. C'est par le privilège de poète que Boileaua dit un débile arbrisseau. Dcbile ne s'applique guère qu'aux animaux , à leurs facultés, à leurs membres, et, par analogie, à cerlaiiies facultés spirituelles de l'homme : ainsi, l'on dira, aussi bien dans le style simple (pic dans le style élevé, (pic l'esprit devient débile comme le corps, à mesure ([u'on vieillit. L'emjdoi ligure de ce mot est très-bon lors(iu'il s'agit de désigner dans le moral un rapport actuel et intime avec le physi(iuc. — Cet adj. peut se mettre avant son subst. lorsiiue l'analogie et l'harmonie le i)erniellent. On ne dit ])as un débile corps, mais on dit un débile enfant, un débile vieillard. Voyez Adjectif

Débitelt.. Subst. m. Qui doit. En parlant d'une femme on dit débitrice. Dans le sens de débiter des nouvelles, on dit au féminin deôileuse.

Déblayer. V. a. de la 1" conj. Il se conjuguî comme payer. Voyez ce mot.

Débonnaire. Adj. des deux genres. On peut le mettre après son subst., (juand l'analogie cl l'harmonie le permettent: Caractère débonnaire ; humeur débonnaire , cette débonnaire humeur. Un homme débonnaire, et non pas mm débonnaire homme, ^'oyez Adjectif.

Débord. Subst. m. 11 n'est pins usité qu'en tenues de monnaie, pour signilier ce (}ui est au delà des cordons de la légende; et r.\cadéinic ne le dit point en ce sens.

Déborder. V. n. On lit dans le Dictionnaire de l'Académie, la rivière a débordé, lu rivière est débordée. Le premier exprime l'action, le second l'état.

DÉBOUCHÉ, DÉBOccHEMENT. Substanlifs masculins. L'Académie dit ces deux mots d'un moyen de se défaire des marchandises ou des billets

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