‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 14 sur 453 · AIE · texte numérisé non relu

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l'analogie. L'Académie l'explique par rustique, sauvage, et l'on peut laisser passer ces deux expressions; mais elle ajoute champêtre, et l'on ne peuls'cmpècherd'observer«]ue les idées d'a^re*<e et de c/ia//(pé/;T sont totalement opposées. Le mot agreste exi.lut loule idée de culture et d'agrément; le mol cliampctre, au contraire, réveille l'idée delà culture et des agréments qui l'accompagnent. Un lieu agreste n'offre que des rocheis stériles, des plantes sauvages, une terre inculte; il inspire la trislesse, ou du moins une stérile mélancolie. L'n Weu champêtre préscnie un spectacle riant et agréable. Ce sont des plaines fertiles, de gras f)àluragcs couverts de riches troupeaux, des prairies émaillées de fleurs, des arbres courbés sous le poids des fruits, des travaux utiles qu'animent l'innocence et la gaieté, et qui promettent l'abondance et le bonheur. On ne connaît point de plaisirs agrestes; mais rien n'est plus louchaiil que les plaisirs champêtres. L'idée de ce mol est inséparable de celle d'agrément. Tout cela donne à cette maison un air plus champêtre, plus vivant, plus animé, plus gai. ' J.-J. Rouss., Héloïse, 1\' part., lettre 10, t. IV," p. 184.)

Agricole. Adj. des deux genres, llsuit toujoure son subst.: Peuple agricole, nation agricole.

Ah. Interjection qui exjirime la joie, la douleur, l'amour, l'admiration, la commisération, l'impatience. Ah, quel plaisir! ah, que je suis heureux de vous revoir! etc. Il ne faut pas le confondre avec Ha! autre interjection qui exprime la surprise et l'étonncment. F'oT/ez ce mol. Ordinairement, on met un point admiratif a{)rcs Ah! lors même qu'il est suivi d'une phrase admirative. Ah! que je vous plains. Il est mieux de ne mettre le point admiratif qu'à la fui de la phrase. "S'oyez Admiratif. li'antres meltont le point admiratif après rinlcrjcction et après la phrase admiraiive. Cette ponctuation vaut mieux que la pieinière; c'est celle de l' Académie.

AiDt. Subst. f. Dans le sens de secours, ce mol a tantôt un sens passif, venez à mon aide; lanlôl un sens actif, mon aide vous est inutile.

Aider. V. a. do la l"' conj. Aider quelqu'un dans ses malheurs. Aider quelqu'un de sa bourse.

Aider quelqu'un activement, c'est prêter secours à quelqu'un, sans partager personnellement sa peine ou son travail; aidera quelqu'un, c'est partager personnellement le travail, la peine de quelqu'un. Celui qui a prêté de l'argent à une personne pour iiayer une |iartie de ses dettes, a aidé cette personne à payer ses dettes. Mais celui qui a porté une partie du fardeau dont un homme était chargé, lui a aidé à porter ce fardeau. Telle est l'explication que les grammairiens donnent de ces deux façons de parler. Nous ajouterons avec \'oltairc, qu'aider à quelqu'un est une expression populaire : on 11c doit pas dire, aidez-lui à marcher, mai.s aidez-le à inarcher. Cependant Fénelon a dit : J'aidai au Rhodien confus à se relever [Télém., liv. V, t. 1, p. d90), et la Grammaire des Graînmaircs, qui nous fournit celle citation, donne un grand nombre d'exemples analogues, tirés d'auteurs estimés (p. JOGl).

En parlant des choses on emploie à: Aider à la lettre, aider à une affaire. l'ascal a employé ce verbe sans régime : 'J'outes choses étant aidées et aidantes {Pensées, J). 300.)

A'ÏE. Interjection. Exclamation de douleur. 11 est impossible de dire comment on prononce ce mot. On ne fait sentir que trcs-faiblcmenl 1'» et Ve.

AÏECL. Subst. m. Par aïeul ou aïeuls, on en-

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tend précisément le graïui-pèrc paternel et le grand-pcre in.ilcrnei; el par aïe uj; ou ancêtres, oncnlond ceux (pii onl devancé nos aïeuls, c'està-dire, tous ceux de nui on descend. Nos ancêtres, 7I0S aïeux, nos pères ; ces expressions sont à peu prés synonymes lorsque, sans avoir égard à sa propre famille, on les applique en gênerai et indislinclemciit aux personnes de la nation <pii ont précéilé le temps où nous vivons; elles difielenl en ce (ju'il se trouve une gradation d'ancienneté, de façon que le siècle de nos pères louche au nôtre, (pic nos aïeux les ont devances, el que nos ancêtres sont les plus reculés de nous. (Beauzée )

AicLK. Subst. Il est masculin quand il signifie oiseau de proie, i)upiire d'église en forme d'aigle, et figuréuionl, liounne d'un génie, d'un esprit supéiieur. — On le fait aussi masculin en parlant de l'aigle de la Légion d'honneur. Le grand aigle, le petit aigle. Il est féminin dans le sens de signes militaires, d'armoiries el de devises: Aigle irnpériate. Les aigles romaines. Aigle di'phnjée. Les aigles romaines étaient peintes sur les drapeaux. Aigle, oonslellalion, est aussi féminin.

Voltaire ne s'est point astreint à ces régies. Dans son discours sur l'égalité des conditions, il a fart aigle, oiseau, féminin.

L'aigle /Sere et rapide, aux ailes étendues, Suil l'objet de sa llamine élancé dans les nues.

[Premier discours sur l'homme, 101.)

Mais ailleurs il a dit (Mahom., act. I, se. IV, 26) :

.. L'insecte insensible, enseveli sous l'Iieibc, El l'aigle impérieux qui plane au liaiij du ciel, Uenlrent dans le néant aux yeux de l'Élernel.

Aujourd'hui on fait toujours ce mot masculin dans le sens d'oiseau : \.'espccj de l'aigle commun est moins pure, et la race en parait vioins noble que celle du grand aigle. (Buffon, l. XVIIl, p. 9S.)

Aigre. Adj. des deux genres. II se met avant ou après sou sultst. Au figuré surtout on le fait précéder: Une aigre réprimande, une aigre repartie.

AiGr.E-DODX, Aicr.F.-DOucE. Adj. (pii se met toujours après son sul)Sl.: Un fruit ai/re-don.v, des oranges aigre-douces. On remarquera que celle expressitm étant coin|)oséc de deux mots, ils doivent éliv joints par un lirel.

Dans ce mot, aigre esl invariable, mais doux se mel au masculin ou au féminin, au singulier ou au pluriel, suivant le substantif que modifie l'adjeclir. Un ['mil aigre-doux, une orange aigredouce, des oranges aigre-douces. — 1,'Aradéniie, en 4835, l'cril des oranges aigres-douces, des paroles aigres-douces.

AiGUKi.ET, Aicr.Ki.r.TTE. Adj. (]ui suil toujours son subst. i.'AiMiieinie dit aigrelet et uigrcl, et les delinil de la méuie manière. Aigrelet est le terme \\s\U^;aigrct ne se dit (lu'abusiveuienl.

AiGi-.KMi-NT. Adv. 11 ne se dit jniint au pro|)re, else met loujoui> après le verbe. // luia npondu aigrement, et non pas, il lui a aigrement répondu .

AiGiin. V. a. de la 2" conj. Aigrir la violence d'un niai. Aigrir les ennuis, le désespoir de quelqu'un.

Ruugisseï d'un silence Qui da Toj maux enoore atgnt la violence.

(lUc ,Phéd., act. l, se. m, 35.)

AI.M i9

Ponrquol venir encore aigrir mon désespolrî

(lUc, B«i,n., ad. V, se. T, 5.)

Allons, suivons ses pas, aijri'.jonj ses ennuis.

(Volt., Bru»., act. 11, se. m. 24.)

Alcu, AiGL'Ë. Adj. Il se met toujours après son subst.: Un fer aigu, une maladie ai, më.

On appelle en grammaire, «cce/if aign, un accent (]ui se fait de droite à gauche, el se 'met sur \'e fermé, pour manpicr sa pioiioncialion. Voyci Accent.

AiGU.^DE, AicDAiL, AiGUAYER, sc prononccnt coilunc s'il n'y avait point t\'u. L'Académie dit qu'on prononce de même aiguière et oiçuiéréemais die se tioiniic, car alors il î'audraii jironon' cer cyière et éj'iéréc, ce (pi'on ne l'ail |)as.

AiGUE-HARiKE, pliir. des Aigues-marincs. Des pierres précieuses couleur vert de incr. Aiguë vient du latin aqua, eau; n'\\\^\ aigue-marine signifie eau-marine ou de mer. [Grammaire des Grammaires, p. 17''i.)

AiGuiLLADE, Aiguille, Aiguillée, Aigdiller Aiguillette, Aiglilletier, Aiguillon, Aiguillo:»- NF.ti. Dans tous ces mois ou mouille les /, et ou fail entendre Vu

Aiguisement. Subst. m. On fail sentir \'u.

Aiguiser. V. a. de lal'^'conj. On fail sentir I'm.

Ail. Subst. m. On mouille le l. L'Académie dit (pie ce mol fail aulx au |jluricl, d'anires grammairiens veulent (ju'il fasse aux. (,'e pluriel esl peu usité; et, si on l'emploie, je j)cnse (ju'on doit écrire aulx, comme l'Académie, alin de le distinguer du mot aux (pii signifie à /es.

On dit plus souvent des gousses d'ail, ou des têtes d'ail, (]ue des aulx, riusicurs naluralisles disent des ails. Dans sa dernière édition l'Académie en fait la remanjue.

Ailé, Ailée. Adj. Il se mel toujours après son subsl. : Des serpents ailés, un poisson ailé.

Ailleurs. Adv. Les// sont mouillés. Ils le sont aussi dans d'ailleurs.

Aimable. Adj des deux genres. Pourquoi diton cela m'est agréable, et ne |ieul-on pas dire cela m'est aimable'* C'est i\\\ agréable vient d'agréer;cela m'agrée, c'asx-ix-iVuo, agn^e à moi. Il n'en est pas ainsi lï aimer : J'aime cette pièce, et non pas, cette pièce aime à ///ot; ainsi on ne [leut dire wécst aimable. {Jiemarques sur le Menteur, act. 11, sc. I, 24 )

Cet adj. peut |)iécé(lcrson sulist. : Un homme aimable, un aimable homme. Une simplicité aiînable, une aimable simplicité.

* Aimablement, (^eeharmaiii adverbe a de belles aulorit()s : saini Fran(;ois de Sales, Bourdahjue, madame de Sévigné; il en a de plus l'ories encore, l'ulililc, l'analogie, riiarmonie. (Ch. Nodier, Examen critique des Dirt)

Aimant, Aimante. Adj. vcrh.d. tiré du v. aimer. On dit parliculiéremenl une ùme aimante. Il suil toujours son subst.

Aimer. V. a. de la t" conj Aimer quelqu'un. Aimer à faire quelque ctio.ic

L'Académie a omis ipiehpies accepiions de ce verbe. Aimer ^c dit des elioses. On diiquc-l'aviouriùiUL'à fiire des .lacrificrs pou r t'u/ijei aime, que la vengeanca aiMUt le .sitni, que t.'innncence aime le grand jour Le slgle des ourragr : didactiques ii'aime point les ptrwuge.i brusques, a moins que les vîtes inlerwéduures ne .se suppléent facilement. ( Coniiill.ic , Art d'écrire, liv. IV, cliap ii.l. Vil. |. .3.^1» )

Aimer, suivi d'un verl.ca I mfinitir, prend la préposition o lorsqu'il s'agit d'une acUuu a faire:

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