FAC
préaux, comme le slylc d'Ovide l'emporte en facililé sur celui de Perse.
Celle facililé en peinture, en musique, en éloquence, en poésie, consiste dans un nalurcl lieureux (jui n'adniel aucun tour de recherclie, et qui peut se passer de force et de proiondcur. Ainsi les tableaux de Paul Vcronèse ont \ni air plus ftcile et moins liai que ceux de Michel- Ange. Les symphonies de Kanicau sont supérieures à celles de Lulli, cl semblent moins faciles. Bossuel csl jilus vcrilablemcni élociuent et plus facUev\}ic Fléchier. Eousscati, dans ses épitres, n'a pas à beaucoup près la facililé et la vérilc de Desprcaux.
Le commcnlalcur de Desprcaux dit que ce poëtc laborieux avait appris à l'illuslre Racine à faire dinicilenient des vers , et que ceux qui paraissent faciles sont ceux qui ont été faits avec le plus de difûculté.
il est très-vrai qu'il en coûte souvent pour s'exprimer avec clarté; il csl vrai qu'on peut arriver au naturel par des efforts; mais il est vrai aussi qu'un heureux génie produit souvent des beautés faciles sans aucune peine, cl que l'enihousiasme va plus loin que l'arl.
La plupart des morceaux passionnés de nos bonsjwëtes sont sortis aclievés de leur plume, et paraissent d'autant plus faciles qu'ils ont en effet été composes sans travail : l'imagination alors conçoit et enfante aisément. Il n'en est pas ainsi dans les ouvrages didactiques; c'est là qu'on a besoin d'art pour paraître facile. 11 y a, par exemple, bcaucouj) moins de facilité que de profondeur dans l'admirable Essai sur l'Homme, de Pope.
On peut faire facilement de très-mauvais ouvrages qui n'auront rien do gêné, qui paraîtront faciles, et c'est le partage de ceux qui ont, sans génie, la malheureuse habitude de composer. C'est en ce sens qu'un personnage de l'ancienne comédie, qu on nomme italienne, dit à un autre :
Tu fais de méchants vers admirablement bien.
Le terme de facile est une injure pour une femme, et est quelquefois dans la sociélô une louange pour un homme; c'est souvent un défaut dans un homme d'État.
Les mœurs d'Atticus étaient /àctVw; c'était le plus ain:aMe des Ilomains. La facile Cléoi)âtre se donna à Antoine aussi facilement qu'a César. Le facile Claude se laissait gouverner par Agripi)inc. Facile n'est là par rapport h Claude qu'un adoucissement ; le mot propre est faible.
Un homme facile est en général un esprit qui se rend aisi'-menl à la raison, aux remontrances, un cœur qui se laisse fléchir aux prières; un homme faille est celui qui laisse prendre sur lui trop d'autorité, (^'olt., Dict. philos.)
FACiLEMnNT. Adv. 11 ne se met guôie qu'après le verbe : Il parle, il écrit faciJcmciit.
Facilitk. Subst. f. On dit avec la préposition de, la facilité d' entendre, d'upprendre, de s'instruire, parce qu'il s'agit d'actions qvii s'opèi'cnt dans le sujet même. Mais il faut employer la préposition à lorsqu'il s'agit d'actions qui ont un but hors du sujet : Il a une grande facilité à parler, à s'expriîner, à se faire comprendre, à enseigner. Voyez Facile.
Faciutek. V. a. de la 1" conj. Faciliter une affaire, faciliter les moyens de faire une chose, faciliter quelqu'un à faire une chose.
Faconde. Subst. f. Vieux mot qui n'est plus en usage que dans les poésies badines.
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Façonner, v. a. de la -1" conj. L'Acadéuiie dit qu'il est aussi neutre dans le style familier, et qu'alors il se dit des diflicultcs qu'on fait d'accepter quelque chose : Pourquoi tant façonner? acceptes ce qu'on vous offre. Cette acception n'est d'usage ni dans le style familier, ni dans aucun autre style. On dit dans ce sens, pourquoi fui^e tant de façons?
Factk^. Adj. des deux genres. En prose, il ne se met ([u'après son subst. : Pierres factices, caractère factice.
Factieux, Factieuse. Adj. On peut le mettre avant son subst. : Un esprit factieux, des soldais factieux, cette factieuse assemblée. Voyez Adjectif.
Faction. Subst. f. L'Académie définit ce mot, parti, cabale dans un État, dans une ville, dans un corps, dans une compagnie. Voltaire a rectifié cette définition. La principale acception de ce terme, (lit-il, signilie un parti séditieux dans un État. Le terme Reparti, par lui-même, n'a rien d'odieux; celui de faction l'est toujours. Un grand homme et un médiocre peuvent avoir aisément un parti à la cour, dans l'armée, à la ville, dans la littérature. On peut avoir un parti par son mérite et par la chaleur cl le nombre de ses amis, sans être chef départi. Le maréchal de Câlinât, peu considéré à la cour, s'était fait un grand parti dans l'armée, sans y prétendre. Un chef de;3ar/iest toujours un chef de faction; icls ont été le cardinal de Retz, Henri, duc de Guise, et tant d'autres. — Un parti séditieux, quand il est encore séditieux, quand il est encore faible, quand il ne partage pas tout l'Étal, n'est qii'une faction. La faction de César devint bientôt un |)arli dominantqui engloutit la république. Quand l'empereur Charles VI disputait l'Espagne a Philippe V, il avait un parti dans ce royaume, et j enfin il n'y eut plus ([u'une faction ; cependant on iieut dire encore le parti de Charles f'^I. Il n'en est pas ainsi des hommes prives. Descartes I eut longtemps un parti en France; on ne peut dire qu'd cul une faction. C'est ainsi qu'il y a des mots synonymes en plusieurs cas, qui cessent de l'ôlre dans d'autres. {Dict. philos.)
Factotum. Subst. m. Ce substantif, comme tous ceux qui sont empruntés des langues anciennes ou ctrangércis, ne prend point de s au pluriel.
F.^ctum. Subst. m. C'est un mol emprunté de la langue latine ; il ne prend point de s au pluriel : des factu7n.—Cc terme a été employé dtfosle style judiciaire, lorsque les procédures et les jugements se l'cdiseaicul en latin, pourexpiimcr le fait, c'csl-à-dire les circonstances d' une affaire. On a ensuite intitulé et ap|ielé/Y(c^Mfn un mémoire contenant l'exposition d'une alïaire conlentieuse. Ces sortes de mémoires furent ainsi appelés, parce (j ne, dans le temps qu'on les rédigeait en lalin, ou y mettait en iclc le mol fuctxim,i\ cause qu'ils ciitiimençaient par Pcxiiosition du fait, «lui précède ordinairement celle des moyens. Depuis que François I" eut ordonné, en 1533, de rcuiger tous les actes en français, on ne laissa pas de conserver encore au palais (juclques ternies lalins, du nombre desquels fut celui de faclum, que l'on mettait en tête des mémoires.^ Depuis longtemps on a substitué le terme de mémoire à celui de factum.
Fade. Adj. des deux genres. Au figuré, on peut le mettre avant son subst., lorsque l'analo;ne et l'harmonie le permettent. On dilwne viande fade, ttne sauce fade, une mine fude, une couleur fade;
FAI
maison pourrait dire «ne fade conversation, de fades louanges.
Fagdf.nas. Subst. m. On ne prononce pas le s. Odeur fade el mauvaise. Ce mot, que l'on trouve dans le Dictionnaire de V Académie, n'est plus usité.
Faible. Adj. des deux genres. On écrivait dernièrement foible. C'est \ ollaire qui a introduit faible. On jjrononce fèl>lc. Cet adj. peut se mettre avant son subst., quand l'harmunie et l'analogie le permettent : Un homme faible, une femme faible, une âme faible, un remède faible, ou i/;i faible remède; une mémoire faible, OU une faible viémoire ; un jour faible, OU «;» faible jour.
A peine un faible jour vous éclaire et me guide.
(RiC, Iphia.. ad. I, se. i, 5.)
Une faible raison, un faible raisonnement, vn ^aible argument, une faible défense, un faible secours, un faible soulagement, une faible espérance, vn faible souvenir. Voyez Adjectif.
Faible se dit des ouvrages ile littérature. Un ouvrage, dit Voltaire, peut être faible par les licnsccs et par le stylo : par les pensées, quand elles sont trop communes, ou lorsqu'étant justes elles ne sont pas assez approfondies; par le style, quand il est dépourvu d'images, de tours, de ligures qui réveillent l'attention. Les i-iraisons de Mascaron sont faibles, et son style n'a p;is de vie en comparaison de celui de Bossuet. Toute harangue est faible quand elle n'est pas relevée par des tours ingénieux et par des expressions énergiques; mais un plaidoyer est faible quand, avec tout le secours de l'éloquence et toute la véhémence de l'action, il manque de raison. Nul ouvrage philosophique n'est faible, malgré la faiblesse d'un style lâche, quand le raisonnement est juste et profond. Une tragédie est faible, quoique le style en soit fort, quand l'intérêt n'est pas soutenu. La comédie la mieux écrite est faible, si elle manque de force comique. Les vers faibles ne sont pas ceux qui pèchent contre les règles, mais contre le génie, (jui, dans leur mécanisme, sont sans variété, sans choix de termes, sans heureuses inversions, et qui, dans la poésie, conservent trop la simplicité de la prose. Voyez Fragile.
Faiblement. Adv. On écrivait dernièrement faiblement. C'est Voltaire qui a introduit faiblement. Il peut se mettre avant le verbe : // s'est défendu faiblement ; ou entre l'auxiliaire et le participe : // s'est faiblement défendu.
Faiblesse. Subst. f. On écrivait dernièrement faiblesse. C'est Voltaire qui a introduit faiblesse. On i)rononce féblesse :
N'espérons des liumains rien que par leur faiblesse. (Volt., Brut., act. III, se. ii, 73.)
Faillible. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. On mouille les deux /.
Faillibilité. Subst. f. On mouille les deux l.
Faillir. V. n. , irrrégulicr el défectueux de la 2' conj. On mouille les /. Il n'est guère d'usage qu'au passé simple .Je faillis, tu faillis, il faillit; nous faillîmes, vous faillîtes, ils faillirent ; au passé composé, j'ai failli, etc.; aux temps composés tant de l'indicatif que du subjonctif;;! l'inlinitif, faillir; et au participe pré- %CM, faillant.
L'Académie dit faillir à tomler, et faillir de tomber.
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Il nous semble que l'on dit il a failli à, .si le verbe qui suit exprime une action qui s'opère hors du s\ijot, ctijui indique un but auquel tend ce sujet, ou auijucl il atteint sans le vouloir: Il a failli ix me tuer, il a failli à me ruiner ; <i\. que l'on dit il a failli de, lorsque l'action exprimée par le verbe suivant s'opère dans le sujet même, el n'indique pas un but auquel tend le sujet, ou qu'il atteint : lia failli de se contredire, il a failli de tomber, le vaisseau a failli à'être submergé. Selon l'Académie, on dil aussi sans i)r('posi\\<m, j'ai failli mourir, l'oublier, elc.
Nous nouspennellrons sur ces derniers exemples quelques observations, que nous ne donnons que comme notre opinion j*arliculiére. II nous semble qu'on ne peut jamais dire faillir sans préposition, lorsque le sens indique un but. On ne dit pas il a failli me tuer; mais on dil il a failli à me tuer. On ne peut donc le dire sans préposition, qu'en supprimant de : j'ai failli mourir, au lieu de j'ai failli de mourir; j'ai failli tomber, au lieu de j'ai failli de tomber. Mais entre ces deux expressions nous remarquons une nuance qui exige cpie l'on préfère tantôt l'une, tantôt l'autre. Si un honune a eu une maladie grave qui l'ait mis pendant quelque temps entre la vie el la mort, on dira bien il a failli de mourir; de exprime le doute, l'incertitude, les chances. Mais si un homme se trouve mal subitement, au point que sa mort paraisse certaine, inévitable, on diia il a failli mourir. On dit j'ai failli de tomber, lorsiiuc j'ai eu le temps défaire des efforts pour éviter la chute; cl fat failli tomber, lorsque la cause subite de chute n'a été balancée par aucun effort. On dit j'ai failli de vous écrire, parce que la phrase suppose délibération, chance, possibilité d'écrire ou de ne pas écrire; mais on ne dit pasj'ni failli vous écrire.
Faillir se disait autrefois pour faire une faute. Racine a dil dans Phèdre (act. I, se. i, 99):
Aucuns nionàlres par moi domptés jusqu'aujourd'liui. Ne m'ont acquis le droit de /aidir comme lui.
El Pascal : Comme il arrive à tout le monde de faillir. {Pensées, p. 244.) — En abolissant ce mot, l'usage n'en a point établi d'autre qui exprime la même idée.
Faim. Subst. f. Ce mot n'a point de pluriel.
Fai.>éant, Fainéante. Adj. 11 ne se met qu'après son subst. Ce mot n'est pas du style noble.
Faire. V.a. el irrég. de la 4' conj. Voici commenl il se conjugue :
Indicatif. — Présent. Je fais, tu fais, il fait, nous faisons, vous faites, ils font. — Imparfait. Je faisais, tu faisais, il faisait; nous faisions, voriS faisiez, ils taisaient.. — Passé simple. Je lis. tu fis, il lit ; nous fiuîes, vous files, ils lirent. — Futur. Je ferai, tu feras, il fera ; nous ferons, vous ferez, ils feront.
Conditionnel. — Présent. Je ferais, tu ferais, il ferait; nous ferions, vous feriez, ils feraient.
Impératif. — Présent. Fais, qu'il fasse; faisons, faites, qu'ils fassent.
Subjonctif. — Présent. Que je fasse, que (u fasse?, qu'il fasse ; que nous fassions, que vous fassiez, qu'ils fassent. — Imparfait. Que je lisse, que tu fisses, qu'il fit ; (jue nous lissions, que vous fissiez, qu'ils lissent.
Participe. — Présent. Faisant. — Passé. Fait, faite.
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Les temps composés se forment avec l'auxiliaire avoir.
On prononce fesant , je fesais , tu fesais, il fesait, itovs fcsioiis, rotis fesiez, ils fesaient. — Vollaire, et, à son exemple, plusieurs lillcruteurs, l'ont même écrit ainsi ; mais Uumarsais, Condillac, Girard, Bcauzce, d'Olivet et Domergue, se sont tK)nslamment opposés à l'adoption de ce changement, et l'Académie l'a formellement rejeté.
Cependant Wailly, Féraud, Demandre, laissent ie choix d'écrire nous fesons ou nous faisons; je fesais ou je faisais; et ils s'appuient de l'opinion Je Roilin [Traifé des études, liv II, ohap. i, art. 1), (jui pense qu'il serait conforme à la raison de préférer iious fesons, je fesais écrit avec un e, parce i]ue celte orthographe se trouve d'accord avec la prononciation. [Grammaire des Grammaires, p. 562.) .\utrcfois on écrivait au futur je fuirai, au lieu <Je/e ferai; il est probable que, malgré ies grammairiens qui s'y opposent, l'usage deviendra bientôt général d'écrire nous fesons, au lieu de nous faisons, etc.
Ne faire que sortir et rentrer, signifie sortir et rentrer continuellement. Ne faire rue de sortir, c'est être sorti depuis peu. — Je n'ai que faire de cela, je n'en ai pas besoin, je ne ni'en soucie pas. — Je ne sais qu'y faire ; ce n'est pas ma faute; je n'y puis que faire, je ne puis y remédier.
Se faire moine. — Se faire à quelque cJiose., s'y accoutumer. — Impersonnellement : Il fait chaud, il fait froid, etc. Voltaire dit, dans tes Remarques sur Corneille, que dans la poésie noble, on doit éviter autant qu'on le peut le mot faire.
La remarque suivante du même auteur peut servir de correctif à la précédente. Toutes les fois, dit-il, que lemot/àiren'cst pas suivi d'un article, il forme une façon de parler trop familière. Faire assaut, faire force de voiles, faire de nécessité vertu, faire ferme, faire brèche, faire halte, etc., toutes expressions bannies du vers héroïque. [Remarques sur Nicomède, acl. II, se. ii, 43.) Voyez Participe.
Faire se met souvent pour un autre verbe qu'on ne veut pas répéter, comme je n'écris plus tant que je faisais autrefois. On ne peut s'intéresser plus tcîidremcnt que je fais à ce qui vous tov.che. (Madame deSt^vigné.)
Une des propriétés du verbe faire est de s'identifier avec l'infinitif qui le suit imiaédiatemer.l, et de ne former avec cet infinitif qu'un seul et môme verbe dont le sens est toujours actif. D'où il résulte que le verbe /àtre doit être précédé des pri:)iioiiis lui, leur, et non des pronoms le, la, les, lorscp.ie l'infinitif a un régime direct , car un verbe actif ne |)cul avoir deux régimes directs : On lui fil obtenir un emploi; on lui fit faire cette démarche ; et qu'il veut avant lui les pronoms le, la, les, toutes les fois que le verbe qui est à l'infinitif n'a point après lui de régime direct : On le fit renoncer à ses prétentions ; on le fit consenlir à cette demayide.
Faisable. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Une chose faisable.
Faiseor. Subst. m. Ce mot se dit des personnes qui coni[)oscnt dos harangues, des discours d'apparat, etc., pour ceux qui doivent les prononcer. Les évé<[ues qui manquent de talent ou de bonne volonté i)our faire des mandements ou des sermons, ont des faiseurs qui les débarras-