‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 189 sur 453 · IRE · texte numérisé non relu

IRE

Fréqcentatif, Frkqdehtative. Atlj. Terme Ao grammaire. On apitcWc fréquentatifs les verbes dérives d;ins lesquels l'idée primitive est modiliée par une idée accessoire de répétition. Il y a en français trois sortes de fréqucnlalifs diflércuts les uns des autres, et par la différence de leurs terminaisons, et par celle de leur origine. Les uns sont .inturrls à cette langue, d'autres y ont été faits à i'inutaiion de l'analogie latine, et les autres enlin y sont étrangers, et seulement assujettis à la terminaison française. I.a plupart de ceux des deux premières espèces ne s'emploient guère que dans le style familier.

Les l'rcqiienlalifs naturels à la langue française lui vieiiMcMl do son pro[irc fonds, cl sont en général termines en ailler. Tels sont les verbes criailler, tirailler, ()ui ont jjour primitifs crier, tirer, et (jui répondent aux fréquentatifs latins clainitare, Iractare. On y aperçoit sensiblement l'idée accessoire de répétition, de même que dans brailler, cpii se dit plus parliculiéreuient des hommes, et dans piailler, qui s'applique plus parliculiéiemeiit aux l'ennnes. Mais elle est encore plus marqué'e dans ferrailler, qui ne veut dire autre chose que mettre souvent le fera la main.

Les IVcqnenialifs français, faits àl'imilation de l'analogie launo, sont dos [iriuiitifs français auxquels on a donné vine inflexion ressemblanle à celle des fréiiuenlatifs latins. Cette inflexion est oier, et désigne, comme le tare des latins, l'idée accessoire de répétition, comme dans crac/to/er, clig noter, cliuclivter, qui ont pour correspondants en latin sputare, nictarc, mvssitare.

Les lVé(|uenlatifs étrangers dans la langue française lui viennent de la langue latine, et ont seulement pris un air français par la terminaison er; tels sont /iftiiVer, dicter, apiier, qui- ne sont que les fréquentatifs latins habitare, dictare, agilare.

Fréquentation. Subst. f. Ce substantif a un sens passif. Il se dit des personnes qu'on fréquente, et non pas des personnes qui fréquentent : La fréquentation des bonnes compagnies, la fréquentation des libertins.

Fréquenter. V. a. de la 1" conj. L'idée précise de fréquenter est celle de concours, d'alfluence; l'idée distincte de hanter, celle de société, de compagnie. Rigoureusement parlant, c'est la multitude qui fréquente, et elle fréquente des licu.v, des places ; ce sont des particuliers qui hantent, et ils hantent des personnes, des assemblées. On fréquente un lieu, quel qu'il soit ; on hante \>\o\)VCi\\ca\.des lieux d'assemblées, les églises, les cabarets.

Je ne remarque pas qu'il hante les églises.

(Mol., Tartufe, ad. II, se. ii, 86.)

On dit bien avec l'Académie , dans un sens neutre, fréquenter chez quelquhin, fréquenter dans la maison de quelqu'un. Boileau a dit (A. P. Il, 17d) :

Heureux si ses discours, crainls du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait l'auteur.

Mais nous ne croyons pas qu'on puisse dire avec cette même Actidémie, fréquenter avecquelqu'un, fréquenter avec les héi'éîiques.

Fresque. Subst. f. On appelle peindre à fresque l'opération par laquelle ou emploie des couleurs détrempées avec de l'eau, sur un enduit assez frais pour cire pénétré. En italien, on exprime cette façon de peindre par ces mots :

FRI

dipingere à fresco, peinilre à frais. C'est de là que s''jst formée une dénomination qui, dans l'ortliograplie française, semble avoir moins de rapport avec l'ojjeration qu'avec le mot italien dont elle est empruntée.

Frétillant, Frétillante. Adj. verbal lire du V. frétiller. Il ne se met guère qu'après son subst.

Friand, Friande. Adj. On peut le mettre avant son subst. en consultant l'oreille et l'analogie : Un homme friand, une femme friande ; avoir le goût friand. — Un friand Morceau.

Fricasser. V. a. de la 1"= conj. Voltaire s'est servi de ce mot en parlant de richesse. Il a dit fricasser huit vnllions au lieu de manger huit millions : Mon émerreillement dure toujours, que le fils de Samuel Bernard nous ait fut banqueroute, et qu'Hait trouvé le secret de fricasser huit millions obscurément et sans plaisir. {Lettre à M. le comte d'Argenlal, 15 mail75S.) — L'expression est un peu basse.

FniLEtjx, Frileusk. Adj. (]ui ne se met qu'après son subst. : Un homme frileux, une femrne frileuse.

Fringant, Fringante. Adj. (pii ne se met qu'après son subst. : Un homme fringant, une femvie fringante, un air fringant.

Fripon, Friponne. Sulisl. qui se prend adjectivement. Comme adjectif, il se met a|)rés son subst. : Un air fripon, une mine friponne.

Frire. V. a. et défectueux de la 4« conj. Voici comment il se conjugue :

Indicatif. — Présent. Je fris, tu fris, il frit; poiiit de pluriel. — Point d'imparfait ni de passé simple. — Futur. Je frirai, tu friras, il frira ; nous frirons, vous frirez, ils friront.

Conditionnel. — Présent. Je frirais, tu frirais, il frirait; nous fririons, vous fririez, ils friraient.

Impératif. — Présent. Fris; le reste manque.

Subjonctif. — Manque.

Participe. — Présent, manque. — Passé. Frit, frite.

On dit fi-ire à rinlinilif ; et les temps composés se forment avec l'auxiliaire avoir.

Frivole. Adj. des deux aenres. On peut le mettre avant sou subst. en consultant l'oreille et l'analogie : Une raison frivole, un argument frivole, %in discours frivole; un frivole espoir, une excuse frivole, tine frivole excuse.

Il se dit (les personnes cl des choses. Les objets sont frivoles quand ils n'ont i)as nécessairement rapport au bonheur et à la perfection de notre être. Les hommes sont frivoles (juand ils s'occupent sérieusement de choses frivoles, ou quand ils traitent légèrement des objets sérieux. On est frivole parce qu'on n'a pas assez d'étendue et de justesse dans l'esprit pour mesurer le prix des choses, du temps, de son existence. On est frivole par vanité lorsqu'on veut plaire dans le monde où l'on est emjjorlc par l'exemple et par l'usage; lorsqu'on adopte par faiblesse les goûts et les idées du plus grand nombre; lorsqu'en imitant et en répétant on croit sentir et penser. On est frivole lorsqu'on est sans passions et sans vertus; alors, pour se délivrer de l'eimui de chaque jour, on se livre chaque jour à quelque amusement, qui cesse bientôt d'en être un; on se recherche sur ses fantaisies, on est avide de nouveaux objets, autour desiiuels l'esprit vole sans méditer, sans s'éclairer; le creur reste vide au milieu des spectacles, de la philosophie, des maîtresses, des affaires, des beaux-arts, îles soupers, des amusements, des favx devoirs, des dis-

Page 1