‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 194 sur 453 · FUS · texte numérisé non relu

FUS

Sspini grande fureur est pour la liberté.

^VoLT., Brut., act. I, se. IT, 7S.)

.... De l'amour j'ai toutes les^urfur».

(Hic, Phéd., act. I, se. m, 107.)

Triste effet des /"ureur» dont je suis tourmentée.

[Idem, act. II, se. I, 111.)

On remarquera que dans les deux derniers exemples, fureur est emi)loyé au pluriel, ce qui change un peu i'accepijon de ce terme. Il parait alors marquer les effets de la passion plutôt que son degré, comme quand on dit les fureurs de la jalousie, les fureurs d'Oreste. Voyez Furie.

Fdribond, Furibonde. Adj. tpii ne se met qu'aprés son subst. : Un homme furibond, vn air furibond.

FoRiE. Subst. f. Fureur cl furie ne sont synonymes que dans le cas où le premier est 'pris dans le sens de colère. Au singulier, fureur signifie le degré extrême de la colère^ fureurs, au pluriel, semble avoir plutôt rapport aux effets de la fureur qu'à son degré; et en cela il se rapproche davaiUagc du sens de furie. La fureur est une colère extrême causée par \m profond ressentiment. Elle tient tellement à cette cause, qu'elle s'ajiaise, ou même cesse entièrement avec elle. La furie est un mouvement violent né de la fureur, (jui tend a la satisfaii'e, qui n'a plus d'autre cause que le mouvement même qui l'agite, et qui s'y abandonne aveuglément. Les /'î*rte* étaient implacables; elles poursuivaient sans relâche les criminels; elles étaient filles de la Nuit ou des Ténèbres. La fttrie \\c\xi cesser tout à coup, mais non s'apaiser ou se ralentir : son caractère est l'excès. Elle ne voit point le motif; en ce sens elle est aveugle. Elle ne voit que le malheureux à tourmenter, u persécuter, à détruire.

Delille peint la /"înie avec,les couleurs qui lui sont propres, vpiand il dit [Enéide, IV, 874) :

. . . Lorsque l'ingrat s'échappait de ces Imux, Ne pouvais-je saisir, dêcliirer le parjure. Donner à ses lambeaux la mer pour sépulture, Ou massacrer son peuple, ou de ma propre main Lui faire de son lili un horrible festin?. , . Mais le danger devait arrêter ma furie. . . Le danger ! en est-il alors qii'on liait la vie? J'aurais saisi le fer, allumé les flambeaux. Ravagé tout son camp, brûlé tous ses vaisseaux, Submergé ses sujets, igorgé l'infidèle, El son ûls.et sa race, et moi-même après elle.

Les exemples suivants serviront à confirmer ce que nous venons de dire sur la véritable signifiraliou du mot furie :

Il a trop écouté son aveugle furie.

Il a Toulu mourir, mais mourir en héros.

(YoLT., Tancr., act. V, se. VI, 3.)

iisclaTe, d'où le vient celle aveugle furie ?. . .

(Volt., Àlz., act. III, se. v, O.'l

Plus loin sont ces guerriers prodigues de leur vie, Ou'enflamma leur devoir et non pas leur furie,

(Volt., Henr., VU, 265.)

Le peuple, dont la reine avait armé le bras. Ouvrit enfin les yeux et vit ses altenlats ; Aisément sa pitié succède à sa furie, . .

(Idem, III, b.)

Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie. Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie ?

(Rac, Mithrid., act. III, se. i, 133.)

Penl-itre es ce moment, Amural en furie

S'tpproclie pour trancher une si belle vie.

(Rac, Baj,, act. I, se, ui, 0.)

J'entends de toutes parts menacer ma pairie. Je vois marcher contreelle une armée en furie.

(RàC, Iphij,, act. m, se. iv, 35.)

Commandei à vos vents de servir ma furie.

(Delil., Éniid., I, 110.)

Je ne puis m'empccher de criti(pier un vers de Voltaire où se trouve cette expression ;

Demandez-moi ma vie. . .

Mais laissez un champ libre à ma juste furie.

{AU,, act. IV, se. i, U.)

Je pense qu'on peut dire ma juste furetir, parf • que, comme je l'ai dit, la fureur suppose un profond ressenlimcntqnipeuthaitred'unejustecause. Mais la furie, qui ne voit plus la cause et qui s'abandonne aveuglément et sans mesure à la rage de la persécution ou de la vengeance, ne peut |)Ius être juste. Ce qui passe les bornes est contraire à la justice.

Furieusement. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le parlicipe : Il a grandi furieusement, ou il a furieusement grandi. Mauvaise expression qu'il faut laisser à la po|)ulace. — Molière et Boileau ne laissaient point échapper l'occasion de critiquer l'emploi que les précieuses en faisaient. Une oreille vn peu délicate pâtit furieusement à entendre prononcer ces muts-là. (Mol., Précieuses ridicules, se. v.) Je vous avoue que je suis furieusement pour les portraits. [Idem, se. X.) Le ruban en est bien choisi? — Furieusement bien, [Idem.) Le siècle s'encanaille furieusement. (Mol., Critique de l'Ecole des femmes, se. viii.) Sapho. L'illustre fille dont j'ai ù vous entretenir {Tisipho7ie) a, en toute sa personne, je ne sais quoi de si furieusement extraordinaire et de si terriblement merveilleux, que je ne suis pas médiocrement embarrassée quand je songe à vous en tracer le portrait, — Minos. yoilà les adverbes furieusement et terriblement qui sont, ù mon avis, bien placés et tout d fait en leur lieu. (Boil., Héros de romans.)

Furieux, Furieuse. Adj. On peut le mettre avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Un homme furieux, une femme furieuse, vn lion furieux, vn vent furieux, un furieux vent ; une tempête furieuse, une furieuse tempête ; un combat furieux, un furieux combat Un furieux mangeur, vn furieux menteur, un furieux travail, un furieux coup, une furieuse entorse. H faut remarquer (jue l'adjectif précède le substantif quand il est détourné de sa signification naturelle. Dans un furieux viangeiir, le mot furieux Qsi bien éloigné de sa signilicalion naturelle, qui a rapport aune grande colère. Voyez Adjectif, Furieusement.

Lorsqu'il est suivi d'un verbe, il prend pour régime la préposition de : Il est furieux (Tavoir manqué son coup.

FuRTiF, FuKTivE. Adj. On i)eut le mettre avant son subst. : Des amours furtives, de furtives amours ; des œillades furtives, de furtives œilla des. Voyez Adjectif,

Furtivement. Adv. Il se met après le verbe : Il est entré furtivement, et non pas il est furtivement entré.

Fuseau. Subst. m. L'Académie n'indique point d'acception figurée de ce mot.

Dans cette même main qu'un usage jaloux

GAG

Destinait au ^u«fou jous les loi» d'un époni.

(Volt., Semir., acl. III, se. Ti, 34.)

Fuselé, Fuselée. Adj. Il ne se met qu'après sou subsl. : Colonne fuselée, doigt fuselé.

Fusible. Adj. des doux genres (|ui, en prose, se met après son sul)Sl.: Des métaux fusibles. Les ipocles piuirraieiit dire île fusibles iintati.T.

FisiL. Suhst. ui. Oii ne prononce point le l.

Fusiller. Y. a. de la 1" conj. On mouille les l.

Futaie. Subst. f. Ce n'est pas, comme le dit l'Ai-adc-mie, un bois composé de grands arbres, mais de vieux arbres. On donne en générai ce nom à tous les vieux bois. On (Wijeu/ir futaie depuis quatre-vingts ;ins.jusiiu"ù cent vingt ims; haute futaie depuis cet âge jusqu'au dépérisseineiit inaniué, qu'on désigne par le nom àa vieille futaie.

Futaille. Subst. f. On mouille les l.

Futé, Futée. Adj. On le met quelquefois avant son subst. , en consultant l'oroillc et l'analogie : Un homme futé, vue feiinne futée ; vn futé matois, ini fute compère.

Futile. Adj. des deux genres. Fcraud reproche à J .-J. Rousseau de l'avoir dit des per.^onnes : Ces vains et futiles dédamatevrs vont de iovs côtés, armés de leurs funestes paradoxes, etc.; et ailleurs : Cette éloquence frivole , Vétudc et le charme des hommes futiles.

On appelait futHis, futile, chez les anciens Romains, un vase à large orifice et à fond trèsétroit , dont on faisait usage dans le culte de Vesla ; comme c'était une faute de répandre à terre l'eau qui était contenue dans ces

futiles, on fit pour cet usage d'autres vases terminés en pointe, et d'où l'eau ne jiouvait pas sortir aisément. C'est de la (pie vient l'origine de l'adjectif futile appliiiuc aux i)ersonnes. Un homme futile est un bouillie (|ui ne peut rien retenir, qui a la bouche large et peu de fond, et qui par conséquent rciiand ;iiséiiienl cequ'onlui a conlié. — Dans sa dernière édition, l'Académie remarque qu'il se dit quelquefois des {icrsonnes; C'est un hoininc futile, de vains et futiles esprits.

Cet adj. peut se mettre avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Des discours futiles, de futiles discours, de futiles - décluinateurs. Voyez Adjectif.

FuTur., Futlrf.. Adj. 11 se dit d'une chose qui doit cire, qui doit arriver. Yaugclas dit que ce mot est i)liis de la poésie que de la bonne prose, et il le bannit du beau style, l.e père Bouliours soutient le contraire. On dit plutôt le voyage que 710US deiuiiis faire, que notre voyar/e fitur; mais il est établi qu'on dise les biens de la vie future, par opposition à ceux de la vie présente. On dit aussi les présages de sa grandeur future; on dit aussi les races futures, et on s'en sert dans plusieurs autres cas. — Cet adj peut se mettre avant son subst. lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent. On ne dit ni les biens de la future rie, ni les futures races ; mais on diiiiit fort bien les présages de sa future grandeur. Les futurs époux, les futurs conjoints sent un peu le style de notaire; mais le futur, la future, ne sont que de ce style.

Futur. Subsl. m. Terme de grammaire. Voyei Temps.

G. Subst. m. Septième lettre de l'alphabet, et la cinquième des consonnes.

Le son [iropre de cette lettre c&[gue, comme dans gage, guérir, guide, guttural; le son accidentel je, devant e, i : gelée, giboulée; et k à la fin des mots devant les voyelles: rang «'/ezje. Le ^ au commencement ou dans le corps d'un mot a le son qui lui est propre devant les voyelles a, o, -u, et devant les consonnes /, r : galon, gosier, guttural, gloire, grâce. — Devant les voyelles e, i, il a le son accidenlcl je, comme dans gène, gentil, gingembre, pigeonneau, (pii se prononcent comme s'il y avait jcne.jentil, etc.

On insère un c absolument muet après la consonne g quand on veut lui ôter le son qui lui est propre devant u, o, u, pour lui donner le son de j, (pi'olle a devant e, i; ainsi l'on écrit forgeons l>our le faire prononcer comme s'il y avait /brjons.

Pour donner, au contraire, à la lettre^ le son (lui lui est propre avant e, i, et lui ôter celui que l'usage y a attaché dans ces circonstances, on met après cette consonne un m que l'on imîuI appeler iiiiiet, coninie dans guérir, guide, à via guise, où l'on n'entend aucunement la voyelle u. (Douchet et Beauzèe, Encycl. mélh., lettre G.)

11 y a cependant quelques mots, comme aiguille, aiguillon, aiguiser, arguer, inextinguible, et les noms propres d'Aiguillon, le Guide, de Guise, dans lesquels l'u se fait entendre.

(Dangeau, Essai de Gramm. — Wailly, p. 423.)

G suivi delà consonne n forme différents sons. Le son propre de^« forme deux articulations, ^we ne, comme dans^/i07rte. Le son mouillé de^^w est gne, comme dans signe. — Au commencement des mots, gn conserve le son qui lui est projire, gnome, Guide, gnostique, gnomon, que l'on proiionccgueno7ne,Guenide,guenostique,guenoinon, en passant légèrement sur la syllabe gue. — Le son mouillé de gn n'a lieu iju'au milieu des mots; ainsi on prononce y;; dans uiagnanime, Cocagne, incognito, coiniiie dans règne, gagner, compagnie. U faut en excepter 09710/, diagnostic, stagnation, cognât, régnicole, inexpugnable, que l'on prononce avec le son projire, c'est-à-dire (lue le g et le n sont enleiidus séparément. Dans les noms propres Ctugny, Begnaud, Begnard, la lettre n a sa prononciation naturelle, et le^ ne se fait point du tout entendre. On prononce de même le mol signet ; mais signer, assignation, se jirononcent avec uu son mouille.

G dans le commerce signifie un gros. — En musique il est le signe du g-ré-sol. — Surnos monnaies il indique la ville de Poitiers.

Gacheux, Gâcheuse. Adj. qui ne se met qu'après son subsl. : Chemins gâcheur, terres gâcheuses.

Gager. V. a. de la 1" conj. Dans ce verbe, le second g doit toujours être prononcé comme un/; et pour lui conserver cette prononciation lorsqu'il est suivi d'un a ou d'un 0. on met un e

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