‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 202 sur 453 · GUA · texte numérisé non relu

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yous ignorez mes peines, mes chagrins, ma mnrsère; ou bien dans des rapports diffiirents, dont l'ordre e^t inar(|iiè par la n;iture des idées. Il y a gradation entre le régime direct et le régime indirect d'im verbe actif, et le premier obtient naturclicinent la jjremière place, à moins que la |)lus grande liaison des idées n'en ordonne autrement. Ainsi on observe la gradation en iWsMxl j'envoie un présenta mon frère; on l'intervertit si l'ofl d'dj'emwe à mon frère unprésent.

D'autres fois encore on voit la gradation entre plusieurs compléments d'une préposition: Il travaille pour subvenir à ses besoins, pour soulager ses amis, pour secourir les paurres. Enfin la gradation se trouve entre plusieurs propositions principales, comme il observe, ilcompare, il juge. La gradation contribue beaucoup à la clarté de la diction, et il faut suivie l'ordre qu'elle indique, à moins ([ue des vues particulières de l'esprit ne demandent qu'il soit interverti.

On a reproché justement à Racine d'avoir interverti cet ordre dans le vers suivant {Androm., (act. V, se. IV, 10) :

Je devins parricide, assassin, sacrilège.

L'épithéte d'assassin est moins odieuse que celle de parricide. La gradation était je devins assassin, parricide, sacrilège. Voyez Construction.

Graduer. Y. a. de la 1" conj. La Harpe a employé ce mot au figuré dans le passage suivant : Le père Lemoine, dans son poème de Saint- Louis, ne sait ni fojider ni graduer l'intérêt des événements et des situations. . . [Cours de Littérat.,U' part., liv. I, t. iv, p. 121.)

Graillon. Subst. m. C'est, dit l'Académie, les restes ramassés d'un repas : Beaucoup de pauvres gens virent de graillons. — On a déjà critiqué cet article. Un graillon est positivement une excrétion de la poitrine, dont elle s'est débarrassée au moyen delà toux. C'est le sens littéral du mot. louant aux acceptions métaphoriques, il est trèspeu de circonstances oii les gens qui respectent l'honnêteté puissent les employer.

Graisseux, Graisseuse. Adj. Jl se met toujours après son subst. ; Corps graisseux, membrcaie graisseuse .

Grammaire. Subst f. On ne prononce qu'un w. Terme de littérature. C'est la science de la parole prononcée ou écrite. On appelle communément grammaire un recueil systématique d'observations sur une langue, contenant toutes les règles qu'il faut suivre pour la parler et l'écrire correc tement, et les exceptions qui s'écartent de ces règles. Une grammaire est un livre utile pour un maitre ; il y voit la liaison et l'cnchaincmcnt des jjrinciiics; il y trouve toutes les règles dont il doit donner connaissance à ses élèves, toutes les exceptions que l'usage commande ; et, s'il n'y trouve pas la meilleure manière d'enseigner, il y apprend du moins à connaître tout ce qu'il doit enseigner.

Aucune de nos grammaires n'offre une bonne méthode pour l'inslruclion des jeunes gens; et <e n'est pas en voulant leur inculquer isolément les règles qu'elles contiennent, (ju'on peut parvenir à leur apprendre facilement la langue. La nature nous montre «(ue, pour apprendre à parler, il ne faut qu'entendre parler et imiter ce que l'on entend, et que les régies les mieux expliquées nous conduisent bien plus lentement à la pureté du langage que les bons exemples, et l'habitude de les imiter. Une nourrice ne commence pas par ap-

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prendre à son nourrisson ce que c'est qu'un substantif, un adjeclir. un adverbe, etc. ; elle lui parle s;u)s cesse, il s'essaie à riuiiler ; ses besoins le poussent à celte iinitalion ; il y parvient, et au bout de deux ou trois ans il exprime des jugements, il fait accorder le substantif avec l'adjectif, le sujet avec le verbe; il donne à chaque verbe les régimes qui lui conviennent, et tout cela sans savoir ce que c'est que grammaire, substantif, adjectif, verbe, régime, etc.

Il ne faut pas croire cependant que tout cela se soit fait en lui au hasard et sans aucune espèce de règle; l'ordre qu'il a entendu donner aux mots, et i|û'il y a donné lui-même par imitation, se grave dans'sa incmoire; l'analogie le conduit successivement des piirases qu'il a imitées à celles qu'il est oblige de cuniposer; il suit sans le savoir ua système, et les règles de la grammaire dirigent les opérations de son esprit sans qu'il s'en aperçoive et sans qu'il réfléchisse sur la lumière qui lui sert de guide.

Cependant celte lumière existe réellement dans son esprit; celte analogie qui lui donne linslinct du développement de son langage est en lui une habitude. La première chose à faire ixiur découvrir aux jeunes gens les principes de leur langue, c'est donc de travailler sur ce premier fonds que la nature fournit à l'instituteur; c'est de faire réfléchir les élèves sur ce qu'ils ont l'ait en composant des i)hrases, de leur apprendre à distinguer dans leurs propres opérations les règles qu'ils ont suivies sans le savoir, et de leur indiquer les noms de tous les signes qu'ils ont employés pour exprimer leurs pensées. C'est ainsi qu'on ira du connu à l'inconnu, et qu'on avancera d'une manière sûre dans la carrière de l'instruction.

Mais qu'on est loin encore de suivre cette méthode indiquée depuis si longlemjjs par des hommes de génie, et recommandée par tous les grammairiens qui désirent sincèrement les progrès des lumières! Que fait-on dans la plupart des maisons d'éducation? Des maîtres insouciants saisissent au hasard une grammaire qui favorise leur ignorance ou leur paresse ; ils la font apprendre par cœur à leurs élèves, la leur expliquent comme ils peuvent, et s'applaudissent de leurs succès lorsque ces élèves ont répété, comme des perroquets, des mots sans les comprendre, et que souvent les maîtres eux-mêmes ne compreiment pas davantage.

La meilleure manière d'enseigner une langue à des enfants, c'est de leur montrer comment cette langue s'est formée. Les langues ont été formées avant les grammaires, et les grammaires ont été faites sur les langues. Etudions la langue sur la langue même, et cherchons-y les règles. C'est a faciliter cette recherche que consiste l'art de l'instituteur.

Je suppose qu'une institutrice intelligente, pcuétiée de la nécessité de se faire comprendre, veuille cn^cigner la grammaire à ses jeunes élèves, elle commencera par les idées les plus simples. Si elle veut leur faire connaître ce que c'est qu'un nom^ elle saisira l'occasion où Tune d'elles nommera une chose; elle lui demandera, par exemple, pourquoi appelez-vous cela un livre? Il est certain que l'élève finira par répondre : C est que c'est son nom- Et alors, en passant en revue les noms d'un grand nombre d'objets sensibles, on lui fera comprendre, ou plutôt elle dira d'elle-même qu'un nom est un mot qui sert à nommer une chose. En la faisant réfléchir sur l'habitude qu'elle a prise de mettre le devant certains

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noms, et la devant d'autres, on lui fera remarquer que depuis qu'elle parle, elle a distingué par ces mots le mâle de la femelle, et de là la connaissance des genres. Par la nécessité d'exprimer qu'elle voit telle ou lelle qualité dans un objet, on lui fera comprendre ce que c'est que les adjectifs ; et on lui donnera facilement une notion juste du verbe, en lui faisant remarquer qu'elle ne saurait exprimer l'union d'une chose avec uue qualité sans se servir d'un mot particulier qui n'exi)rim(? ni l'une ni l'autre, mais (lui sert à indi(pier qu'on les conçoit réunies. 11 n'y aura pas plus de difliculté à lui l'aire sentir la fonction des prépositions: Ma sœur va au. jardin, je viens de lu classe, elle est dans la chambre. La moindre réflexion sur ces phrases, prononcées par l'élève, lui fera connaître qu'elle a l'habitude de marquer par les mots à, de, dans, le rapport des personnes avec un lieu oii elles se rendent, avec un lieu d'où elles viennent, avec un lieu dans lequel elles sont contenues; et ces rapports bien compris, les prépositions sont connues, et leur emploi distingué de celui de tout autre mot. <^ue la même élève dise ma mère gronde ma sœur, je lui demanderai pourquoi elle ne dit pas mu sœur grande ma mère;]& lui ferai remarquer connnent cette transposition de mots produit un sens diffèrent; et il me sera aisé de lui faire comprendre que dans l'arrangement qu'elle a suivi, elle a distingué la personne dont elle a voulu parler, l'action qu'elle a attribuée a cette personne, et l'objet sur lequel cette action se termine. De là la connaissance du sujet, du verbe, du régime. Il sera aisé de même de lui faire connaître que tout autre arrangement de mots ne rendrait point son idée, ou en rendrait une toute contraire ; et voilà les premiers principes de la conslructiou. li n'est aucune règle de granunaire que l'on ne puisse l'aire comprendre de cette manière; et une élève ainsi instruite aura bientôt dans l'esprit une suite de connaissances claires, bien lio-îs. W'^n motivées, qui la conduiront facilement, par la voie du raisonnement et de l'analogie, qui lui sera devenue familière, à toutes les autres connaissances qu'<"j» voudra lui faire acquérir; tandis que ceUe qui n'aura reçu que l'instruction ordinaire des grammaires n'aura dans la lêie que des mots, des règles qu'elle ne comprendra pas, et dont par conséquent elle ne pourra jamais faire une juste application.

C'est alors, mais alors seulement, qu'on peut lire et exphquer aux jeunes gens la suile des règles que donnent lesgiammairiens; ils les comprendront aisément, parce que dans les instructions qu ils ont reçues on a eu soin de substituer peu à peu les termes techniques aux mois communs ou aux périphrases que l'on a été obligé d'employer d'abord. Ces règles leur rappelleront tout ce qu'ils savent déjà, et la grammaire leur apprendra à former un système régulier des connaissances grammaticales qu'ils ont acquises, et dont la plupart sont déjà liées dans leur esprit.

Toute autre manière d'enseigner la grammaire aux jeunes gens est inutile, rebutante, et ne fait surtout de plusieurs jeunes personnes du sexe que des pédantes insupportables quicroientsavoir leur langue parce qu'elles savent des mots, et qui mépris'ent celles de leurs cumpagncs qui n'ont pas puisé comme elles les régies du langage dans Restant, Wailly, ou quelque autre grammairien renommé.

Les exercices que je conseille doivent toujours se faire de vive voix; l'élève doit être exercé

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d'abord à rcpeler, puis à écrire ce qu'on lui a expliqué. Il duil composer lui-même sa gramm;iiie.

A ces exercices doit être jointe la lecture des bons auteurs qui sont à la portée des élèves, en s'arrèUnil sur les |>lirases qui ont du rapjjort à ce qu'ils ont api)ris, mais seulement sur ces phrases, afin de foriilier les connaissances sans les embrouiller.

Grammairien. Adj. qui est souvent pris substanlivemenl. 11 se dit d'un homme qui a fait une élude particulière do la grammaire; et l'on iliraH. ç/rammairien7ie d'une léunne qui aurait fait avec succès la même élude. Autrefois on distinguait entre grammairien et çranunatiste. On entendait par (grammairien ce que nous entendons par honune de lettres, homme d'érudi- Mon, bon criti(iue. deux (]ui n'avaient |)as ces .■onnaissances et qui étaient bornés a montrer par état la praliqiie des premiers éléments des iellres, liaient i\]>\>dés ffiamvuitistes.

Aujoiird liui on dit d'un lionmie de lettres qu'il est bun (fraimnairien, lorsqu'il s'est appliqué aux connaissances qui regardent l'art de parler et d'écrire correctement. Mais s'il ne connaît pas que la parole n'est que le signe de la pensée, que par conséquent l'art de parler suppose l'art de penser ; en un mol, s'il n'a pas cet esprit philosojdiique qui est l'instrument universel, et sans lequel nul ouvrage ne peut élre conduit à la perfeclion, il est a \)cu\c ffrarmnatiste.

Grammatical, Grammaticale. Adj. qui ne se met jamais qu'après son subst. : Discussion grammaticale , construction grannnaticale. On .Kit au pluriel mdi^cuWn principes grammaticaux. (Acad.) Voyez Accent.

Grammaticalement. Adv. Il se met après le verbe : Cela est hnn grammaticale me nt .

Grammatiste. Subst. m. Voyez Grammairien.

Gra>d, Grande. Adj. L'adjectif grand, placé avant ou après un substantif, donne quelquefois à ce dernier un sens difb'rent. Ainsi l'on entend par l'air grand une physionomie noble, cl qui annonce de l'élévation dans l'àme; et par vn grand air les manières d'un grand seigneur. Un homme grand s\s,n'\{\(i un homme de grande taille; vn grand homme signilie un homme d'un génie exlraordinaire, et qui a fait de grandes choses pour le bien de l'humanilé. — En parlant d'une femme, dit Bouhours, cet adjectif n'a rapport qu'a la taille, et on ne dit point c'est une grande femme, pour dire c'est une femme d'un génie exlraordinaire. — Nous ne sommes point de cet avis. On dit très-bien que Catherine II fut une grande impératrice; Elisabeth, une grande reine; nous pensons même que l'on pourrait donner a l'une cl à l'autre le litre de grande /em7/(e.— Danssa dernière édition, l'Académie dit grande feuime dans le même sens (\w^ homme grand; Cl dans l'aulrc sens seulement, grande reine, grande princesse.

Grand, quand il e>t seul, se met toujours avant le subst., soii au |)hysiquc, soit au moral : Un grand orage, un grand ynalheur, une grande maladie, de grands biens, un grand génie, un grand esprit, un grand capitaine. 11 ne faut donc pas dire comme Molière dans le Misanthrope :

On a pour ma personne une atcrtion grande.

Quand il est joint à un adverbe de quantité, il peut se mettre avant ou après : Un très-grand orage, ou un orage très-grand; un très-grand

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malheur, OU un malheur très-grand ; une trèsgrande misère, ou une misère très-grande. Cependant on ne dirait pas c'est un génie trèsgrand, un esprit très-grand; mais on Akailune très-grande prudence et une prudence trèsgrande; une très-grande sagesse, OU une sagesse très-grande, etc.

Boileau dit qwe grand, précédé de l'article devant un nom propre, ne peiil se dire que dos conquérants et dos saints : Le grand dtndé, le grand saint François ; et il reprend un poclc d'avoir dit le grand Apclle. On peut bien dire, dit-il, (\WApeUe était vn grand peintre ; mais qui a jamais dit le grand ytpelle? On pcul bien appeler Cicéron un grand orateur' mais il serait ridicule de dire le grand Cicéron.

Le nom de I.oui' X IV dii "^'oltaire, a prévalu dans le puldic su.' ^elui de Grand. L'usage est le mailre de loul Henr' qui fut surnommé le Grand à si juste titre apr6s s.i mort, est appelé communément Henri IV, et ce nom seul en dit assez. M. le prince de Condé est toujours appelé le grand Condé, non-seulement à cause de ses actions héroïques, mais par la facilité qui se trouve à le distinguer, par ce surnom, des autres princes de Condé. Si on l'avait nommé Condé le Grand, ce litre ne lui fût pas demeuré. On dit le grand Corneille, pour le dislinguer de son frère. On ne dit pas le grand Virgile, ni le grand Homère, ni le grand Tasse . Ale.vatidre le Grand n'est plus connu que sous le nom A' Alexandre. On ne dit point César le Grand. Chaiies-Ouint, dont la fortune fut plus éclalanle que celle de Louis XIV, n'a jamais eu le nom de Grand. Il n'est resté à Charlemagne que comme un nom I)ropre. Les titres ne serveni de rien pour la poslériié. Le nom d'un homme qui a fait de grandes choses impose plus que toutes les épilhèlcs. [Siècle de Louis Xiy, chap. XIII.)

L'e muet de grande s'élide quelquefois dans la prononciation, et même en écrivant, devant les substantifs qui commencent par une consonne. On dit et l'on écrit grand'mère, grand'tante, grand' messe , grand" chambre , grand' salle , grandechère, grand'croix,grand'pitié. Cependant il n'y a que le mot grand'mère pour lequel la règle soit générale -, car, dans bien des occasions, et en particulier quand le mol grande est procédé de quelque prépositif, Ve iiiuol final ne soufl'ro poinl d'élision. Ainsi l'on dil et l'on écrit une grande chambre, la plus grande chère, une grande messe, la plus grande peine, etc.

Quelquefois le lormo^ms-esl pris au physique pour grand, mais jamais au moral. On dil Mgros biens, pour de grandes richesses; une grosse pluie, pour une grande pluie ; mah non pns gros homme pour grand homme ; gros capitaine pour grand capitaine ; gros ministre pour grand minislre. Voy. Apostrophe, Chose.

Grandelet, Grandki.f.tte. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Un enfant grandclet, une file grandelette.

Grandkment. Adv. On peut quelquefois le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Il s'est trompé grandement, ou il s'est grandement trompé.

Grandeur. Subst. f. Ce terme, en physique et en géométrie, est sauvent absolu, et ne suppose aucune comparaison ; il esl synonyme de quantité, d'étendue. Kn monde, il esl relatif cl porte l'idée do supériorité. Ainsi, quand on l'applique aux qualités de l'esprit ou do l'.àmo, ou collecli- I vement à la personne, il exprime un haut degré

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d'élévation au-dessu? de la multittide. Mais cette élévation peut étie ou naiu relie ou nictice ; et c'est ce qui dislingue la grandeur réelle de la grandeur d'institution.

Grandiose. Adj. des deux genres. Terme emprunté de l'iialien. 11 se dit, en termes d'arts, de ce qui frappe l'iinagination par un caractère de grandeur, d'élévation, de noblesse, de magnilicence extraordinaire : Cette esquisse a quelque chose de grandiose. Un site grandiose. Ou l'emploie aussi substantivement : Le grandiose est fils du génie.

Grandir. Y. n. de la 2' conj. Si, parce verbe, on a intention d'exprimer l';iclion successive de devenir grand, on le conjugue avec le verbe avoir : Il a lien grandi, il a grandi en peu de lempj. Si au contraire on veut exprimer l état qui résulte de cette action, on le conjugue avec le verbe être : Il est bien grandi-

GRAriiiQi'E. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Description graphique, représentation graphique.

Grapiller, Grapilledr, Grapillon. Dans ces trois mots on mouille les l.

Gras, Grasse. Adj. 11 se met ordinairement après son subst. : Un homme gras, une femme crasse, viande grasse, potage gras, vin gras, etc. (Cependant on dit figurémeiit durmir la grasse matinée, pour dire dormir bien avant dans le jour, se lever fort tard.

Grassement. Adv. Il peut quelquefois se mettre entre l'auxiliaire cl le participe : // a étépayé grassement, ou il a été grassement payé.

Grasset, Grassette. Adj. Il ne se met qu'après son subst. : Un enfant grasset, une petite fille grassette.

Grasseyemf.nt. Subst. m. Défaut qui fait que l'on parle gras, ([ue l'on chante gras. On parle gras, on chante gras, quand on donne au c cl au d le son du i, au double II celui de l'y, ou lorsqu'on prononce la lettre r de la gorge, en sorte qu'on la fait précéder d'un c ou d'un g. Ainsi h mot race, dans la bouche de ceux qui grasscyent sonne comme le mot grâce ou trace dans ccllt des gens qui parlent ou ch;unenl bien ; et au lieu de dire carillon, groseille, on prononce caryon, groseye. Il est rare que dans les premières années on ne puisse pas corriger les enfants de ce vice de prononciation, qui ne vient presque jamais du défaut de l'organe.

Grassouillet, Grassouillette. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Ce morceau grassouillet.

Gratification. Subst. f. La gratification est un don accordé en récompense surcrogatoire de quelque service rendu ; il semble donc que la gratiêcalion suppose trois choses : un consentement particulier de celui qui gratifie, une action utile de la part de celui qui est gratifié, et un avantage pour celui-ci. Sans cet avantage, la gratification ne serait qu'une récompense ordinaire.

Gratis. Adv. On prononce le s. Il ne se met «ju'aprés le verbe : On lui a donné cela gratis.

Gratitude. Subst. f. L'Académie le définit reconnaissance d'un bienfait reçu. Cette idée est commune aux deux mois gratitude et reconnaissance, e; ne fait point connaître les nuances qui les distinguent. La reconnaissance est le souvenir, l'aveu d'un bienfait reçu; la gratitude est le sentiment, le retour inspiré par un bienfait, pai un service. La reconnaissance est dans la mé moire, la gratitude dans le cœur. Le mot de gra litvde, hasarde sur la fin du seizième siècle, a de

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<a peine à se soutenir; c'est diinmage. Il me semble, dit Montaigne, que nouf avons besoin de mettre ce mot en crédit. Ce besoin n'jsl pas moins urgent encore <iue du temps de Montaigne. Par une autre bizarrerie de notre langue, le mot mécotinaissauce est tombé, et le mot ingratitude a pris sa place.

Gratte-cul. Subst. m. L'Académie écrit gratteculs au pluriel avec un s. Assurément, il ne s'agit point ifi de plusieurs ci/«, mais de plusieurs roses di't'ouries auxq'uillos nn a dunné ce nom; et la pluralité tombe sur roses déncuries, qui est sous-entcndn. Il faut écrire des gratte-cul, ou des gratte-cu.

Gratuit, Gratuite. Adj. Il no se met qu'après son subst. : Don gratuit, supposition gratuite, 7néchanceté gratuite.

Gratuitement. Adv. Il peut ([uclquefois se mettre entre l'auxiliaire et le parlitipc : f^ous avez avancé cela gratuitement , ou vous avez gratuitement avancé un mensonge.

Grave. Adj. des deux genres. Dans le sens physique, il ne se met qu'après son subst. : Un corps grave. Dans le sens moral, on peut quelquefois le faire précéder : Un homme grave, et non pas un grave homme; un magistrat grave, ou vn grave magistrat ; un auteur grave., ou km grave auteur; vn air grave, et non ])as mi grave air; Une affaire grave, vne maladie grave, un style grave, un accent grave, vn son grave, un ton grave.

Grave, au sens moral, dit Voltaire, lient toujours du physique ; il exprime quchiuc chose de poids; c'est pourquoi on dit un homme , un auteur, des ma.vimes de poids, pour homme, auteur, maximes graves. Le grave est au sérieux ce que le plaisant est à \ enjoué ; il a un degré de plus, et ce degré est considérable. On peut être sérieux par humeur, et incme faute d'idées. On est grave, ou par bienséance, ou par l'importance des idées qui donnent de la gravité. Il y a de la différence entre être grave et être un homme grave. C'est un défaut d'être grave hors de propos. Celui qui c^{ grave dans la société est rarement recherché. Un homme grave est celui qui s'est concilié de l'autorité plus par sa sagesse que par son maintien. L'air décent est nécessaire partout, mais l'air grave n'est convenable que dans les fonctions d'un ministère important, dans un conseil.

Un auteur grave est celui dont les opinions sont suivies dans les matières conlentieuscs; on ne le dit pas d'un auteur qui a écrit sur dos matières hors de doute. H serait ridicule d'appeler Euclide, Archimède, des auteurs graves.

Il y a de la gravité dans le style. Titc-I.ive, de Thou, ont écrit avec gravité. On ne peut pas dire la même chose de Tacite, quia recherché la précision, et qui laisse voir de la malignité; encore moins du cardinal de Retz, qui met quelquefois dans SOS écrits une gaieté déplacée, et (pii s'écarte quelquefois des bienséances. — Le style grave évite les saillies, les plaisanteries. S'il s'élève quelquefois au sublime, si dans l'occasion il est touchant, il rentre bientôt dans cette sagesse, dans celle simplicité noble qui fait son caractère. Il a de la force, mais peu de hardiesse. La plus grande difficulté est de n'être point monotone. Affaire grave, cas grave, se dit plutôt d'une cause criminelle que d'un procès civil Maladie grave suppose du danger. [Dict. philos.) Vovcz .accent

Gravelkux, Graveleuse. Adj. Il ne se met qu'a-

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