‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 201 sur 453 · GON · texte numérisé non relu

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plus glorieux que les autres. On a appelé quelquefois les saints et les anges, les glorieux, connue habitants du séjour de la gloire. {\o\[.,Dtct. philds.)

Glorifier. V. a. de la 1" conj. Se glorifier est lanlôt pris en boime part, tantôt en mauvaise, selon l'objet dont il s'agit : // se glorifie d'une disgrâce qui est le fruit de ses talents cl l'effet de l'envie. — On dit des martyrs {\\i'ils glorifient Dieu; c'est-à-dire que leur constance rendait resjieclable aux hommes le Dieu qu'ils imnonçaiont.

Glouton, GI.ouTOK^E. Adj. Il ne se met qu'après soi! subst. : Un homme glouton, un enfant glouton, un appétit glouton.

Gloutonnement. Adv. Il se met après le verbe: lia mangé gloutonnement, et non pas il a gloutonnement mangé.

Glu. Subst. m. L'Académie ne dit pas qu'on l'emploie au ligure. Féraud dit qu'on peut l'y employer dans le style familier, et donne cet exem|)lc tiré des Lettres de madame de Sévigné: Il mt'urt d'envie de partir, à ce qu'il dit ; mais ces courtisans ont bien de lu glu autour d'eux. Je penche à croire que cette expression est (dus que familière, cl je ne crois pas qu'on puisse la donner comme un modèle à imiter. ^lais ou peut assurer que glu au figuré ne peut entrer dans le style noble; et on rirait aujourd'hui d'un orateuiqui dirait, comme Mascaron a dit dans V Oraison funèbre d'Henriette d^Angletcne : Le cœur suit lentement le vol de l'esprit, parce que ses ailes sont faibleset liées par la glu des affections de lu terre.

Gluant, Gluante. Adj. Il ne se met qu'après sou subsl. : Matière gluante, sueur gluante.

Glutineux, Glutinelse. Ailj. qui ne se met qu'après son subsl. : Suc glutineux, matière glutineuse.

Gnome, Gnomide, Gnomique, Gnomon, Gnomo- N1QCE, G.NOSTiQUE. Daus ccs six mots, et dans tous ceux qui commencent par gn, ces deux lettres ont le son dur guene.

GoBE-MoucuEs. Subst. m. Ce mot ne change point au pluriel. La pluralité ne peut tomber sur gobe, qui est un verbe. On dit des gobe-mouches.

GoBEr.GER(sE).V. pronom, de lad "conj. L'Académie dit qu'il signifie se moquer. — Se goberger signifie proprement se reposer nonchalamment, pi'endre ses aises; mais il ne signifie pas se mo- (luer. On ne dit pas se goberger de quelqu'un; et si dans quelque village on a dit je m'en goberge, on a signifié par là, je ne m'en inquiète point, je ne me goberge pas moins pour cela, cela ne m'empêche pas de me goberger.

Goguenard, Goguenarde. Adj. qui ne se met ([U'après son subsl. : Esprit goguenard, humeur goguenarde, réponse goguenarde.

GoMMEUx, Gommeuse. Adj. (jui ne se met (ju'après son subst. : Arbre gommeux, matière gommeuse.

Gond. Subsl. m. On ne prononce pas le d.

Gonfler. Y. a. de 1. 1" conj. 11 se du de toute substance qui i)rend ou par la chaleur, ou par quelque autre cause que ce soit, plus de ^•"lume qu'elle n'en avait auparavant.

Le vent gon/!e la voile ■••;••,,, t.i ,

(Deiil., Eneid., III, 241.;

L'Académie ne dit au figuré que gonflé d'orgueil. On dit aussi gonflé d'impertinence :

Mais dès qu'il fut monsieur le président,

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Il fut, ma foi, gonflé d'impertinence.

(Volt., Enf. prod., ad. 1, se. I, 26.)

L'un est plein de respect, l'aulre gonflé d'audace.

(CORXEILLB.)

GoTniQDE. Adj. des deux genres. 1! ne se mel qu'après son subst. : Architecture gothique, écriture gothique, lettres gothiques, caractères gothiques.

Goi'FFRE. Subst. m. On dit au ûqnvi', gouffre Je Jiialheurs, gouffre de misères. On dit aussi le gfuffre des 711ers ; les gouffres de l'enfer.

Près d'OF.dipe et de moi, je voyais des enfers Les gouffret étemelt h mes pieds cntr'uiiverls.

(Volt., OEd., act. Il, se. 11, 75.)

GocLD, GoDLDE. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Un homme goulu, un animal goulu.

GooLÛMEMT. Adv. Il ne se met qu'après le verbe : Il « mangé govlûnvent , et non pas il a goulûment mangé.

Gourd, Gourde. Adj. qui ne se met qu'après son subsl. : ^Jvoir les mains gourdes.

GolRMA^D, GoDiîMANDE. Adj. qui ne se met qu'après son subst. : Un homme gourmand, un enfant pouriuand, un animal gourmand.

GornMA>DF.R. A . a. de la 1''" conj. Delille û dit 'Énéid., IX, 473):

Le fier Turnns lui seul garde une âme intrépide, £t gourmande des siens la faiblesse timide.

Celte expression peut être approuvée, mais peutêtre n'approuvera-i-on pas de même l'emploi que le môme auteur fait de ce mot dans le vers suivant {Géorg.,1, 115):

Gourmander san? relâche un terrain paresseux.

Ici le mot gourmander paraît bien éloigné de sa signification primitive.

GouT. Subst. m. Ce mot ne prend de pluriel ni au propre ni au figuré, lorsqu'il signifie en général, et sans ap|)licutiun à des cas particuliers, soit le sens par lequel on dislingue les saveurs, soit la faculté par laquelle on juge des défauts cl des beautés dans tous les arts. L'homme, supérieur à tous les êtres organisés, a le sens du toucher, et peut-être celui du ^mi plus parfait qu'aucun des animaux. (BulTon, Disc, sur la nat. des oiseaux, t. XVIII, p. 32 ) L'instinct, qui est un guide si sûr, fegoût, qtiijuge si bien, et qui cependant juge au moment même qu'il sent ; les talents, qui ne sont eux-uiêmes que le goût lorsqu'il produit ce dont il est le juge, toutes ces facultés sont l'ouvrage de la nature. (Condiliac.)

Mais lorsque le mo\. goût psl employé pour signifier l'application à quelque objet particulier de la faculté de distinguer les saveurs, ou de celle de juger des objets, alors ce mot peut être mis au pluriel, parce qu'il peut signifier plusieurs actes différcnis de la faculté de disiingner les saveurs, ou de celle de sentir les beautés ou les défauts d'un ouvrage. Ainsi l'on dira vous aimez la sauce noire, et j'aime la sauce blanche ; nos goûts sont différents. On dira de même en peinture, il y a autant de goûts que de nations, que d'écoles.

Goût prend aussi le pluriel lorsqu'il signifie la prédilection de l'âme [wur tels ou tels objets^ : Z/'m/j a le goût de la bonrw chère, l'autre le goût de la sobriété, ce sont des goûts différents. La

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nature nous a donné dis goûts '///'/' e.it aussi dangereux d'éteindre que d'épuiser. (Barlhéleiui.) J'ose me flatter quelque fois que le ciel a mis une conformité secrète entre nos affections ainsi qu'entre nos goûts. (J.-J.l\ouss.,//('/(/ijr,r« part., lettre I.) f^os goûts peuvent avoir de la légèreté, mais votre cœur n'en a point. (Voltaire.)

Goût ne prend point de [iluriol quand il se dil des objets capables d'exciiei' en nous la sensation du giiût : Ce vin a un bon goût, ces deux melons ont chacun un goût différent.

Le goût, dil Voltaire, ce don de discerner nos alimenls, a iiroduil dans toutes les langues connues la inèlaphoretjui ex|)rime, pai- îe mol goût, le sentimeni des beautés et des défauts dans tous les arts. C'est un discernement prompt comme celui de la langue et du palais, et qui prévient comme lui la réflexion. Il est, comme lui, sensible et vohii)lucux à l'égard du bon; il rejette, comme lui, le mauvais avec soulèvement ; il est souvent, comme lui, incertain cl égaré, ignorant même si ce qu'on lui prcsenie doit lui plaire, et ayant (lueUpiefois besoin, comme lui, d'habitude pour se former.

Il ne suflil pas pour le goûtÙQ voir, de connaître la beauté d'un ouvnige; il faut la sentir, en èlre louché. Il ne suffit pas de sentir, d'être louché d'une manière confuse; il faut démêler les différentes nuances; rien ne doit échapper à la promptitude du discernement; ci c'est encore une ressemblance de ce goûl inlellectuel, de ce goût des arts, avec le goûl sensuel; carie gourmet sent et reconnaît promplement le mélange de deux liqueurs. L'homme de goûl, le connaisseur, verra d'un coupd'œil prompt le mélange de deux styles; il verra un défaut à côlé d'un agrément.

Comme le mauvais goût, au physique, consiste à n'être flatté que par des assaisonnements trop piquants et trop recherchés, ainsi le mauvais goûl, dans les arts, est de ne se plaire qu'aux ornements étudiés, cl de ne pas sentir la belle nature.

Le goût dépravé dans les alimenls est de choisir ceux qui dégoiileiil les autres hommes; c'est une espèce de m;il;idie. Le goûl dépravé dans les arts est de se plaire à des sujets qui rcvolicnt les esprits bien faits; de préférer le burlesque au noble, le précieux et l'affecté au beau simple et naturel ; c'est une maladie de l'esprit.

11 y a un bon et un mauvais goûl. Le meilleur goût,' en tout genre, csi d'imiter la nature avec fe plus de fidélité, de force et de grâce.

le goût, (junlipie peu commun, n'est point arbitraire; mais il ii'élend pas son ressort sur toutes les beau lès dont un ouvrage de l'art est susceptible. Il en est de frappantes, de sublimes, qui saisissent également tous les esprits, que la nature produit sans effort dans tous les siècles et chez tous les peuples, et dont par conséquent tous les esprits, tous les siècles et tous les peuples sont juges. L'éloquence doit être partout persuasive; la douleur, touchants; la colère impétueuse ; la sagesse, tranquille. Mais il est des beaulcs de détail qui ne louchent que les âmes sensibles, et qui glissent sur les autres. Ces beaulés sont celles qui demandent le plus de sagacité p(jur cire produites, et de délicatesse pour être senties. Aussi sont-elles plus fréquentes parmi les nations chez lesquelles les agréments de la société ont perfectionné l'art de vivre et de jouir; et voilà pourquoi ce qui plaît dans un siècle ne plaît

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pas dans un autre, pourquoi on trouve excellent à Pans ce qu'on dédaigne à Londres ou à Vienne. Ce genre de beautés l'ailes pour le petit nond)rc est proprement l'objet du goût, qu'on peut définir le talent de deinèlcr, dans les ouvrages de l'art, ce qui doit plaire aux âmes sensibles, et ce \u\ doit les Idesser.

Si \effuût n'est pas arbitraire, il est donc fondé sur des i)rincipes incontestables; et, ce qui en est une suite nécessaire, il ne doit point y avoir d'ouvrage de l'art dunt on ne puisse juger en y appliquant ces ])rincipcs. En eliel, la source de notre plaisir et de notre ennui est uniquement et entièrement en nous; nous trouverons donc au dedans de nous-inèmcs, en y portant une vive attention, des régies générales et invariables de goût, qui seront" comme la jnerre de louche à l'épreuve de laquelle toutes les productions du talent pourront être soumises.

Le ffotU se fortifie par l'habitude, par les réflexions, par l'esprit philosophique, par le commerce des gens de goût. 11 est l'ouvrage de l'étude et du temps; il tient à la connaissance d'une multitude de règles ou établies ou supposées. Pour qu'une chose soit belle selon les règles du goût, il faut qu'elle soit élégante, finie, travaillée sans le paraître.

Nous ne pouvons mieux finir cet article que par le portrait que Voltaire a fait du faux goût. C'est le bon goût qui jiarle:

Je sais qu'à vos yeux éclairés Le faux goUt tremble de paraître:

Si jamais tous la rencontrez.

Il est aisé de le connaître.

Toujours accablé d'ornements.

Composant sa voix, son visage, AITecté dans ses agréments.

Et précieux dans sou langage.

Il j rend mon nom, mon étendard ; Mais on voit assez l'imposture.

Car il n'est que le fils de l'art.

Et je le suis de la nature.

[Temple du Goét, i la Gn ]

\oyez Industrie, Génie.

Goûter. V. a. de la 1" conj. On dit goAter un mets, goûter d'un mets, et goàter à vnmets. On goûte un mets pour savoir s'il est t:on ou mauvais ; on goûte d'un 7nets lorsqu'on en mange un peu comme alimcnl; on goûte ù un mots, pour savoir s'il y manque quelque chnsc, et dans le dessein de sujipléer ce qui man(]ue. J'ai goûté ce vin-là, et Je l'ai trouvé bon ; Je nai mangé que du rôti, je n'ai pas goûté des ragoûts. Un cuisinier, en faisant une sauce, goûte à la sauce jusqu'à ce qu'il n'y manque rien ; avant de la servir, il la goûte pour s'assurer (lu'elle est bonne. On goûte le vin, on goûte du vin, mais, on ne goûte pas à du vin parce qu'il n'y a rien à y changer.

Goutte. Subsl. f. Voyez le mot f^oir.

Gouvernail. Subst. m. On mouille le l.

Gouverner. V. a. de la 1" conj. Terme de grammaire. Il ne suflit pas, jiour exprimer une pensée, d'accumuler des mots indislinctement ; il doit y avoir entre tous ces mots une corrélation générale qui concoure à l'expression du sens total. Les noms appellatil's, les prépositions et les verbes relatifs, ont essentiellement une signification vague et générale qui doit être déterminée tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, selon les conjonctures. Celle dclerminalion se fait communément par des mots que l'on joint aux mots indéterminés, et qui, en conséqueuce de leur

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destination, se revêtent de telle ou telle forme, prennent telle ou telle place, suivant l'usage et le génie de chaciue langue.

Or, ce sont les mots indélerniincs qui, dans le langage des granmiairicns, gouvernent ou régis' sent les mots déterminants. Ainsi l'on dit qu'un verbe gouverne ou régit telle ou telle préposition, pour dire que cette préjjosilion doit le suivre pour le déterminer.

Grack. Subst. f. Terme de littérature. On appelle ^/-oct', en général, ce ijui plait avec attrait. Les grâces ne sont point la beauté, elles l'accompagnent. Un ouvrage (jui n'a que de la beauté peut plaire par la noblesse de l'invention, par la grandeur du sujet, par l'habilité de l'exécution ; il peut produire l'étonnemcnt et l'admiration, s'il n'a rien qui soit contraire aux grâces. Mais, sans les grâces, il ne produira point ce charme secret (pii invite à le rcgariler, qui attire, qui remplit l'ànie d'un sentiment doux.

Les grâces de la diction, soil en élociuence, soit en poésie, dit Voltaire, dépendent du choix des mots, de l'harmonie des |)hrascs, et encore plus de la délicatesse des idées et des descriptions riantes. L'abus des grâces est l'afféicrie, connue l'abus du suldune est l'anqjoulé; toute perfection est prés d'un défaut. Vijyez Faveur.

Avoir de ,a grâce, s'entend de la chose et de la personne : Cet ajustement , cet ouvrage, celte femme a de la grâce. La bonne grâce aijpartient à la personne seulement : Elle se présente de bonne grâce. lia fait de bonne grâce ce qu'on attendait de lui. Avoir des grâces. Cette femme a des grâces dans so7i maintien, dans ce qu'elle dit, dans ce qu'elle fuit.

Obtenir sa grâce, c'est, par métaphore, obtenir son pardon, comme faire grâce est pardonner. On fait grâce d'une chose en s'emp.irant du resle. Les commis lui prirent tous ses effets, et lui firent grâce de son argent. Faire des grâces, répandre des grâces, esl le \)\us bel apanage de la souveraineté; c'est faire du bien; c'esi plus que justice. Avoir les bonnes grâces de quelqti'un, ne se dit que pai' rap[)ort a un supérieur. Avoir les bonnes grâces d'une dame, c'est cire son amant favorisé. Etre en grâce se dit d'un courtisan qui a été en disgrâce. (\ oll., Bict. philosophique.)

(jRAciABLE. Adj. des deux genres. 11 ne se met qu'a|)rôsson subst. : Casgraciable, fait graciable .

Gracieuslment. Adv. Il se met après le verbe: Il Va reçu gracieusement.

Gracieuser. V. a. de la I" conj. Ou commence, dit foliaire, à se servir du mot gracieuser, qui signifie recevoir, parler obligeamment; mais ce mot n'est pas encore employé par les bons écrivains dans le style noble. — Depuis Voltaire, il a été entièrement abandonné, el l'Académie aurait bien fait de ne pas le mettre dans son Dictionnaire, même en avcrlissanl qu'il esl familier. Il n'est plusaujourd'iiui (pie populaire.

Gracieux, Gracieuse. Ailj. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'analogie et l'harmonie le permettent : Un souriie gracieux, U7i gracieux sourire. Un air gracieux, et non pas un gracicus air. Des manières gracieuses, et de gracieuses manières.

Gracieux esl un terme qui manquait à notre langue et qu'on doit à Ménage. Bonhours, en avouant (pie Ménage en est l'anleur, prétend qu'il en a fait aussi l'emploi le pbis juste en disant :

Pour moi de qui les vers n'ont rien de gracieux. (Liv. I. Chrietine, égl. vers 133 )

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Le mol lie Ménage n'en a pas moins réussi. Il voul dire plus i\u'agréabl£ ; il indique l'envie de plaire.

Le sens du mol^rraciVj/x, dilMarmonicl, n'est pas toujours absolument analogue à celui de grâce. On dit bien un pinceau f]racievx, vu style gracieux, vn tour gracieux dans l'expressiim ; et cela signifie un pinceau, un t-lyle, un tour qui a de la grâce. Mais on dit aussi vn sujet gracieux, et des images gracieuses; et alors gracieux signilie ce qui porte à l'imagination, à l'àme, des idées, des [leinturcs , des sentiments doux et agréables, le gracieux se compose de l'élégant, du riant et du noble. Un tableau de l'Albane, du Corrcge, de Claude Lorrain, est gracieux; un tableau de Tcniers, de Rembrandt, de Michel- Ange, ne l'est pas. Une scène du Pastor fido, ou de VAminte, est gracieuse ; une scène de î>Iolicre est plaisante; une scène de Corneille est sublime. On trouve dans l'Arioslc, élans le Tasse, <lans Ttlérnaque, des peintures gracieuses; on en voit peu dans Homère.

On voit par ce morceau, qu'on dit le gracieux comme on dit le beau, et que ce mot peut se

§ rendre substantivement. L'Académie n'en a rien

Gradation. Subst. f. Ce mot se dit en littérature d'un ordre gradué qui se reinanjuc entre certaines idées, et que l'on doit suivre dans larrangcment des mots et des phrases «jui les expriment. La gradation lie les idées dans l'esprit; elle doit lier les expressions dans le discours. La gradation va du moins au plus, ou du plus au moins, suivant l'idée totale que l'on a dans l'esprit, et la manière dont on veut l'exprimer. Il a c<immis des fautes, des crimes, des forfaits; voilà une grauation du moins au plus. On ne peut lui reprocher ni des for faits ni des crimes, pas mê/ne des fautes; en voilà une du plus au moins. Quand il s'agit d'iinagesou de sentiments , la gradation peint leurs commencements, leurs progrès, leur force et leur étendue. C'est ainsi que Sapho exprime par gradation l'amour qui s'est emparé de son cœur :

Un nuage confus se répand sur ma vue.

Je n'entends plus, je tombe en de douces langueurs; Et pâle, sans lialeine, interdite, éperdue, Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs. ^Traduction de Boileau, VlUechap.du Traité du Sublime.)

C'est ainsi que Racine, en imitant cette belle gradation, fait dire à Phèdre (act. I, se. m, d21):

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s'éleva dans mon Sme éperdue. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler, Je sentis tout mon corps et trm^ir et brOtler.

C'est ainsi que Boileau dit, en peignant l'épuisement de la Mollesse {Lutrin^ II, 164) :

Soupire, étend les bras, ferme l'œil, et s'endort.

Si l'on a l'esprit juste, on découvrira presque toujours entre les idées une gradation plus ou moins sensible (jui les lie entre elles, et l'on sentira la nécessité d'exprimer cette liaison dans le discours par l'arrangement des mots et la construction des phrases.

Quelqu«fois la gradation est entre plusieurs sujetsd'une même proposition : Les besoins, les désirs, les passions, assiègent le cœur de Vhoiimie ; d'autTOB fois on la rso^àique entre le même ra[>port d'un verbe répété plusieurs fois, comme dans

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