‹ Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue françaiseChapitre 210 sur 453 · HAP · texte numérisé non relu

HAP

par un h, celle lettre ne s'aspire point. INIais l'us;ige en a aulremenl ordonne, cl il est certain que le h est aspiré dans <e mol. iVous pensons donc (|u'il faul ici suivre l'Académie. On dit chemin de halage. el non pas chemin d'halage. Il nous remble qu'on dc'vrail écrire hallage el haller; ces mots sont liés-anciens, el on les a toujours écrits ainsi. D'ailleurs le double l indique que la syllabe est brève, el distingue ces mois de hâle et hâler, dont la |tiemiére est longue. Haleine. Subst. f. On ne dit, ni au propre ni au figuré, une haleine de vent. Le mol haleine, au singulier et au pluriel, ne scdil des vents (lue lorsque ceux-ci soi't personniiii's; alors c'est une expression prise par analogie de l'haleine de l'homme. Fénelon a dit : Les lents retenaient leurs ha leines [Télém., liv. Il, t. I, dUl.) Barthélémy : Déjà les vents retiennent leur haleine, tout est calme dans la nature. Boileau {Lutrin, II, 129) :

Seulement au printemps, quand Flore dans les plaines Faiiail taire des vtnls les bruyantes haleines.

Et Lefranc de Pompignan [Poésies sacrées, liv. I, ode XII, 59) :

(Le Seigneur)

Empoisonne des cents les brûlantes haleines,

]\Iais on s'exprimerait bien ridiculement si l'on disait : Je sens U7ie haleine de vent qui entre par cette fenêtre.

Halener. y. a. de la l"' conj. L'Académie dit que le h s'aspire dans ce mot; Féraud dit qu'il est muet. Ici nous C4oyons que Féraud a raison, parce que ce mot est un composé d'haleine, où le /( n'est point aspiré.

Halek. V. a. de la i" conj. L'Académie dit que le h est aspiré, et Féraud le dit aussi, quoiqu'il ait dit qu'au mot halage celle lettre est muette. Elle est aspirée comme dans Jialage. Voyez ce mot.

Haletant, Haletante. Adj. verbal lire du verbe haleter. Il ne se met qu'après son subst. : Un homme haletant, une femme haletante.

Hallebreda. Subst. f. Mot barbare qui, selon l'Académie, est un terme de mépris qui se dit d'une grande femme mal bâtie, et quelquefois d'un homme qui a le même dcfaul. Elle ajoute qu'il esi populaire, et que le h s'aspire.

Hameau. Subst. m. On entend par ce mol un assemblage de quelques maisons qui ne forment point une commune, mais qui font partie d'une autre commune, quoi(ju'elles en soient sél)arces.

Hanse. Subst. L Vieux mot qui signifiait société, compagnie de marchands, et dont on se sert encore pour désigner une société de celte espèce, formée enlre plusieurs villes du nord de l'Allemagne.

Hanséatique. Adj. Qui a rapport à la hanse. L'Académie ne dit point si le /tesl aspiré dans ce mot ; mais il doit l'être comme dans le mol hanse, d'où il est lire.

Hanter. V. a. de la 1" conj. Y ov. Fréquenter.

Hantise. Subst. f. L'Académie ait que ce mot e>l du style familier; elle aurait du dire qu'il est bas et populaire.

Hai'pelourde. Subst. f. H se dit proprement d'une pierre fausse (lui a l'éclat et l'apparence d'une vraie pierre précieuse. L'Académie ajoute qu'il se dit figurément des personnes qui ont une belle apparence, uu bel o-xlérieur, cl qui n'ont

IIAR

point d'esprit. Je doute que l'on dise souvent cet honime-lù est une rraie luippeloiirde, une belle Iwppeluurde . Ce mot, dans ce sens, est vieux.

Happer. V. a. de la 4" conj. L'Académie dit que d;uis le style familier ce mut signilic (igurément alliapcr, saisir, surprendre à l'improviste: Tl s'est laissi' happer par les huissiers, les gendarmes l'ont happé. — Cette façon de parler n'est que du langage populaire.

HAQUE^ÉE. Siibst. f. L'Académie définit ce mol, cheval ou cavale de médiocre taille, facile au montoir, et qui va oïdinairement l'amMe. l.a haqucnée est une jument de prix et de parade que montaient autrefois les dames. La haquence, d'après sa destination, devait être facile au montoir, comme tous les chevaux bien dresses; et elle ne devait a\ oir d'autre allure que le pas et l'amble; mais la taille n'y faisait rien; et comme la haquenée était faite pour la parade, il y a apparence qu'elle devait être de belle taille loisque la dame qui la montait était jeune et ingambe.

Harangue. Subst. f. Discours qu'un oiateur prononce en public, ou qu'un écrivain, tel (ju'un historien ou un poëte, met dans la bouche de ses personnages. — Ce mot se prend quchpiefois dans un mauvais sens pour un discours diffus ou trop pompeux, et qui n'est qu'une pure déclamation. En ce sens, un harangueur est un orateur ennuyeux.

Harceler. \. a. de la 1" conj. Dans les temps de ce verbe, Ve de ce est ouvert lorsque la syllabe suivante Unit par le son d'un e muet : Je harcèle, je harcèlerai, il harcèlera, il harcèlerait; il est muet lorsque cette syllabe finit par tout autre son : Je harcelais, j'ai harcelé, ils harcelèrent .

Hardi, Hardie. Adj. On peut le mettre avant son subst. en consultant l'oreille et l'analogie : Un homme hardi, une femme hardie, un mot hardi, une mine hardie. Un hardi volexir, un hardi coquin, un hardi iiientexir. Un hardi soldat, un hardi capitaine. Il régit à devant un infinitif : Hardi à décider. Voyez Hardiesse.

Hardiesse. Subst. f. 11 régit tantôt à, tantôt de : On ne peut snuff'rir sa hardiesse a décider de tout. Il a la hardiesse de dire, de faire. La différence de la téjnérité el de la hardiesse consiste dans le rapport qu'il y a entre la difficulté de la chose et les ressources de celui qui la tente. D'où il suit que tel homme ne se montre que hardi dans une conjoncture où un autre mériterait le nom de téméraire. Voyez audace.

Hardiment. Adv. On peut le mettre entre l'auxiliaire et le participe : Jl a décidé hardiment la question, ou il a liurdiinent décidé lu question. *Hargnerie. Subst. f. Mol inusité que J.-J. Rousseau a employé : Le véritable respect qu'on doit au public est de lui épargner, non de tristes vérités qui peuvent lui être utiles, mais bien toutes les petites hargncries d'auteurs dont on remplit les écrits pi Icmiques.

Hargneux, Hahcneuse. Adj. Le h s'aspire, et le gn se mouille. 11 ne se met qu'après son subst. : Un homme hargneux , une femme hargneuse. Un chien hargneux, humeur hargneuse.

Harmome. Subst. m. Ce que nous appelons harmonie dans le discours devrait s'appeler plus proprement mélodie; car mélodie, en notre langue, est une suite de sons (jui se succèdent agréablement, et harmonie est le plaisir qui résulte du mélange de plusieurs sons qu'on entend à la fois. Les anciens, qui selon les apparences ne connais-

HAR

salent point la musiipie a plusieurs parties, du moins au même degré <iue nous, ajipelaient harmonie ce que nous a|)p(!lons mélodie. En transportant ce mot au style, nous avons conservé l'idée qu'ils y allachaienl; et en le transportant à la musique, nous lui eu avons doimé une autre. Le but de l'harmonie, dans le discours, est de charmer l'oreille. Or, doux choses charment l'oreille : le son et le nombre. Le son consiste dans la qualité des mots, et le nombre dans leur arrangement. Ainsi l'harmonie du disrouis oratoire consiste, en général, à n'employer que des mots d'un son agréable et doux ; à éviter le concours des syllabes rudes, et celui des voyelles, sans affectation néanmoins; à ne pas mettre entre les membres des phrases trop d'inégalité; surtout à ne pas faire les derniers membres trop courls,par raf)port aux premiers; à éviter égaleuient des périodes trop longues et des phrases trop courtes, le style qui fait jierdre haleine, celui qui force à chaque instant à la reprendre, et qui ressemide à une sorte de maniuetcrie ; à savoir entremêler les périodes soutenues et arrondies avec d'autres qui le sont moins, el qui servent comme de repos à l'oreille. Voyez Propriété.

Les principes de l'harmonie, qui consiste dans l'arrangement des mots, sont aussi dans la nature. Chaque pensée a son étendue, chaiiue image son caractère, chaque mouvement de l'àme son degré de force et de rapidité. Tantôt la pensée est comme un arbre touffu dont les branches s'entrelacent, elle demande le développement de la période. Tantôt les traits de lumière djnt l'esfyrit est frapjté sont comme autant d'éclairs qui se succèdent rapidement; l'incise en est l'image naturelle. Le style coupé convient encore mieux aux mouvements impétueux de l'âme ; c'est le langage du pathétique véhément et passionné, et, quoique le style périodique ait plus d'impulsion, à raison de sa masse, le style coupé ne laisse pas d'avoir quelquefois autant et plus de vitesse : cela dépend des nombres (ju'on y emploie.

Il est vrai que la génc de notre syntaxe est effrayante pour qui ne connaît pas encore les souplesses et les ressources de la langue. L'inversion, qui donnait aux anciens l'heureuse liberté de placer les mots dans l'ordre le plus harmonieux, nous est presque absolument interdite ; mais cette difficulté même n'a pasrebulc les écrivains doués d'une oreille sensible, et ils ont su trouver au besoin des nombres analogues au sentiment, à la pensée, aux mouvements de l'àme qu'ds voulaient exprimer.

Il serait peut-être impossible de rendre l'harmonie continue dans notre prose, et les bons écrivains ne se sont attachés à peindre la pensée ([ue dans les mots dont l'esprit et l'oreille devaient être vivement frappes. C'est aussi à quoi se bornait l'ambition des anciens, et l'on va voir quel effet produisent dans le style oratoire et poéli(iuedes nondjres placés à propos.

Fléchier, dans Voraisnn funèbre de M. de Turenne (p. 9'i), termine ainsi la première \)ériode : « Pour louer la vie, et pour déplorer la mort dû sCtge et vùiilûnt Mt'ichubf-I'' ; » s il eut dit du vaillant et sage Machubee ; s'il eût dit pour louer la vie du sage et vaillant Machabee, et pour déplorer sa mort, la période n'avait plus cette majesté sombre cjui en fait le caractère. « Cet hinnvie, ajoute l'orateur, cet homme, que Dieu avait mis autour d' Israël comuie un mur d'airain oii se Irisèrent tant de fois toutes les forces de l'Asie... venait tous les ans, comme hf

HAR

vioindres Israélites , réparer avec ses mains triomphantes les ruines du sanctuaire, n H est aisé de voir avec quel soin l'analogie des iioinbros, relaliveiiienl aux iinaL;cs, cslo'ltscivéc dans tons les repos, el (juals noniLtrcs niajcsuieux il a choisis pour Taire ressonir ses idées. Si vous voulez en mieux sentir l'elfet, substituez ù ces mots des synonymes qui n'aient pas les mêmes quantités; sup|xjse/. cictonU'uses à la place de triomphantes,temple au lii.'U de àunctuuire. « Il venuil tous les ans, comme les iiuiadrcs Israélites , réparer arec ses maifis victorieuses les ruines du temple ;i^ vous ne trouvez plus cette barmonie qui vous a frapini. «Ce vaillant hom/ne, repolissant enfin avec un covrage invincible les ennemis /ju'il avait réduits d une fuite honteuse, reçut le coup mvrtcl, et demeura comme enseveli dans son triomphe. « (}ue ce soit |)ar sentiment ou par choix que l'orateur a peint cette mort imprévue par deux ïambes el un spoixlée, reçût le coup môrlêl, el qu'il a opposé la rapidité de celle chute, comme ensevelie, à la lenteur de celle image, dans son triomphe, où deux nasales sourdes relenlissent lugubrement , il n'est pas possible d'y méconnaître l'analogie des nombres avec les idées.

Elle n'est pas moins sensible dans la peinture suivante: «^Jw premier bruit de ce funeste accident,toutes les villes de Judée furent émues, des riiisscaxix de larmes coulèrent de tous les yeux des habitants; ils furent quelque temps saisis, muets, immobiles: un effort de douleur rompant enfin ce long et morne silence, d'une voix entrecoupée de sanglots que formaient dans leurs cœurs Iti tristesse, la pitié, la crainte, ils s'écrièrent : Comment est mort cet homme puissant qui sauvait le peuple d'Israël? A ces cris, Jérusalem redoubla ses pleurs, les voûtes du temple s'ébranlèrent, le Jourdain se troubla, et tousses rivages retentirent du son de ces higahres paroles : Comment est iiiorl cet homme puissant? etc.» Avec quel soin l'orateur 0 coupé, comme par des soupirs, ces mots, saisis, muets, immobiles! connnc les deux dactyles renversés expriment bien l'impétuosité de la douleur, et les deux spondées (jui les suivent, l'effort (ju'elle fait pour éclater 1 connue la lenteur et la résonnance des sons rendent bien l'image de ce long et mnrne silence! comme les pleurs de Jérusalem sont vivement peintes par ces mots: Jérusalem redotilla ses pleurs! comme le mol s'ibri'inh~r(nt est analogue;! l'action qu'il exprime ! combien plus frappante encore est l'harmonie imitative dans ces mots ; « Le Jourdain se troubla , et tous ses 7-ivages retentirent du son de ces lugubres parties ! n

Bossuet n'a pas donné une altenlion aussi sérieuse au choix desnondires. Son harmonie est plutôt dans la coupe des |)ériodes brisées ou suspendues à prof>os, (]ue dans la lenteur ou la rapidité des syllabes. Mais ce qu'il n'a presque jamais négligé dans les peintures majestueuses, c'est de donner des appuis à la voix sur des syllabes sonores et sur des nombres imposants.

« Celui qui règne dans l-es deux, de qui relèvent tous les empires, à qui seulement appartient la gloire, la majesté, l'indépendance, etc.» (Oraison fun. delà reine d'Angleterre, p. 3.) Qu'il eut placé l'indépendance avant la gloire el la majesté, (jue devenait l'harmonie'? (( Il leur apprend, dil-il, en parlant des rois, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraiiie et digne de lui. » Qu'il eùl dit seulement d'une

HAR

manière digne de lui, ou d'une manière ahsclua et digne de lui, l'expression perdait sa gravité; c'csl le son dé|)loyé sur la pémjltième de" towpcrûinc qui en fait la p()ni|ie.

» Si elle eut de la joie de régner siir xme grande nation, dil-il de la reine d'.AngleteiTC, c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait d faire du bien.» (Idem, p. S.) Retranchez 1 épitl)éte îwmense, substitue/-y celle d'extrême, ou '.elle autre qui n'aura pas celte nasale volumineuse, l'expression ne peindra plus rien.

K.xaniinons du même orateur le tableau qui termine Y oraison funèbre du grand Condé. (p. 334) « Nobles rejetons de tant de rois, lumières de la France, mais auji urd'hui (bscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un nuage, venez voir le peu qui vous reste d'une si auguste naissance, de tant de grandeur, de tant de gloire. Jetez les yeux de toutes parts ; voilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la pitié pour honorer un héros. Des titres, des in.icriptions, vaines marques de ce qui n'est plus, des figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau, et de fragiles images d'une douleur que le teuips emporte arec tout le reste ; des don nés qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de votre néant, n (Jucl exemple du style harmonieux! Obscurcies et (ouvertes de votre douleur, n'aurait peint qu'à l'imagination comme d'un nuage, rend le tableau sen.->iblc l'oi-cille. Bossuet pouvait dire: Les dé-phrubles restes d'une si auguste nais.tance ; mais pour exprimer son idi-e, il ne lui fallait pas de si grands sons; il a préféré le peu qui reste, et a léservé la pompe de l'harmonie pour la naissance, la grandeur cl la gloire, qu'il a fait contraster avec ces faibles sons. La même opposition se fait sentir dans ces mots, vaines marques de ce qui n'est plus. Quoi de plus exiiressif a l'oreille (lue ces figures qui semblent pleurer autour d'un tômrbeûu ! C'est la lenteur d'une pompe funèbre. Et, qu'on ne dise pas que le hasard produit ces effets; on découvre partout, dans les bons écrivains, les Isaces du sentiment ou de la reflexion : ce n'est point l'art, c'est le génie; car le génie est l'mstincl des grands hommes. Il suffit de lire ces paroles de Flécliier dans la péroraison de l'Oraison fu?tèbre de Turenne (p. 136.) «Ce grand homme, étendu sur ses propres trophées, ce corps pâle et sanglant, auprès duquel fume encore lu foudre qui l'a frappé.» H suflit de les lire à haute voix pnur sentir l'harmonie qui résulte de cette longue suite de syllabes tristement sonores, terminées tout à coup par ces quatre brèves, qui l'a froppê. Dans le même endroit, au lieu de Za religion et de la patrie cplorêc, que l'on dise de la religion et de la patrie en pleurs, il n'y a jdus aucune harmonie; et cette différence si sensible pour l'oreille dépend du mot fplorêf, sur lequel tombe la |)ériodc.

Nous n'avons fait sentir que les effets d'une harmonie majestueuse et funèbre, parce que nous en avons jnis les modèles dans des discours où tout respire la do\deur. Mais dans les u'.ouients Iranipiilles, dansla peinluredesdoucesémolionsde l'âme, dans les tableaux naifs et louchants, l'cloqueme française a mille exemples du pouvoir et du charme de l'harmonie. Usez ces descriptions si douces que la plume dcFénelona ré|)anducs dans \<i'rélêmuque; lisez les discours enchanteurs ijue Massillon adressait à un jeune roi, vous verrca combien la mélodie des paroles ajoute a l'ouciiou

HAR

céleste de la sasesse et de la vertu. L'auteur de JX'létnaqiie i'XccWc d;ins les situations paisibles. Sa prose mélodieuse et tendre exprime le caractère de son àme, la douceur et l'égalité; mais dans les moments où son style demanderait des mouvements brusques et rapides, son slyle n'y répond pas assez.

Dans tout ce que nous venons de dire, nous n'avons exposé (| lie la simple analogie des nombres avec le caractère de la pensée, la ressemblance réelle et sensible des sons et des mouvements de la langue avec ceux de la nature; cette harmonie imilalive qu'on appelle onomatopée, et dont nous voyons tant d'exemples dans les anciens, n'est pas |iermise à nos poêles. La raison en est que, dans la formation des langues grecque et latine, l'oieille avait été consultée, au lieu que les langues modernes ont pris naissance dans les temps de barbarie où l'on parlait pour le besoin, cl nullement jiour le plaisir. Eu général, plus les peuples ont eu l'oreille sensible et juste, plus le rapport des sous avec les choses a été observé dans l'invention des termes. La dureté de l'organe a produit îles langues âpres et rudes; l'excessive délicatesse a produit les langues faibles, sans énergie et sans couleur. Or, une langue qui n'a que des syllabes âpres et fermes, ou que des syllabes molles et liantes, a le défaut d'un aïonocorde. C'est de la variété des voyelles et des articulations que dépend la fécondité d une belle haruwiiic.

L'harmonie souffre quelquefois de la justesse et de l'arrangement logique des mots, et réciproquement. C'est alors à l'orateur à <;oncilier, s'il est possible, l'une avec l'autre, ou à décider luimême jusqu'à quel point il peut sacrifier l'harmonie à la justesse. La seule règle générale qu'on puisse donner sur ce sujet, c'est "qu'on ne doit ni trop souvent sacrifier fune à l'autre, ni jamais violer l'une ou l'autre d'une manière choquante. Le défaut de justesse offense la raison ; le défaut d'harmonie blesse l'organe ; l'une est un juge sévère qui pardonne diflicilcmcnt, l'autre un juge orgueilleux qu'il faut ménager.

On exige dans la poésie trois sortes d'harmonie : l'harmonie du style, qui doit s'accorder avec le sujet qu'on traite et qui met une juste proportion entre l'une et l'autre. Quelle différence entre le ton de ia tragédie et celui de la comédie, delà poésie lyrique, de la pastorale, etc. ! Si cette harmonie manque à quelque poëme que ce soit, il devient une masi:arade ; c'est une sorte de grotesque qui lient de la parade; et, si ([uelquefois la tragédie s'abaisse ou la comédie s'élève, c'est pour se mettre an niveau de leur matière, qui varie de temps en temps. Cette harmonie poétique est essentielle; mais on ne peut que la sentir; et malheureusement les poètes ne la sentent pas toujours assez. Souvent ils confondent les genres; et on trouve dans le même ouvrage des'vers tragiques, lyriques, comiques, (jui ne sont nullement autorisés par la pensée qu'ils renferment.

La seconde sorte d'harmonie poétique consiste dans le rapport des sons et des mots avec l'objet de la pensée. Elle est commune au poète et à l'orateBr, et nous venons de parler de cette sorte d'harmonie. C'est surtout dans le récit que le poète doit rechercher les nombres. Ils ajoutent au coloris des peintures un degré de vérité qui les rend mobiles et vivantes. Par là, les plus petits objets deviennent intéressants. Mais dans le style passionné, c'est a la coupe des périodes qu'il faut

HAR

s'attacher; c'est de là que dépend essentiellement l'imitation des mouvements de l'âme.

La troisième espèce d'harmonie dans la poésie peut être appelée artificielle, par opposition aux deux autres espèces; parce ([uc, quoique fondée dans la nature aussi bien que les deux autres, elle ne se montre bien sensiblement (pie d.uis la poésie. Elle consiste dans un certain art qui, outre le choix des expressions et des sons par rapport à leur sens, les assortit entre eux de manière que toutes les syllabes d'un vers, prises ensemble, produisent par leur son, leur nombre, leur (juanlité, une autre sorte d'expression qui ajoute encore à la signification naturelle des. mots. La poésie a des niarthes de différentes espèces pour imiter les diff(''rents mouvements, et peindre à l'oreille, par une sorte de mélodie , ce qu'elle peint à l'esprit par les mots. C'est une sorte de chant musical qui porte le caractère, non-seulement du sujet en général, mais de chaque objet en particulier. Celle harmonie n'appartient princijialement qu'à la poésie, et c'est le point exquis de la versification. On sent cette espèce d'harmonie dans les vers suivants de Boileâu {Lutr., 1, 19) :

Ses chinoiiies vermeils et brillants de santé S'ensraissaiont d'une longue et sainte oisiveté.

Le premier de ces vers est riant, l'autre est lent et paresseux. On la sent de même dans cet autre, où le même auteur peint la Mollesse {Lutr., II, 164) :

Soupire, étend les bras, ferme l'œil, et s'eytdort.

(Extrait du chevalier de Jaucourt, de Marinontel et d'autres auteurs.) Voyez Accent.

Quoique le substantif harmonie, dit Voltaire, n'admette point de pluriel, non plus iiue 7nélodie,' musique, physique, et presque tous les noms des sciences et des arts, cependant j'ose croire qu'il est des occasions où harmonie au i)luriel n'est pas une faute. On peut dire les mélodies de Ltilli et de Hameau sont différentes. On peut dire très-bien les harmonies de la nature, parce qu'il y a ensemble et accord et dans le tout ci dans les différentes parties.

Harmomkcse.ment. Adv. Il se met après le verbe : Chanter harmonieusement.

Haumomlcx, Harmonieuse. Adj. On peut le mettre avant son subst., lorsque l'harmonie et l'analogie le permettent : Chant harmonieux , musique harmonieuse, voix harmoiiieuse, vers harmonieux, période harmonieuse, d'harmonieux accents. Voyez Adjectif.

L'Académie ne dit harmonieux que des choses; cependant on le dit quelquefois des personnes : Un poète harmonieux. C'est ainsi que sotis la plume du plus harmonieux des poètes les sons deviennent des couleurs, et les images des vérités. (Barthélémy.)

Gardez-vous d'imiter ce rimcur furieux.

Qui, de ses vains écrits lecteur harmonieux. Aborde eu récitant quiconque le salue.

fBoiL.,^. P., IV, 53.)

Harmonique. Adj. des deux genres. Il ne se met qu'après son subst. : Sons harmoniques.

Harmoniquement. Adv. 11 peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe : Ce morceau de musique est composé harmoniquement, OU est karmoniguement compose.

Page 1